‹ La France chrétienne;Chapitre 18 sur 48 · PIERRE N01A5QUE ET L'ORDRE DE LÀ MERCI · texte numérisé non relu

PIERRE N01A5QUE ET L'ORDRE DE LÀ MERCI

L'an 1218.

Simon de Montfort , vainqueur après la bataille de Muret, se trouvant maître de la personne de Jacques, fils de l'infortuné Pierre, roi d'Aragon,

i Le P. Lacordairèl Vie de S, Dominique,

avait confié la garde de ce jeune prince, encore enfant, aux soins d'un gentilhomme du Languedoc, connu par ses rares vertus et son grand mérite. Il les avait envoyés tous deux en Espagne , à Barceiunne , capitale du royaume d'Aragon.

Or, ce gentilhomme était Pierre Nolasque; ce sera le fondateur de Yordre de Notre-Dame de (a Merci, pour la rédemption des captifs. Des son enfance il s'était distingué par son tendre amour pour les pauvres. On rapporte que , chaque matin, il faisait l'aumône au premier indigent qu'il rencontrait, sans attendre que celui-ci réclamât son secours. A peine âgé de vingt-cinq ans, il parut un modèle de toutes les vertus à la cour de Barcelonne.Une pensée généreuse roulait dès lors dans son esprit. Le bruit des bonnes œuvres et des bienfaits de l'institut, fondé par Jean de Matha, étant parvenu jusqu'à lui, avait inspiré à son cœur un vif désir d'en créer un semblable, car il gémissait, lui aussi , à la vue de tant de chrétiens chargés de fers, esclaves des Maures d'Espagne ou d'Afrique; et il voulait employer tous ses biens à leur rachat. 11 allait donc partout prêchant une sainte croisade de générosité et de dévouement pour Je rachat des captifs, a Les barbares sont maîtres, s'écriait-il, mais que notre charité se fasse jour à travers la dureté de leur cœur, et nous les vaincrons encore , et pour quelque peu d'or nous ramasserons des trésors qui ne périront jamais.» Son éloquence, qui partait de l'âme , arrivait aussi jusqu'à l'âme : de toutes parts , on s'empressait de seconder ses généreux sentiments. On lui apportait des sommes considérables ; ces dons amassés formaient comme

la base et les matériaux préparés pour la construction d'un saint et noble édifice.

L'institution de V ordre de Notre-Dame de la Merci semble appartenir à l'Espagne, où il fleurit encore de nos jours avec éclat. La France , cependant, ne peut oublier qu'il fut fondé par un gentilhomme français, et qu'ainsi elle a droit de revendiquer sa part dans une aussi belle gloire. L'origine de cette institution , appuyée sur les auteurs les plus dignes de foi , est singulièrement aimable et touchante. Voici, dit-on , qu'en une même nuit, le 1er août 1218, Pierre Nolasque , Jacques , roi d'Aragon , et saint Raymond de Pennafort , chanoine de Barcelonne , sont tous trois honorés d'une vision , dans laquelle ils se sentent pressés par les douces invitations de la Vierge Marie de mettre à exécution un projet trop long-temps retardé. Dès lors plus d'obstacles, le triomphe est assuré. Le roi prend le nouvel ordre sous sa protection , il offre son propre palais pour premier logement. La cérémonie d'installation a lieu le jour de saint Laurent , 1223. Pierre fait vœu , entre les mains de l'évêque Béranger , de sacrifier ses biens et sa liberté, s'il le faut, pour la rédemption des captifs. Le peuple accueille ce dévouement par les acclamations d'une vive sympathie. C'est dans tout Barcelonne une joyeuse et sainte fête. Treize gentilshommes répondent à l'appel de Pierre, et revêtent le costume blanc, surmonté d'un scapulaire et des armes d'Aragon, triple symbole de pureté, de foi et de valeur.

On connaît la suite de l'histoire de Pierre Nolasque. Quatre cents prisonniers rendus à la liberté

furent le fruit d'une première tentative d'excursions dans Jes royaumes de Valence et de Grenade, qu'il parcourut successivement avec un autre des frères Rédempteurs. Il multiplia ses courses charitables sur les côtes d'Espagne, toujours avec le même bonheur, et passa les mers pour arriver jusqu'à Alger. C'est là, qu'après de nombreux succès et une intrépide résistance aux menaces des Cadis, il fut lui-même chargé de fers et abandonné à son tour, comme Jean de Matha, aux flots de la mer sur une frêle barque. Mais Dieu se chargea une fois encore de conduire le nouveau saint, et de le ramener au port. Pierre Nolasque, sentant ses forces s'épuiser , et ne pouvant plus retourner parmi les infidèles , était joyeux quand il lui était permis de distribuer des aumônes à ia porte du couvent de Barcelonne , car alors, du moins, il pou» vait voir les pauvres, leur donner des avis et les instruire encore.

LE ROtAL MARTYR DE LA CHASTETÉ.

L'an 1226.

Louis vin, roi de France, que sa bravoure a fait surnommer le Lion, fut un prince recommandable par ses vertus autant que par ses exploits. Avant de ceindre la couronne de ses aïeux, il s'était déjà montré digne de succéder à Philippe- Auguste , son glorieux père; et les Anglais, frappés de ses qualités héroïques , l'avaient appelé au trône de la grande Bretagne. Devenu roi de France, il

ne lui manqua plus qu'une longue vie pour égaler les plus grands de ses prédécesseurs. Mais ce digne monarque, mourant après trois années de règne, donna un mémorable exemple dû vertu, que l'histoire n'a point, ce semble, assez apprécié, et qui a droit pourtant à notre admiration. Comme il passait en Auvergne, il s'arrêta à Montpensier, atteint d'une maladie grave. Or, le mal empirant, les médecins assuraient que sa guérison ne pouvait être obtenue qu'à l'aide d'un moyen dont la loi de Dieu réprouvait l'emploi. Louis vin ne manqua point de courtisans qui le sollicitaient d'en faire usage. Mais le roi de France rejeta leurs propositions avec horreur : « Non, dit-il, je préfère mourir, plutôt que de souiller ma vie par un adultère.

Mourir à trente- neuf ans, quand on est roi et qu'on pourrait ne point mourir, il y a là un acte héroïque que la religion seule peut inspirer et donner la force d'accomplir. Le roi qui meurt ainsi se montre le digne époux de la reine Blanche, et le digne père du saint roi , à qui cette vertueuse princesse, pour former son âme à l'amour de Dieu et Jui inspirer l'horreur du mal, répétait souvent : « Beau et doux (ils, rien au monde ne m'est plus cher que vous; cependant j'aimerois bien mieux vous voir mort qu'entaché d'un seul péché mortel. »

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