CLOVFS CHRÉTIEN. — SA DÉVOTION ENVERS SAINT MARTIN
Clovis , en devenant chrétien , ne devint pas un autre homme. Dévoré d'ambition , il commit des cruautés horribles : il lit périr plusieurs de ses parents par des trahisons et par des meurtres , afin de s'emparer de leurs états. Quelque opposée que soit cette conduite à la religion et à l'humanité , gardons-nous cependant de croire , comme quelques historiens , que ce prince , en embrassant le christianisme , avait beaucoup plus consulté la politique que sa conscience. Clovis fut de bonne foi dans sa conversion , et, bien qu'il ne connût jamais l'esprit de l'Evangile et conservât ses mœurs barbares, il demeura attaché à la religion qu'il avait adoptée. Un jour que saint Rémi lui lisait la passion de Jésus-Christ, il mit la main à son épée , et s'écria avec ce mouvement d'un guerrier qui ne connaît rien au-dessus de ses armes : a Que nétais-je là avec mes Francs ! »
Clovis fit bâtir un grand nombre d'églises et de monastères en l'honneur de saint Martin. Sa dé-
votion envers cet illustre saint était très-remarquable. Dans sa marche contre les Visigoths, peuples ariens, il avait soumis ses troupes à la plus rigoureuse discipline. En entrant dans la Touraine , il fit publier un ban par lequel il était défendu , sous peine de la vie , d'y prendre autre chose que de l'herbe et de l'eau. Un soldat, dit Grégoire de Tours, ayant eu la hardiesse d'enlever quelques bottes de foin appartenant à une pauvre femme , il le fit arrêter et ordonna qu'on le mit à mort, en disant : er Où sera l'espérance de la victoire , si nous offensons saint Martin? Nous devons garder la justice , si nous voulons que Dieu soit pour nous. »
Clovis , en passant près de la ville de Tours , voulut consulter le Dieu des armées dans l'église bâtie sur le tombeau de saint Martin , pour apprendre , s'il était possible , quelle serait l'issue de son entreprise. Il envoya quelques-uns de ses officiers porter ses offrandes au tombeau de l'apôtre des Gaules, et leur enjoignit de lui rendre , à leur retour , un compte exact de tout ce qu'ils auraient vu ou entendu, pouvant servir de présage au succès de la campagne. L'usage de ce temps-là était de tirer augure du verset qui se chantait à l'office , au moment où l'on entrait dans l'église. Les envoyés du roi, à leur entrée dans celle de Saint-Martin, entendirent ces paroles des Psaumes : Vous m'avez revêtu de force pour la guerre ; vous avez supplanté ceux qui s'étaient élevés contre moi ; vous avez mis mes ennemis en fuite , et vous avez exterminé ceux qui me haïssaient, (ps. xvn). Les envoyés , trèssatisfaits de leur mission , retournèrent vers le roi , et lui rapportèrent ce qu'ils avaient entendu. Clovis
s'empressa de faire divulguer dans tout le camp un si heureux présage. Cette annonce réveilla l'ardeur des troupes , et concourut sans doute puissamment à la célèbre victoire de Touillé, où périt Alaric,etpar qui fut affermi rétablissement de la monarchie chrétienne dans les Gaules. (An 507).
pouvoir d'un pieux pasteur auprès du roi du ciel , et des rois de la terre.