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CHAPITRE IV

GOUVERNEMENT ET ADMI NISTRATION

Caractère ele notre administration. — Contrairement à ce qui a été dit à la Chambre des députés, lors du vote sur l’annexion, Tahiti n’a jamais été régie par l’ordonnance du

27 août 1828 sur la Guyane, mais bien par l’ordonnance du

28 avril 1843 sur les îles Marquises, rendue applicable aux îles de la Société, une première fois, le 13 avril 1843, par un arrêté de l’amiral Bruat, et une deuxième fois par le décret du 14 janvier 1860.

Les deux décrets du 28 décembre 1885 lui ont donné une constitution et y ont institué un Conseil général des établissements français de l’Océanie.

Aux termes du premier de ces décrets, le gouverneur exerce l’autorité militaire et l’autorité civile. II est assisté d’un conseil privé consultatif.

Le deuxième décret porte que \e conseil général cpo-’W institue sera composé de 18 membres ainsi répartis : 4 pour la ville de Papeete, 6 pour les îles Tahiti et Moorea, 2 pour les îles Marquises, 3 pour les îles Tuamotou, 1 pour les îles Gambier et enfin 1 pour les îles Tubuai et llapa.

Sous les ordres du gouverneur il y a quatre administrateurs pour les îles Sous-le-Vent, pour les Gambier, pour les Tuamotou, pour les Marquises. Au-dessous de ces administrations les archipels et îles sont divisés en chefferies, et parmi les chefs les uns sont investis et les autres non. Il y a, rien que dans les Marquises, 42 chefs investis et à peu près autant de non investis. Les Tuamotou sont divisées en 30 chefferies et conseils de districts sur le modèle de ceux de Tahiti et de Moorea. Il y a des grands chefs dans les Gambier, etc. Bref il subsiste beaucoup de variété dans cette administration indigène.

L’introduction du système parlementaire dans l’administration des établissements français de l’Océanie a été inaugurée par un arrêté local de 1880. Les résultats économiques ou

sociaux de cette innovation ne sont pas tels qu’on puisse considérer ce régime comme un remède bien efficace à la stagnation chronique des affaires à Tahiti, Cela tient à plusieurs raisons, parmi lesquelles il faut citer le nombre trop restreint de citoyens capables de justifier pleinement, par leurs connaissances administratives, le choix des électeurs, après l’élimination de tous ceux que la loi déclare inéligibles. Il faut cependant reconnaître que l’une des causes principales du mauvais fonctionnement du système ne subsiste plus avec le décret du 18 décembre 1885, qui fait disparaître la dualité de liste des électeurs, classés, par l’arrêté de 1880, en deux catégories, suivant l’origine. Les tendances séparatistes que cette classification maladroite devait favoriser ayant pris des proportions inquiétantes au sein du Conseil colonial, le gouverneur actuel, M. le commissaire de la marine Morau, dut intervenir pour en prévenir les fâcheux effets. Il en supprima plus tard la cause par la création provisoire d’un Conseil général élu par une liste unique d’électeurs. Cette mesure a été heureusement maintenue, ce dont on ne peut que féliciter le Conseil supérieur des colonies, et notamment le délégué de Tahiti, M. Frank Puaux.

L’administration de nos établissements n’est pas chose facile. L’une des causes des difficultés de cette tâche réside assurément dans l’insuffisance de l’organisation municipale qui est encore aujourd’hui, malgré l’annexion, ce que la loi de 1866 l’a faite. Les districts sont administrés par des conseils municipaux sans budget. Les travaux communaux sont exécutés au moyen de corvées, seulement à la charge des indigènes, qui n’en payent pas moins les impôts en argent réclamés aux Européens, sauf deux ou trois auxquels les soustraient naturellement les conditions de leur état social et le peu de valeur de leurs biens. Ces conseils municipaux ont des attributions judiciaires pour le règlement des litiges relatifs au sol. Les Français d’origine en sont exclus, malgré l’importance de leurs établissements industriels ou agricoles. La vie communale n’existe pas pour eux. Ce sont, dans un pays [qui est aujourd’hui le leur autant que celui des indigènes, de véritables parias dans la commune : ils n’y ont guère d’autre droit que de se taire. Nous prenons, en ce moment, celui de parler, dans l’espoir d’être entendu de ceux qui tiennent entre leurs mains les destinées de la colonie.

Si les institutions du passé sont un obstacle à l’administration ressortissant à la direction de l’Intérieur, celle du service judiciaire n’est pas mieux favorisée. Le maintien des juges

LES ILES TAHITI

indigènes pour les questions de propriété des terres, avec l’obligation où ils sont d’appliquer la loi française, intraduite et intraduisible dans leur langue, et dont ils ne connaissent pas la première syllabe, a nécessairement les plus fâcheuses conséquences pour les droits qu’ils ont mission de sauvegarder. Fonctionnant dans ces conditions, la justice indigène est une parodie qu’il n’est ni prudent ni digne de laisser subsister.

Pour la justice indigène toutes les affaires relatives aux terres et titres provenant des ancêtres sont portées d’abord devant le conseil du district; elles sont jugées en dernier ressort par la huute cour indigène ou tribunal des toohitu siégeant à Papeete. Les jugements de cette haute cour, présidée par le président du tribunal supérieur français ne peuvent être cassés que pour vice de forme.

La justice française est représentée par un tribunal de première instance, un tribunal supérieur ou cour d appel et par des justices de paix à compétence etendue, dont deux juges de paix proprement dits à Taravao (Tahiti), Pcipeotoüi (Moorea), et les administrateurs ou sous-administrateurs faisant fonction de juges de paix à Rotouvu (luamotu), Rikiteu (Gambier), Taiohae (Marquises), Tubuai, Raivavee et Rapa.

La plupart des écoles de Tahiti et Moorea sont laïques. Dans les autres îles sont des écoles libres, pour la plupart congréganistes, mais entre lesquelles une décision du 11 janvier 1888 a réparti une subvention de 10 000 francs.

li’îl© de Tahiti. — Tahiti est divisée en 18 districts et Moorea en 14:. Chaque district est administré par un conseil municipal indigène ayant à peu près les mêmes attributions que ceux des communes de France, sauf pour les finances, le système financier actuel de la colonie ne comportant qu un seul budget pour tous les établissements.

Dans chacune de ces divisions de l’île, il y a un centre de population ou village désigné par le nom du district. On y trouve la maison commune, le temple ou l’église, quelquefois les deux, la maison d’école, et enfin l’habitation du chef. Le chef est assisté ordinairement d’un chef adjoint et de trois à cinq conseillers indigènes. Dans le district de Haapiti, le chef est une cheffesse.

Indépendamment de ces villages, il existe à Taravao, point stratégique très important et à cheval sur l’isthme de ce nom, un fort, gardé par des soldats d’infanterie de marine. Cet endroit est le siège d’une justice de paix dont la compétence s’étend

sur tous les districts de la presqu’île et autres districts qui l’avoisinent. Les fonctionnaires du gouvernement sont à peu près les seuls habitants de cette localité.

lia ville rte Papeete. — Papeete, chef-lieu des établissements, possédant un conseil municipal élu, est située au nord de Tahiti et n’est, à proprement parler, qu’un bourg ayant à peine 3 200 habitants dont la moitié seulement sont français, l’autre moitié est cosmopolite ou indigène.

Vue de la mer, cette petite ville a un aspect particulier tout à fait en rapport avec son cadre. C’est à peine si l’on distingue les constructions à travers l’épais feuillage des arbres qui bordent les rues, et sans le clocher de l’église et la coupole du palais royal, qui se détachent sur cette verdure, on pourrait croire qu’il n’y a d’autres maisons que celles situées sur les quais et qui sont principalement affectées aux besoins du commerce maritime des établissements. Il n’en est pourtant pas ainsi : les habitations s’étendent jusqu’au pied des collines; elles forment une quinzaine de rues.

lies routes. — A un kilomètre environ de Papeete, à l’est, une allée connue sous le nom d’avenue de Fautaua part de la mer et se dirige dans l’intérieur de la vallée de ce nom, à l’extrémité de laquelle se voit, entre des pics élevés, la montagne du Diadème, ainsi appelée à cause des formes particulières de son sommet. Cette montagne, des flancs de laquelle s’échappe une haute cascade, est la promenade favorite des touristes.

Autour de l’île, y compris la presqu’île, une route dite de ceinture traverse la bande de terre du littoral où sont parsemées les habitations et forme l’unique voie de communication. Comme elle était devenue insuffisante pour les besoins des populations agricoles disséminées entre Papeete et Mataiea, le gouvernement local a demandé à la métropole les concessions nécessaires à l’établissement sur cette route d’un tramway à vapeur, du système Decauville.

JL’ile Moorea. — Cette île est divisée en quatre districts appelés Papetoai, Haapiti, Afareaitu et Teaharoa, organisés administrativement comme ceux de Tahiti, C’est à Papetoai que résident les représentants de l’autorité française et les quelques Européens qui se sont fixés à Moorea. C’est également là que siège le juge de paix de l’île.

L’îie possède une assez bonne route qui suit les contours de la plage.

LES ILES TAHITI

Instruction publique. — H existe 14 écoles publiques, où beaucoup d’instituteurs et d’institutrices sont des indigènes, des écoles publiques de district, toutes dirigées par les indigènes, et une vingtaine d’écoles privées.

Services divers. — Papeete possède une Chambre de commerce et une chambre d’agriculture.

La presse est représentée par le Journcl officiel et le Messager de Tahiti.

Toutes ces îles sont actuellement gardées par 1 compagnie d’infanterie de marine, 1 demi-batterie d’artillerie de la marine, un détachement d’ouvriers, 6 brigades de gendarmeriecoloniale.

Service postal. — Un petit bâtiment a vapeur, \ Eta, appartenant à une maison allemande, Société commerciale de V Océanie, fait, moyennant une légère subvention de la colonie, un service régulier entre les deux îles pour le transport du courrier hebdomadaire. Indépendamment de ce navire, de nombreuses embarcations appartenant principalement aux indigènes font presque journellement la traversée du chenal et apportent de Moorea des produits agricoles aux négociants, des provisions au marché, et retournent avec les objets achetés ou échangés.

Pour le service de la correspondance dans l’intérieur des deux îles, l’administration utilise les nombreux loisirs que la douceur des habitants laisse aux agents de police appelés mutoi. Ce sont ces agents qui font suivre le sac de lettres jusqu’à destination, en se le passant de district à district. Ce procédé renouvelé des Incas ne donne pas les meilleurs résultats.

Nous devons toutefois ajouter que le service sur le parcours de Papeete à Mataiea a lieu par une voiture publique, qui fait quotidiennement ce trajet, de sorte que les mutoi de ces districts ne sont chargés que de la distribution intérieure dans chaque localité.

La station locale se compose de 2 avisos transports et 2 goélettes : total, 19 canons. Il y a, en outre, de la division navale du Pacifique, 1 croiseur à batterie, de 18 canons, 11 hotchkiss.

Le budget local, én 1892, a été de 1 243 2o0 francs; la dépense de la métropole, a été, en 1892, de 805 052 francs, dont 411 389 pour les services militaires ; crédits demandés pour 1893 : 842 319 francs.

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