DEPUIS LE TRAITÉ DE
nifUeullcs poîir l’cxccufioii «Bu âraité. — Dans ces conditions, il était évident qu’un jour ou un autre un conflit devait s’élever entre l’Annam, le Céleste-Empire et le gouvernement français. Ce conflit fut longtemps écarté par la prudence des gouverneurs de la Cochinchine. M. Le Myre de Vilers, ' premier gouverneur civil, s’attacha en particulier à donner à notre intervention dans le Delta du Song-Koï un caractère pacifique, sans rien abandonner toutefois des droits acquis par la France. H croyait que des négociations, conduites avec fermeté et esprit de suite, pouvaient amener la cour de Hué à compo-
sition. Malgré la duplicité de cette cour, en dépit de scs intentions de recourir à l’appui de la Chine, son ancienne suzeraine, M. de Vilers pensait que le gouvernement annamite, en présence des faits acquis politiquement, pacifiquement et administrativement ‘, serait obligé, un jour venant, de se jeter dans les bras de la France pour échappera la ruine.
D’un autre côté, le traité de 1874, signé après l’évacuation du Tonkin, ne donnait pas à la France tous les droits qui découlent en général d’un protectorat. Le mot même de protectorat n’y était pas inséré. Il résultait de cette omission que les envoyés français, dans les ports ouverts au commerce, n’avaient d’autre autorité que celle reconnue par les lois internationales aux consuls de la carrière diplomatique et ne possédaient pas les pouvoirs de résidents. Ils étaient impuissants en présence des agissements des sujets de puissances étrangères, et celles-ci pouvaient demandera Tu-Duc d’accréditer près de son gouvernement des consuls sans que le ministère français pût s’y opposer. Heureusement la présence d’une escorte près de nos consuls, donnant à ceux-ci une autorité morale considérable, empêcha nos rivaux de profiter d’un droit diplomatique que nous n’aurions pu contester.
li’Aiiiiam se rapproche rte la Chine. — La cour de Hué, craignant les entreprises de la France, se rapprocha de plus en plus du Tsong-Li-Yamen de Pékin et renoua, par des ambassades et par l’envoi de présents, l’antique vassalité de l’Annam vis-à-vis du Géleste-Empire, tombée depuis longtemps en désuétude. Des troupes chinoises franchirent à plusieurs reprises la frontière du Tonkin et intervinrent dans les affaires intérieures du pays. En même temps, Tu-Duc ne négligeait aucune occasion de se montrer hostile, et, à Paris, le marquis de Tseng, ambassadeur de l’Empire du Milieu, déclarait ne pouvoir reconnaître le traité du 15 mars 1874 et la complète indépendance du/jr/zmc d’Annam, proclamée par cet instrument diplomatique L M. Gambetta, alors président du conseil, répondit, le H»' janvier 1882, au plénipotentiaire chinois, que le traité existait depuis huit ans, que le Géleste-Empire n’avait pas protesté lors de sa notification et que nous ne pouvions nous arrêter devant une réclamation si tardive L
•1. Dépêche du 17 janvier 1882 au commandant Rivière,
2. Le marquis de Tseng a toujours aifecté d’employer le mot prince et non le mot roi pour désigner Tu-Duc, afin de mieux marquer la vassalité de l’Annam.