L'APÔTRE DU VELA Y
Saint jean-françois Régis , l'apôtre infatigable du Velay et de quelques autres provinces de France , fut durant le dix-septième siècle l'un de ces hommes puissants en paroles et en œuvres qui , toujours fidèles à l'esprit de ferveur, suivent l'impulsion de la grâce et de la charité , et sans rien faire en apparence de merveilleux et d'extraordinaire , sont élevés au premier rang parmi les saints.
Nous rapporterons ici quelques traits de sa charité , comme preuves de la puissance de cette vertu pour toucher les esprits et les cœurs.
« L'évêque de Valence l'ayant prié de se rendre dans son diocèse , pour exercer son zèle dans le bourg de Sainte-Aggrève , espèce de nid perché sur les montagnes et rempli d'hérétiques , il y accourut , et eut occasion d'y déployer tout l'héroïsme de sa vertu. On vint lui dire un dimanche , qu'il y avait dans une hôtellerie une troupe de jeunes libertins qui , échauffés par le vin et la débauche, tenaient des discours impies et s'abandonnaient à des excès plus coupables encore. Aus-
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sitôt il courut à l'endroit indiqué , prêt à tout entreprendre pour arrêter le désordre et le scandale. Il entre, on l'accueille par des huées; il parle, ses discours sont méprisés. Un de ces libertins , moins patient, ou plus hardi, alla même jusqu'à lui donner un soufflet : « Je vous remercie, mon )) frère, dit le saint, en lui présentant l'autre joue ï) et sans marquer la moindre émotion, je vous )) remercie de la manière dont il vous a plu de me » traiter ; si vous me connaissiez , vous verriez que » j'en mérite bien davantage. » Cette patience angélique charma les assistants, et tous se retirèrent pleins d'une confusion salutaire.
Régis avait ramené une jeune personne des vûies de l'iniquité. Un jeune homme, furieux de ce qu'il lui avait enlevé l'objet de sa passion , forma l'horrible projet d'attenter à ses jours. Ce forcené alla donc se mettre en embuscade dans un lieu écarté , par où il savait que le saint devait passer. Mais celui-ci , averti par la lumière divine du dessein de ce misérable , lui dit aussitôt qu'il l'aperçut : « Mon frère , pourquoi voulez-vous tant de mal à un homme qui vous veut tant de bien , et qui voudrait, au prix de son sang, vous procurer le salut éternel , qui est le plus grand de tous les biens ? » Vaincu par cette charité sublime , l'assassin sentit le poignard tomber de ses mains; et, se jetant aux pieds de Régis, lui demanda mille fois pardon, et rentra pour toujours dans les sentiers de la vertu.
Un autre jour, trois jeunes débauchés, appartenant aux premières familles de la ville du Puy, ayant contre le saint des griefs aussi peu honora-
bles , avaient aussi formé le dessein de tirer de lui une épouvantable vengeance.
Us allèrent au collège , où il faisait sa résidence, le demander à l'entrée de la nuit. Régis s'avança vers eux sans rien craindre : « Vous venez, dit-il en les abordant , dans le dessein de m'arracher la vie. Ce qui me touche, ce n'est pas la mort que vous m'apportez; elle est depuis longtemps l'objet de mes désirs ; mais c'est l'état de damnation où vous êtes, et qui paraît vous affecter si peu. » Etonnés , immobiles , les trois assassins restèrent encore confus et déconcertés. Alors Régis, les pressant dans ses bras et les embrassant avec la tendresse d'un père, les exhorta, comme lui seul le savait faire, à rentrer en grâce avec Dieu. Tous trois , tombant à genoux , lui firent alternativement h confession de leurs crimes , et vécurent jusqu'à la mort de la manière la plus chrétienne et la plus édifiante. Tant la charité est belle et donne d'empire à celui qui la possède ! c'est ce qu'on put admirer encore dans une autre circonstance. Le saint ayant été insulté , outragé même par un misérable , les magistrats voulurent l'obliger à dénoncer le coupable qu'ils prétendaient punir de son insolence. Régis refusa de le déclarer, et celui-ci en fut si vivement touché , qu'il se convertit sincèrement , et fit succéder à ses désordres les œuvres de la pénitence. » Extr. d'une Vie de S. Régis.