ADMIRABLES SENTIMENTS DE CHARLES Y , A SON LIT DE MORT
L'an 1380.
Ce sage monarque , mourant à quarante-quatre ans, avec la résignation d'un chrétien et le calme magnanime d'un héros , des suites lentes du poison que lui avait donné, dit-on, Charles-le-Mauvais , roi de Navarre , témoigna en ce moment suprême les admirables sentiments qui l'animaient , par des paroles dignes d'un éternel souvenir. S'étant fait apporter par l'évêque de Paris la couronne d'épines
de Notre- Seigneur , et celle du sacre des rois, par l'abbé de Saint-Denis : « Celle d'épines reçut à » grande dévotion , larmes et révérence , dit un de » ses historiens, et hautement la fit mettre sous ses s pieds : a donc commença telle oraison à la sainte h couronne : « 0 couronne précieuse , diadème de » notre salut, tant est doux et emmiellé le ras- » sasiement que tu donnes, par le ministère qui en » toi fut compris à notre rédemption ; si vraiment )> me soit propice Celui duquel sang tu fus arrosée , » comme mon esprit prend réjouissement en la » Visitation de ta digne présence ! » Et longue oraison y dit moult dévote. »
« Après tourna ses paroles à la couronne du sacre , et dit : « 0 couronne de France , que tu es » précieuse et précieusement très-vile ! précieuse , » considéré le mystère de justice, lequel en toi tu » contiens et portes vigoureusement, mais vile, » et plus vile de toutes choses , considéré le faix , » labeur, angoisses, tourments et peines de cœur, » de corps , de conscience , et périls d'âme , que tu » donnes à ceux qui te portent sur leurs épaules , » et qui bien à ces choses viseroit, plutôt te laisse- » roit en la boue gésir (être couchée) qu'il ne te re- » leveroit pour mettre sur son chef. »
Quel grand spectacle ! Un monarque mourant qui tient un pareil langage en présence de ces deux couronnes , dont l'une ceignit le front de l'Homme-Dieu , et l'autre celui des rois très-chrétiens, n'est-il pas digne d'aller , lui aussi , ceindre dans les cieux cette autre couronne sans épines ni angoisses , qui brillait déjà sur le front rayonnant de gloire de son illustre aïeul saint Louis !
UJ!Ï 510T SLR JEANNE D ARC.