LES ANIMAUX
(Voir dans l'Atlas la série des cartes de la planche : France économique. — Agriculture, planche II.)
136. Le bétail. — Nous avons dit que le bétail contribuait beaucoup à la richesse de la terre ; mais le bétail ne peut être abondant qu'autant que la terre est riche en fourrage; les prairies naturelles, les prairies artificielles, certaines cultures industrielles et quelques légumes fournissent, avec l'avoine et les fourrages, les autres aliments du bétail.
Sous le nom de gros bétail, on comprend, d'une part, les Chevaux, dont on porte le nombre à près de 3 millions, les ânes et les mulets au nombre déplus de 800,000 pour les deux espèces ; d'autre part, les taureaux, bœufs, vaches et génisses au nombre de près de 12 millions ; sous le nom de petit bétail, on comprend les moutons au nombre d'environ 25 millions, les chèvres au nombre déplus de 1 million 1/2, et les porcs au nombre de plus de 6 millions 1/2. (V. Tabl. de stat., n° 20.)
137. Le clie val. — Le cheval est de tous les animaux domestiques celui dont l'entretien est le plus dispendieux; mais
k'ï- LA FRANCE.
il. fournit un très-bon fumier, et il u une valeur très- grande, soit par les services qu'il rend au cultivateur, soit par le prix auquel il est vendu sur le marché.
Avant le développement des prairies artificielles et l'usage général du croisement, on n'élevait guère de chevaux que dans les régions de prairies naturelles, et les chevaux de chaque région avaient des caractères distinctifs très-accusés. Il n'en est plus de même aujourd'hui, surtout pour le cheval de selle ; cependant, pour les gros chevaux de trait, on reconnaît encore, plus ou moins conservées, diverses races :
1° La race flamande, très-grosse race de trait, à la taille haute (im,70), aux formes épaisses ; on lui reproche une certaine mollesse.
2° La race boulonnaise, race de trait, supérieure à la race précédente, un peu moins grande (lm,60 à lm,G8), fortement charpentée, courte de jambes, et cependant propre au trot ; aussi s'est-elle répandue, avec quelques variétés, non-seulement dans Y Artois, mais dans la Picardie où elle a pris en se modifiant le nom de race picarde, dans le Laonnais et dans le pays de Caux, Au delà de la Seine, dans le Calvados, on en rencontre une trèsbelle espèce, un peu plus élancée, que l'on désigne sous le nom de chevaux caennais.
3° La race normande ou plutôt les races normandes, qui ont été profondément modifiées par les croisements. On distinguait autrefois, comme chevaux de traits, les augerons, grands, forts et bien découpés, les bidets du Cotentin et surtout ceux de la Hague; comme chevaux de carrosse, les chevaux de la plaine de Caen, de la plaine ftAlençon et du Merlerault. Le croisement I avec des chevaux de course, et surtout avec des chevaux de pur sang anglais, a donné naissance au cheval anglo-normand qu'on élève aujourd'hui non-seulement dans la vallée d'Auge, mais presque dans tous les herbages de la basse Normandie. Le Cauchois ou cheval du pays de Caux, dans la haute Normandie, es1 un gros cheval de trait.
4° La race bretonne, comprenant plusieurs variétés : des races de selle, comme les bidets de Corlay, sobres et durs à la fatigue! des races d'attelage, comme les chevaux du Conquet, fins é énergiques, qu'on élève dans les Cùtes-du-Nord ; des races d
L'AGRICULTURE. i<2.»
irait, comme la iace de Fougères, celle de Léon, trapue et infatigable, et les bidets des landes.
o° La race percheronne, de moyenne grandeur, à l'encolure forte, à la robe ordinairement d'un gris pommelé, à la croupe large, aux muscles vigoureux et bien dessinés; c'est la race la mieux faite pour traîner avec une grande vitesse de lourds fardeaux, double avantage qui fait rechercher et payer les élèves à un très-haut prix, particulièrement par les administrations des omnibus et des chemins de fer de Paris. Aussi est-elle fort répandue, non-seulement dans le Perche, mais dans le Maine, dans le pays Chartrain et dans la Beauce.
Le canton d'Illiers paraît être son berceau ; elle doit surtout ses fortes qualités à son genre d'élevage. Beaucoup de jeunes chevaux, après avoir passé dans les herbages de l'Orne ou de la Sarthe leurs deux premières années, sont achetés par des fermiers du pays Chartrain ou de la Beauce qui les exercent en s'en servant pour les travaux agricoles, et les fortifient en les nourrissant largement d'avoine jusqu'à quatre ou cinq ans. !ge auquel ils sont ordinairement vendus pour le service des attelages.
6° La grosse race poitevine, paraissant plus propre que les autres à donner de beaux mulets. Des croisements avec le pur sang anglais l'ont transformée en partie, et ont créé une variété de chevaux de selle qu'on élève dans les marais de la Vendée et de [a Charente-Inférieure, et de chevaux d'attelage qu'on élève a Ntiu'.-Gervais dans le Bocage, et qu'on désigne sous le nom de t'ace vendéenne.
L'Anjou, sans avoir une race propre, fournit aussi, grâce aux croisements, une assez bonne variété de chevaux d'attelage.
7" Dans toute la partie centrale de la France, qui comprend le bassin moyen et supérieur delà Seine et de la Loire, depuis Limoges, Orléans et Melun à l'ouest, jusqu'aux bords de la Saône, on élève un assez grand nombre de chevaux qui, provenant de divers croisements, n'ont pas de caractère bien marqué ; cependant le cheval nivernais est grand et vigoureux ; le heval berrichon rappelle le percheron et est csliiné à ce titre. surtout dans le Midi.
Au nord-est, on trouve le cheval ardennais, sobre el rustique, mais mal conformé ; la Lorraine donne des chevaux trapus à la cavalerie de ligne.
8° La race comtoise, race de trait sur les hauts plateaux, d'attelage dans les vallées, n'occupe qu'un rang secondaire dans l'estime des connaisseurs ; mais dans la plus grande partie des pâturages delà Bresse, des Bombes et des Alpes, ses caractères se sont modifiés par les croisements et ont donné naissance à un cheval de trait léger, dit cheval bressan.
Le Midi n'a pas de race de trait, sinon la petite race dauphinoise, et fait venir ses gros chevaux du Nord ; mais on y compte plusieurs races de chevaux de selle.
9° Dans le Centre sont deux races de selle qui ont le caractère général des races des montagnes, taille médiocre, forme rustique, allure vive : la race limousine, autrefois très-renommée, qui s'est modifiée en grande partie et a fait place au cheval demi-sang, et la race auvergnate, sobre et agile, répandue dans l'Auvergne et dans le Rouergue.
10° La race landaise, petite, robuste et sauvage, habituée à vivre de peu et à fournir de longues courses dans les vastes et maigres pâturages des landes; les chevaux du Médoc sont une variété de cette race.
11° La race navarrine ou race pyrénéenne, ayant le type montagnard, petite, étroite de formes, mais pleine de feu ; on y rattache le cheval landais et on distingue le cheval basque, variété rustique, le cheval tarbesan, en partie transformé par le sang anglais, et la race ariégeoise, peu gracieuse de formes, mais dure à la fatigue. On en tire des chevaux pour la cavalerie légère.
12° Dans la plaine de la Camargue, on élève une petite race très-rustique et à demi sauvage ; dans la Corse, une race plus petite encore. Ces dernières races comptent peu d'animaux.
Toute la portion de la France comprenant les deux régions agricoles du Sud et du Sud-Est et formant environ I/o de notre territoire ne donne guère que 1/20 des poulains qui naissent chaque année et ne possède que 1/1 o des chevaux de la France. Au contraire, la partie qui comprend les deux régions du Nord- Ouest et du Nord possède environ la moitié des chevaux de
I/AGRIGULTITHK.
la France, et la région Nord-Ouest, à elle seule, donne 1/3 des poulains qui naissent chaque année : les premiers rangs appartiennent à la Flandre, à Y Ile-de-France, à Y Artois, à la Picardie, à la Normandie, au Maine et à l'Anjou, à la Bretagne. (Voir fig. 100). La région du Nord-Est, avec Y Orléanais, la Champagne,
Fig. 100.
a bassi Bourgogne et la Lorraine, vient au second rang. Les dé-
)art( ment s, qui sont, relativement au nombre des chevaux, au-
lessus de la moyenne générale de la France, sont ainsi groupés
iresque tous au nord d'une ligne allant de l'embouchure de la
toire à la source de la Moselle. Au sud de cette ligne, à part
Isère qui élève pour Lyon des chevaux dans le Graisivaudan et
i Viennois, la Charente-Inférieure et la Gironde qui approvi-
ionnent Bordeaux, tous les départements sont au-dessous de la
îoyenne.
13$. Lcsàneset le» mulets. — L'âne, bote de somme
miiiemment rustique et sobre, est le cheval du pauvre : aussi
i^'s LA FRANCE.
en trouve- t-on dans les régions de petite culture. Indépendamment de l'espèce commune qu'on trouve dans tous les départements, surtout dans les départements du Midi, il y a deux races particulières : celle de Gascogne, très-répandue dan toute la vallée de la Garonne, et celle du Poitou bien plus estimée, ayant ses plus beaux types dans l'arrondissement deMelle; toutes deux sont très-employées pour la production des mulets. On trouve beaucoup d'ânes dans la région pyrénéenne et dans tout, le bassin de la Garonne, principalement dans le Périgorct, dans la Provence, dans les plaines du Centre et surtout dans le Poitou, dans Y Ile-de-France et dans le Nord.
Les mulets ne sont nombreux que dans le Poitou, la Charente et le Périgord et dans tout le Midi, région pyrénéenne et région méditerranéenne, où ils remplacent en grande partie les chevaux, fort rares dans cette dernière région. Beaucoup de mulets du Poitou et des Pyrénées sont exportés en Espagne. (V. Tabl. de stat., n° 19.)
139. L'espèce bovine. — On compte en France environ quatre fois plus d'individus de l'espèce bovine que de l'espèce chevaline. C'est que l'espèce bovine, indépendamment du fumier qu'elle donne comme le, cheval, a deux fins. Elle est un instrument de travail, comme bète de trait, et elle sert, par sou lait et par sa viande, à la nourriture de l'homme ; avec le mouton et le porc, elle constitue le fond de notre alimentation animale, comme les céréales sont le fond de notre alimentation végétale. Selon que l'espèce est plus apte à l'une ou à l'autre de ces fins, on la désigne sous le nom de race de trait, de race laitière ou de race de boucherie.
Les races laitières et de boucherie se trouvent principalement dans les régions du nord-ouest et du nord, où le niai ché de Paris sollicite cette production, où la culture, riche ei prairies naturelles ou artificielles et en cultures industrielles permet l'élevage et l'engraissement, où enfin les chevaux son nombreux et servent presque exclusivement comme botes ri trait.
Les races de trait se trouvent principalement dans les partit du Nord-Est, du Centre et du Sud, où le cheval est rare connu l'avoine, où le sol montagneux et sec présente plus de pâturage
L'AGHICl'LTURK. *29
jue de prairies, où la terre, tantôt durcie par le soleil, dans le Midi, tantôt pierreuse et inégale, dans le Centre, s'accommode mieux du travail du bœuf.
UO. Les races bovines. — Pour le bœuf, comme pour le cheval, les progrès de l'agriculture et les croisements tendent à effacer la distinction des races et à développer les quali- :és propres à l'alimentation. L'accroissement continu de la consommation et le haut prix de la viande encouragent les éleveurs. C'est surtout par le mélange avec la race diirham, race l'origine anglaise, caractérisée par la petitesse des jambes, la inesse des os, la précocité de l'engraissement, que l'on a perectionné, dans l'ouest, les animaux de boucherie. On reconlait néanmoins diverses races, formées avec les siècles par la nourriture même que le sol fournit et conformément aux besoins de la contrée :
1° La race flamande, au pelage rouge-brun, à la taille élevée,
•ace laitière, qui se conserve encore pure dans le département
lu Nord et plus ou moins mélangée dans V Artois, la Picardie, la
Irtfi ; dans ces dernières provinces, on la nourrit plutôt à l'éta-
)le qu'au pré.
2° La race normande, très-bonne laitière aussi, mais renommée
urtout pour l'ampleur de ses formes et pour sa viande. Les
lerbages humides du Bessin, et du Cotentin qui élève une variété
articulière, paraissent être son berceau et fournissent le lait
• plus crémeux ; aussi le beurre d'Isigny et du Bessin est-il
stimé. Les pâturages du Vexin donnent le beurre dit de
rournay. La vallée d'Auge avait toujours le privilège de donner
Paiis les u bœufs gras » du carnaval. On trouve cette race,
«h seulement dans la Normandie, mais, avec quelques modi-
cations, dans ['Orléanais, Y Ile-de-France et la Brie.
3° La race mamelle, qui naguère servait encore au labourage
t qui est presque transformée aujourd'hui par le sang durham ;
lie est, à cause de l'ampleur de ses formes et de sa propen-
ioD a lengraissement. élevée pour la boucherie dans le Maine
1 l'Anjou, ainsi que la variété angevine ; mauvaise laitière
ailleurs.
4° La race bretonne, de taille petite, au pelage noir e( blanc, acedouc< cl sobre, donnant peu de viande, mais beaucoup de
lait relativement à la quantité d'aliments qu'elle consomme aussi la Bretagne est-elle renommée pour son beurre qu'elle e\ pédie après l'avoir salé, entre autres, le beurre de Prévalayc, Originaire du Morbihan, cette race se trouve, plus ou moim mélangée, dans toute la Bretagne, et, hors de Bretagne, dans h Bordelais, par nécessité sur un grand nombre de sols pauvres et par raison d'agrément dans un certain nombre de parcs. L? race de Durham et celle d'Ayr l'ont déjà en partie modifiée
5° Le Nord-Est de la France n'a pas véritablement de rac< propre ; l'élevage d'ailleurs n'y est pas, comme dans l'Ouest une grande industrie ; mais chaque paysan, pour ainsi dire a sa vache. La plupart de ces animaux proviennent, soit di type hollandais, soit de métis de petite taille qu'on élève clan les Vosges ; dans le pays, cependant, on distingue la variée dite meusienne et celle dite ardennaise; dans cette partie de 1. France, le gros bétail est quelquefois employé aux charrois
6° La race comtoise, dans laquelle on distingue les variété tourache, répandue surtout dans la montagne, femeline, dan la vallée supérieure de la Seine, et bressane, dans la Bresse ; ell est rustique, sobre et trapue dans la montagne, plus fine et plu propre à l'engraissement dans la vallée de la Saône, mais très mélangée aujourd'hui par l'introduction des races suisses d Schwitz et de Fribourg. Dans la Franche-Comté, le lait est ei grande partie converti en fromage : le centre de cette fabrica tion est à Septmoncel. La race s'étend sur toute la région de Alpes jusqu'en Provence.
7° La race charollaise, la meilleure de nos races à deux fins grande, propre au trait et à la boucherie, s'engraissant vite originaire du Brionnais et du Charollais, elle a été améliore dans le Nivernais par le croisement avec les Durham, et s'e^ répandue sur une grande partie du Centre de la France où ell s'est mêlée à l'ancienne race rustique du Morvan et à la grand race du Bourbonnais.
8° Sur le Massif Central et dans les Cévennes vivent la race c Salers, ou race auvergnate, originaire du Cantal, vigoureuse rustique et très-dure au travail ; la race d'Aubrac ou de Laguiol variété de la précédente, mais meilleure laitière et plus faci à engraisser, qui, avec quelques modifications (sous-race d'A
.dès), pénètre jusqu'aux bords de la Garonne et s'étend au nord jusque dans le Vivarais (sous-raee du Mezenc), la race limousine, qui est grande, forte, et qui s'étend, avec la sous-race de la Marche, en comprenant plusieurs variétés, des pâturages montueux de la Haute-Vienne jusque sur les bords de la Garonne et de la Charente.
9° À l'Ouest, la race parthenaise, forte race de travail et bonne race d'engraissement ; originaire du plateau de Gâtine, elle s'étend sur tout le Poitou et sur la basse Loire en comprenant plusieurs variétés, sous-race nantaise, sous-race saintongeoise ou maraîchine. Les bœufs de Cholet sont particulièrement connus dans le commerce, et la demande croissante de la boucherie tend de plus en plus à pousser les éleveurs à la production de la viande.
10° Au midi de la Garonne, la race garonnaise, qui est grande, rlomine dans toute la vallée delà Garonne et comprend diverses variétés, sous-race Bazadaise, sous-race Agénoise; la race gas- :onne, qui est plus rustique, vit surtout dans les parties monta-
Imeuses et. compte de nombreuses ^ariétés, race béarnaise, race basquaise (bœufs de laChalosse et bœufs des Landes), racetarfraise, race de Saint-Girons, race de Lourdes, très-bonne laiière par exception dans un pays où les vaches donnent, en gèlerai, très-peu de lait, race ariégeoise. Toutes ces races sont mployées au labour et aux charrois.
141. Le commerce «le» bœufs. — En général, les eunes sujets, bouvillons et génisses, naissent en plus grande juantité dans les pâturages des montagnes, Cantal, Cévennes, imousin, Gâtine, Bretagne, Jura, Vosges, et dans les herbages e l'Ouest : là, ils sont achetés, selon les races, soit pour le ravail dans le Midi, soit pour l'engraissement immédiat dans es herbages et dans les fermes de l'Ouest, de la Bourgogne et les plaines. Cependant, depuis que les chemins de fer ont faciité les débouchés, les éleveurs du Poitou et autres engraissent auvent eux-mêmes leurs animaux pour la boucherie.
Dans toute la région du Sud-Est, le gros bétail est très-rare, ,-arce que le climat est très-sec ; par suite on a dans cette sion, peu de lait, peu de beurre et on fait la cuisine à l'huile olive. Le bétail est assez nombreux dans la région pyrénéenne
LA FKANCE.
at dans quelques parties de la vallée de la Garonne, parce que le climat plus humide y convient mieux aux pâturages. Il est assez nombreux aussi dans tout le Massif Central couvert en grande partie de pâturages et de prairies arrosés par des pluies' abondantes (voir fig. 101). Il est nombreux pour les mômes rai-
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