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terrance, de l'autre, au Pô ; la ligne de partage des eaux est en même temps sur sa plus grande étendue la ligne de faîte du massif entier; sur certains points cependant elle est dominée par des hauteurs situées plus à l'ouest. Les géographes la divisent, d'une manière quelquefois un peu arbitraire, en massif du mont Blanc, Alpes Graïes, Alpes Cottiennes, Alpes Maritimes et Alpes Liguriennes.
1° Le mont Blanc (voir fig. 13) (1), ainsi nommé à cause de lu vaste étendue déneiges et de glaciers (28,250 hectares, trois fois et demie la superficie de Paris) qui le couvrent et qui le signalent aux regards à une distance de plus de 200 kilomètres (2), est le massif le plus élevé des Alpes et, par conséquent, de l'Europe entière (3). C'est une masse gigantesque, toute composée de roches éruptives, protogènes et schistes cristallins, qui s'est fait jour à travers les calcaires jurassiques de ses vallées latérales. Au delà de ces vallées, les couches triasiques et autres, repliées et relevées en montagnes, sont presque complètement transformées par métamorphisme. De Chamonix à Entrèves, le massif a une largeur de près de \ 4 kilomètres et demi, et sa pente est, là comme partout ailleurs, beaucoup plus rapide sur le versant oriental que sur le versant occidental. Delà Dranse au col du Bonhomme, du nord-est au sud-ouest, il a une longueur de 46 kilomètres en ligne droite ; mais sa crête, qui suit le bord oriental du massif, forme un arc de cercle ouvert du côté de la France et son dé-
(1) Les esquisses de cartes figurant les chaînes de montagnes ont été dressées conformément à notre texte et d'après la carte de l'État-major au 80000e par M. Prudent, capitaine du génie. Elles sont toutes à la même échelle dans toutes les parties de la France. Les traits, autres que ceux qui figurent les cours d'eau, représentent exactement la direction et l'étendue des crêtes; des cotes plus nombreuses que celles du texte en indiquent les plus grandes élévations. Les crêtes principales sont marquées d'un trait plus fort que les autres. Nous rappelons que dans le texte, comme sur la carte, les cotes d'altitudes sont celles de la carte d'État-major; les différences, lorsqu'il y en a, proviennent (réserve faite des fautes d'impression dans notre travail) de corrections fournies par le nivellement ttourdaloue ou par le dépôt de la guerre, et, dans ce dernier cas, tirées des minutes et des mappes dressées par les officiers.
(2) Des hauteurs qui dominent Dijon, on peut, par un temps clair, apercevoir le mont Blanc, à une distance de 225 kilomètres.
(3) L'Elbrouz (5,GG0 met.), etc. dans le Caucase, sont plus élevés.
Fig. 14. — Mont Blanc vu des bords de l'Arve au-dessus de Chamonix.
La partie ombrée qui est au-dessous de la figure marque l'élévation proportionnelle lu sol au-dessus du niveau de la mer. Le glacier qui descend jusqu'au bas de la figure estMe i; laci< r des Bossons; le sommet du mont Blanc s'élève entre le sommet le ce glacier et le vaste champ de nei^'e dit Grand Plateau; la perspective le fait traître moins élevé que la crête qui est sur le bord de la figure.
veloppement total est d'environ 56 kilomètres. Le mont Blanc présente une suite d'aiguilles aiguës (voir fig. 12) qui s'élèvent au nord, depuis le col de Balme, à une hauteur de 3,500 à près de 4,000 mètres, comme l'aiguille d'Argcntière, dont plusieurs au centre dépassent 4,000 mètres, comme les grandes Jorasses, Y Aiguille du Géant, le mont Maudit, l'aiguille de Bionnasset, et qui s'abaissent au sud par le petit mont Blanc (3,917 mètres) et le mont Tondu jusqu'au col du Bonhomme, un peu plus élevé que le col de Balme ; de l'aiguille d'Argentière au petit mont Blanc, cette crête ne s'abaisse nulle part au-dessous de 3,500 mètres et les rares cols qu'on y rencontre sont des passages périlleux situés à une grande altitude au milieu des neiges, comme le col du Géant (3,362 mètres), où de hardis piétons peuvent seuls s'aventurer.
La crête projette au nord-ouest des contre-forts escarpés que surmontent d'imposantes aiguilles (aiguille Verte, 4,08! mètres) et qui séparent les glaciers descendant dans la vallée de Chamonix (glacier de l'Argentière, Çmer déplace, glacier des Bossons, glacier de Bionnasset, etc.). C'est par les glaciers que l'on fait l'ascension ou la traversée du mont Blanc. Au-dessus de 2,700 à 2,800 mètres, on ne rencontre plus que des champs de neige partout où la pente du roc n'est pas trop rapide ; ces neiges, que leur propre poids pousse lentement vers les glaciers, forment dans les parties resserrées entre deux arêtes rocheuses des « séracs », espèces de cascades de glace dont les crevasses multipliées et les aiguilles de glace amoncelées rendent l'accès quelquefois impossible.
Au milieu et au-dessus des pics sombres et des blanches nappes de neige se dresse, à 4,810 mètres au-dessus du niveau de la mer (1), le sommet du mont Blanc (voir fig. 14) : c'est une crête de neige qui a environ 120 mètres de longueui et qui, au point culminant, ne mesure pas plus d'un mètre de largeur. On en a fait pour' la première fois l'ascension en 1786.
Le massif du mont Blanc, orienté du nord-est au sud-ouest, comme toutes les grandes lignes du soulèvement alpestre dans la plus grande partie de la chaîne, est isolé dans sa grandeur
(1) 4,804 mètres d'après l'Observatoire de Turin.
majestueuse ; le Brévent est un des points d'où l'on embrasse le mieux le panorama de ce massif. Deux profondes vallées le bordent : à l'est, l'allée Blanche et le val Ferret dont l'altitude est de 2,500 à 2,200 mètres; à l'ouest, la vallée de Ghamonix ayant une altitude de 2,200 à 950 mètres ; au nord, le col de Balme (2,203 mètres), la Forclaz (1,523 mètres) et la Dranse (710 mètres), au sud, le col du Bonhomme (2,340 et 2,483 mètres) et le col de la Seigne (2,532 mètres) achèvent d'envelopper le massif et font communiquer les deux vallées ; mais ils ne sont accessibles qu'aux piétons et aux mulets.
2° Les Alpes Graïes (fig. H), dont le nom-est dérivé probablement du\icu\ mot celtique « craigh», qui signifie crête, s'étendent dans la direction du nord-nord-ouest au sud-sud-est, du col de la Seigne à la roche Melon (« roccia Melone » en italien) sur une longueur de 68 kilomètres en ligne droite et de 91 kilomètres avec les sinuosités de la crôte. Ce sont encore de très-hautes montagnes, couronnées d'une longue suite de glaciers et de champs de neige, dont les sommets ont en général plus de 3,000 mètres et dont le colle plus déprimé est à 2,157 mètres d'altitude (voir fig. 12). Mais la chaîne est loin de présenter la môme compacité que le mont Blanc ; elle ne fait plus partie de la grande ligne du soulèvement granitique et elle est coupée par plusieurs dépressions ; le terrain jurassique s'y môle à des terrains plus anciens, et les massifs qui se trouvent à l'ouest et à l'est dominent sur plusieurs points. Un premier massif, dont le Lancebranlette (2,933 mètres) est un des principaux sommets, sépare le col de la Seigne de la route carrossable du Petit Saint-Bernard (2,157 mètres) qui conduit de la vallée de l'Isère dans celle de la Dora Baltea ; une partie de l'armée française a pénétré par cette route en Italie en 1800 et en 1859. Au sud de la route, un massif plus considérable, percé seulement de quelques cols très-élevés et d'un accès difficile (col du Mont, 2,632 mètres, etc.), couvert de grands glaciers que dominent les sommets du Valezan, du Huitor, Y aiguille de la grande Sassiêre (3,756 mètres), conduit jusqu'à la source de l'Isère qui sort du glacier de la Galise (voir fig. 17). Le troisième massif a pour principaux sommets la Levanna (3,640 mètres), les grandes Pareis, la Roche Melon (3,548 mètres), panorama magnifique sur les vallées du
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Piémont, et au nord-ouest de la roche Melon, le mont Cenis (3,618 mètres à la pointe de Ronce et 3,370 au signal du grand mont Cenis).
3° Entre le mont Cenis et le mont Viso, sur une longueur de 60 kilomètres du nord au sud et sur un développement de 165 kilomètres, la ligne de faite devient confuse et pour ainsi dire méconnaissable. Les crêtes filent en général de l'ouest à l'est et les plus grandes élévations sont à l'ouest de la ligne de partage des eaux, sur le territoire français. Les géographes ont cependant donné à cette partie des Alpes un nom particulier, celui d'Alpes Co ttiennes (voir fig. 1 5), en mémoire du roi Cottius, qui régnait sur les hautes vallées de la Dora Riparia et du Pô, au temps d'Auguste, et qui passe pour avoir percé la première route du mont Cents ; la route nouvelle, construite avec soin par Napoléon et défendue par le fort l'Esseillon, a été longtemps la grande voie de communication entre la France et l'Italie ; son point culminant est à 2,082 mètres (voir fig. 1 2) ( I ). Au delà du col, le mont d'Ambin (3,381 mètres) et le Thabor (3,205 mètres) forment une chaîne qui, à l'ouest, se continue entre l'Arc et la Romanche jusqu'en Dauphiné. A peu près à égale distance entre les deux montagnes, sous la pointe de Frêjus (2,944 mètres) contre-fort de l'aiguille de Scolette (3,500 mètres), a été percé le long tunnel (12 kilomètres ij2) qui, de Fourneaux, près de Modane, à Bardonnèche, traverse les Alpes à une hauteur de 1,202 mètres à l'entrée, de 1,335 au sommet et de 1,324 à la sortie ; c'est par ce tunnel que passe le chemin de fer de France en Italie. Au sud du Thabor, la ligne de séparation des eaux prend brusquement la direction du sud -est, en enveloppant la haute vallée de la Dora Riparia et de ses premiers affluents. Elle se compose d'abord d'une crête qui n'atteint 3,000 mètres que sur deux ou trois cimes et qui renferme le col le moins élevé des Alpes Grades, Cottiennes et Maritimes, le col de l'Echelle (1,790 mètres) ; puis, au sud du Chaberton (3,138 mètres) qui se dresse isolé sur le territoire italien, est le col du mont Genèvre (1,849 mètres) (2), par lequel Louis XIII passa en 1629 pour
(1) D'après le nivellement Bourdaloue ; 2,098 d'après la carte de l'Étatmajor.
['1) Nivellement Bourdaloue ; l,8ôi d'après l'Êtat-major.
aller ensuite forcer le pas de Suze. Au sud, le col est bordé par une chaîne où se trouve le mont Genèvre, mamelon peu considérable, qui se prolonge à l'ouest par des hauteurs de 2,100 à 3,100 mètres jusqu'à un double col, col Saint -Martin et col d'Abries. Au delà, un contre-fort du Viso se dirige vers le sud jusqu'au Granero (3,105 mètres) et jusqu'à la grande pyramide granitique du mont Viso (3,845 mètres) (1) qui est situé tout entier sur le territoire italien et dont le sommet, sans rival à 60 kilomètres à la ronde, n'est, dans toutes les Alpes occidentales, dépassé que par le massif du Pelvoux, par la pointe des Grands-Couloirs et par le massif du mont Blanc (voir fig. 12 et 13). Par un temps clair on l'aperçoit de la pleine mer sur la Méditerranée. A l'ouest du Viso est le col à'Agnello (2,699 mètres).
4° Les Alpes Maritimes (voir fig. 15) ne possèdent aucun sommet atteignant 3,500 mètres. C'est dans la partie septentrionale, avec Yai'juille de Chambeyron (3,400 mètres) et la tête de Moyse (3,1 10 mètres), qu'elles ont leur plus grande élévation (voir fig. 13). Près de ce dernier sommet est le col de la Madeleine, dit aussi col de Larche ou de Largentière (1,905 mètres), par lequel François Ier déboucha en Italie, en 1515, en tournant les positions des Suisses; au sud.YEnchastraye, limite jadis de trois îvèchés, aujourd'hui des départements des Basses-Alpes, des Upes-Maritimes et de l'Italie, n'a que 2,956 mètres, mais est un îœud orographique important. Au col Long {colla Lunga, 2,573 nètres), la crête des Alpes cesse de servir de frontière entre la France et l'Italie ; la cime de Mercantour (3,i67 mètres) et le mont "lapier (3,046 mètres), les plus hauts points de la crête, sont en Italie. La cime du Diable (2,687 mètres), située au sud du mont Clapier, est le principal sommet de la frontière française de 'e côté.
Les Alpes Maritimes, composées en partie de granit, en parie de gneiss et de schistes cristallins, s'étendent du col de Saint- Véran, situé à l'ouest du Viso, jusqu'au col de Tende, sur une ongueur d'environ 100 kilomètres, avec un développement de 37 kilomètres ; si elles n'ont pas de très-hauts sommets, elles
(1) 3,840 d'après l'État-major italien.
présentent du moins une arête continue, dont les cols, sentiers de piétons, sont en moyenne à 2,500 mètres ; deux seulement descendent au-dessous de 2,000 mètres, le col de la Madeleine et le col de Tende (1,873 mètres), dont la route est carrossable, et qui tous deux conduisent à Goni (Cuneo en italien), l'un de Barcelonnette en descendant la vallée de la Stura, l'autre de Nice en remontant la vallée de la Roya.
5° Les Alpes Liguriennes (voir fig. 16) s'étendent le long du golfe de Gènes, depuis le col de Tende jusqu'au col de Cadir bone, et dominent la Méditerranée de leur crête pittoresque, formée de roches granitiques ou cristallines. Leur sommet le plus élevé, le Mongioie (2,625 mètres) est voisin du col de Tende et n'est pas sur la ligne de partage des eaux. Les Alpes Liguriennes s'abaissent promptement vers l'est (voir fig. i 3), et les cols accessibles deviennent plus nombreux (col di Nava, col di San-Bernardo, col di Melogno) ; quoique le mont Settepani, à la source de la Bormida de Spigno, ait encore 1 ,392 mètres, la ligne de faîte s'abaisse au-dessous de 1,000 mètres et n'a môme que 417 mètres à son extrémité. Là passe la route du col de Cadibone et passera bientôt le chemin de fer de Savone à Turin. C'est de cette dépression que profita Bonaparte, en 1796, pour tourner l'armée austro-piémontaise qui lui faisait face au col de Tende ; il fit passer le gros de ses troupes par le col de Cadibone qui conduit à Millesimo, pendant qu'une partie prenait,, plus au sud-ouest, le col de Saint-Jacques (San-Giacomo) ou débouchait derrière le mont Georgio à Montenotte. Cette partie des Alpes n'a guère du côté de Savone que 20 kilomètres d'épaisseur. Au nord, la chaîne se prolonge par de basses montagnes de terrain tertiaire; au sud, elle plonge sur la Méditerranée par des contre-forts courts et déchirés de ravins profonds, que la belle route de la Corniche traverse par une suite de ponts et au bas desquels passe, sur la côte, le chemin de fer de Nice à Gènes.
10. Le§ Alpes de Savoie. — On désigne sous le nom d'Alpes de Savoie (voir fig. H) les massifs qui couvrent cette province tout entière jusqu'à l'Arc et l'Isère ; on peut même y comprendre le massif de la Grande-Chartreuse, quoiqu'il appartienne au Dauphiné par sa partie méridionale. A l'ouest du mont Blanc et séparé de lui par la vallée de Chamonix, le
lirrrent (2,526 mètres), du sommet duquel on contemple le géant des Alpes dans toute sa grandeur, est encore une montagne de granit ; plus à l'ouest, les chaînes sont toutes calcaires. Le Buet (3,109 mètres), enveloppé de neiges, les domine et peut être regardé comme le point de jonction de quatre lignes de hauts sommets escarpés ; l'une, la plus haute, se projette au nord vers le Rhône et contient la dent du Midi (3,285 mètres) plus élevée que le Buet même et les tours Salières (3,047 mètres (1); la seconde, avec les Dents Blanches (2,862 mètres), le col de Coux (1,927 mètres), le col de Cheserey (2,020 mètres), la dent du Yillard (1,920 mètres), forme la haute barrière qui sépare la France de la Suisse et contient, mais entièrement sur le territoire français, la dent d'Oche (2,225 mètres) dominant le lac de Genève ; la troisième, qu'on peut désigner sous le nom de monts du Ghablais, enveloppe tous les vallons où coulent la Dranse et ses affluents, possède plusieurs sommets dépassant 2,000 mètres (roc d'Enfer, 2,240 mètres) et se termine en face de Genève parles Voirons (1,486 mètres) ; la quatrième s'étend entre la Giffre et l'Arve et renferme le col d'Anterne (2,205 mètres) connu des touristes, le désert de Plate (2,476 mètres), Voiguille de Varens (2^488 mètres) et le Mule (1,869 mètres), qui dominent la route de Genève à Chamonix ; elle fait partie des monts du Faucigny.
Entre l'Arve et l'Isère, les Alpes de Savoie sont des montagnes de calcaire jurassique ou crétacé, allongées parla force des soulèvements dans des directions parallèles à celle du mont Blanc: au sud, le Roignais (3,001 mètres) et le Crêt du Rey (2,639 mètres) qui font suite au mont Blanc lui-même; plus ;t l'ouest, le mont de Mirantin (2,485 mètres) et le mont Gharvin (2,414 mètres); à l'ouest du mont Blanc, le mont Joli (2,527 mètres) et les Aiguilles (2,487 mètres), puis deux crêtes dont la Pointe-Percée (2,752 mètres) et le pic de Jallouvre (2,438 mètres) sont les pointes les plus avancées ; au delà, séparés par une longue plaine faisant partie du Genevois, les Salèves (1 ,379 mètres au Grand Salève), dont la crête isolée est orientée comme les autres vers le nord-ouest, et, plus à l'ouest encore,
(1) 3,221 d'après Dufour.
le Vuache, qui est en réalité un contre-fort du Jura que le Rhône a disjoint de son tronc.
Au sud, entre deux dépressions profondes qu'ont remplies en partie les lacs d'Annecy et du Bourget, et dont le point le plus élevé n'est qu'à 500 mètres dans la première, à 309 dans la seconde, se trouve le massif calcaire des Beauges, entièrement isolé des autres massifs et formé de longues crêtes orientées du nord au sud ; la pointe d'Arcalod, ou pointe d'Arcalin (2,230 mètres), est le plus haut sommet du massif et la dent du Nivolet (1 ,558 mètres), qui domine Chambéry,en est le plus renommé par la beauté du panorama. La Tournette (2,357 mètres) et la montagne de Semenoz (1,704 mètres) bordent le lac d'Annecy. Au sud de la seconde dépression, qu'on peut nommer la trouée de Chambéry et qui semble avoir été, avec le Graisivaudan, l'ancien lit du Rhône à une époque où le fleuve n'avait pas encore percé le Vuache et les contre-forts du grand Colombier, est un autre massif très-boisé, long de 30 kilomètres, qui a beaucoup de ressemblance avec les Beauges : c'est le massif de la grande Chartreuse que contourne précisément à l'est et au sud la vallée du Graisivaudan; il présente du côté de l'est une muraille de calcaire haute et abrupte (voir fig. 17) au pied de laquelle s'appuient les pentes d'éboulement couvertes de pâturages et de bois, puis de cultures et de vignes; au nord, il se termine par le mont Granier dont le sommet à pic au-dessus de ses éboulements, domine la plaine de Chambéry ; au sud il descend sur l'Isère et sur Grenoble par les escarpements du mont Rachais ; à l'ouest, il s'abaisse plus doucement par une suite de crêtes boisées. Au centre, sont des crêtes parallèles allongées du nord au sud, et ses plus hauts sommets sont le Grand Som (2,033 mètres) qui se dresse au-dessus du monastère de la Grande Chartreuse, fondé par saint Bruno dans un vallon solitaire, le Petit Som (2,066 mètres) et Chamechaude (2,087 mètres). Le massif rappelle, comme les Beauges , le terrain jurassique dont il est en réalité la suite et auquel il se rattache directement par la longue crête du mont du Chat (1,497 mètres) terminée au pied du Rhône, en face du Jura (Grand Colombier), par le Landart (645 mètres).
Entre l'Isère supérieur et l'Arc, c'est-à-dire entre les vallées
!j!ïfîT7n|...lSl. Chivasso. - Vallée du Pô -7 "3
5=-^^ ...3161. Roësa di Bianchi
.... Glacier de Monei
.2998. Glacier de la Galise
et col de la Galise .3"5(>. Aie:, de la Gde Sassière
..".164. Ruitor
..818. Bourg -S. -Maurice
..3001. Roignais.
..2639. Crêt du Rey ..482. Moutiers
...2485. Mont de Mirantin ,..3o0. Albertville
..300. Chamousset
.281. Monimclian M et trouée de Cliambéry
.2C87. Chaniechaude .212. GRENOBLE
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dites Tarantaise et Maurienne, et par conséquent beaucoup plus près de la chaîne centrale que les deux massifs précédents, est une chaîne composée, en partie de granit, en partie de schistes et de calcaires, ayant tout à fait le caractère sauvage des Grandes Alpes. Un col qui réunit les deux cours d'eau près de leur source, à une altitude de 2,769 mètres, la sépare des Alpes Graïes : c'est le col d'Isera?i, qu'on désigne d'ordinaire sous le nom de mont Iseran. Elle projette au nord une double crête escarpée terminée par les glaciers du mont Thuria (3,789 mètres) et par le mont Jouvet (2,563 mètres). La chaîne principale s'étend dans la direction de l'ouest, dressant des cimes dont quelques-unes dépassent 3,500 mètres : Y aiguille de la Grande Motte (3,663 mètres), la pointe des Grands Couloirs (3,861 mètres) (I). l'aiguille du Péclet (3,566 mètres) ; les cols ont plus de 2,300 mètres et sont peu praticables. Elle se prolonge jusqu'au confluent des deux rivières par des chaînons orientés du sud au nord et s'élevant de 2,850 à 2,400 mètres (Perron des Encombres, 2,328 mètres; Cheval Noir, 2,834 mètres; mont Bellachat, 2,488 mètres; Grand Arc, 2,489 mètres ; col de la Madeleine, 1 ,984 mètres), et elle déploie ses vastes champs de neige et ses glaciers non moins nombreux que ceux des Alpes Graïes ellesmêmes ; le plus grand est le glacier de la Vanoise qui a fait, donner à l'ensemble de la chaîne le nom de massif de la Vanoise. La Tarantaise, au nord de ce massif, a été pendant tout le moyen âge un archevêché qui, communiquant par le col du Petit Saint-Bernard avec le val d'Aoste, étendait jusque-là et jusque sur le Valais sa juridiction spirituelle. Au sud, la Maurienne, non moins profondément encaissée par ce massif, a été un comté important ; c'est par là que passe la route du mont Cenis. Montmélian, pris en 1601 par Henri IV, en défend l'entrée ; aujourd'hui c'est cette vallée que le chemin de fer de Paris à Turin, au sortir de la trouée de Chambéry, remonte jusqu'à Modane.
11. Itvm Alpes du Daupliîné. — Sous le nom d'Alpes du Dauphiné (voir fig. 15), on désignera partie des Alpes
1) Quelques géographes l'appellent, d'après le témoignage de M. Elisée Reclus, l'aiguille de la Grande Casse.
située entre l'Arc et l'Isère moyen au nord et la Duranee au sud,, en comprenant ainsi une petite partie de la Savoie, de la Provence et du comtat Venaissin. Ce n'est pas une chaîne, mais une accumulation de chaînes et de massifs différant par leur direction comme par leur constitution géologique.
Entre l'Arc et la Romanche est une première chaîne, orientée de Test à l'ouest, qui continue la chaîne du mont d'Ambin et du Thabor et qu'un col de plus de 2,600 mètres d'altitude (col de la Madeleine) unit à cette dernière montagne. Elle se compose cl une série de crêtes étroites, escarpées, presque partout infranchissables, orientées du sud au nord et reliées dans leur partie méridionale par une crête principale dont les sommets ont en général plus de 3,0()0 mètres [Grand Galibier 3,242 mètres, trois Évêchés 3,120 mètres, trois Eflions 3,514 mètres), et dont les rares cols ont plus de 2,500 mètres. On désigne l'ensemble sous le nom de massif des grandes Rousses ; c'est une des parties les plus sauvages et les plus pittoresques des Alpes françaises; les Grandes Rousses proprement dites (3,475 mètres) sont toutes enveloppées de glaciers comparables à ceux de la Vanoise et du Pelvoux.
A l'ouest, orientées comme le mont Blanc, sont deux autres crêtes granitiques qui, au point de vue géologique , en sont la continuation immédiate : la crête dont le rocher d'Arguille (2,893 mètres) est le plus haut sommet et qui se termine au sud par la Montagne pierreuse et désolée des Sept Lacs (1 ) ; la crête qui, du nom de son principal pic (2,981 mètres), est dite chaîne de Belledonne et qui élève ses sombres rochers et ses glaciers au-dessus de la vallée du Graisivaudan.
La gorge profonde dans laquelle coule la Romanche sépare ce massif d'un autre plus important encore ; non loin de la source de la Romanche, elle aboutit à un col, haut de 2,075 mètres, qui donne accès dans la vallée de la Guisane, affluent de la Duranee : c'est le col du Lautaret, dos de terrain qui relie au Galibier le massif du Pelvoux et par lequel passe la route de Grenoble à Briançon (voir la fig. 15).
(1) Ou des Sept-Laux dans le patois du pays. 11 y a en réalité dans la longue gorge de cette montagne, terminée par le col de l'Homme, une dizaine de petits lacs.
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Le massif du Pelvoux (voir la fig. 15) est une masse de granit à peu près circulaire, enveloppée de gneiss, mesurant 20 à 30 kilomètres de diamètre. Ses vallées, étroites et sauvages, sont presque partout à une altitude de plus de i ,000 mètres ; ses crêtes, plus étroites et plus escarpées que celles du massif précédent, ont en moyenne environ 3,500 mètres et dépassent même 4,000 mètres sur un point; le mont Blanc et Je Grand Paradis dressent seuls leurs neiges et leurs pics à une plus grande hauteur dans les Alpes occidentales. Ces crêtes , trop abruptes pour que la neige s'y attache, sont flanquées d'un immense cirque de glaciers (glacier du mont de Lans, glacier d'Arsine, glacier Blanc, glacier de l'Encula, glacier Noir, glacier de la Pilatte (voir fig. S 8) (i ) qui descendent jusqu'à 2,000 mètres et au-dessous et qui enveloppent une triste et froide vallée nommée le cirque de la Bérarde, du nom du hameau qui s'y trouve. Vu de l'est, le massif tout entier est dominé par le mont Pelvoux (3,954 mètres) (2), qui attire les regards par sa vaste croupe, par sa double pyramide et par ses grands glaciers ; cependant, à 4 kilomètres au nord-ouest du Pelvoux, de l'autre côté du glacier Noir, la Barre des Écrins ou Pointe
(1) La carte de l'État-major entreprise en 1817, à la suite d'un rapport de Laplace, a été exécutée par les officiers du corps de l'État-major attachés au dépôt, de la guerre. La géodésie ou triangulation de 1er et de 2e ordre a été faite de 1818 à 18'i5; la topographie comprenant les triangles de 3e ordre à la boussole a été faite ensuite à l'échelle du 20,000e et du 40,000e. Les officiers ont dressé d'abord les mappes ou brouillons des cartes sur le terrain, puis dans le cabinet, les minutes des cartes, en fournissant (excepté pour la partie septentrionale, la plus anciennement levée, des calques séparés de la planimetrie, des courbes de niveau et de la lettre. Les cartes ont été dessinées et gravées d'après ces minutes, à lYchelle du 80,000% c'est-à-dire d'un millimètre pour 80 mètres, par le dépôt de la guerre. La carte se compose de 21 4 feuilles qui sont vendues 4 francs chaque, quand elles sont tirées en taille-douce et 1 franc quand elles sont tirées en report sur pierre. La première feuille a été publiée en 833; les dernières paraissent en 1875. Tout Français doit connaître et pouvoir lire cette carte; c'est pourquoi nous en avons donné, avec l'autorisation du ministre de la guerre, de nombreux extraits. Ces extraits, ayant dû être ramenés à des clichés typographiques pour entrer dans le volume, donnent une image plus lourde que la carte originale.
(2) Le pic rocheux, dont l'altitude est de 3,938 mètres et dont la carte de l'État-major donne la cote, est quelque peu dominé par un sommet de neige voisin qui atteint, d'après M. Tuckett, 3,954 mètres.
Fig. 1S. — Massif du PcIvjux. (Extrait de la carte de l'État-major au 80,000e.)
(Vu ir la note I, p. 38.)
des Arsines, la plus haute cime du massif, se dresse au-dessus de lui à 4,103 mètres; au nord du cirque, JaMeije (3,987 mètres), c'est-à-dire l'aiguille du Midi (lorsqu'on la voit du Lautaret), le dépasse aussi; au sud, l'aiguille d'Olan (3,883 mètres) l'égale presque (1). De ce massif dépendent : à l'est, la crête granitique dont la cime de la Condamine (2,936 mètres) est le point culminant ; au sud, la crête également granitique des Bœvfs Rouges (3,651 mètres) et du pic Bonvoisin (3,506 mètres) à laquelle font suite les montagnes calcaires du grand Pinier (3,120 mètres) et de la Dublée (2,737 mètres) qui entourent la source du Drac; au nord-ouest, le contre-fort granitique, puis calcaire, dans lequel la Roche de la Muzelle s'élève à 3,459 mètres et qui s'étend jusqu'au confluent de la Romanche et du Drac avec des crêtes de 3,000 à 1,700 mètres (Saint-Taillefer, 2,861 mètres).
Le massif du Pelvoux et ses contre-forts sont la région la plus élevée et la plus pittoresque des Alpes françaises. VOisans, c'està-dire la creuse vallée qui s'étend au nord et au nord-ouest de ce massif, est une des plus sauvages et des plus encaissées des Alpes.
Au sud-est du massif du Pelvoux, entre la Durance et son affluent l'Ubaye, sont deux chaînes que sépare la vallée du Guil et qui se continuent de l'ouest à l'est, de France en Italie, à travers la ligne de faîte (Alpes Cottiennes) très-peu prononcée dans cette région (voir fig. 19). Leur sommet le plus élevé est, dans la chaîne au nord du GuiF, le Pie de Rochebrune (3,324 mètres), et dans la chaîne au sud du Guil, dont la crête séparait le Dauphiné de la Provence, la pointe de la Font-Sancti (3,370 mètres) ; cette dernière se continue jusqu'au confluent de l'Ubaye et de la Durance (pic du Grand Lombard 2,996 mètres).
Au sud-ouest du massif du Pelvoux, de l'autre côté du Drac, est le sombre massif du Dévoluy, d'où descendent vers la Durance les deux Buech, vers le Drac, la Soulouse et l'Ebron et dont le plus haut sommet est la Tête de VObiou (2,793 mètres1, mais dont la partie centrale est à la montagne d'Aurouse (2,712 mètres au pic de Bure). C'est la partie la plus nue et la plus désolée des Alpes. Autrefois, dit-on, elle était couverte de forêts ; mais les eaux l'ont ravinée, et aujourd'hui elle ne présente plus
(1) Le pic d'Olan, situé sur la même crête, à 2 kilomètres au sud de l'aiguille, n'a que 3,578 mètres.
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que des éboulis de cailloux noirâtres sur lesquels l'herbe même a peine à pousser : ce qui lui a valu son nom (devolvere).
Le col Bayard (\ ,24G mètres), où passe la route de Gap à Grenoble, et le col delà Croix-Haute (1,500 mètres) peuvent être regardés comme les limites orientale et occidentale du Dévoluy.
Au nord-ouest de la Croix-Haute est le mont Glandasse (2,025 mètres) qui forme avec le mont d'Ambel (1,710 mètres) la pointe méridionale du Vercors. Le Vercors est un massif bien différent des précédents ; il appartient aux Alpes calcaires et il est, par sa constitution géologique comme par la direction de ses arêtes de grès vert orientées du nord au sud, la continuation du massif de la Grande-Cbartreuse dont il n'est séparé que par le cours de l'Isère ( 1 ). La crête orientale, la plus élevée, dite montagnes de Lans, atteint 2,289 mètres à la Grande Moucherolle et domine un vaste plateau boisé qui a en moyenne \ ,500 mètres d'altitude. C'est un calcaire néocomien, sillonné de fissures profondes et de ravins creusés par les eaux. Le mont Aiguille (2) (2,097 mètres) y méritait naguère son surnom de pic inaccessible ; aujourd'hui on l'a gravi. La Vernaison et la Bourne, petits affluents de l'Isère, roulent leurs eaux à travers le Vercors dans des gorges d'une imposante beauté (les Grands Goulets, gorge d'Omblèze,etc).
Au sud-ouest du Vercors, entre la Drôme et l'Eygues, est un chaos de montagnes confusément entassées, dénudées et sauvages pour la plupart, parmi lesquelles on remarque la forêt de Saou en partie dévastée et Boche Courbe (1 ,592 mètres) au nord, le mont de Bouternard (1,525 mètres) à l'est, la montagne de Couspeau au centre et le mont de la Lance (1,340 mètres au sud-ouest).
Au sud de l'Eygues, les montagnes deviennent plus régulières et présentent des crêtes parallèles. Le Vercors, placé sur le flanc occidental du soulèvement alpestre, a ses arêtes orientées du nord au sud ; les montagnes au sud de l'Eygues, placées sur le flanc méridional du même soulèvement et composées également de grès verts et de calcaires, ont leurs arêtes orientées de l'est à l'ouest.
(1) En comprenant dans le massif du Vercors les montagnes de Lans qui en sont la continuation au nord et qui s'étendent jusqu'au Bec de l'Ecliaillon, au coude de l'Isère.
(2) L'État-major écrit Eguille.
Au nord, où se trouve, entre autres crêtes, le mont de la •Chàbre (1,334 mètres), les lignes sont encore brisées. Mais au sud, entre la Durance et le Rhône, hors du Dauphiné et sur le territoire provençal, trois lignes parallèles se dessinent plus nettement. D'abord, le mont Ventoux (1 ,01 2 mètres), dressant au-dessus de la plaine du Rhône sa crête visible depuis Mmes, toute chauve, longue de 20 kilomètres, très-escarpée au nord, ravinée au sud par de nombreux lits de torrents, et, à l'est du mont Ventoux, la montagne de Lure (1,827 mètres) qui s'étend jusqu'au bord de la Durance sur une longueur de plus de 25 kilomètres ; c'était là qu'étaient les villages vaudois dont la population fut détruite par ordre de François Ier. En seconde ligne, les montagnes de Vaucluse, d'où sort la fontaine de ce nom et qui s'élèvent jusqu'à 1,242 mètres vers la source de la Doua. En troisième ligne, la montagne du Lubéron (1 , 125 mètres à l'est et 720 à l'ouest de l'Aiguebrun) (voy. fig. 16), longue de 40 kilomètres, en partie reboisée aujourd'hui, soulevée et arrondie en voûte par le plissement des couches néocomiennes, et s'allongeant au nord de la Durance.
12. lies Alpes de Provence. — Les Alpes de Provence (voir fig. 16) s'étendent entre les Alpes Maritimes à l'est, la plaine du Rhône à l'ouest, FUbaye et la Durance (1) au nord, la Méditerranée au sud. Ce sont des montagnes de. calcaire, de schiste et de grès vert, généralement nues et âpres, profondément ravinées par les torrents, présentant sur leurs flancs de longs éboulis de terre noirâtre ou grise sur lesquels l'herbe même ne saurait pousser, brûlées du soleil en été, couvertes de neige en hiver. Elles forment une suite de hauts chaînons encaissant de profondes vallées et orientés les uns du nord au sud, les autres de l'est à l'ouest. Les sommets ont de 2 à 3,000 mètres dans la partie septentrionale. Le mont Pelât, montagne crétacée et les Trois-Êvêchçs, au sud de Barcelonnette, ont 3,053 et 2,927 mè-
(1) La Provence s'étend en réalité au nord de la Durance inférieure depuis le confluent du Buech, et par conséquent depuis la petite vallée située sur le versant septentrional de la montagne de Lure, jusqu'à l'extrémité nord-ouest de la montagne du Lubéron, où la Durance redevient sa frontière et la sépare du Comtat Venaissin. Le Ventoux est dans le Comtat.
très; le mont Monnier, entre le Var et la Tinée, en a 2,618. Au sud de l'Asse et du principal coude du Var, les chaînons, presque tous rangés de l'est à l'ouest, semblent avoir été alignés par la compression du soulèvement alpestre contre le massif cristallin et porphyrique des Maures et de l'Estérel ; ils n'ont plus qu'une hauteur de 1,900 à 1,000 mètres et moins. Le principal sommet, entre l'Asse et le Verdon, le Mourre de Chanier, a 1,931 mètres ; le mont de Teillon, à l'est du Verdon, a 1,894 mètres. Au sud du Verdon, un chaînon de grès vert, composé en partie de montagnes, en partie de plateaux calcaires, forme la limite entre le bassin du Rhône et les petits fleuves côtiers ; il a 1,778 mètres à la montagne du Cheiron à l'est, près du Var, 1 ,713 mètres à la montagne de la Chens, 1,1 30 mètres seulement à la montagne de Beausoleil, et 1 ,01 1 à la montagne de Sainte-Victoire, près d'Aix, montagne ainsi nommée parce qu'une tradition place dans la plaine subjacente la victoire de Marius sur les Cimbres. La ligne des hauteurs se continue par les monts de la Trévaresse et par la chaîne des Alpines (38(5 mètres) remarquable par la blancheur de ses rocs et faisant suite, entre la Durance et le Rhône, à la montagne du Lubéron. La chaîne de la Sainte-Baume (1,154 mètres), située à l'est de Marseille, à l'origine des bassins de l'Huveaune et de l'Argens, fait partie de ce système de hauteurs. Au sud de la Sainte-Baume est un massif qui se termine sur la côte par le Faron (550 mètres) dominant Toulon de sa crête aride et dans lequel est le passage, autrefois redouté, des gorges d'Ollioules (voir plus loin la carte marine représentant le cap Sicié et Toulon).
Tout autre est l'aspect des deux dernières chaînes côtières, les montagnes des Maures et l'Estérel. Les montagnes des Maures (voir fig. 16), isolées entre l'Argens, le Gapeau et la mer, sont de granit et de gneiss ; elles n'ont guère que 4 à 500 mètres d'altitude, quoique sur deux points elles approchent de 780 mètres (779 m. à N.-D. des Anges), mais elles sont sauvages, boisées, couvertes d'arbustes et d'arbres des climats chauds, pittoresques et découpées en baies profondes sur la mer ; elles doivent leurs noms aux pirates sarrasins qui y restèrent établis pendant près d'un siècle. L'Estérel, situé à l'est entre le Reyran et la Siagne, n'a guère que 20 kilomètres de longueur et n'atteint que
016 mètres au mont Vinaigre, son plus haut sommet; mais c'est [un massif isolé, composé déroches porphyriques et cristallines, se dressant en forme de murailles et de tours crénelées, plus pittoresque encore que les montagnes des Maures, paré de grandes fougères arborescentes mêlées aux pins d'Alep et rappelant les paysages de l'Espagne méridionale.
13. E.es Alpes du Piémont et le Uontf errât. — On ne saurait séparer de la description générale des Alpes occidentales les contre-forts de la ligne de faîte qui s'allongent sur le versant italien. Ils sont courts et hauts. Les Alpes Piémontaises présentent à la plaine, qui est à une altitude de 300 à 200 mètres, un front de granit taillé en pentes abruptes (voir fig. 17) et coupé par de profondes vallées d'où sortent le Pô et ses affluents. Au nord, entre la Dora Baltea et l'Orco, s'étend, sur une longueur d'environ 70 kilomètres, le plus important de ces contre-forts, qu'on désigne du nom de son plus grand sommet (4,120 mètres?) sous le nom de Grand Paradis (voir fig. H) et dont les pentes septentrionales bordent la vallée d'Aoste, tant de fois suivie par les armées qui franchissaient les cols du grand et du petit Saint-Bernard. Des neiges éternelles et des glaciers (glacier de Monei, etc.) le recouvrent en grande partie ; le bec de Nona y atteint 3,555 mètres et, à 50 kilomètres de la ligne de faîte, la Roesa di Blanchi a encore 3,161 mètres ; au sud de l'Orco, on remarque le monte Soglio( 1,969 mètres) et le monte Civrari (2,204 mètres) qui fait suite à la roche Melon ; au sud de la Dora Hiparia (voir fig. 1 5), les contre-forts sont moins hauts et moins longs : 2,114 mètres au collo dell' Aquila, 1 ,443 mètres au monte Freidour, qui termine la longue crête de l'Assiette bordant au sud la vallée de la Dora Riparia, 1,303 mètres au monte Bracco. C'est dans l'étroite vallée de la Dora Riparia qu'est la ville de Suse et que débouchent le col du mont Cenis et celui du mont Genèvre, lequel, par un second col (col de Sestrières), conduit aussi dans la vallée du Clusone, où se trouve Fénestrelle et dont Pignerol (Pinerolo) commande l'entrée ; au sud de cette vallée est le mont Albergan. La plaine qui est au pied de ces contre-forts a été le théâtre de maint combat et de maint siège : Pignerol, Saluées, Staffarde, le champ de la Marsaille.
Les Alpes Liguriennes sont étroites; mais au nord, elles se prolongent en quelque sorte jusqu'au Pô par un massif de hauteurs appartenant au terrain tertiaire et coupé en deux par la vallée du Tanaro. Ce massif est le Montferrat (voir fig. 15). Au sud de la Bormida, les hauteurs servent de contre-forts aux Alpes Liguriennes et aux Apennins et conservent presque partout une altitude supérieure à 600 mètres. Au delà de la Bormida, les monts d'Alba s'élèvent jusqu'à 762 mètres ; mais les collines qui dominent le Tanaro ont moins de 300 mètres. Entre le Tanaro et le Pô, l'altitude est également médiocre, sauf dans les collines de Superga qui bordent le Pô en face de Turin et d'où l'on jouit, à une altitude de 716 mètres, d'une des plus belles vues d'ensemble de la chaîne des Alpes.
\ 4. Les montagnes de la Corse. — La Corse (voir fig. 20) est un pays de montagnes qui se rattachent, par leur nature comme par leur direction, au système alpestre. Une grande chaîne, fortement coudée autour de la ville de Corte, formée de terrains jurassiques et crétacés au nord-est, de terrains cristallins à l'ouest, la parcourt du nord au sud, en envoyant, surtout au sud-ouest, de hauts rameaux qui ne s'arrêtent qu'à la mer et y forment des promontoires. Dans la presqu'île septentrionale, que l'on appelle le cap Corse, le Stella atteint 1,305 mètres. La chaîne se déprime à la hauteur de Bastia où le col de Teghime n'a que 541 mètres. Entre ce col, et la dépression formée par la vallée inférieure du Golo et par celle de l'Ostriconi (altitude de 450 à 500 mètres au point de partage des deux vallées) est un second massif dont le point culminant est le mont Asto (1,533 mètres).
La grande chaîne recommence à l'ouest de l'Ostriconi et s'élève au-dessus de la plaine dite la Balagne à 2,000 mètres et plus : 2,393 au monte Padro, situé au nord de l'Asco, 2,710 mètres au monte Cinto, la plus haute montagne de l'île, située à une des sources de l'Asco et flanquée, à l'ouest, de lapointe Minuta (2,547 mètres), à l'est, du capo al Berdato (2,586 mètres; dont la crête se prolonge entre la vallée de l'Asco et celle du Golo jusqu'au mont Traunato (2,180 mètres) ; entre le Golo et le Tavignano, la pointe Artica atteint 2,329; plus au sud-est, sont le monte Rotondo (2,625 mètres), le monte Cardo (2,454 mètres), le
monte d'Oro (2,391 mètres), le monte Renoso (2,357 mètres). Toute cette partie de la chaîne enveloppe d'un arc de cercle la petite plaine de Corte, située environ à 400 mètres d'altitude, et n'a de comparable pour la hauteur que les Alpes et les P\ re-
nées; c'est une suite ininterrompue de roches et de gorges sauvages, de forets de pins laricio, quelquefois de chênes dans les vallées (foret de Filosorma, forêt de Valdoniello, etc.), ti es-
peu peuplée et coupée par des cols qui ont de 1 , t «2 mètres (col ou Bocca de Vizzanova au sud où passe la grande route d'Ajaccio à Corle) à 2,029 mètres (col de la Scaglia).
A Test, la plaine de Corte est fermée par un autre massif que le col de San Quilico (560 mètres) rattache au précédent; il s'étend du Golo au Tavignano dans une direction à peu près parallèle à la grande chaîne et le mont San Pietro (1 ,766 mètres) en est le point culminant.
La crête, quelque peu abaissée dans le bois de Marmano (1,534 mètres) à l'est du massif du monte Renoso, se continue vers le sud, en étant moins haute, quoique plusieurs sommets y dépassent encore 2,000 mètres (2,1 36 mètres au mont l'Incudine) ; mais, au sud, le mont Colva n'a que 1,378 mètres et la montagna de Gagna, située à la latitude de Sartène, n'en a que l,:i77 ; ensuite, la chaîne se déprime tout à fait et se termine sur les bouches de Bonifacio par des falaises et des roches de 50 à 200 mètres.
La côte occidentale possède au fond de ses golfes quelques petites plaines d'aJluvions au milieu de ses montagnes ; la côte orientale a des vallées plus longues s'ouvrant sur la plaine de la côte, qui est en partie formée par des alluvions marécageuses, et dont la région centrale s'appelle plaine d'Aléria.
15. Le «9 ura. — Le Jura, situé au nord des Alpes occidentales, est une masse toute composée de ce calcaire oolithiqne auquel on donne, à cause de la chaîne, le nom de jurassique ; çà et là quelques étroites bandes de terrain crétacé que les révolutions géologiques n'ont pas emportées s'étendent dans les vallées. Du lac d'Aiguebelette au confluent de l'Aare et du Rhin, le Jura mesure 310 kilomètres sur la ligne de faîte; sa largeur la plus grande, entre le lac de Neuchàtel et Besançon, est de 70 kilomètres. C'est dans l'ensemble un vaste plateau, incliné vers l'ouest, surmonté de longues crêtes parallèles, et strié de profondes vallées. Il semble que ce soit le soulèvement alpestre qui ait plissé si régulièrement ce terrain ; les géologues y ont trouvé plus de cent soulèvements distincts. Les plus grandes élévations (de 1,200 à 1,700 mètres environ) sont dans la crête orientale qui tombe en pentes très-rapides jusque sur le plateau de la Suisse et dont le pied, à une altitude de 435
à 320 mètres, est bordé par les lacs de Neuchâtel, de Bienne et par l'Aare (voir fig. 23). A l'ouest de cette crête principale, est une suite de plateaux, hauts en moyenne de 1,000 à 800 mètres, riches en pâturages et en forets, parfois tourbeux, sillonnés dans la direction du nord-nord-est par des crêtes secondaires de 1,200 à 1,000 mètres et par des vallées étroites et creuses. Dans ces vallées, les pentes douces formées par les terrains marneux et contrastant avec les murailles abruptes du calcaire sont désignées sous le nom de combes, et les étroites fractures perpendiculaires aux chaînons par lesquelles les cours d'eau s'échappent vers la plaine, sous le nom de cluses. Par trois ou quatre étages successifs de gradins on descend, de plateau en plateau, jusqu'à la plaine de la Saône, qui est haute environ de 300 mètres (voir fig. 30), et que le dernier gradin, un des plus rapides et des plus accidentés, domine d'une hauteur de 200 à 2.">o mètres : c'est au pied de ce gradin que sont les villes de Suint-Amour, de Lons-le-Saunier, de Poligny, de Besançon.
Le Jura peut être divisé en trois parties :
Le Jura méridional (voir fig-. 21), qui s'étend au nord jusqu'à la cluse où sont les lacs de Silan et de Nantua, est coupé en deux par le Rhône qui en traverse les gradins par une suite de rapides dans des gorges pittoresques. Au sud du fleuve, est le mont du Chit (1,497 mètres); plus au nord, le mont de FuacAe (1,1 il mètres). Au nord du Rhône, la crête principale, qui s'élève entre le fleuve et le valRomey, atteint 1,534 mètres au Grand-Colombier et 1,555 au Crêt du Nû. Les vallées longitudinales sont très-encaissées; l'Ain passe dans la plus profonde. A l'ouest de cette rivière, le Revermont (558 mètres) borde de sa longue ligne de coteaux la plaine de la Saône.
Le Jura central (voir fig. 21) s'étend de la cluse de Nantua jusqu'à la latitude du Saut-du-Doubs et de la source de la Dessoubre. C'est la portion la plus élevée de la chaîne. La crête orientale dresse immédiatement le Grand Credo, au-dessus de la gorge du Rhône et du fort de l'Écluse à une altitude de 1 ,624 mètres, puis au nord, le Reculet (1,720 mètres) (voir fig. 24), lont le crêt est formé de jurassique supérieur et dont le versant occidental, plus rapide, est un exemple saisissant des plissements et des fractures gigantesques des couches jurassiques.
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Un peu plus au nord, se trouve le plus haut pic du Jura, le Crêt de la Neige (1 ,723 mètres). L'étroit espace situé entre le lac de
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Fig. 21.
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liants cols de la chaîne. Entre le Colomby de Gex (1,691 mètres) et la Dôle (1,678 mètres), qui dominent le lac de Genève, s'ouvre le col de la Faucille (1 ,320 mètres), d'où l'on contemple le magnifique panorama du lac et du mont Blanc. Le Noirmont (1,550 mètres), le mont Tendre (1,680 mètres) et la dent de Vaulion (1 ,486 mètres) lui font suite. Cette première crête orientale s'arrête au pied du lac de Neuchâtel. Outre la Faucille, plu-
Fig. 22.
sieurs cols presque aussi élevés que la crête, entre autres le col de Saint-Cergues qui se détache près des Rousses de la route de la Faucille, conduisent de France en Suisse; Suchet, en 1815, disputa ces passages aux Autrichiens. La seconde crête orientale, un peu moins haute, a pour principaux sommets, en France, le Risoux (1,423 mètres), en Suisse, le Suchet (1,595 mètres) et le Chasseron (1,611 mètres) qui sépare du lac de Neuchâtel le beau val de Travers, par lequel passe le chemin de fer de Pontarlier. Parallèlement à la ligne du Chasseron, s'allonge en France le Larmont (1,326 mètres) où le fort de Joux, énergiquement défendu en 1871, garde la route de Pontarlier. L'Ain, le Doubs,
la Loue coulent à l'ouest de la grande crête dans les vallées et les cluses de cette portion de la chaîne, qui est très-boisée sur ses larges plateaux et sur les flancs de ses crêtes, qui porte à son extrémité, entre la Loue et le Doubs, la belle forêt de Chaux et qui présente quelques sommets assez remarquables, comme le mont Poupet (858 mètres) voisin de Salins.
Le Jura septentrional (voir fig. 22) a, comme les deux autres parties, sa crête principale à l'orient, au-dessus de
CHAINE Profil en long mené par le lac du Bourget, la vallée du