‹ La France colonialeChapitre 109 sur 180 · L’1ND0-GH[NE FRANÇUSE · texte numérisé non relu

L’1ND0-GH[NE FRANÇUSE

arrive fréquemment que les femmes ne se connaissent pas et n’ont entre elles aucune relation. Les Asiatiques et les indigènes prennent souvent des femmes de second rang pour les placer à la tète d’une maison de commerce éloignée où ils seraient obligés d’avoir un agent salarié beaucoup moins dévoué que l’associée constituée par ce genre de mariage.

La cause la plus puissante de formation des unions de second ordre est la crainte des Annamites de ne pas avoir de postérité. Ils tiennent beaucoup en effet à avoir des fils qui rendront plus tard les honneurs funéraires à la lignée familiale et empêcheront les ancêtres d’être délaissés dans la vie future. Si ses mariages sont demeurés stériles ou n’ont produit que des filles, l’homme qui n’a point de fils adopte en général un cadet d’une autre branche de sa famille pour se créer une postérité religieuse et légale.

Comme au Cambodge, la politique impose la polygamie aux princes. Ils choisissent leurs épouses dans les familles des hauts mandarins et s’assurent ainsi de la fidélité des grands.

Si les lois de l’Annam admettent la polygamie, elles sont très sévères contre les unions entre proches parents et elles considèrent comme incestueuses des alliances permises par le code civil français et par le droit canonique chrétien. Ces prohibitions s’expliquent par les mœurs du pays qui réunissent souvent dans une habitation commune ou dans un même village, sous la surveillance d’un même chef, plusieurs générations d’une même famille, et par la facilité avec laquelle peuvent se contracter les unions de second degré.

Le divorce peut s’obtenir pour sept cas divers dont quelquesuns propres à la législation asiatique. En dehors de ces cas, le mariage est censé indissoluble, mais en réalité les séparations sont fréquentes, de sorte que, dans la pratique, il y a des divorces par consentement mutuel.

Dans les temps reculés, la famille était soumise à l’autorité maritale et paternelle la plus absolue. Depuis, la rigueur du droit ancien s’est adoucie; les femmes et les enfants ont pu acquérir certains droits civils qui leur avaient été refusés autrefois.

Les funérailles sont une grave affaire pour les Annamites comme pour les Chinois, parce qu’elles se rattachent au culte des ancêtres. Le respect des tombeaux est général ; leur entretien fait souvent l’objet de la donation d’un huong-lioa, bien immobilier laissé en nue propriété à l’aîné de la famille et dont le revenu doit être consacré au soin des sépultures et à l’offrande des sacrifices aux mânes de la lignée paternelle.

li’esclavage. — L’esclavage existe dans l’Annam, mais il est peu répandu et mitigé par le caractère généreux des habitants et les prescriptions de la loi, en général très douce. Les causes de l’esclavage sont au nombre de six : l’enlèvement des sauvages du Laos, l’esclavage de la peine, l’esclavage pour dettes, l’engagement des enfants par leurs parents, la piraterie et la naissance de condition servile. Nul doute que nous n’arrivions à détruire l’esclavage dans les contrées occupées par les Annamites comme nous l’avons extirpé de la Basse- Cochinchine.

Au Tonkin et sur les côtes de l’Annam, dans le golfe de Siam, la piraterie a régné jusque dans ces derniers temps, et si nous avons réussi à empêcher le honteux trafic des personnes et le pillage des biens sur les côtes du Cambodge et de la Basse-Cochinchine, il nous reste à faire régner la même police dans le golfe du Tonkin et sur la frontière sino-annamite. Nous obtiendrons cet heureux résultat avec de la persévérance, moins encore par les efforts de nos croisières et de nos colonnes que par la surveillance des autorités indigènes, lesquelles se sont trop souvent rendues complices des forbans de la haute mer et des pillards chinois.

Rciig^ions. — Les différents cultes païens professés dans la Cochinchine, l’Annam et le Tonkin sont ;

1“ Le culte du Ciel ne comptant qu’un seul adorateur privilégié, le roi, en sa qualité de Fils du Ciel;

2° Le culte de Confucius;

3° Le culte des esprits tutélaires rendu par les notables des villages à un esprit désigné par le roi ;

4° Le culte des ancêtres, le plus répandu, dont la conséquence est le collectivisme familial des peuples orientaux ;

5° Le bouddhisme, en pleine décadence.

Les lettrés ont adopté la doctrine de Confucius. La morale enseignée par le philosophe chinois est pure, fondée sur la raison. Le but du législateur est de faire des hommes parfaits dans les relations de la vie de famille et de la vie sociale.

Chez le peuple, la véritable religion est le culte du foyer et des ancêtres divinisés qui ont, dans chaque demeure, un autel analogue à celui des lares et des pénates de la mythologie classique. On offre aux ancêtres des sacrifices, des repas, du bétel, des papiers d’or et d’argent, des habits, des piastres et des sapèques, etc. Il y a là évidemment, comme chez les Aryens, puis chez les Grecs et les Romains primitifs, une croyance

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confuse à la persistance de la vie au delà de la tombe, et à la continuation, dans une existence future, des conditions de la vie terrestre.

La principale fête religieuse est le Têt ou premier jour de 1 an; elle est marquée par une visite aux tombeaux qu’on orne de fleurs, par des sacrifices aux ancêtres, par des présents aux amis les plus intimes, par un repas des membres de la famille à côté de 1 autel domestique, par la cessation des travaux et par des réjouissances qui durent un certain temps.

Le fanatisme religieux n’existe pas dans l’Indo-Chine. Si les chrétiens ont été persécutés par la cour de Hué, c’est parce que celle-ci voyait dans les missionnaires des ennemis de 1 empire et dans les chrétiens indigènes des alliés de l’étranger.

Le christianisme, prêché dès le xvii® siècle, a rencontré comme principal obstacle le culte des ancêtres qui constitue un collectivisme familial opposé à l’individualisme chrétien. Il est cependant suivi par le vingtième de la population.

Le christianisme, en elfet, ne rencontre pas de grandes difficultés pour se répandre au milieu des Annamites, si ce n’est l’attachement aux sacrifices funèbres à la lignée familiale. Le culte des saints et celui des âmes du Purgatoire succèdent assez bien aux hommages nationaux rendus aux ancêtres, et la polygamie, peu répandue, n’est pas un grand obstacle pour l’introduction de la discipline catholique dans la famille,

liangue. — La langue annamite, comme la plupart des idiomes de l’Asie orientale, est une langue monosyllabique, dont les mots sont séparés, inflexibles et invariables. Chaque mot est une racine, ayant à la fois le caractère du substantif et celui du verbe; la manière dont on le place dans la phrase, l’intonation dans la prononciation (l’annamite est une langue chantante) marquent seules son sens catégorique et sa foncùon grammaticale. Dans ces conditions, les mots ne peuvent être soumis qu’à des règles de syntaxe. La langue annamite n’a pas de patois et l’on remarque à peine une différence d’accentuation de certaines voyelles entre les provinces du bas Mékong et celles du Song-Koï. Vers la frontière chinoise seulement on constate l’influence de la langue du Céleste-Empire, et un méridional pourrait difficilement s’y faire comprendre.

Les lettrés se servent du chinois qui, devenu la langue officielle, a fourni à l’annamite, comme au japonais et au coréen, les termes pour exprimer les idées abstraites et joue

ainsi le même rôle que l’arabe dans le turc, le persan et le malais. Les caractères idéographiques employés dans l’Annam sont d’origine chinoise. Les lettrés chinois et annamites peuvent s’entendre par l’intelligence des caractères représentant une môme idée exprimée dans les deux idiomes par des vocables différents.

La langue annamite a produit quelques romans et quelques poèmes.

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