‹ La France chrétienne;Chapitre 12 sur 48 · Sulpice, évêque, de 624 à · texte numérisé non relu

Sulpice, évêque, de 624 à

On lit dans l'histoire de saint Sulpice , évêque de Bourges, surnommé Je pieux ou le débonnaire, deux traits touchants de sa charité , qui embrasse à la fois un roi franc , et le peuple dont le Ciel lui confia la garde.

Clotaire n, qui , depuis Tannée 61 5 , régnait seul en France, avait appelé à sa cour ce saint personnage , comme son aumônier et le supérieur des clercs qui composaient sa chapelle , et le suivaient partout, même à l'armée. Ce monarque, étant tombé dangereusement malade , se trouve bientôt à la dernière extrémité. La consternation était profonde à la cour : la reine Sichilde surtout montrait la plus amère douleur. Les vêtements déchirés , les cheveux épars , versant un torrent de larmes , elle va se jeter aux pieds de Sulpice , et lui demande le secours de ses prières. Le saint, touché de compassion, les lui promit, et commença le jour même à joindre un jeune rigoureux à la ferveur de l'oraison. Déjà depuis cinq jours

il n'avait pris aucune nourriture , lorsqu'on vint l'avertir que le prince étant à l'agonie, il était inutile qu'il prolongeât plus long-temps sa pénitence : « Non, répondit Sulpice, cette maladie n'ira pas jusqu'à la mort, le Ciel se laissera enfin fléchir ; encore deux jours , et le roi sera guéri. » Son espérance ne fut pas trompée, et le succès ne tarda pas à vérifier sa promesse.

Dagobert ier, successeur de Clotaire n, avait accablé certaines parties de la province du Berry d'un impôt injuste autant qu'onéreux. Malgré les protestations du peuple, le prince, abusé par de perfides conseillers, enjoignit à ses percepteurs de procéder sans ménagement à la levée du subside. Déjà l'ordre était mis à exécution avec une sévérité inouie, lorsque le peuple courut en poussant de grands cris vers la maison de son pasteur, car les évêques étaient regardés comme le refuge du pauvre peuple, au milieu des calamités publiques : Sulpice, alors évêque de Bourges , s'émut jusqu'aux larmes de l'affliction de son malheureux troupeau, et faisant venir Ebrégisile, un de ses dignes amis : « Allez, lui dit-il, vers Dagobert, et dites-lui de la part de Dieu que ses derniers moments approchent, et qu'il songe à s'y préparer. » Le roi , touché de frayeur et de repentir, révoqua de suite l'ordre qu'il avait donné.

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