‹ La France chrétienne;Chapitre 40 sur 48 · GÉNÉROSITÉ CHRÉTIENNE DU VÉNÉRABLE DE LA SALLE K · texte numérisé non relu

GÉNÉROSITÉ CHRÉTIENNE DU VÉNÉRABLE DE LA SALLE K

Le vénérable de La Salle travaillait avec zèle à former ses premiers frères des Ecoles chrétiennes, et savait triompher des obstacles qui s'opposaient à cette belle œuvre , lorsqu'un danger plus grand que les autres pensa tout ruiner dès l'origine. Plusieurs frères , voyant les difficultés que rencontrait M. de La Salle, se dégoûtèrent. L'un d'eux, parlant au nom des autres , ne lui cacha même pas leurs inquiétudes de se trouver sans place ni état , si , comme il était tant à craindre , il ne réusissait pas. Le saint homme les encouragea par les motifs de la foi et de la confiance en Dieu; mais on en vint jusqu'à lui répondre qu'il pouvait en parler plus à son aise qu'eux, lui qui avait un canonicat et une fortune considérable. Ici , il lui eût été facile de leur montrer qu'à part une modique réserve pour ses besoins , il consacrait sa fortune entière en bonnes œuvres ; mais il médita dès lors une leçon plus efficace. Après quelques jours employés à se démettre de son canonicat , et à destiner sa fortune en fondations et bonnes œuvres, il reparut au milieu des frères. Il les exhorta de nouveau à la générosité et à la confiance en Dieu , vertus les plus capables d'attirer sa bénédiction sur

1 Le vénérable Jean-Baptiste de La Salle, fondateur de l'institut des frères des Ecoles chrétiennes , naquit à Reims , le 50 avril -1651 , de M. Louis de La Salle , conseiller au présidial de cette ville , et mourut le 7 avril 174 9. Son procès de canonisation est, comme on sait , pendant en cour de Rome.

Jes œuvres naissantes. Puis il ajouta que, pénétré de plus en plus de cette vérité, il s'était mis dans le cas de ne plus exhorter seulement à cette confiance , mais d'en donner encore l'exemple : « Car je viens » vous dire , mes chers frères , poursuivit-il ; que » je me suis démis de mon canonicat, et que , pour » ma fortune, si j'avais quarante mille livres de » rentes hier , je suis pauvre comme le dernier » d'entre vous aujourd'hui. » A un pareil langage , les frères furent saisis et confondus; les moins résolus mêmes eurent honte d'avoir été si peu généreux, et loin de penser désormais à se plaindre, tous reprirent courage.

Tel fut le jour, on peut dire , de la fondation des Frères des Ecoles chrétiennes ; et c'est ainsi qu'en se dépouillant de son héritage , ce saint homme enrichit la France d'une institution éminemment utile , si chère aujourd'hui surtout à la religion qui la lui a inspirée.

SIMPLICITÉ , HUMANITÉ D'UN ILLUSTRE MAGISTRAT , PÈRE D'UN MAGISTRAT PLUS ILLUSTRE.

Henri d'Aguesseau ( père du chancelier de ce nom), d'abord conseiller au parlement de Metz, puis intendant du Limousin , conseiller d'état , etc., etc., fut le digne père de l'homme illustre qui sera l'éternel honneur de la magistrature française. Sa vie trop peu connue présente de nobles traits. Citons-en quelques-uns recueillis et racontés par un littérateur du dernier siècle.

Sa modestie paraissait jusque dans son exté-

rieur; et pendant que les magistrats se faisaient un faux honneur de surpasser les financiers par le luxe de leurs équipages, par le nombre de leurs valets, il venait à Versailles, où l'exercice de sa charge l'obligeait d'aller souvent avec un seul laquais, et dans un petit, carrosse traîné par deux chevaux , qui souvent avaient assez de peine à se traîner euxmêmes.

d Les meubles de M. d'Aguesseau étaient si simples, que ses amis trouvaient qu'il y avait de l'excès ; enfin , ayant été appelé par le roi dans le conseil royal des linances , ses amis lui représentèrent qu'il devait avoir au moins une maison conforme à sa nouvelle dignité , et que cette négligence dans un homme qui ne pouvait être soupçonné d'avarice , serait regardée de tout le monde comme une singularité outrée.

» Il se rendit à leurs remontrances; et ayant mis vingt-cinq mille francs dans un sac, il les porta à madame d'Aguesseau , la priant d'ordonner au plus tôt, pour elle et pour lui , des meubles convenables. Elle lui répondit : « Il est vrai, monsieur, » que ce lit et ces meubles sont bien vieux, et qu'ils » ne sont plus à la mode , car il y a cinquante ans » qu'ils nous servent, mais ils nous serviront bien » encore jusqu'à la fin de notre vie, qui n'est pas » éloignée. Il y a dans Paris beaucoup d'honnêtes )) familles réduites à coucher sur la paille , faute » de lit , et qui passent souvent la journée entière t sans manger, parce qu'ils n'ont pas de pain , ni » personne qui leur en donne; ne serait-il pas plus » à propos d'employer cette somme à soulager leur » misère?»

» Ces paroles tirèrent les larmes des yeux de ce vénérable vieillard , et ayant embrassé sa femme : « J'ai eu dessein, lui dit-il, de vous proposer Ja » même chose; puisque vous m'avez prévenue, dis- » trlbuez vous-même cette somme. » Tel était M. d'Aguesseau. ( Thomas. )

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