‹ La France chrétienne;Chapitre 14 sur 48 · LE MISSIONNAIRE SAUVEUR DES PETITS ENFANTS · texte numérisé non relu

LE MISSIONNAIRE SAUVEUR DES PETITS ENFANTS

On trouve dans la vie de saint Wulfran , archevêque de Sens et patron d'Abbeville, qui vécut dans les septième et huitième siècles, quelques traits singulièrement touchants de sa charité envers les petits enfants dévoués aux idoles, qu'il s'efforçait d'arracher au suplice préparé pour eux par des peuples barbares. Entraîné par l'ardeur de son zèle, il avait suivi la voix du ciel qui lui donnait l'ordre d'aller porter l'Evangile au milieu des Frisons. On se pressait autour de lui pour écouter sa parole , et les habitants de cette contrée se convertissaient en foule, émus par les prédications et les miracles de l'apôtre que la Providence avait suscité au milieu d'eux.

a Les Frisons retenaient encore l'usage barbare d'immoler les enfants aux faux dieux ; on était persuadé que ce sacritice leur était agréable et les rendait propices aux peuples qui les leur offrait. Chaque année , on tirait au sort les noms de ceux qui devaient apaiser la colère des divinités païennes et périr pour le salut de la nation. Un jour, saint Wulfran vit un de ces malheureux enfants qu'on emmenait au supplice : « Qu'allez-vous faire de cet enfant? dit-il aux persécuteurs. — L'étrangler, repartirent ceux-ci. — Quel crime a-t-il commis? — Le sort l'a désigné comme une victime expiatoire. » Alors le saint se tourna vers le roi et lui fit les instances les plus pressantes, le conjurant avec larmes d'empêcher cette horrible

exécution. « Le sort Pa désigné, répliqua le roi, il faut qu'il meure. » Une voix s'éleva du milieu de la foule : « Invoque ton Dieu, Wulfran ; s'il est le maître, qu'il délivre celui dont tu demandes la grâce. Qu'il lui donne la vie après que nous lui aurons donné la mort, et l'enfant sera le serviteur de ton Dieu et le tien. » Saint Wulfran accepta le défi , se mit à genoux et adressa au Ciel une de ces prières qui font les miracles. Cependant les bourreaux avaient passé au cou de l'enfant la corde meurtrière; ses yeux, où brillait naguère la vie, étaient éteints ; son front était pâle et glacé ; tout son corps ressemblait à une masse inerte et sans mouvement. La mort avait flétri cette jeune fleur. Saint Wulfran se releva calme et serein. Tout d'un coup les liens qui retenaient le corps de l'enfant se brisent comme par enchantement, le saint s'approche , il prend le cadavre par la main : « Au nom du Dieu vivant, s'écrie-t-il, lève-toi. » Aussitôt l'enfant se lève sain et sauf, comme si la corde meurtrière ne l'eût point serré, comme s'il n'eût point éprouvé les horreurs de la mort. A cette vue, plusieurs se convertirent à la foi chrétienne et demandèrent le baptême.

Une autre fois , les Frisons jetèrent à la mer plusieurs petits enfants qu'ils offraient aux démons. Saint Wrulfran lit de nouveau les plus grands efforts pour empêcher cet horrible sacrifice. «Va, lui dirent les barbares comme la première fois, invoque ton Dieu , qu'il les sauve , s'il le peut , qu'il les arrache aux vagues écumantes , ils lui appartiendront. » Le saint adressa sa prière à Dieu ; puis , s'avançant majestueusement sur les flots qui sou-

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tenaient ses pas comme un terrain solide , il arriva jusqu'aux malheureux déjà submergés, et, les prenant par .la main, il les ramena jusque sur le rivage aux yeux de la foule confuse et épouvantée. Hist. de la vie des Saints , etc.

CHARLES M ART Kl, VAISQCEUR DES SARRASINS.

L'an 732.

Là victoire de Charles Martel sur les Sarrasins , dans les plaines de Poitiers, sera toujours regardée comme l'un des plus éminents services rendus à la cause de la chrétienté en Europe. La nation des Francs, sous le gouvernement de l'illustre fils de Pépin d'Héristal , le premier de ces maires du palais qui , plus puissants que les rois mêmes , prirent en main l'autorité royale avant de ceindre leur front de la couronne , joua un rôle grand et sublime. Cette nation remplissait alors une mission providentielle, en luttant à la fois contre les barbares du nord et du midi , dont la double invasion menaçait d'engloutir sous des ruines le monde chrétien. Elle sauvait l'occident d'une destruction totale, en repoussant d'un côté les nations germaniques encores païennes, et de l'autre les féroces disciples de Mahomet. « Charles Martel, dit un historien , toujours armé, toujours cuirassé de fer et la hache au poing, multipliait ses efforts à la tête de ses vieux Francs , il apparaissait prompt comme la foudre sur tous les points menacés de l'ennemi , et la victoire demeurait toujours fidèle à ses drapeaux.

Après avoir conquis l'Espagne , les Sarrasins , venus d'Afrique, traversèrent les Pyrénées, croyant pouvoir conquérir aussi facilement la France. Conduits par Abdérame, lieutenant des califes, ils entrèrent dans les Gaules par la Gascogne , et livrèrent au pillage la ville de Bordeaux. Vainement Eudes , duc d'Aquitaine , voulut-il disputer au Sarrasin le passage de la Dordogne ; son armée fut taillée en pièces, et les débris qu'il parvint difficilement à railler opérèrent leur retraite vers la Loire. Cependant Abdérame, ne trouvant aucune résistance , envahit et ravagea le Périgord , PAngoumois, la Saintonge et le Poitou, réduisait les peuples en esclavage , massacrant les prêtres et brûlant les villes et les églises.

Eudes , quoique l'ennemi de Charles Martel , implora son appui , le sommant de venir à son aide et au secours de la foi chrétienne. Ce grand homme , faisant taire ses ressentiments , ne songea plus qu'au salut de la Gaule. Il accourut avec toutes les forces d'Austrasie , de Bourgogne et de Neustrie, contre le généralissime des Maures. Abdérame campait non loin des murs de Poitiers. Les Francs et les Aquitains lui présentèrent la bataille un samedi du mois d'octobre 752 , jour consacré au culte de la mère de Dieu. On combattit un jour entier. La victoire fut long-temps disputée : l'immense supériorité numérique des Arabes faillit plusieurs fois l'emporter sur la force et Je courage des chrétiens. Ils furent vaincus cependant par la valeur opiniâtre de Charles Martel , celle d'Eudes , et de leurs armées. Au bruit des clameurs lamentables qui s'élevaient de leurs tentes , et à la vue des flammes

qui dévoraient le camp, les Arabes prirent la fuite, laissant Je champ de bataille couvert d'une multitude de cadavres , parmi lesquels se trouva celui de leur chef Abdérame. S'il faut en croire les historiens , les ennemis perdirent plus de trois cent mille hommes ; et cette mémorable journée ne coûta que quinze cents hommes aux vainqueurs. Le butin fut immense : c'étaient les richesses de l'Afrique , de l'Espagne et de l'Aquitaine, accumulées dans le camp des Sarrasins. Cette victoire de Poitiers sauva la France d'une irruption de barbares qui , en changeant peut-être ses mœurs , sa religion , auraient arrêté le cours de ses glorieuses destinées. Ce glorieux triomphe valut au héros vainqueur le surnom de Martel (Karl le Marteau), parce qu'il avait écrasé ses ennemis comme avec une massue.

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