LES ILES LOYALTY ET AUTRES DÉPENDANCES DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE
Mes Ijoyalty. — Un groupe d’îles alignées comme la Calédonie, du sud-est au nord-ouest, et peuplées de 16 250 Canaques, se trouve à 100 milles à l’est de la Grande Terre : ce sont les Loyalty.
Elles constituent trois grands champignons coralligènes dont le seuil ne dépasse que sur quelques points une altitude de 15 à 18 mètres. Cependant a Lifou, l’île principale du groupe, des plateaux étagés s’élèvent jusqu’à 90 mètres, à ilfarr, ils atteignent 100 mètres. La superficie de Lifou est de 180 000 hectares; celle de Maré, de 98 600 hectares. — Ouvéa n’est qu’une langue de terre couverte de cocotiers.
Au nord-ouest d’Ouvéa, sont les îles Beaupré, découvertes, en 1793, par d’Entrecasteaux, allant à la recherche de La Pérouse.
Le chef-lieu de l’archipel est Képénéhé, dans Elle de Lifou, au fond de la baie du Sandal. C’est la résidence des autorités françaises. Il y a un bureau de poste, des missions catholiques et protestantes. Les navires de fort tonnage mouillent dans la baie. De hautes futaies poussent dans le corail. Les indigènes les ont sillonnées de routes très praticables. Le climat est des plus salubres et la chaleur y est toujours tempérée par la brise de mer.
Depuis la cessation de l’immigration néo-hébridaise, les gens des Loyalty viennent s’engager, à Nouméa, au service des
le prix du passage de ; 1 873 francs en fo classe ; 1 300 francs en 2^ classe;, 653 francs en 3° classe, et i70 francs sur le pont.
Européens. Ils se franciseront ainsi, avec plus de profit pour eux et pour nous. Leurs cultures et leur alimentation sont semblables à peu près à celles de la Grande Terre. Ils laissent perdre une grande partie de la récolte d’oranges dont on pourrait cependant tirer parti soit sur place, soit pour l’exportation. Sans le cocotier, ces îles seraient inhabitables. Les indigènes boivent le lait de la noix de coco et recueillent l’eau de pluie dans une cuvette pratiquée à la base de l’arbre. Les puits qu’on a creusés sont une ressource indispensable pour les cas de sécheresse.
Lifou a 9 000 habitants, dont 1 800 catholiques et 7 200 protestants. A Mare, on compte 5 000 Canaques, dont 1 100 catholiques et 3 900 protestants. Enfin Ouvéa a 2 245 habitants, dont 1 240 catholiques et 1 005 protestants. Ils sont habiles à construire des embarcations. Ils sont alliés par des mariages avec les gens de la tribu de Hienguène. Il est à remarquer que cette race, qui dépérit sur la Grande Terre, se multiplie aux Loyalty. Leur territoire est devenu trop restreint. Les Européens, qui ne sont pas plus d’une vingtaine, n’y font que le commerce d’échange.
Iles Bélep. — Le petit groupe des Bélep, au nord de la Calédonie, ne se compose que de deux îles : Art et Pott. La première a 15 kilomètres de long sur 5 de large et possède quelques terrains cultivables et miniers, des ruisseaux limpides, des plantations de cocotiers. Les habitants sont catholiques. Leur nombre s’est augmenté de 350 prisonniers canaques qui y ont été déportés et ont formé des villages.
Le port est Ouala. De là partent des pirogues qui viennent jusque sur la Grande Terre.
Iles Huon. — Un peu plus loin, dans le nord-ouest, les quatre îles Huon, Surprise, Fabre et Le Leizour forment le groupe Huon. Leur superficie varie de 400 à 1 200 mètres de longueur sur 500 mètres de largeur. Les oiseaux s’y laissent tuer à coups de bâton. Les tortues y sont énormes et nombreuses. Le guano y abonde et y avait attiré, il y a quelques années, des industriels australiens.
Iles Chcstcrfield. — Les îles à guano aujourd’hui exploitées avec succès sont le groupe des Chesterfield, situé à 500 milles de la Calédonie. La Seudre en a pris possession, en 1878, à la suite de la découverte du guano; on en a expédié à Maurice et à la Réunion environ 5 000 tonnes. Il y en a un gise-
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ment de 135000 tonnes. Les oiseaux, les tortues et le poisson y abondent, comme aux îles Huon. La végétation y est rabougrie.
Tel est l’ensemble de ces groupes d’îles et archipels qui constituent les dépendances de la Calédonie.
Ijcs J\ouvellest-Hébri<les. — Cet ensemble de possessions resterait non seulement incomplet, mais fermé et bloqué, si la France n’y ajoutait pas cette autre dépendance naturelle encore inoccupée, qu’on nomme les Nouvelles-Hébrides. Toute autre nation venant s’y implanter nous barrerait la route de Tahiti et de Panama. Nous trouverions ainsi devant nous des barrières étrangères, comme nous avons laissé s’élever entre nous et nos possessions de l’Indo-Chine les Anglais, fortifiant tous les passages maritimes. L’archipel des Nouvelles-Hébrides est à deux jours de vapeur dans le nord-est de la Nouvelle- Calédonie, entre 8'’50' et de latitude sud, 163o20’ et
I6704O' de longitude est. Il a été découvert, en 1606, par l’Espagnol Fernandez de Quiros, qui appela l’île principale Australie du Saint-Esprit. Bougainville, cent soixante-deux ans plus tard, y ajoute plusieurs îles et nomme le groupe : les Grandes Cyclades. Enfin, six ans après lui, Cook achève la découverte et laisse à ces îles le nom de Nouvelles-Hébrides qui a prévalu. Le groupe se compose de grandes et nombreuses îles dont les unes, situées sous le vent, sont malsaines, et les autres, exposées aux vents régnants, sont plus salubres. Cet archipel, avec celui de La Pérouse, est habitépar 50 000 Mélano- Polynésiens. Ces parages, remplis de souvenirs français, ont été explorés par nos navigateurs et sont fréquemment visités par les navires de la station navale de Calédonie.
Les Nouvelles-Hébrides comprennent : au sud, Anéitom ou Anatom, Tanna, Erroman ou Futuna, Erromango; au nord, Vatéon Sandwich qui a 48 kilomètres de tour et 3000 habitants et où se sont établis en plus grand nombre les colons européens et surtout les Français ; Api, Mallicolo, Urikiki, Saint-Esprit, Saint-Barthélemy, Ambrym, Aoba ou des Lépreux, Maiwo ou Aurore et Pentecôte, bien connues des Français, car toutes ces îles ont fourni à nos colons de bons travailleurs au moyen d’engagements qui, en 1882, furent suspendus, afin de donner de l’ouvrage aux libérés : ce dont profitent les Allemands des Samoa et les Anglais des Fidgi et du Queensland. Plus au nord, sont les îles Banks, comprenant Sainte-Marie, Mota, Vanua Lava, Torrès: et les îles Santa-Cruz, c’est-à-dire levai, Lord-
France coloniale.
Hoive, Tinakoro, Santa-Cruz ou Nitendi, Payu ou Topua, et Vanikoro, célèbre par le naufrage de La Pérouse. Encore plus au nord les îles Duff.
Les principaux ports sont Inyang dans Anatom, Ouarsisi dans Tanna, la Baie de Cook, Polénia et Y Anse Walter dans Errimango, la Baie Nelson et Foreland dans Api, Port-Stanley dans Urikild, Péou dans Vanikoro, Port-Havannah et Port-Vila ou Franceville dans Sandwich, Port-Sandwich et la Baie du sud-ouest dans Mallicolo, le port de l’île Vera-Cruz, les mouillages de Lakova et Losola dans Tîle Sainte-Marie.
Les Nouvelles-Hébrides sont de formation volcanique : Tanna et Ambrym possèdent des volcans en activité et des solfatares considérables.
La superficie des Nouvelles-Hébrides est au moins égale à celle du groupe calédonien tout entier.
Les mœurs des Canaques hébridais sont analogues à celles des Calédoniens et les productions du pays sont les mêmes, avec des terres plus fertiles. L’Angleterre, convoitant cette dépendance géologique de la Calédonie, amena la France k déclarer, en 1878, qu’aucune des deux nations ne s’annexerait cet archipel sans une entente réciproque préalable. On ne prévoyait pas alors que l’Allemagne viendrait s’implanter dans ces parages.
Aussi, en 1882, les colons de Nouméa résolurent d’occuper l’archipel commercialement. Ils formèrent en trois jours une société, au capital de SOOOOO francs, et acquirent, dans les principales îles du groupe, plus de 400 000 hectares de terres et les établissements déjà fondés par des particuliers.
En novembre 1884, le Parlement de la Nouvelle-Zélande était prêt à garantir les intérêts d’un capital de 25 millions destinés à l’exploitation des Hébrides par une compagnie angloaustralienne. Les colons de Nouméa envoyèrent un vapeur, le Néoblie, remorquant un vieux ponton, le Chevert, épave d’un bâtiment de guerre français, acquise par la Compagnie. L’expédition commandée par M. Higginson, occupa Mallicolo et, le 10 novembre, les indigènes se plaçaient sous la protection du pavillon tricolore flottant à l’unique mât du Chevert.
En 1886, il fallut envoyer des troupes de l’infanterie de marine pour punir les vols et les meurtres commis par les indigènes; elles occupèrent Port-Havannah dans l’île Sandwich et Port-Sandwich dans l’île Mallicolo et y arborèrent le pavillon tricolore. Alors intervint la convention anglo-française du 24 octobre 1887, qui d’une part reconnaissait notre protectorat
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sur les îles sous le Vent, mais d’autre part rétablissait sur les Nouvelles-Hébrides l’état de choses créé par la convention de 1878. Elle stipulait en outre qu’une commission navale mixte, composée d’officiers français et anglais, serait immédiatement constituée pour assurer l’ordre dans cet archipel et protéger les personnes et les biens des sujets français et britanniques. Nos troupes durent donc évacuer Port-Havannah et Port- Sandwich.
En 1892, le colon français Parent et son serviteur indigène Boto ayant été massacrés par les indigènes, une expédition a dû être dirigée contre eux par la Saône, croiseur français, le Goldfinch et la Cordelia, croiseurs britanniques. On a brûlé les villages coupables dans l’île de Mallicolo; on en a enlevé des prisonniers, qui ont été condamnés à la déportation perpétuelle à Nouméa; les chefs indigènes, mandés à bord, ont été informés qu’en cas de nouvelle incartade la répression serait beaucoup plus sévère. Mais ces faits montrent que le condominium anglo-français ou plutôt l’incertitude de l’autorité dans ces îles n’est pas sans présenter de graves inconvénients *.
Ch. Lemire.
L On ne peut terminer cetle étude sans rappeler les grands services rendus par M. Higginson, naturalisé français, soit à l’industrie calédonienne, soit à la colonisation des Hébrides (note de l’éditeur).
LES ILES TAHITI’