HÉROÏSME D'UNE MÈRE CHRÉTIENNE ET DE SON JEUNE FILS
L'an 180.
C'était vers l'an 180 de l'ère chrétienne, et sous l'empire de Marc-Aurèle. Aut'un, l'antique cité gauloise , suivait encore les vieilles erreurs d'une religion sacrilège. Peuplée de temples d'idoles , et entièrement adonnée aux vaines superstitions du paganisme , elle voyait ses enfants se livrer chaque jour au culte ridicule des fausses divinités : Cybèle, Apollon et Diane recevaient surtout dans son sein des hommages publics et solennels.
Mais , en même temps , il existait dans cette ville un jeune homme d'une famille illustre et chrétienne , dont les mœurs avaient été de bonne heure
policées par l'étude des belles-lettres , et qui possédait déjà , dans la jeunesse la plus tendre , la sagesse et la prudence consommées des vieillards. Ceux qui rapprochaient, disaient qu'il ne pouvait être si accompli ; sans avoir commercé avec les intelligences célestes. Il avait traversé, en effet, les écueils de la mer du monde sans y faire naufrage ; et chacun , ravi de ses belles qualités , lui présageait le plus riche avenir.
Des édits de persécution venaient d'être lancés par Marc-Aurèle contre la religion du Christ. Or, un jour que Ton faisait à Autun une procession solennelle en l'honneur de Cybèle , la mère des dieux, Symphorien se rencontra par hasard sur son passage. Mais au lieu de se prosterner, comme la foule, devant l'idole qu'on portait en triomphe, il refusa de l'adorer et témoigna hautement son mépris pour un pareil culte. Arrêté sur-le-champ, il est conduit devant le juge Héraclius. Aux interrogations du magistrat, il répond avec calme et dignité : « Je suis chrétien , je m'appelle Symphorien.» Puis, son zèle s'animant d'une noble fierté , il ose prendre la parole, et sa voi\ pleine d'éloquence défend avec hardiesse la cause de son Dieu devant ses ennemis, en même temps qu'il leur démontre avec chaleur l'erreur et la folie du culte des idoles. Mais c'en est trop pour le juge irrité; il a vu le jeune chrétien dédaigner avec ironie ses promesses non moins que ses menaces; transporté de fureur, il ordonne qu'on prépare son supplice.
Comme on le conduisait à la mort, sa mère, vénérable par son âge et ses vertus , apperçut son jeune fils du haut des remparts de la ville. En ce
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moment , la foi triomphe dans son âme, des larmes de joie viennent mouiller ses yeux ■ et rassemblant toutes ses forces , cette mère héroïque fait entendre ces paroles, qui, frappant l'oreille du bienheureux: martyr, retentissent jusqu'au fond de son cœur : « 0 mon tils, ne perdez point de vue le Dieu pour qui vous allez mourir; ayez-le toujours dans la pensée, mon cher tils, prenez courage, la mort n'est point à craindre lorsqu'elle nous conduit à la vie. Regardez le ciel, et que votre cœur suive vos yeux. Jetez-les sur Celui qui y règne. C'est aujourd'hui que vous échangez une vie sujette à la mort, contre une vie immortelle. 0 mon fils î l'heureux échange î »
Encouragé par ces paroles , le généreux martyr arriva joyeux au lieu du supplice, où , la main du bourreau lui séparant la tête du corps, il consomma à la fleur de l'âge son héroïque sacrifice : Heureux fils! heureuse mère î...