‹ La France chrétienne;Chapitre 5 sur 48 · DEUX JEUNES FRÈRES MARTYRS, A NANTES · texte numérisé non relu

DEUX JEUNES FRÈRES MARTYRS, A NANTES

Vers Tan 287.

Sous le règne des empereurs Dioclétien et Maximien, qui vit la dixième persécution contre l'Eglise, il y avait à Nantes , dans l'Armorique , deux jeunes frères d'illustre naissance, dont le courage brilla d'un vif éclat au sein de cette même cité, où leur nom béni , vénéré , jouit aujourd'hui encore d'une populaire mémoire, Donatien, plus jeune que son

frère, reçut le premier la foi avec le baptême. Se regardant dès lors comme un soldat de Jésus- Christ, chargé de protéger et d'étendre le royaume de son maître , il travaillait avec zèle à la conversion des idolâtres. Une de ses plus douces conquêtes fut son frère Rogatien , qu'il convertit peu de temps avant la persécution. Lorsqu'elle commença , le baptême n'avait point régénéré encore l'âme de ce frère bien-aimé ; l'évêque , suivant le conseil de Jésus-Christ, s'était retiré à son approche. Le généreux Néophyte s'en attristait ; il lui semblait toutefois que les embrassements de son frère, en qui il honora toujours l'ancienneté de la foi et de la religion , lui tenaient lieu de ce bain salutaire. Donatien s'efforçait de le consoler, lui faisant espérer un baptême plus glorieux encore que celui qu'il aurait reçu des mains du pontife. Puis, touché de son affliction , il adressait à Dieu en sa faveur une fervente prière : «Seigneur Jésus- Christ , disait-il, vous qui, dans l'ordre de votre justice, égalez les désirs sincères aux effets, puisqu'enfin, ne nous laissant que les vœux, vous vous êtes réservé l'exécution , que la foi pure de Rogatien lui serve de baptême; et s'il arrive que le préfet nous fasse mourir dès demain, comme il a résolu, que le sang de votre serviteur soit pour lui une ablution et une onction sacramentales. »

C'était du sein d'un cachot que Donatien adressait au Ciel cette prière du plus profond de son cœur. Accusé devant le préfet de professer la religion chrétienne , et d'avoir détourné du culte des dieux son- frère avec plusieurs autres personnes, il avait été arrêté sur-le-champ; et, ayant confessé

généreusement sa foi , il avait été envoyé eu prison, chargé de fers.

Rogatien , conduit à son tour devant le préfet, avait refusé aussi de sacrilier aux dieux; les caresses et les menaces n'avaient pu rébranler. Il fut donc envoyé en prison avec son frère. Et maintenant ces deux jeunes chrétiens chantaient ensemble les louanges de Dieu , et se consolaient dans la pensée de leur prochain martyre. Ils passèrent la nuit en prières ou en des entretiens que leur foi commune et l'amour fraternel rendirent doublement précieux. Le jour étant venu, ils attendaient avec une sainte impatience l'heure de leur supplice, qui devait commencer leur éternelle félicité.

Présentés de nouveau devant le tribunal de leur juge, ils furent inébranlables. Le magistrat furieux, les trouvant aussi fermes que la veille, les ht étendre sur le chevalet pour arracher, par les tortures, ce qu'il ne pouvait plus espérer d'obtenir par les menaces. Cette nouvelle épreuve fut aussi inutile que la première. Fatigué de leur résistance, le préfet ordonna enfin de les percer à coups de lance et de leur trancher la tête. Les chrétiens, ayant enlevé les corps des saints martyrs, bâtirent sur leur tombeau un oratoire, qui fut, au cinquième siècle , changé en une magnifique église. Vers l'an 1145, Albert, évêque d'Ostie, transféra ces précieuses reliques dans la cathédrale de Nantes, où elles se gardent encore avec une grande vénération.

UN HÉROS CHRÉTIEN A MARSEILLE, Vers l'an 290.

L'empereur Maximien , encore tout couvert du sang de la légion thébaine et d'une infinité de martyrs, vint à Marseille, où il y avait une église aussi nombreuse que florissante. Son arrivée jeta la terreur parmi les fidèles de Jésus-Christ. Dans cette consternation générale , un oflicier chrétien nommé Victor allait durant la nuit visitant les frères, les exhortant au mépris de la mort, et leur montrant le ciel comme le prix des souffrances d'ici-bas.

Pendant qu'il remplissait ainsi ce pieux ministère, le généreux soldat de Jésus-Christ fut surpris et conduit devant les préteurs Attérius et Eutychius. Ceux-ci lui représentèrent qu'il courait à sa perte, en s'exposant à la disgrâce du prince; que c'était une folie de sacrifier ainsi le fruit de ses services en adorant un homme crucifié ; mais inébralable dans sa foi , Victor leur répondit : « Je méprise les biens de la terre ; je suis chrétien, et plutôt que d'être parjure à mon Dieu, je suis prêt à souffrir la mort. » A ces mots , des cris d'indignation et de rage s'élèvent de toutes parts ; on instruit son procès, et le coupable paraît devant l'empereur. Le prince était furieux; ses yeux étincelaient ; sa figure était contractée par la colère : il parle, il commande, il menace; mais rien ne peut ébranler l'intrépide confesseur. Alors il ordonne qu'on le charge de fers , et qu'on le traîne

ainsi par les rues de la ville j pour y être exposé aux insultes et aux coups de la populace.

Le saint martyr, le corps tout couvert de sang et de blessures, est ramené devant les préteurs, qui, croyant sa constance ébranlée par les souffrances, le pressent de nouveau d'abjurer son Dieu qu'ils blasphèment, et de sacriiier aux idoles. Mais le soldat de Jésus-Christ n'élevait la voix que pour répondre : « Je suis chrétien, et je méprise vos dieux; je confesse le Christ; bourreau, hâtetoi de m'unir à lui. » Aussitôt on étale à ses yeux des instruments de mort, on rétend sur un chevalet, et son corps est déchiré de mille manières. Le Seigneur n'abandonne jamais ses serviteurs. Pendant que notre saint , les yeux levés vers le ciel , demandait la constance qu'il savait être un don de Dieu, Jésus-Christ lui apparut portant luimême sa croix, le consola en lui montrant ses propres souffrances , et la couronne glorieuse destinée aux vainqueurs. Le courage de saint Victor lassa la patience des bourreaux, qui le détachèrent enfin de dessus le chevalet pour le jeter dans un noir cachot.

A minuit, Dieu le visita encore par le ministère de ses anges. La prison fut tout-à-coup remplie d'une lumière plus brillante que celle du soleil, et le martyr chantait avec les esprits célestes les louanges du Seigneur.

Trois soldats chargés de garder la prison furent si frappés de ce prodige , qu'ils vinrent se jeter aux pieds du saint martyr, lui demandèrent pardon , et le conjurèrent de leur accorder la grâce du baptême Le saint, après les avoir instruits et

exhortés, envoya chercher des prêtres la nuit même, leur servit de parrain , et eut la consolation de se voir précéder dans le ciel par trois âmes qu'il avait gagnées à Jésus-Christ. En effet, l'empereur, apprenant ce qui s'était passé, lut transporté de rage, fit conduire les trois gardes en sa présence, leur commanda d'abjurer le Dieu des chrétiens , et, sur leur refus, il leur fit trancher la tête.

Trois jours après, il rappela Victor devant son tribunal, et voulut l'obliger à adorer une idole de Jupiter, qu'on avait placé sur un autel avec de l'encens : à cette proposition , le saint martyr , saisi d'horreur , pousse l'autel avec son pied et le renverse ainsi que l'idole. La rage du tyran est à son comble, et pour venger ses dieux outragés , il commande d'abord qu'on lui coupe le pied, qu'on le mette ensuite lui-même sous la meule d'un moulin , et qu'on l'y écrase. Tranquille sous le poids de sa douleur, le saint martyr s'estimait heureux de soutenir la cause de la foi et de !a sceller de son sang.

Cependant, la machine qui faisait tourner le moulin s'étant rompue , on le retire presque mort, et les os tout brisés, afin de lui trancher la tête. C'est ainsi que notre saint eut enfin le bonheur d'être réuni à ceux qui l'avaient précédé dans le Ciel. Hist. de la Vie des saints.

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