Les buffles sauvages sont des animaux fort dangereux
Les Cambodgiens distinguent plusieurs espèces de bœufs sauvages. Lhme d’elles, le khthing-pos, ou bœuf à serpent, est l’objet de singulières croyances. D’après les indigènes, le kbthing-pos se nourrit de serpents qu’il transperce de ses cornes longues, aiguës et recourbées comme celles du buffle, ou qu’il saisit par la queue quand ces reptiles se réfugient dans les trous; en projetant sa salive sur les ophidiens, ajoutent-ils, le kbthing les fait tomber des arbres; il aurait la même puissance contre les hommes. Les cornes de cet animal, portées en talisman, passent pour préserver de la morsure des animaux venimeux.
arbre, encore ne sont-ils pas sûrs de leur salut car l’éléphant déracine parfois avec sa trompe de grands arbustes. On chasse surtout ce pachyderme pour l’ivoire des défenses, caria viande est peu recherchée sauf la trompe qui, cuite sous la cendre, rappelle le goût de la langue de bœuf. La peau est souvent coupée en lanières et expédiée en Chine où on en fait des mets gélatineux très appréciés.
Gomme les Siamois, les Cambodgiens ont en grande vénération l’éléphant blanc. Le rituel impose à l’éléphant sacré un certain nombre de marques distinctives; ses taches doivent être disposées dans un ordre déterminé.
Les éléphants sont fort dociles quand les cornacs sont bons pour eux. La nourriture de ces animaux se compose d’herbes, de feuilles et surtout de jeunes pousses de bambous et de cannes à sucre dont ils sont très friands. Les éléphants sauvages sont la terreur des paysans qui voient, en une nuit, dévaster par ces pachydermes de vastes espaces cultivés.
Le rhinocéros est l’hôte des forêts, au Cambodge et dans le pays des Moïs. La manière de chasser ces animaux est très hardie. Quatre ou cinq chasseurs exercés se réunissent, armés de longs bambous pointus durcis au feu. Ils se rendent sur le lieu où un rhinocéros a été signalé et, dès qu’ils aperçoivent la bête, ils se dirigent droit sur elle. De son côté, le rhinocéros s’avance vers les chasseurs, et, quand il ouvre sa large gueule, ceux-ci lui enfoncent dans la gorge les bambous effilés dont ils sont armés. Cela fait, les chasseurs s’esquivent promptement et tâchent de se réfugier sur des arbres voisins. L’animal blessé ne tarde pas à tomber, perdant le sang par ses l)lessurcs. Quand il est épuisé, les cbasseurs l’achèvent. La corne du rhinocéros est considérée comme un précieux talisman et elle est souvent mêlée, en poudre, dans les médicaments.
Le sanglier ravage souvent les plantations de patates et de maïs. La chasse de cet animal est moins dangereuse que celle de son congénère d’Europe. Au Tonlnn, sur la rivière Noire, on rencontre des individus qui ont Jusqu’à l^^tO de hauteur.
Oiseaux. — La gent ailée est fort nombreuse dans l’Indo- Chine; les vautours détruisent les charognes, l’ibis et le faucon chassent les serpents, le hibou les rats; l’aigle tacheté est quelquefois élevé comme oiseau de chasse; plusieurs sortes de perruches et de perroquets sont capturées par les indigènes; les hirondelles salanganes construisent leurs nids comestibles dans les provinces occidentales de la Basse-Gochinchine et dans
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les îlots du golfe de Siam. Le choatchue, appelé rossignol par les Européens, est un agréable chanteur, ainsi que le merle mandarin. On voit aussi le pigeon, le coq sauvage, la poule domestique, de nombreux troupeaux de canards et d’oies qui parcourent les champs récoltés, sous la garde d’hommes et de chiens, le héron cendré, le faisan bleu, le paon, le corbeau, la cigogne, le pélican, le marabout facile a apprivoiser, et des espèces indigènes dont les plumes servent à la confection des éventails.
Reptiles. — Parmi les sauriens, on remarque le lézard, l’iguane, le varanus nebulosus, le gecko, le caméléon et le crocodile. Les Annamites parquent des crocodiles dans des enclos à Saigon, à Mytho et à Cholon, car ils sont très friands de la chair de cet animal. Les ophidiens présentent plusieurs espèces venimeuses, comme le naja et le serpent-vert, qui font périr plus d’indigènes que le tigre, et, parmi les espèces non venimeuses, le python. Les chéloniens sont représentes par la tortue franche et un trionyx, qui sont comestibles, et la tortue caret (à Phu-Quoc, à Poulo-Condore, dans la province de Thanh-Hoa). Les batraciens sont la grenouille et le crapaud.
Poissons et cétacés. — Sur les côtes, on rencontre des requins. Les Tonkinois tirent de la graisse de cet animal une huile pour l’éclairage. Les ailerons de requins desséchés sont utilisés par la cuisine indigène ou exportés vers la Chine.
En Cochinchine, les poissons de mer remontent le Mékong où la marée se fait sentir à une grande distance des côtes.
Une curieuse espèce est le ou poisson de combat; les indigènes font lutter les mâles entre eux; ils engagent des paris sur le résultat de la rencontre.
Sur plusieurs points des côtes de l’Indo-Ghine se rencontrent des dauphins, des cachalots, des marsouins et d’autres cétacés souffleurs qui souvent s’échouent et reçoivent alors des indigènes le culte superstitieux de la baleine protectrice des naufragés.
Insectes, etc. — Parmi les invertébrés, nous ne citerons que le scorpion et les moustiques, la fourmi termite, le cancrelat et la sangsue.
Les abeilles sauvages sont nombreuses. Les indigènes établissent des sortes de ruches dans les forêts et font la récolte du miel et de la cire.
La fiume est un mollusque qui donne la vraie nacre. Les
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zoophytes sont représentés dans l’holothurie, très appréciée des indigènes, et par plusieurs madrépores qui, dans la Basse- . Gochinchine, dépourvue du calcaire, servent à faire de la chaux. On trouve des huîtres sur certains points de la côte.
Animaux, domestiques. — Bace bovine. — Le bœuf, petit, bien proportionné, appartient au genre zébu; parqué et bien nourri, il fournit une bonne viande de boucherie dont les Annamites ne font cependant qu’un usage restreint. Dans les pays un peu élevés, les indigènes se servent des bœufs pour le labour et les attellent à leurs charrettes; dans certains cantons, on trouve des bœufs trotteurs qui peuvent suivre un cheval au trot pendant plusieurs heures. Accouplés et attelés à une voiture légère, ils peuvent faire dix et même quinze lieues par journée, si l’on a la précaution de voyager une partie de la nuit.
La vache fournit peu de lait, de trois quarts de litre à 1 litre par jour, mais ce lait est de bonne qualité. Les Indo- Chinois éprouvent en général beaucoup de répugnance pour le laitage.
La viande de veau est de qualité inférieure.
Le buffle vient du Laos. Sa couleur tient du blanc cendré et du gris foncé; ses longues cornes noires sont recourbées en croissant. Il ne sert qu’au labourage et est indispensable pour le travail des rizières. Le buffle, docile avec les Annamites, s’inquiète à la vue d’un Européen ; il est alors dangereux. Les buffles du Tonkin paraissent mieux se familiariser avec les étrangers que ceux de la Gochinchine,
Attelé à des chars grossiers et solides, le buffle fournit le seul moyen de transport possible dans la forêt pour les marchandises échangées avec les sauvages.
Les cornes et la peau de ces ruminants sont l’objet d’un grand commerce. Les cornes, qui peuvent recevoir un beau poli, sont exportées en Chine.
Le Cambodge est le principal marché d’où la Gochinchine française tire les bœufs pour l’alimentation des Européens. — plus de mille par mois. — Cependant, malgré la richesse des pâturages cambodgiens, la production est loin d’égaler la consommation. Quelques mesures ont été prises par le roi, sur la demande du gouverneur, pour favoriser la reproduction de l’espèce bovine, mais elles ne constituent qu’un palliatif insuffisant. La véritable solution de la question serait de créer en grand au Cambodge l’industrie de l’élevage. Elle convien-
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drait parfaitement à des Européens encore jeunes, intelligents, disposant de quelques capitaux, n’ayant pas d’appréhension pour une vie' large, un peu aventureuse, dans un pays très giboyeux, où peu de fauves redoutables sont à craindre pour le bétail, où il serait facile d’obtenir de grandes concessions de terrain, où, grâce à la douceur, à l’apathie des indigènes, les attentats contre les blancs ne peuvent guère être provoqués que par l’injuste cupidité, la brutalité de ceux qui se croient tout permis vis-à-vis d’une race inférieure. Mais c’est surtout en Cochinchine que doit se développer l’élevage. Le progrès obtenu est considérable depuis l’ouverture des routes et des chemins. Les indigènes pouvant substituer le traînage en voiture au portage à dos d’homme, trouvant à vendre le bétail pour la boucherie, ont aujourd’hui de nombreux troupeaux, surtout dans les arrondissements de Sa'igon, Bien-IIoa et Travinh.
Race chevaline. — Les chevaux sont de petite taille (1"‘,20 au garrot); ils sont bien faits, énergiques, actifs, forts pour leur taille, s’ils sont bien nourris et bien soignés; ils ontlepied sûr et résistent bien à la fatigue; ils ressemblent aux poneys anglais ; leur tête est souvent forte. Le petit galop est leur allure familière. Les Annamites n’ont pas l’habitude de ferrer leurs chevaux, ce qui n’empêche pas ceux-ci de pouvoir faire de 40 à 50 kilomètres par jour, pendant une quinzaine au moins. L’âne est inconnu.
Race porciue. — En Cochinchine et au Cambodge, de nombreux porcs, appartenant à la race du Siam, sont élevés dans toutes les maisons, où ils sont nourris avec les résidus de la distillerie du riz et surtout avec le tronc des bananiers haché menu et mélangé à du riz cuit ou à certaines plantes très communes près des cours d’eau. La chair du porc est trop grasse et trop huileuse. Les indigènes de notre colonie ont reconnu cet inconvénient et, depuis notre occupation, ils ont fait des tentatives de croisement avec les grandes races européennes. ’
La race porcine du Tonkin a les pattes basses. Sa chair est plus fade que celle des espèces d’Europe. Chaque semaine, de 500 à 600 cochons sont expédiés de Haïphong à Hong- Kong.
Race ovine et caprine. — Les moutons sont rares et de petite espèce. Les chèvres, importées dans ces dernières années en Cochinchine, paraissent devoir se multiplier.
lia aore. — La Basse-Gochinchine et leTonkin possèdent la chaleur et l’eau, si nécessaires à la végétation, et un sol de formation récente, riche en humus apporté par le Mékong, le Song-Koi et leThaï-Binh, Gomme l’Égypte, la Mésopotamie, le Bengale, ces contrées réunissent toutes les conditions favorables à l’agriculture, donnent de magnifiques récoltes et ont toujours nourri l’empire d’Annam tout entier. Dans les parties élevées du pays, dans la chaîne séparative du royaume et du Laos, dans la région montagneuse du Tonkin, se voient des forêts riches en essences propres à la construction, à la marine ou à l’ornementation.
Les espèces alimentaires sont le riz*, le maïs, l’igname, l’igname-patate, la patate, le millet, l’ananas, le chinchou, la canne à sucre, l’arbre à thé, les bourgeons d’aréquier, de palmier, de bananier, les jeunes pousses de bambou et de plusieurs graminées, le melon, la pastèque, da citrouille, la tomate, l’aubergine, le manioc, le haricot et les plantes importées d’Europe.
Les épices sont représentées par le poivre, la muscade, le girofle, la cannelle; les arbres fruitiers sont nombreux; le cocotier, le grenadier, le citronnier, le prunier malgache, le manguier, le bananier, l’oranger, le caféier, le letchi, le pamplemousse, le limon, le cacaoyer, la vigne, le carambolier, le cœur-de-bœuf, la badiane, la pomme-cannelle, le corossol, le caï-mitte, le jujubier, le jamrose, les eugenia, etc.
Les plantes industrielles, non moins variées, sont : le
i. La plante la plus importante de l’Indo-Ghine est sans contredit le riz, nourriture habituelle des indigènes, qui tirent de ce végétal une liqueur fermentée. L’exportation de cette denrée, qui peut fournir un revenu net de 200 francs par hectare, est assurée en Chine et dans les pays voisins, où 400 millions d’habitants font du riz la hase de leur alimentation. 11 importe donc de favoriser la culture de cette plante. Le sol de l’Indo-Ghine, sauf les parties montagneuses, est assez riche, le travail assez facile pour centupler la production actuelle, surtout maintenant que la cour de Hué ne pourra plus, comme autrefois, par un intérêt mal entendu, s’opposer au libre commerce de cette céréale.
Le riz cultivé dans l’Indo-Ghine appartient à deux espèces : le riz gras ou gélatineux, surtout employé dans la fabrication de l’alcool de riz, et le riz ordinaire, mais les variétés sont nombreuses. Le riz du Tonkin est supérieur à celui de la Basse-Gochinchine ; il est exporté de Hong-Kong sur San-Francisco, sous la désignation de riz de Chine.
La production du riz tonkinois est de 35 ou 40 millions de piculs, celle de la Cochinchine de 800 000 tonneaux (les rizières occupaient, en 1883, 686 119 hectares dans notre colonie). Le picul = 60^'*, 4.
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tabac, le mûrier, le bétel, Taréquier, le chanvre, le thom, le coton, le ouatier, le mûrier à papier, l’ortie de Chine, l’arachide, le sésame, le curcuma, l’indigo, le safran, le curiao ou faux gambier, le guttier-cambodgia, l’arbre à gomme laque, le carthame, le rocouyer, le cardamome.
La flore pharmaceutique ne le cède en importance à celle d’aucune contrée tropicale ; on rencontre dans l’Indo-Chine l’aloès, le gingembre, le ricin, la noix vomique, la fève de* Saint-Ignace, le benjoin, le camphrier, le traï, la mélisse, la salsepareille, le hoang-nan, le souchet, le croton, l’acanthe, la gentiane, le camphre, le datura-stramonium, la saponaire, le mussanda, le hylang-hylang, etc.
Les plantes d’ornementation fournissent le cactus épineux, le papayer, le lotus, le rosier, le laurier, le nymphéa, le nelombium, les aroïdées, le nénuphar, les tabernæmontana, les gardénia, les ixora, les acanthes, les rubiacées, les malvacées, les rutacées, les pandanées, les amarantacées, etc.
Les essences forestières présentent les ébéniers, l’isonandra Kantzii, sécrétant une espèce de gutta-percha, le guttier sauvage, le bois de fer, le dipterocarpus, le hopea, le shora, le tarretia, le manguier, etc. Le bambou est une véritable fortune pour les Indos-Ghinois. Il sert aux constructions, aux ponts, aux clôtures; on en fait des vases, des nattes, des paniers, des bâtons, des barques, des chapeaux, des rames, du papier, etc.
Minéraux. — Le delta du Mékong et celui du Song-Koï sont formés par des alluvions modernes. La Basse-Cochinchine fut autrefois occupée par un golfe dont les eaux devaient s’avancer au delà du'Tonlé-Sap jusqu’aux chaînes granitiques séparant le bassin delaMénam de celui du Mékong. Le golfe du Tonkin devait recouvrir le delta du Song-Koï et d’après des documents chinois. Hanoï a été autrefois un port de mer.
Les deux golfes ont été comblés par des apports des fleuves, et certains sommets granitiques situés dans les deltas, comme le cap Thi-wan, le cap Saint-Jacques, les hauteurs de Baria et de Vinh-té en Cochinchine, le Gia-Binh, les groupes Pagode, Éléphant, des Pachydermes, le Nui-Deo au Tonkin, devaient autrefois être des îles. Dans le Tonkin comme aux bouches du Mékong, la rapidité du colmatage est extraordinaire. Sur ce dernier point, les salines de l’arrondissement de Soctrang, dont les produits sont très appréciés par les
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pêcheurs du Grand-Lac, devront être abandonnées, parce que la mer se retire annuellement de 250 mètres. Au Tonkin, les missionnaires débarqués depuis trente ans ont vu les villages où ils avaient abordé passer à la situation des localités placées en deuxième ou troisième ligne dans les terres. Là aussi les salines sont menacées.
Les contrées montagneuses de l’Annam et du Tonkin renferment de l’or, de l’argent, du mercure, du cuivre, de l’étain, du zinc, du plomb, du fer, du bismuth, de l’arsenic, de l’alun, de la houille, du pétrole, du kaolin, du marbre, du salpêtre, du cristal de roche, du soufre, du jade, des pierres précieuses(?) et des eaux minérales.
L’ordre géologique des couches qui constituent la chaîne annamitique paraît être te suivant : grès et schistes permiens rougeâtres, terrain houiller ou grès et schistes rouges et gris, calcaire, et, vers le Laos, grès et schistes dévoniens.
Au Cambodge, on rencontre dans le sous-sol le conglomérat ferrugineux appelé bay-kriem ou pierre de Bien-Hoa, assez riches sur certains points pour servir de minerai de fer, le fer de la province de Kâmpong-Soai, et du kaolin entre le Mékong et la rivière du Grand-Lac.
Les riches gisements houillers du Tonkin, qui s’étendent sur une superficie d’un millier de kilomètres carrés, ont été l’objet d’une étude spéciale de MM. Fuchs, ingénieur en chef des mines, et Saladin, ingénieur civil des mines. Il est à présumer que le bassin du Tonkin et celui de Tourane, dans l’Annam , constituent deux anneaux d’une chaîne plus ou moins continue qui forme la ligne de partage des eaux entre le Mékong d’une part, le fleuve Rouge et les rivières de TAnnam d’autre part. Ces mines peuvent assurer, pendant de longues années, le fonctionnement normal d’une exploitation régulière et proportionnée aux besoins de la consommation du combustible dans l’extrême Orient et à l’importance de la mise de fonds qu’exigeraient les travaux de premier établissement.
L’essai industriel des charbons a donné les meilleurs résultats; ils soutiennent très bien la comparaison des houilles australiennes, et sont supérieurs aux lignites pyriteux du Japon ; ils se rapprochent tellement des houilles françaises qu’ils pourront prendre à Saigon une importance comparable à celle qu’y ont actuellement les produits de la Grand’Gombe.
■1. La houille est signalée dans l’Annam, dans la vallée de la rivière de Hieou, dans le Tbanh-Hoa et à Hong-Son dans la vallée de Tourane.
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D’après M. Fuchs, les charbons du Tonkin pourront fournir 100 000 tonnes par an. Ce chiffre s’accroîtra par la création de forges et d’aciéries à Saigon, quand on pourra exploiter le puissant gîte de fer de Phnum-Dèck au Cambodge.
Agriculture. — En général, le régime agricole de la petite propriété et de la petite culture domine dans les pays annamites, aussi bien dans la Basse-Gochichine qu’au Tonkin. Chaque propriétaire exploite son champ, dont il consomme le produit et dont il vend la plus-value aux Chinois, qui se sont emparés du petit commerce. Au point de vue politique, l’extrême division du pays est une garantie contre les troubles et les révoltes. L’homme qui cultive sa terre pour nourrir sa famille ne demande au gouvernement que la tranquilité et la sécurité personnelle. L’expérience des premiers temps de notre domination aux bouches du Mékong, continuée depuis lors au Tonkin, prouve que les chefs de rebelles et les pirates se recrutent surtout parmi les vagabonds sans attache au sol. Les habitants des rives du Song-Koï et du Thaï-Binh, absorbés par la culture de leurs champs, n’ont pas pris les armes contre nous : autrement la conquête aurait été beaucoup plus difficile. Les habitudes laborieuses de la population contribueront beaucoup à la pacification du pays, où pas un pouce de terrain n’est perdu. Le respect absolu de la propriété indigène, la répression des exactions des mandarins, développeront chez les Annamites le désir de défricher des terres encore incultes. Sûrs de jouir du prix de leur travail, ces hommes ne craindront plus d’améliorer leurs procédés de culture, de laisser paraître leur aisance. C’est ce qui s’est produit dans la Basse- Cochinchine, où s’élèvent sur bien des points, à la place des paillotes, des constructions en maçonnerie d’une certaine importance et où, peu à peu, la tuile remplace le chaume, le mur en briques la clôture en pisé.
Le gouvernement français doit s’efforcer dans toute l’Indo- Chine, comme il l’a fait dans notre colonie cochinchinoise, d’introduire des améliorations dans le mode de culture. A Saigon le Jardin botanique de Saigon et son annexe, la Ferme des Mares, renferment une ferme-modèle, une promenade publique, un champ d’expériences et une collection des plus beaux spécimens de la faune de la Gochinchine. Près de Hanoï est une Ferme-École.
Les procédés de culture sont encore bien primitifs. Les indigènes se montrent négligents des ressources fournies par
les engrais (sauf au Tonkin), ignorants des procédés perfectionnés d’irrigation, de drainage, d’assolement, d’amendement. Les outils des laboureurs sont fort simples : la bêche, la houe, une petite charrue en bois, très légère, sans roues, traînée par des buffles, une herse, sur laquelle on se tient debout en dirigeant son attelage, la faucille pour la culture du riz. Les Annamites connaissent la noria chinoise pour l’arrosage des rizières situées sur les collines, le fléau, le van. La production agricole du Tonkin et de la Gochinchine se développe sous l’action des Correspondances fluviales du Tonkin et des Messageries fluviales de la Gochinchine qui mettent en rapport les pays de production avec les ports d’embarquement : Haïphong et Saigon.
Le Gambodge possède beaucoup de terres alluvionnaires, mais elles sont moins riches que celles de la Gochinchine, parce qu’elles sont plus anciennes et plus élevées au-dessus du niveau des fleuves et des rivières. Les pâturages sont très beaux pendant la saison pluvieuse ; pendant la saison sèche, on ne trouve d’herbe fraîche que près des rivières ou des étangs. Les Gambodgiens ne connaissent pas les prairies artificielles. L’apathie des indigènes est telle, qu’ils négligent de profiter de la merveilleuse fécondité de leur sol. Ils se font chaque année un champ par l’incendie des forêts ou choisissent une clairière naturelle au milieu des bois; ils sèment et laissent la nature généreuse pourvoir à leurs besoins.
Industrie. — L’Annamite, surtout dans la Basse-Gochinchine, est presque entièrement adonné aux travaux agricoles et s’est laissé devancer dans les arts industriels par les Ghinois. Geux-ci ont accaparé tous les métiers. Au Tonkin, l’indigène peut égaler le Géleste; il se fait volontiers maçon, charpentier, ébéniste, cordonnier, tailleur, brodeur, fondeur en cuivre; il ne répugne qu’aux travaux souterrains des mines.
Une prescription de la loi annamite est très contraire au développement de l’industrie nationale. G’est celle qui autorise le roi à requérir, pour son service personnel, les ouvriers qui se distinguent dans un métier par leur habileté ou leur talent, au prix d’un salaire dérisoire. Gette loi n’est plus appliquée dans la Basse-Gochinchine, mais elle est toujours en vigueur dans les provinces soumises à l’administration directe de Hué.
La main-d’œuvre indigène est à bon marché dans toute l’Indo-Ghine. Les femmes travaillent beaucoup. Elles se livrent aux occupations du ménage ; elles gardent les boutiques,
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égrènent le coton, repiquent et décortiquent le riz, portent les marchandises au marché et conduisent les barques ou sampans, comme les hommes, avec une habileté remarquable.
La pèche est une des principales industries des Indo-Chinois; Annamites et Cambodgiens ont organisé sur les côtes, généralement à l’embouchure des fleuves, des pêcheries en bambous. A Phnum-Penh une pêche fructueuse est celle du commencement de Tannée, d’une durée d’une ou deux semaines au maximum et portant sur des espèces de passage, les unes descendant du Tonlé-Sap vers la mer, les autres remontant le bras du Grand-Lac.
La pêche dans le Grand-Lac ou Tonlé-Sap, au Cambodge, occupe 12 à 14 000 individus. Cambodgiens, Annamites, Malais, Siamois et quelques Chinois. Ces derniers préfèrent venir faire le commerce dans les villages temporaires qui se forment pendant la saison sur les côtes du lac. Les pêcheurs font des associations et partagent entre eux les poissons d’après des règles traditionnelles et spéciales au Grand-Lac.
Les poissons sont séchés, salés ou fumés; ils fournissent de Thuile, des vessies natatoires, le nuoc-mam et le pro-hoc, condiments, fort appréciés des indigènes. Des bateaux-viviers transportent du poisson vivant à Saigon et à Cholon.
Les Annamites fabriquent de Teau-de-vie de riz, du sucre, de Thuile de coco ; ils savent travailler le bronze et le fer, la soie, le cuir.
Les forêts pourront alimenter des scieries mécaniques, mais en général les bois sont débités par des scieurs de long. Les fleuves et les arroyos servent au flottage. L’ouverture déroutés forestières décuplera l’exploitation dans les contrées élevées.
Les Annamites construisent rapidement et solidement leurs sampans et leurs barques de mer. Les mandarins khmers leur commandent des embarcations de luxe et les marchands de cette nation leurs barques de charge. Dans le delta du Song- Koï, où le bois fait défaut, les indigènes fabriquent, d’une manière fort ingénieuse, des barques en bambou tressé et enduit d’une couche imperméable : des paniers, disent nos soldats. Ces embarcations, très légères et très maniables, peuvent porter une dizaine de personnes. Elles sont facilement transportables d’un arroyo à un autre. Tous les Tonkinois, même les enfants, se servent avec beaucoup d’adresse des rames en forme de palettes, ou de la perche, qu’on enfonce dans Teau, à l’arrière de la nacelle.
La terre argileuse se rencontre presque partout, aussi
chaque indigène sait-il fabriquer les briques dont il fait usage, mais il existe de véritables briquetiers, ou tuiliers, ou potiers; certaines briques, dites mandarines, sont très estimées.
Les Cambodgiens sont très habiles dans les industries extractives. Le fisc royal fait retirer du salpêtre du guano des chéiroptères établis dans les ruines des monuments khmers. La chaux est bien cuite et envoyée à Saigon, car il n’y a pas de roches calcaires en Gochinchine. La chaux la plus appréciée est celle de la montagne de Kamlang (Phnum-Kamlang).
Les minerais de fer de Phnum-Dêck, dans la province de Kampong-Soai, exploités par la tribu des Kouys, considérés comme sauvages par les Cambodgiens, sont désignés sous les noms de pierre lourde et de pierre légère. La première est plus riche en métal, mais celui-ci est moins estimé, il est mou et ne convient pas à la fabrication des armes et des outils. La seconde, moins riche, donne un fer plus apprécié des indigènes, qui s’en servent pour les outils, les armes, les instruments tranchants, les outils d’agriculture et les lames de scie. Le minerai est un oxyde de fer contenant 70 0/0 de métal ; son rendement, par les procédés cambodgiens, qui rappellent la méthode catalane, est d’environ 63 à 66 0/0. M. Fuchs considère le minerai de Phnum-Dêck comme un minerai de choix, se prêtant parfaitement aux nouvelles méthodes de la métallurgie du fer et pouvant donner, dans les meilleures conditions possibles, d’excellents aciers Bessemer ou Martin. D’après les calculs du savant ingénieur, le cubage du gîte est de 2 millions de mètres cubes de minerai, fournissant 6 ou 7 millions de tonnes.
Les véritables industries nationales des Annamites sont : la fabrication des nattes et des éventails, l’orfèvrerie et les incrustations. Les orfèvres royaux du Cambodge sont également très habiles.
Les incrustations de LAnnam et du Tonkin sont, en général, dirigées sur Hong-Kong et sur Saigon pour l’exportation. L’apprentissage des incrusteurs est très long et commence dès l’enfance. A dix ou douze ans, les apprentis font déjà des travaux faciles et à vingt ans ils sont ouvriers. Le gain d’un incrusteur habile est de 1 franc à 1 fr. 30 par jour, plus la nourriture ; mais, en général, ils préfèrent s’associer ou travailler à la pièce. Depuis l’arrivée des Européens, le prix des incrustations a augmenté de 50 0/0 et cette proportion est dépassée pour les plus beaux travaux. Les incrustations du Tonkin sont exportées sur Saïgon et Hong-Kong.
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Commerce. — Les capitalistes français qui ont semé tant d'argent dans le monde, notre puissante épargne, qui s’est parfois engagée, sur la foi de fallacieuses promesses, dans des entreprises chimériques, doivent trouver, dans la création de lignes télégraphiques ou de chemins de fer ou de navigation, de sérieux bénéfices dans l’extrême Orient. Or, il ne faut pas l’oublier, la colonisation demande non seulement des bras, mais aussi et surtout des capitaux.
L’exemple de la Cochinchine et du Tonkin montre que nos financiers sont parfois timides quand il s’agit de l’extrême Orient. Plus d’une fois, le gouvernement ou le conseil colonial de notre colonie ont dû, po faire de grands travaux publics, pour créer des établissements de crédit, garantir un minimum d’intérêt ou assurer une subvention annuelle prise sur le budget local. Cependant les Messageries fluviales, les Correspondances fluviales, les Docks de Haïphong et la Banque de l’Indo-Chine ont surtout des Français comme actionnaires.
L’Indo-Chine française est située dans une heureuse situation commerciale, sur la route de l’Inde a la Chine, à proximité de Singapour et de Hong-Kong, des Philippines et de Batavia, limitrophe du Siam et des provinces méridionales du Céleste- Empire. Enfin elle est le débouché naturel des produits du Laos.
La possession par la France de l’Annam et du Tonkin ne peut manquer d’attirer vers les côtes le commerce du Laos. « Le Song-Gianh est à quarante-cinq lieues de La-Kon, un des points principaux du Laos siamois. Nonkay, chef-lieu de ce même Laos, autre entrepôt important, est à soixante-quinze lieues du port de Cua-Trap. Mong-Pouen,. marche des plus riches produits du bassin moyen du Mékong, est à six lieues de Lach-Vich. Luang-Prabang, clef stratégique et politique de toute la presqu’île indo-chinoise, surtout du bassin du Mékong, est à cent lieues de Lach-Vich. Alévy, centre politique et commercial du Laos birman, Poueul, un des entrepôts du Yunnan, marché du meilleur thé et de l’opium, Ling-Ngan, centre de la production métallurgique du Yunnan, tout l’ouest du Kouang- Si, ont leur débouché vers la mer par le Tonkin; enfin l’importante et populeuse province deTaeping est à 120 kilomètres de la baie d’Along et écoulait jadis par là ses produits. Quand on cherche à voir si ces divers points pourraient essayer de se relier à la mer par d’autres voies, on s’aperçoit bien vite qu’ils ne peuvent y songer ; dans toute autre direction, la mer est à des distances de deux à quatre fois plus grandes '. »
i. Colonel Laurent, Conférence aux officiers de Saigon.
Importation !S. — En Cochinchine, les importations comprennent surtout les métaux et les outils, le thé de la Chine, les vins et spiritueux de la France, la chaux et le poivre du Cambodge, le papier, l’opium, le tabac, les tissus anglais, les sucres raffinés, les porcelaines, les faïences, les poteries d’Europe et de la Chine, les huiles, les farines, la houille, les articles de Paris, les médecines chinoises, les conserves alimentaires et les salaisons d’Europe et de la Chine.
Les mêmes marchandises sont vendues au Cambodge et transitent généralement par Saïgon, une petite partie par Kampot.
Les importations pour le Tonkin portent principalement sur le thé de la Chine pour les classes supérieures, le thé du Yunnan pour les classes pauvres; les cotonnades et les fils de coton anglais; les soieries de la Chine; les flanelles, les draps légers, les couvertures, les velours de soie unis, la mercerie, la parfumerie, la verrerie commune d’Europe; la porcelaine de Chine ; la quincaillerie, l’horlogerie, la miroiterie, les articles de Paris; les couleurs pour la teinture (vermillon et couleurs d’aniline), le tabac, l’opium de l’Inde, du Yunnan et du Kouang-Si, les médecines chinoises, le papier chinois, les objets destinés au culte (papier doré, baguettes de cire, parfums), de cuivre, l’alun; les sacs en paille pour le riz d’exportation et de petits lots d’allumettes suédoises, de bougies, de fer-blanc, de fer en barres, de cuivre en feuille (du Japon), de parapluies en coton, en soie, etc.
Exportations. — Les exportations cochinchinoises portent principalement sur le riz, qui en constitue les trois quarts de la valeur totale; sur le poisson sec et salé, la colle de poisson, le coton, les légumes secs (haricots de Baria et du Cambodge), les peaux, les soies grèges, le poivre, les huiles, la graisse de porc, les noix d’arec, les cocos, l’indigo, les plumes, la cire et le miel, le cardamome, l’ivoire, l’écaille de tortue, le goudron, les cornes de cerf, le sel pour la saumure du poisson du Cambodge, les bois de teinture, de construction et d’ébénisterie, les chinoiseries et les incrustations, la gomme-gutte, la gomme laque, etc.
Le riz de Cochinchine est envoyé dans l’Amérique méridionale (Brésil, République Argentine, Chili, Havane), à Java, à Manille, Singapour et Bourbon, où nos riz commencent à remplacer ceux de l’Inde anglaise. Un marché plein d’avenir est celui de la Chine, et déjà Hong-Kong enlève pour ce pays plus de
L’[ND0-CH1NE FRANÇAISE
2,17 fois la quantité demandée par les autres ports réunis.
Les exportations du Cambodge se font presque toutes par la Gochinchine française ou par Kampot. Elles comprennent le poivre, les peaux et les cornes de bœufs et de buffles, les bœufs pour la boucherie de Saigon, le coton, le riz paddy, les feuilles de bétel fraîches, les nattes, les bois de construction, d’ébénisterie et de teinture, les résines, le poisson sale, l’huile de poisson, le fil de laiton pour le Laos. La valeur des exportations atteint un chilTre de 6 à 7 millions.
Le ïonkin exporte les métaux du Yunnan (étain, cuivre, mercure), le cristal de roche, les plantes médicinales, les plantes tinctoriales, le thé aggloméré en forme de briques, le cunao ou faux gambier, le sticklac, le cardamome sauvage, l’amidon de riz, l’huile ou vernis à laquer et les marchandises laquées, les étoffes ou tapis brodés, les meubles incrustés, le papier d’écorce de mûrier, le sel, les soies brutes, les arachides, l’huile de badiane, le papier, les cornes de cerf, les comestibles desséchés (crustacés, poissons, ailerons de requins, viande de porc salée ou fumée, œufs, champignons), les porcs, les volailles, les noix d’arec, les bambous, les rotins, la cannelle, les peaux de bœuf et de buffle.
Le commerce du Tonkin pour 1891 a été :
Importations .
Exportations .
Transit (entre le Yunnan et Hong-Kong) ....
Cabotage .
Total
31 171 886 francs.
59 635 009 francs.
en augmentation de 11 094 369 sur l’année 1889. ^
Rc)a;ime tloitaniei*. — La Gochinchine française^ s est développée et a acquis sa fortune commerciale sous le régime du libre échange. Les droits perçus sur les marchandises avaient un caractère purement fiscal. Après le développement de notre puissance dans l’Indo-Ghine on pensa à soumettre les différentes parties de notre empire colonial à un réginae uniforme, et un décret du 8 septembre 1887 ordonna l’application du tarif douanier métropolitain. Gette mesure ne fut pas heureuse, et le 9 mai 1889 ce tarif fut remanié dans un sens plus libéral tout en demeurant fidèle aux idées protectionnistes du Parlement.
Ports. — Les principaux ports maritimes de la Gochinchine sont : Saïgon, Hatien, Rachgia, Gamau, Gangio; les prin-
cipaux ports fluviaux : Mytho, Vinh-Long, Ghaudoc, Sadec et Cholon.
Saigon a été déclaré port franc par l’amiral Page, le 23 février 1860. Le mouvement du port a été, en 1883, de 530 navires jaugeant 555 916 tonneaux à l’entrée.
Les vapeurs forment environ les trois quarts du tonnage total des navires au long cours entrés dans le port. Le premier rang est occupé par la marine anglaise, le second par nos bâtiments, le troisième par la navigation allemande.
Le port possède un dock flottant.
Le port du Cambodge est Kampot, sur le golfe de Siam. Il fait le commerce du riz avec Carnau, Rachgia et Hatien. Le mouvement commercial de cette place a atteint, en 1882, 49 465 piastres à l’importation et 10 895 piastres à l’exportation. Ce port reprendra son importance passée quand notre action se fera sentir dans les provinces maritimes et quand nos navires se substitueront aux jonques indigènes.
Les ports du Tonkin : Haïphong, Quang-Yen, Nam-Dinh, Ninh-Binh, Haï-Dzuong sont désormais ouverts au commerce international, ainsi que les ports de Xuanday, Quin-lShon et Tourane dans le royaume d’Annam.
Avant rétablissement de services réguliers de bateaux à vapeur entre Saïgon et le Tonkin; les Chinois étaient, depuis des siècles, les maîtres absolus du trafic de l’Annam et du Tonkin. Au moment de la mousson de N.-O., des marchands de Canton se transportaient avec leurs agents et un assortiment de marchandises communes (thé, papier, porcelaine, etc.) vers l’Annam. Les chefs de maison restaient au port et écoulaient la pacotille, pendant que les employés parcouraient l’intérieur, pénétraient jusque dans la région montagneuse et dans la région forestière, achetant aux indigènes la récolte sur pied, livrable au moment de la moisson, d’avril en juin. Quand les achats étaient réunis, la mousson de S.-E. ramenait à Canton les fils du Ciel. Les Chinois ont désormais perdu ce monopole. Depuis l’ouverture de la ligne de Saïgon à Haïphong, des maisons de Cholon ont envoyé des représentants dans les ports. Annamites et Tonkinois, séduits par les prix plus élevés offerts par les habitants de notre colonie, ont conclu des marchés qui ont détourné vers la Basse-Cochinchine une grande partie du commerce des ports ouverts.
M. de Kergaradec évaluait à 20 millions de francs, dont 4 millions pour le Yunnan, la valeur des marchandises entrées ou sorties en 1880 par le port de Haïphong. Ce chiffre devait
représenter les 4/5 du commerce général, qui s’élevait ainsi à 25 millions environ. Notre résident à Hanoï, après une très intéressante étude, déclarait que la valeur des importations pour le Tonkin pourrait s’élever annuellement à 150 millions quand le pays serait pacifié. Les exportations pourraient fournir un chiffre égal d’affaires, ce qui donnerait un mouvement commercial de 300 millions. Le port de Haïphong prendrait rang immédiatement après Shang-Haï, avant Hankow et Canton.
Commerce intérieur. — Les centres du commerce les plus importants de la Basse-Gochinchine sont ceux de Saïgon, Gholon, Mytho, Vinh-Long, Sadec, Chaudoc, Hatien, Rachgia, Bay-Kan; Tayninh pour les bois de construction etd’ébénisterie, Thu-dau-mot pour les huiles et résines forestières et les bois de construction des barques.
Les principales places de commerce du Cambodge sont Phnum-Penh, Banam pour le riz, Kampot pour le poivre, Kampong-Luong et Pursat pour le cardamome, Kampong- Luong pour la gomme-gutte, Kampong-Chnang pour les poteries et le sel, Kua-Sutin pour le coton, l’île de Knoctru à l’entrée du Tonlé-Sap et Kratié où se font les échanges avec le Laos.
La création de la ligne des messageries fluviales de la Cochinchine, qui dessert Phnum-Penh, le Grand-Lac etBattambang, a plus que quadruplé le mouvement des échanges entre le Cambodge et la Cochinchine en permettant de transporter rapidement les marchandises à Saïgon et à Cholon. En 1872, les produits de provenance purement cambodgienne n’atteignaient pas la valeur de 100 000 piastres sur le marché de Saïgon; en 1882, ils ont atteint le chiffre de 400 000 piastres, sans compter les produits de la pêche du Grand-Lac.
Le commerce du Tonkin et de l’Annam a longtemps été gêné par des douanes intérieures qui séparaient les provinces, par les exactions des Pavillons-Noirs, par l’interdiction du commerce des grains. Notre domination s’est efforcée de mettre fin à ces abus et de ne laisser subsister que les douanes de la frontière, non plus dans un but prohibitif, mais dans un simple intérêt fiscal.
Le petit commerce intérieur et une partie du grand sont entre les mains des Chinois.
Commerce du fleure Rouge et du Yunnan. — Les
commerçants chinois et annamites ont toujours utilisé la voie du fleuve Rouge pour commercer avec le Yunnan. C’est par le
Song-Koï que la grande province chinoise recevait le sel, les épices et le coton du Tonkin, les étoffes, le tabac, le papier de Canton, etc. Par le même fleuve descendaient les métaux exportés. Les embarcations chinoises ou annamites remontaient jusqu’à Laokay. Les Tonkinois ne dépassaient pas ce point, les marchandises étaient transbordées sur des barques chinoises qui pénétraient jusqu’à Mang-Hao. Arrivés à cette dernière place, les divers produits étaient transportés à l’intérieur par des mulets ou des coolies.
Le commerce a été gêné par la rébellion musulmane du Yunnan et par les exactions des Pavillons-Noirs. Toutefois, M. de Kergaradec évaluait, en 1880, à 1 170000 francs la valeur des marchandises expédiées de Hanoï sur le Yunnan, et à 2 055 000 francs les exportations de cette province. Les produits européens, cotonnades anglaises communes, camelots de couleur rouge, draps légers, rouges ou bleus, deprovenance allemande, boutons de cuivre doré entraient pour 110000 francs dans les importations; le reste était fourni par le sel, le coton égrené brut, les crevettes sèches et le poisson salé du Tonkin, le tabac de Canton et du Fo-Kien, les papiers de couleur, les confiseries, les médecines de Canton, le musc, etc.
Les exportations du Yunnan comprenaient l’étain, le plomb, le thé, l’opium, la droguerie, le faux gambier, etc.
Commerce avec les tribus sauvag;es. — Les transactions commerciales sont rares chez les Moïs et ne se font que par le troc, sous l’empire de la nécessité. Le commerce consiste surtout en échanges de tabac, résine, torches de résine, huile de bois, roues pleines pour les voitures à bœufs, rotins, lattes en latanier, herbes médicinales, cire, miel, dépouilles d’animaux sauvages, paddy, sésame, bœufs, buffles et porcs contre du sel, des cotonnades rouges et blanches, des outils en fer, du laiton, de la verroterie, des fers de couperets, des clochettes, des grelots, de la chaux à bétel, des poteries vernissées, des noix d’arec sèches, des poissons salés ou fumés.
Monnates. Établissements de crédit. — Nos établissements de l’extrême Orient ont adopté la piastre pour monnaie. Nous avons dû, comme les possessions britanniques voisines, Hong-Kong, Singapour et l’Inde, faire usage de l’étalon d’argent, pour nous conformer aux habitudes du marché de l’extrême Orient. Depuis 1879, on a mis en circulation une monnaie divisionnaire, au titre de 0,9, spéciale à notre colonie, qui a cours dans le Cambodge, l’Annam et le Tonkin, et qui est très
L’INDO-CHINE FRANÇAISE
bien acceptée dans les établissements européens voisins. Les pièces sont celles de 1 piastre, de 50, 20 et 10 cents en argent, et de 1 cent en bronze. Les indigènes font usage des ligatures de sapèques en zinc.
Le taux de l’intérêt de l’argent est très élevé dans l’Indo- Chine. Sous les régimes précédents le taux légal était de 36 0/0 dans les pays annamites et de 37,5 0/0 au Cambodge, et l’usure se donnait libre carrière. Des établissements de crédit européens fondés à Saïgon contribueront à abaisser le loyer de l’argent. La banque de l’Indo-Ghine, dont le siège est à Paris et. qui a des succursales à Nouméa, à Pondichéry et à Saïgon, a été. autorisée à établir un comptoir au Tonkin.
Des chambres de commerce existent à Saïgon, à Hanoï et a Haïphong.
Un comité industriel, organisé à Haïphong sur le modèle de celui de Saïgon, rendra les mêmes services que ce dernier.
Voies <le communication. — 1° Voies maritimes. — La Cochinchine communique avec la métropole au moyen des transports de l’État qui partent de Toulon, des paquebots de la Compagnie des Messageries maritimes, dont les escales sont établies à Port-Saïd, Suez, Aden, Pointe-de-Galles, Singapour, Saïgon, Hong-Kong, Shang-Haï et le Japon, et des paquebots d’une compagnie anglaise, s’arrêtant à Singapour avec corresy pondance vers Saïgon. Une ligne réunit cette dernière ville à Poulo-Condore, une autre à Haïphong par Qui-Nhon, Tourane et Xiianday.
Les communications de Haïphong avec Hong-Kong ont lieu également par les messageries maritimes.
2° Voies fluviales. — Au début de notre conquête de la Basse-Cochinchine, les communications se faisaient presque exclusivement par eau, comme aujourd’hui encore au Tonkin. On a créé à Saïgon la ligne des Messageries de Cochinchine qui assure le service avec Mytho et Phnum-Penh par Vinh-Long, Sadec, Soctrang, Chaudoc et Bentré, et avec les postes voisins des embouchures Travinh, Canlho et Soctrang.
Au Tonkin, les bâtiments remontent de Haïphong à Hong- Kong en empruntant le cours de différentes parties du fleuve Rouge : le Song-Tam-Bac, le Lach-Tray, le Lach-Van-Uc, le Thaï-Binh et Cua-Loc et enfin le Song-Koï lui-même.
Les embarcations les plus variables par la forme et les dimensions circulent sans cesse sur les fleuves et les arroyos, dans toute l’Indo-Chine. Ou voit les grosses barques à côté des légers sampans. En général, les passagers et l’équipage se
Fhance coloniale.
groupent autant que possible pour consacrer le plus grand espace au transport des marchandises.
Les barques de rivière sont conduites à la rame; contrairement à nos habitudes, les indigènes, tournés vers la proue, les font mouvoir en poussant au lieu de tirer. Ils marquent quelquefois la cadence par un chant grave. Les femmes ne le cèdent en rien aux hommes pour l’habileté de la manœuvre et habituent de bonne heure les enfants à aider leurs parents. Les services fluviaux réguliers, très développés en Cochinchine depuis ces dernières années, tendent peu à peu à se substituer au batelage.
La Compagnie des correspondances fluviales du Tonkin, subventionnée par le protectorat, met en communication, par des services réguliers. Hanoï et Haïphong.
3“ Voies terrestres. — Une grande voie, la route royale, traverse la Cochinchine, l’Annam et le Tonkin. Elle part de Hué, se dirige d’une part au sud, reliant à la capitale annamite les chefs-lieux des provinces.
Elle entre en Cochinchine et dessert Bien-Hoa, Saigon, Cholon et Mytho. D’autre part elle se dirige de Hué sur le Tonkin, se bifurque à Hanoï pour conduire les voyageurs en Chine, au nord par Bac-Ninh et Langson et à l’est par Quang-Yen.
L’empereur Gia-Long avait multiplié les voies de communication qui venaient s’amorcer sur la route royale, dont l’importance était à la fois commerciale et stratégique.
Malheureusement, les successeurs de Gia-Long n’entretinrent pas les voies de communication, et elles sont actuellement dans un déplorable état : tout est à refaire.
En Cochinchine, le premier gouverneur civil, M. Le Myre de Vilers, a divisé les routes en routes coloniales, destinées à relier les centres les plus importants et à servir d’amorces aux routes d’arrondissement, en routes d’arrondissement, en chemins de grande communication et en chemins vicinaux. Il donna une vive impulsion aux travaux de viabilité. Les Annamites ont parfaitement compris les avantages qui leur étaient assurés par les bonnes voies de communication et beaucoup ont abandonné leur ancienne coutume de circuler presque exclusivement sur les sampans. De grands ponts ont été jetés à Saigon sur l’arroyo chinois, sur les Vaïcos. En dehors de ces grands ponts on remarque, en Cochinchine, des petits ponts d’un genre tout particulier, en fer, composés d’éléments identiques et permettant de former, par leur réunion, des ponts de
LMNDO-CHINE FRANÇAISE m
G, 9, 12 et jusqu’à 27 mètres de portée. La construction en est facile. L’emploi de ces ponts au Tonkin a donné de bons résultats.
Un tramway à vapeur fonctionne entre Saïgon et Cholon , entre Saïgon et Mytho. La ligne de Saïgon à Phnum-Penh est à l’étude.
Les voies de communication font défaut au Cambodge, les routes ouvertes entre Phnum-Penh et Oudong, entre Phnum- Penh et Kampot ne sont pas entretenues. Les quelques voie.s capables de rendre des services sont établies sur les restes des grands travaux des anciens Khmers. L’extension de la puissance française mettra un terme à cette déplorable situation.
Au Tonkin, on utilise comme voies de communication les digues des fleuves ou des rizières. Des routes nouvelles ont été faites dans le Delta, la route mandarine a été réparée de Hanoï àVinch; une voie ferrée est en construction entre Hanoï et Langson et livrée à l’exploitation dans sa partie méridionale.
Postes et télégrraplies. — Dans tout l’Annam, le service des postes est fait par les trams, courriers choisis parmi les miliciens.
Dans la Basse-Gochinchine le service postal comprend cinq lignes : 1° la ligne de Saïgon à Bien-Hoa, Baria et au cap Saint-Jacques, avec embranchement de Baria à la frontière du Binh-Thuan ; 2° la ligne de Saïgon à Thudau-mot ; 3° la ligne de Saïgon à Taï-Ninh ; 4° la ligne de Saïgon à Hatien par Cholon, Mytho, Vinh-Long, Sadec, Longxuyen, Chaudoc et Hatien avec plusieurs embranchements ; 5° les lignes fluviales entre Saïgon, les différents postes et Phnum-Penh.
Un service postal unit Saïgon à Haïphong avec escales à Qui-Nhon, Tourane, Thuan-An et Xuanday; une autre unit Saïgon à Singapour.
L’administration des postes fonctionne au Tonkin depuis le mois de septembre 1883; elle fait usage des trams annamites, des bateaux à vapeur et des bâtiments de commerce.
Saïgon est uni par le télégraphe à tous les postes et à tous les chefs-lieux d’arrondissement, à Kampong-Chuang, Kampong-Luong, Kathom, Kampot et Phnum-Penh (Cambodge), à Battambang et à Bangkok (Liam). Deux câbles partent du cap Saint-Jacques, l’un sur Singapour, l’autre sur Hong-Kong et sur le Tonkin avec atterrissement à Thuan-An (Annam) pour la ligne de Hué.
Hanoï est relié par des lignes aériennes à Haïphong, à
Sontay, Hong-Hoa, Bac-Ninh, Phu-Lang-Thuong, Chu et Kep, Nam-Dinh, Ninh-Binh, la baie d’Along, Quang-Yen et Haï- Dzuong.
Le service des jmstes et télégraphes constitue une seule administration pour toute l’Indo-Ghine française.