‹ La France chrétienne;Chapitre 8 sur 48 · LE PASTEUR INTRÉPIDE , SAUVEUR DE SON PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PASTEUR INTRÉPIDE , SAUVEUR DE SON PEUPLE

L'an 451.

Attila, roi des Huns, étant entré dans les Gaules avec une armée formidable, vers le milieu du cinquième siècle, faisait tous ses efforts pour arracher aux Francs leurs belles conquêtes en ces pays. Ce prince barbare , surnommé le fléau de Dieu , portait partout le fer et la flamme ; les lieux qu'il avait parcourus se changeaient en d'affreux déserts. Déjà Reims, Cambrai, Besançon, Auxerre, Langres, avaient ressenti les terribles effets de sa

fureur. Ses coups allaient tomber sur la ville de Troyes; la consternation la plus profonde régnait parmi les habitants de cetle malheureuse cité; aux pleurs , aux gémissements se mêlent déjà des cris de désespoir. Le conquérant approche de ses porte». Il se précipite déjà dans ses murs, quand toutà-coup paraît un vieillard vénérable. 11 s'avance au milieu de la foule étonnée, et marche audevant du féroce ennemi, dont la seule figure imprimait l'effroi. Attila, dit l'histoire, était d'une taille médiocre , mais d'une carrure énorme; il avait la poitrine large, la tête extrêmement grosse, les yeux petits, mais étincelants, le nez plat, les cheveux négligés, le teint singulièrement brun ; en sorte que son aspect , joint à la fierté de sa démarche et aux mouvements convulsifs dont il était continuellement agité , suffisait pour inspirer la terreur, et justifiait son surnom de fléau de Dieu. Mais celui qui marche à sa rencontre ne craint rien : c'est un saint évêque, c'est Loup , l'intrépide pasteur de la ville menacée. Il a résolu de sauver le troupeau confié à sa garde. Fort de la grâce d'en haut, le voilà donc qui s'avance seul à la tête de son clergé pour combattre Attila, non point avec les armes de la terre , mais avec la parole de Dieu. Il l'aborde, et lui demande ce qu'il prétend. « Ignores-tu qui je suis? répond Attila; le fléau du Dieu vengeur remplit sa destination. — Et moi, réplique le saint, je suis un loup dépouillé de sa férocité naturelle et commis à la garde du troupeau du Dieu de miséricorde. Epargne-en les faibles brebis et ne frappe que le pasteur; si tu es vraiment le fléau de Dieu , ajoute-t-il , nous respec-

tons ce qui nous vient de Dieu. Mais si tu es le fléau par lequel le Ciel nous châtie, souviens-toi de ne faire que ce qui t'est permis par la main toutepuissante qui te meut et te gouverne. » Frappé de ces paroles , le prince farouche qui, ayant ravagé la Thrace , Flllyrie et la Grèce, avait passé le Rhin , et porté ensuite la dévastation dans les contrées les plus fertiles de la France, ce prince, pour qui rien n'était sacré , s'arrête à la voix du serviteur de Jésus-Christ, et la ville est sauvée.

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