SAINT AIGNAN , D'ORLÉANS
Durant cette triste époque du cinquième siècle où les Gaules gémissaient en proie aux invasions des barbares, les évêques étaient bien réellement les protecteurs, les libérateurs de leurs peuples: plus d'une ville gauloise dut son salut à l'intrépidité généreuse, à l'héroïque dévouement de ces hommes de Dieu, dont les prières ou la voix étaient toutes-puissantes pour fléchir les cœurs les pius farouches. Digne émule et contemporain de saint Loup de Troyes, saint Aignan d'Orléans eut comme lui l'honneur de sauver de la destruction sa ville épiscopale. Cet illustre pontife , successeur de saint Euverte, est célèbre en outre dans notre histoire par un insigne et touchant privilège qui lui fut octroyé et dont il laissa à ses successeurs le sublime héritage. On lui attribue, en effet, la gloire d'avoir joui le premier du privilège qu'eurent longtemps les évêques d'Orléans , de délivrer tous les prisonniers à leur entrée dans la ville. Admirable
et sainte coutume dont le souvenir s'élève comme un doux parfum au milieu des récits trop souvent barbares de nos vieilles annales.
il y avait près de soixante années que saint Aignan gouvernait comme évêque la cité d'Orléans lorsque, à son tour, elle vit les Huns, conduits par Attila , s'approcher de ses murailles. Le charitable pasteur avait prévu l'orage, et tout courbé sous le poids des ans, il avait fait lui-même le voyage d'Arles , pour aller demander du secours au général romain Aëtius. Cependant les barbares pressaient le siège. Saint Aignan encourage son peuple, et l'exhorte à mettre en Dieu toute sa confiance. Prosterné à genoux, ses cheveux blancs dans la poussière , il offre lui-même sa propre vie à Dieu pour le salut de son troupeau. Tous les habitants, à son exemple, adressent au Ciel de ferventes prières, dans l'attente du secours qui leur a été promis. Enfin, quand tout semblait désespéré, les Romains, auxquels se sont joints les Visigoths, paraissent tout-à-coup dans le voisinage. Un combat s'engage, les Romains sont vainqueurs et dispersent les barbares. On attribua cette victoire aux prières et à la prudence du saint évêque , bien plus encore qu'à la bravoure d'Aëtius , vaillant général , qui presque seul alors soutenait l'empire romain sur le penchant de sa ruine.
*^6 g®fc#*ii
PARIS SAUTÉ PAR SAINTE GENEVIEVE. Cinquième siècle.
Le farouche Attila , avant, de se replier sur Orléans , où l'attendait une défaite , s'était approché de Paris dans le dessein d'envahir cette capitale. Ici ce ne sont point de vénérables, d'intrépides évêques qui détourneront son bras menaçant : c'est une simple fille, Geneviève la bergère , qui , par ses prières et ses larmes , sauve la ville d'une ruine imminente, et devient la libératrice des Parisiens. Nous emprunterons à un biographe moderne de J'illustre sainte ce mémorable récit, avec quelques autres détails sur les œuvres de sa charité. On aime, en parcourant les souvenirs de nos vieilles annales, à reposer sur cette touchante figure qui brille d'un éclat si pur à l'aurore de la France chrétienne.
« Vers cette époque, les Huns, peuples barbares , s'étaient élancés des extrémités de la Tartarie, et parcouraient diverses contrées de l'Europe, entraînant , ravageant tout sur leur passage. Le farouche Attila, qui se faisait lui-même appeler le fléau de Dieu , les conduisait à la victoire. Ni murailles, ni fleuves, ni montagnes, n'arrêtaient ses hordes frémissantes; et ce terrible destructeur des nations avait coutume de dire que Y herbe ne pouvait plus croître aux lieux où son cheval avait passé. Déjà il venait de pénétrer dans les Gaules , portant de tous côtés le carnage et l'incendie ; cinq cents villes brûlées avaient marqué son invasion dans le monde , lorsqu'il s'approcha de Paris.
Au bruit de ses pas, les habitants sont remplis de stupeur. Se fiant peu à leurs murailles, ils veulent fuir, emportant leurs effets les plus précieux, et se retirer dans quelque place mieux fortifiée. Geneviève seule ; au milieu de la consternation générale, demeurait calme et sans crainte. Elle s'efforçait de rassurer les Parisiens, leur annonçant hautement que Dieu protégerait Ja ville, s'ils avaient recours aux prières, et que les cités, dans l'enceinte desquelles ils croyaient trouver un abri, seraient elles-mêmes pillées et saccagées. Elle les invite donc à la pénitence , promettant à Jeurs larmes , à leurs supplications, les secours du Ciel. Son regard inspiré , le feu de ses paroles ranime l'espérance dans les cœurs. On court prier dans les églises. Geneviève elle-même, suivie de quelques pieuses femmes dociles à ses avis, se renferme dans l'église de saint Jean-lc-Rond , où était alors le baptistère public. Là, elle passe avec ses compagnes plusieurs jours et plusieurs nuits en prières. Cependant , malgré sa confiance et ses promesses , les Huns continuaient leur marche dévastatrice. Les ennemis de la sainte se tournent alors de nouveau contre elle. Leur rage long-temps comprimée se rallume; et ce même peuple, qui peu de jours auparavant s'était précipité sur ses pas dans les églises, la traite maintenant encore de magicienne, de visionnaire , de fausse prophétesse. On l'accuse d'intelligence avec les ennemis, on lui reproche d'avoir empêché ses concitoyens de fuir à temps. La fureur populaire s'accroissant à chaque instant, on en vient jusqu'à vouloir lui ôter la vie. On l'entraîne sur la place avec d'horribles imprécations,
CINQUIÈME SIÈCLE. o3
sa mort est résolue. D'accord sur ce point, la populace furieuse est divisée sur Je genre de supplice. Les uns veulent Ja noyer dans un gouffre , d'autres Ja lapider , d'autres enfin la brûler vive. Or, Geneviève, patiente et résignée, priait pour ses bourreaux , et faisait à Dieu le sacrifice de sa vie, quand voici venir soudain l'archidiacre d'Àuxerre , arrivant du fond de l'Italie , envoyé par ta Providence pour secourir l'infortunée. On l'instruit des desseins de vengeance qu'on prépare, a Qu'allez-vous faire , Parisiens? s'écrie-t-il , animé d'un saint zèle. Gardez-vous bien de commettre un pareil crime. Celle dont vous tramez la mort a été, au jugement de Germain , notre évêque, bénie de Dieu dès sa naissance, et voici des présents que je lui apporte de sa part. » Ces présents consistaient en eulogies (choses bénites) , qu'on s'envoyait dans ces temps-là en signe de communion et d'amitié. Ces paroles calment les esprits. Le nom d'un prélat illustre, dont l'autorité était grande et vénérée dan3 ces contrées , apaise le flot des fureurs populaires. La vie de la sainte n'est plus menacée . et le saint pontife a pour la troisième fois l'honneur de glorifier sa vertu. Geneviève, sauvée d'un si grand péril, adore encore la main tutélaire , invisible, toujours présente à l'heure du danger, pour protéger celle qui mettait en Dieu seul sa confiance et sa force.
L'événement vint bientôt justiiier les sages prédictions de Geneviève. Par un prodige inattendu, on vit soudain le roi barbare et son armée se détourner de Paris, sans oser l'attaquer et s'avancer sur Orléans. Déjà la fermeté chrétienne de l'évêque
saint Loup avait sauvé la ville de Troyes de ses fureurs ; Orléans. allait être à son tour protégé par les prières de saint Aignan , son évêque , et par Tépée d'Aëlius, que Dieu lui donnera Je temps d'appeler à son secours. Le fléau de Dieu apprendra bientôt qu'il n1est point invincible , et que sa terrible mission s'arrête, là où se trouvent pour fléchir le Ciel , de vrais serviteurs de Jésus-Christ.