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CHAPITRE V

GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE

Faune. — En dehors des animaux domestiques introduits à Tahiti, qui y ont prospéré, et du porc sauvage que les premiers navigateurs y ont trouvé, les quadrupèdes sont inconnus dans les îles de la Société.

On pourrait presque en dire autant des oiseaux. L’ornithologie de Tahiti est limitée à une sorte de pigeon appelé rupe, à une colombe verte, Voupa, à un martin-pêcheur, le mro, à un oiseau brun ayant la queue en éventail, appelé itatai, et enfin à deux oiseaux des plages, le torea, sorte de pluvier, et Votun, héron crabier de petite taille. Indépendamment des volatiles domestiques, poules, dindes, paons, canards, pintades, qui ont été acclimatés sans peine, des oiseaux exotiques ont été introduits avec succès, notamment des espèces de becs de corail qui ont multiplié avec une rapidité extraordinaire.

Les poissons de rivière sont le nato, sorte de truite d’un goût exquis, et un petit poisson noir appelé oo/m. Les anguilles y sont très belles. Les ruisseaux fournissent encore une grosse crevette semblable aux langostines des côtes d’Espagne. Le poisson de mer abonde. 11 y est de toutes formes et de toutes couleurs. Les plages tahitiennes peuvent à bon droit être considérées comme le paradis de l’ichtyophage et de l’ichtyologiste.

Flore. — Si la zoologie tahitienne ne peut, à raison de sa pauvreté, fournir matière à une longue description, il n’en est pas de même de la flore dont la richesse rend impossible ici toute énumération même partielle.

Mtuéralogie. — En dehors des pierres, qui ne sont guère utilisables, parce qu’elles sont ou trop molles ou trop dures, et que l’on remplace généralement par le corail pour les travaux de maçonnerie, la minéralogie n’olïre aucun intérêt. Il n’y a pas de trace de sels ni de combustibles minéraux. Quant aux métaux, la présence du fer a été constatée, mais dans de faibles proportions.

LES ILES TAHITI

L’étude minéralogique des îles Tahiti et Moorea ne paraît pas avoir été sérieusement entreprise jusqu’à ce jour.

Cultures. — La grande culture n’est pas connue à Tahiti.

Le seul domaine où elle serait possible est celui d’Atimaono, dont la superficie totale est d’environ 4 000 hectares. Il est

actuellement affecté à l’élève du bétail.

De toutes les cultures adoptées à Tahiti et à Moorea, les seules qui aient quelque importance sont celles du coton, de la canne à sucre et du cocotier. Ensuite, viennent la vanille, les fourrages, le café, le maïs, le tabac, les fruits et les legumes.

Le coton dit longue soie a été introduit à Tahiti il y a un peu plus de vingt-cinq ans et s’y est merveilleusement acclimaté. Les diverses plantations de ce textile, tant à Tahiti qu a Moorea, forment un ensemble d’environ 235 hectares. Ce coton a longtemps obtenu des prix très élevés sur les marches d Europe; malheureusement, le mélange d’espèces mferieuies, venues des îles voisines, en a altéré .la qualité, et il n est pas aussi recherché aujourd’hui.

La canne à sucre est très haute et très riche en sucre. E le a été trouvée croissant à l’état sauvage par Bougainville, Cook et Bligh; elle a été répandue dans les autres colonies, notamment aux Antilles, à l’île Bourbon et à l’île Maurice Cette culture couvre environ 80 hectares seulement. Elle ne fournit pas le sucre nécessaire à la consommation locale, qui est oh igée d’en introduire des Sandwich, des Fidji, de San-Francisco et même d’Allemagne. Les usiniers font plutôt du rhuin sur lequel ils réalisent sans doute plus de bénéfices, maigre élévation des impôts sur cette fabrication.

La culture du cocotier (2 300 hectares) est en progrès ; on compte environ 250 000 de ces arbres dans les deux iles.^ Le cocotier ne rapporte guère avant la septième ou la huitième année. Comme il est planté à des intervalles d’environ dix mètres, on utilise les espaces libres pour y mettre du coton, du maïs, du tabac, jusqu’à ce que le développement des arbres ne le permette plus. Généralement, les plantations de cocotiers sont utilisées comme pâturages, l’herbe poussant très bien a l’ombre de leurs feuilles. Le coco est expédié en fruits, en amande desséchée, connue sous le nom de coprah, ou en fécul©*

La culture de la vanille a pris une assez grande extension depuis quelques années. On compte environ 70 hectares de culture de cette plante, dont le produit n’est malheureusement

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pas aussi apprécié que celui du Mexique ou de la Réunion.

Les autres cultures, fourrages, café (30 hectares), maïs, tabac, trouvent toutes leurs débouchés dans le pays.

On compte dans les deux îles environ 1 200 chevaux, 20 ânes ou mulets, 500 moutons, 2 300 bœufs, 350 chèvres, 12 000 porcs et plus de 50 000 volailles.

Industries. — En dehors des petites industries nécessaires à la vie sociale, il n’existe à Tahiti que trois usines à sucre, trois usines à égrener le coton, une usine pour la fécule de coco, deux brasseries de bière, une briqueterie et une distillerie de miel.

Les usines à sucre produisent annuellement 75 tonnes de sucre et 80 000 litres de rhum. Deux sont situées à un kilomètre de Papeete à Test, la troisième est à Mataiea. Elles tendent à remplacer un matériel défectueux par des appareils modernes venus d’Allemagne.

Les trois usines à égrener le coton sont situées l’une à Taone, près de Papeete, et les deux autres à Papeete même. Elles reçoivent le coton à l’état brut, séparent les graines des fibres, puis rendent le coton en balles prêtes pour l’expédition. Les graines sont également exportées et vendues en Europe. Elles fournissent une assez bonne huile et sont traitées de la même manière que le coprah. Bien que ces graines aient peu de valeur, elles se vendent aux navires qui ont besoin d’un fret de retour, toujours assez difficile à trouver.

La préparation de la fécule de coco est une industrie nouvelle à Tahiti. Cette denrée est, depuis longtemps, employée aux Etats-Unis, où elle fait l’objet d’un grand commerce. Elle est connue également dans tous les pays anglais, en Allemagne et en Espagne; mais ne l’est pas encore en France, où l’on tente actuellement de l’introduire. Cette fécule est l’amande de coco râpée et séchée à l’étuve. Elle se conserve bien dans les emballages en fer-blanc et peut être expédiée partout. Elle sert à tous les usages de la pâtisserie dans laquelle elle remplace l’amande ordinaire. Elle est également employée par les fabricants de biscuit. L’usine actuellement exploitée a été créée en 1883 dans le district dePunania; son propriétaire a maintenant deux concurrents dont l’un à Faaa et l’autre à Paea.

L’industrie de la bière est, après maints essais infructueux, en voie de prospérité à Tahiti. Deux brasseries ont été créées, l’une au village de Sainte-Amélie et l’autre près du fossé qui entoure la ville à l’est. Cette dernière est assez impor-

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tante. Les produits sont bons et ont déjà fait une concurrence sérieuse aux bières importées.

Une briqueterie a été fondée à Fautaua et, malgré les difficultés de ses débuts, est parvenue à fournir aux constructeurs des briques à un prix assez modique pour inquiéter la concurrence étrangère.

Unepetitedistillerie existe à Paea. Elle utilise surtout le miel.

En résumé, si l’agriculture reste stationnaire, il est incontestable que l’industrie est en progrès.

Conmiei’ce. — Le commerce de Tahiti suit, depuis quelques années, une marche ascendante. Le mouvement commercial, tant à l’importation qu’à l’exportation, a atteint, d’après la statistique de l’année 1884, près de 9 500 000 francs, avec une différence de 500 000 francs en faveur des importations.

En 1890, les exportations se sont élevées à 3 218 000 francs, et les importations à 3353 600 francs. Ces chiffres se décomposent ainsi :

Exportations : pour les États-Unis, 1 312 200 francs; pour le Portugal, 809 175 fr.; pour la Grande-Bretagne, 617 378 fr. ; pour la France, 240 550 fr. ; pour l’Australie et la Nouvelle- Zélande, 189 350 fr.

Importations : des États-Unis, 2 millions; d’Australie et Nouvelle-Zélande, 618 825 fr. ; de France, 470 450 fr.; d’Allemagne, 127 835 fr. ; de pays divers, 133 875 fr.

En 1890, il est entré à Papeete 272 navires (27 855 tonnes), et il est sorti 264 navires (127 246 tonnes).

Le commerce tahitien est principalement entre les mains des étrangers. En classant les maisons selon leur importance, on trouve que les Allemands y tiennent la première place; après eux viennent les Américains, les Anglais, puis les Français et enfin les Chinois, Cet état d’infériorité du commerce national, alors que nos compatriotes sont aussi intelligents et aussi entreprenants que leurs concurrents étrangers, tient à des causes diverses, parmi lesquelles il faut citer la timidité excessive des capitalistes français, dès qu’il s’agit d’une affaire éloignée, et l’absence de communications rapides et directes entre Tahiti et la France. Ces deux obstacles au développement des échanges entre la métropole et la colonie sont connexes ; la suppression du dernier en rapprochant les distances ferait peu à peu disparaître le premier.

Tahiti est la seule colonie française qui ne soit pas reliée à la France par un service de vapeurs, et Ton ne comprend guère

la raison de cet exclusion alors que la métropole pourrait facilement établir ces communications, non seulement sans aucuns frais, mais en réalisant des économies. Il suffirait, en effet, de supprimer l’aviso transport de la station qui fait actuellement la traversée de Tahiti à la Nouvelle-Calédonie tous les cinq mois et de donner la moitié ou au plus les deux tiers de ce qu’il coûte au budget colonial, à une ligne annexe des messageries maritimes dont le service s’arrête actuellement à Nouméa.

Ce que la France n’a pas cru devoir faire jusqu’à présent pour s’assurer des débouchés à Tahiti, la Nouvelle-Zélande le fait en ce moment dans l’intérêt de son commerce. Depuis le mois de juillet 1885, un vapeur anglais, \e Janet-Nicholl, fait tous les deux mois la traversée de la Nouvelle-Zélande à Tahiti, avec escale aux îles Tonga, Samoa et Ratotong.

Indépendamment de ce vapeur, Tahiti est relié à la Californie, tous les deux mois, par un navire de la Société commerciale de l’Océanie, le Raiatea, qui fait la traversée de Papeete à San-Francisco en vingt et un jours et retourne en vingt, avec escale aux îles Marquises.

Il n’est pas inutile de faire remarquer que tous les coassociés de la Société commerciale de l’Océanie sont d’anciens négociants de Tahiti, c’est-à-dire des personnes sachant où elles vont et ce qu’elles font, et que, si elles ont jugé l’entreprise bonne, à la condition d’être subventionnée, on ne voit pas pourquoi elle ne le serait pas pour des armateurs français. Ceux de nos compatriotes qui, dans la crise actuelle, trouvent avec peine un fret pour leurs navires, liront peut-être avec intérêt le renseignement qui précède. Des bâtiments de 3 à 400 tonneaux de jauge, fdant 10 nœuds, feraient la traversée en quinze jours et Tahiti ne serait plus qu’à trente ou trente-deux jours de Paris.

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