FIDÉLITÉ DU ROI JEAN II A SA PAROLE
L'antiquité païenne cite avec orgueil l'exemple de Régulus , retournant mourir à Carthage , plutôt que de trahir sa promesse ; c'est à bon droit qu'elle est hère de ce héros : de tels exemples sont rares dans son histoire. Mais au sein du christianisme , la fidélité à sa parole est une vertu commune. Nos annales sont tellement remplies de pareils traits, qu'on les laisse dans l'oubli, comme des actes ordinaires , et qui n'ont pas besoin d'éloges. Celui qui signala Je règne du roi Jean est digne cependant d'arrêter nos regards.
Ce monarque tenait pour maxime : « Que si la » justice et la bonne foi étaient bannies du reste » de la terre , elles devraient trouver un asile dans » le cœur et dans la bouche des rois. » 11 mit en pratique dans une occasion mémorable cette belle maxime , digne à jamais de présider à toutes les actions des souverains. Vaincu et fait prisonnier , malgré des prodiges de valeur , à la funeste bataille de Poitiers (1356), le roi Jean, après une captivité de quatre années à Londres , avait, vu briser ses fers par le traité de Brétigny (15G0) , qui enlevait à la France plusieurs de ses provinces , et exigeait en outre pour sa rançon trois millions d'écus d'or. Immédiatement après sa délivrance , ce prince se mit en devoir d'acquitter les engagements qu'il avait pris à l'égard de l'Angleterre. Vainement alors lui consei!la-t-on d'élever des difficultés sur le traité à ce sujet; il refusa généreusement de le faire. En vain une partie de la nation , indignée de se voir arrachée à la domination de son souverain légitime , pour passer sous un joug étranger , opposa-t-elle les plus fortes instances ; Jean , esclave inébranlable de sa parole , ne répondit aux prières, aux gémissements de ses peuples , qu'en leur représentant la bonne foi que l'on doit aux traités. Sur ces entrefaites , le duc d'Anjou , son fils , l'un des otages qu'il avait laissés pour sa rançon , s'étant évadé d'Angleterre , le roi fut extrêmement sensible à cette faute contre l'honneur, et résolut aussitôt de la réparer au prix de sa propre liberté. Toutes les représentations qu'on put lui faire ne furent point capables de l'ébranler. Le malheureux Jean, retrouvant toute sa loyauté
chevaleresque , retourna à Londres prendre ses fers. Il ne revit jamais la France, et mourut dans cet exil que commandait l'honneur. (1364.)