LE GROUPE DES ILES SOUS-LE-VENT
Ce groupe comprend 9 îles. Les trois principales, Huahine, Raiatea-Tahaa et Bora-Bora\ ayant ensemble 2 100 habitants, sont situées à environ vingt lieues au nord de Tahiti, et leur histoire est intimement liée à celle de cette dernière île dont elles sont une réduction au point de vue géographique et pittoresque.
L’une d’elles, l’île double de Raiatea-Tahaa, est considérée comme le berceau de la royauté et de la religion aux îles de la Société.
Le célèbre missionnaire Pritchard avait persuadé à la reine Pomaré IV qu’il était de son devoir de déclarer ces îles indépendantes de Tahiti. Son dessein était de les soustraire au protectorat français et de les réserver à l’Angleterre.
Elles furent alors l’objet d’une convention entre la France et l’Angleterre, conclue le 49 juin 1847, et qu’on a appelée une « convention deJarnac ». Par cet acte, les deux puissances s’engageaient à ne jamais prendre possession des susdites îles, sous quelque forme que ce soit, meme a titre de protectorat, et a ne pas admettre que la souveraineté d’un chef ou d’un prince de Tahiti pût s’étendre en même temps sur une ou plusieurs
d’entre elles et réciproquement.
L’annexion de Tahiti ayant été décidée en 1879, on jugea avec raison que celle des îles Sous-le-Vent en était le complément nécessaire.
La protection de nos intérêts commerciaux, menacés par des établissements rivaux importants, notamment dans l’ile de Raiatea-Tahaa, aussi bien que la nécessité de supprimer toute entrave à la surveillance générale de notre colonie, contraignent en effet la France à s’assurer la possession ou le protectorat de l’archipel de la Société en sa totalité.
Le consentement, au moins tacite, du cabinet anglais a cette annexion, ayant été obtenu parla France, le commandant de Tahiti commença des négociations aux îles Sous-le-Vent, en vue de l’établissement de notre protectorat. Ces négociations
I. Les six autres sont Tuuai-Manu ou Maiao, Motii-IU, Maupiti, Mapetia, Scilly, Bellinghausen.
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aboutirent seulement dans Tîle de Raiatea-Tahaa, dont le régent Tahitoe fit, en avril 1880, un traité par lequel notre protection était acceptée, mais à la condition expresse que l’autorité française ne pourrait, en aucun cas. intervenir dans les affaires temporelles ou spirituelles du peuple raiatéen, qui entendait conserver seul le gouvernement du pays, aussi bien dans ses relations extérieures qu’intérieures, et à l’égard de tous les habitants, à quelque nationalité qu’ils appartinssent. On nous concédait seulement le droit de mettre les couleurs françaises en yacht dans le pavillon national. Cet acte plaçait la France dans une situation pleine de dangers, et c’est vainement qu’on en chercherait une semblable dans l’histoire des traités. Elle avait, vis-à-vis des gouvernements étrangers, toutes les responsabilités qu’implique la présence de son pavillon, sans avoir le droit d’intervenir dans les affaires du pays où il flotte. Elle pouvait, elle devait prendre les armes pour le faire respecter et défendre ses protégés, mais il ne lui était pas permis de les empêcher de commettre les actes qui pouvaient les compromettre et attirer sur eux les rigueurs d’autrui.
Il y avait bientôt huit ans que cette situation durait, bientôt huit ans que le gouverneur de Tahiti réussissait à force de précautions à empêcher des complications avec l’Allemagne et l’Angleterre, dont les sujets étaient fréquemment en butte aux vexations des indigènes. Sa tâche avait été facilitée par le caractère conciliant du régent Tahitoe et de la reine; mais en 1885 un nouveau souverain avait pris leur place.
Le 24 octobre 1887, l’Angleterre a enfin consenti à l’abrogation du traité de 1847. Le 16 mars 1888, le gouverneur de Tahiti, M. Lacascade, adressa aux indigènes des îles Sous-le- Vent une proclamation leur annonçant que l’archipel était annexé à la France, mais que les anciens souverains « continueraient à être traités avec tous les égards qui leur sont actuellement dus ». Les Français et les autres Européens ne relèveraient que des tribunaux français ; la justice continuerait à être rendue aux indigènes dans les mêmes formes que par le passé. L’exécution de cette mesure ne rencontra quelque résistance que dans l’île Huahine, où quelques malveillants provoquèrent un conflit dont les hotchkiss du Decrès eurent aussitôt raison.
Dans l’île de Raiatea aussi bien que dans Tahaa, les souverains avaient accepté sans difficulté l’annexion; mais un certain nombre d’indigènes, travaillés par des meneurs allemands ou anglais, protestèrent, et, sous la conduite de
LES ILES TAHITI
Terahupa, occupèrent en armes la vallée d’Avéra. Quoiqu’ils se soient permis d’insolentes bravades encore en 1892, on n’a pas jugé à propos d’employer la force pour réduire cette insurrection sans portée.
A. Goupil.