Tibulle Hamont, Lally-Tollendal
succombé dès 1757. Trois mois après la prise de Chandernagor, Clive avait livré au nabab du Bengale la bataille de Plassey, où 1 000 Anglais et 2 000 cipayes dispersèrent une armée de GO 000 Asiatiques. Désormais les x4nglais étaient maîtres au Bengale comme sur la côte de Coromandel. Clive occupait la place restée vide après Dupleix, reprenait toutes ses traditions diplomatiques et militaires et inaugurait cette série de grands capitaines ou d’habiles administrateurs qui ont rendu l’Angleterre maîtresse d’un des plus grands empires du monde, presque égal en étendue et en population à l’Europe entière.
Ainsi, pour avoir voulu soutenir une double guerre, en Allemagne, contre la Prusse, sur mer, contre l’Angleterre, on était vaincu à la fois en Allemagne, en Amérique et en Asie. A la honte de Bosbach s’ajoutait la perte du Canada et de l’Inde. L’héroïsme de Montcalm et de Lévis, de Lally-Tollendal et de Bussy, ne put suppléer à l’incapacité d’un gouvernement do courtisans et de favorites.
Ti-aîté de Paris (17G3). — Au traité de Paris, les Anglais rendirent bien Chandernagor, Pondichéry et trois autres villes de l’Inde, mais démantelées et privées de toute influence sur l’intérieur de la péninsule. En Amérique, on leur céda le Canada et la moitié est de la Louisiane ; et, comme notre alliée l’Espagne avait perdu la Floride, en dédommagement, on lui céda, l’année suivante, la moitié ouest de la Louisiane. Aux Antilles, les Anglais obtinrent la plupart des îles contestées : Saint-Vincent, la Dominique, Tabago ; en Afrique, ils gardèrent le Sénégal et ne nous rendirent que Tîlot de Gorée.
Ainsi la guerre de Sept ans et le traité de Paris ont complété la ruine de cet empire colonial, commencée au traité d’Utrecht. Les Anglais ont hérité des découvertes et des travaux des Jacques Cartier, des Champlain, des Talon, des La Salle, en Amérique; des Martin, des Mathieu Dumas, des La Bourdonnais, des Dupleix, des Bussy, dans l’Inde. De ces immenses territoires, vingt ou trente fois grands comme la France, il nous restait des bribes : sur la côte de Terre-Neuve, deux îlots ; dans les Antilles, la Guadeloupe et ses dépendances, la Martinique, Sainte-Lucie et la partie ouest de Saint-Domingue ; dans l’Amérique du Sud, la Guyane ; sur la côte du Sénégal, i’ilot de Gorée.
Chose étrange, on ne parut même pas se douter alors de l’étendue de ces pertes et de l’immensité du désastre. Voltaire, à propos des territoires contestés dans la vallée de l’Ohio, par-
lait de « quelques arpents de neige au Canada ». Quand M. de Bougainville, en 1759, vint réclamer à Versailles des secours pour le Canada, le ministre de la Marine le reçut fort mal : « Eh ! Monsieur, s’écria le ministre, quand le feu est à la maison, on ne s’occupe pas des écuries. — On ne dira pas du moins, Monsieur, repartit le héros, que vous parlez comme un cheval. » Choiseul, en cédant le Canada aux Anglais, se vantait de les avoir attrapés, car il prévoyait que les colonies anglaises, n’étant pas tenues en respect par le voisinage de la France, feraient défection à la Grande-Bretagne h