‹ La France chrétienne;Chapitre 31 sur 48 · CLÉMENCE DU ROI LOUIS XII · texte numérisé non relu

CLÉMENCE DU ROI LOUIS XII

Louis xii , si justement surnommé le père du peuple , signala les commencements de son règne par de beaux traits de clémence , bien dignes d'un roi très-chrétien. Louis xi avait , en mourant , confié le soin du gouvernement ; durant la minorité de Charles vm , son fils , à Anne de France, sa fille aînée , femme du comte de Bourbon , sire de Beaujeu. Une guerre civile ayant suivi celle dernière disposition du monarque, Louis, alors duc d'Orléans , avait essayé de se saisir de l'autorité. Mais vaincu et fait prisonnier , il s'était vu condamné à essuyer toutes les rigueurs de la captivité la plus dure. Quand il fut roi à son tour, après la mort de Charles vin, ses courtisans lui conseillaient de tirer vengeance de ceux qui s'étaient montrés ses ennemis. « Non , répondit Louis xii , le roi de France ne doit pas venger les injures du duc d'Orléans. »

Ce monarque s'étant fait présenter vers ce même temps la liste des officiers du roi , son prédé-

cesseur, il marqua d'une croix rouge les noms de ses ennemis les plus opiniâtres, sans déclarer autrement ses intentions. Ils en furent avertis , et craignant que la punition ne se bornât pas à la perte de leurs offices , ils se cachèrent et employèrent de puissants protecteurs pour obtenir leur pardon. Louis xn les rassura par ces paroles vraiment dignes d'un descendant de saint Louis : a En apposant à leur nom le sceau de la rédemption , j'ai cru avoir annoncé assez clairement que tout était pardonné : cette croix , ainsi que celle de Notre-Seigneur, marque le pardon des injures. »

Un homme de la cour demandait à ce même monarque la confiscation des biens d'un riche bourgeois d'Orléans , qui s'était ouvertement déclaré contre lui, avant son avènement au trône: « Je n'étais pas son roi , répondit le prince lorsqu'il m'a offensé; en le devenant, je suis devenu son père , je dois lui pardonner et le défendre. »

Prodigue de ses sueurs et de son sang pour le bonheur ou la gloire de la France , Louis xn était fort avare de l'argent de ses peuples. Sous son règne les impôts furent considérablement diminués. Les courtisans murmuraient quelquefois de sa parcimonie , et dans leur déplaisir ils osèrent en faire le sujet d'une pièce de théâtre. Le roi l'apprit , et loin de s'en indigner, il se contenta de dire : « J'aime mieux voir les courtisans rire de mon avarice , que de voir mon peuple pleurer de mes dépenses. »

« Je ne trouve les rois heureux , disait ce monarque , qu'en ce qu'ils ont le pouvoir de faire du bien.» Lorsqu'on lui parlait de l'abondance où

vivaient les Français , son visage rayonnait de joie : a Tant mieux, disait-il , un bon pasteur ne saurait trop engraisser son troupeau. »

De pareils traits de bonté et de clémence rendent immortelle la mémoire d'un souverain. C'est ainsi que le nom de Louis xn est passé à la postérité avec le beau surnom qui lui fut décerné d'une voix unanime. Jamais roi ne fut plus aimé, ni plus regretté de ses sujets que Louis xn , et n'aima plus tendrement ses peuples , qu'il regardait et traitait comme ses enfants. Le jour de sa mort fut un jour de deuil universel ; chacun pleurait et gémissait profondément , pendant que les crieurs publics parcouraient les rues de la capitale , en disant : Le bon roi Louis xn , père du peuple , est mort! Sublime et touchante oraison funèbre d'un monarque chrétien.

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