‹ La France colonialeChapitre 136 sur 180 · AUTRES ARCHIPELS OCÉANIENS · texte numérisé non relu

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possession au nom de la France. Après une période de luttes entre les indigènes et les Américains, ces îles firent leur soumission à la France, le l®'’ mai 1842, entre les mains de l’amiral Dupetit-Thouars.

Cet archipel comprend au nord-ouest : Nouka-Hiva, Eiao, Oua-Ouka et Oua-Pou; au sud-est : Hiva-Oa, Taou-Ata, Fatou- Hiva, Motane et Fatou-Okou.

La superficie est de 1 250 kilomètres carrés.

Ces îles sont volcaniques; elles renferment beaucoup de sources d’eaux gazeuses.

Elles sont très saines, malgré la chaleur qui est de 28® à l’ombre et de 24® pendant la nuit. Il pleut de juin à septembre, et la saison sèche a lieu de décembre en mars.

La population indigène, qui était de 6 000 en 1872, est tombée à 5 246. Les Européens ne sont que 131, dont 71 Français et 60 étrangers. Les Chinois y sont aussi nombreux que nous, c’est-à-dire 70. Comme en Tasmanie, comme en Calédonie, la population canaque tend à disparaître. Elle est cependant fort belle physiquement et les femmes sont très gracieuses. Les femmes des Marquises conservent un visage attrayant jusqu’à un âge avancé. Elles sont coquettes et leur physionomie est expressive. Leurs chants et leurs danses sont monotones.

Le chef-lieu est Nouka-IIiva, qui fut choisi en 1850 comme lieu de déportation. On y construisit le fort Collet sur une petite colline qui domine le port de Taiohaé. Cinq autres baies offrent de bons mouillages : elles sont circonscrites entre des hauteurs de 11 à 1 200 mètres.

La population est d’un millier d’habitants.

Oua-Pou possède une mission catholique. Les habitants sont assez nombreux.

Dans le second groupe, Hiva-Oa renferme trente tribus canaques.

L’établissement de Hoatahou est situé dans l’île de Taou- Ata.

Depuis 1797, les missionnaires protestants, et plus tard les missionnaires catholiques, ont christianisé ces populations, qui sont douces et intelligentes, mais indolentes et adonnées à la boisson.

Elles ont de nombreux points de ressemblance avec les autres peuplades de la Mélanésie et de la Calédonie. Leur langue contient des mots identiques. Elles ont, comme les Calédoniens, lu coutume du tabou et celle des adoptions d’enfants. Dans les

Fbakce colonialb.

fôtes, elles aiment à s’orner de plumes, de bracelets, de coquilles de poissons. L’unité de leur système de numération est 20 ou deux fois 20. Cependant ils comptent mieux que les Calédoniens. Ils croient aux mauvais génies disposant des éléments de la nature, faisant la tempête, le soleil, la pluie. Ils font des offrandes d’aliments dans les cimetières. Leur dieu Toupai est un dieu des combats.

Les écoles indigènes sont sous la direction des missionnaires et des religieuses de Saint-Joseph de Cluny, recevant un traitement de l’administration. L’école la plus fréquentée est celle de Taiohaé. Le budget de l’instruction publique est minime.

Quant à la population européenne, ce sont des individus de toutes nationalités. Français, Américains, Anglais, Chiliens, Péruviens. Leurs mœurs sont très relâchées. Ils ne cultivent que pour leurs besoins du coton, des patates et du tabac et ils élèvent des porcs et des volailles. Ils s’unissent plus ou moins légalement à des femmes indigènes et font souche de métis.

La plupart des Européens prennent les habitudes des Canaques. Il en résulte que, malgré ces éléments disparates, le gouvernement est simple et le résident français est facilement obéi, quoique ne disposant comme force armée que de trois gendarmes et d’une police de sept indigènes, avec un sergent canaque. Ce résident, dit M. Eyriaud des Vergues, remplit à la fois les fonctions d’ordonnateur, d’officier de l’état civil, de commissaire de l’inscription maritime. Il y a maintenant un juge de paix français.

Le résident a sous ses ordres un agent spécial qui est à la fois trésorier-payeur, receveur, percepteur, notaire et greffier.

Comme armée, le brigadier de gendarmerie commande sa brigade de deux gendarmes, dont l’un est aussi huissier et l’autre comptable des vivres. Un pilote français est maître de port et interprète. Un artilleur de marine avec un canon de 12 , quatre soldats et un sergent d’infanterie de marine , neuf agents de police indigènes avec un sergent interprète, complètent le personnel administratif, civil et militaire.

Les Marquises occupent le milieu de la route qui conduit de Panama en Malaisie, en Australie, en Chine, au Japon, en Indo-Chine. Elles sont à quinze jours de San-Francisco. Leur régime administratif est celui de la loi française. Leur climat est favorable à l’Européen laborieux. Ces îles sont donc destinées à un grand avenir, auquel les Français devraient se préparer. Nous émigrons en Amérique, à la Plata, au Brésil ;

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nous négligeons les pays français et nous dérobons à notre patrie son patrimoine naturel.

dépendant les Marquises offrent aux colons sobres et industrieux une vie facile. Des concessions de terrains magnifiques leur sont accordées à un prix minime. Les bois de construction y sont abondants pour y élever les premiers abris d’immigrants sous un ciel toujours chaud.

Il y a plus de 2 000 bœufs dans le pays. Un taureau ou une vache coûtent 100 francs, un mouton 20 francs, un bélier 15 francs, une brebis 25 francs, une chèvre 2 fr. 50, une poule de 1 fr. 25 à 2 fr. 50 et un porc 30 centimes la livre. Les Canaques se nourrissent principalement des fruits de l’arbre à pin {artocarpus) comme les Tahitiens, mais les Européens doivent manger de la viande. Le poisson d’ailleurs ne leur manque jamais. La culture est des plus faciles.

On estime que ces îles font annuellement pour deux millions et demi d’affaires, mais surtout avec San-Francisco.

Outre les produits de consommation, le pays peut fournir à l’exportation des ressources variées : la nacre des huîtres perlières, le poisson salé, le tabac, la laine, la canne à sucre, le mûrier à papier, le coprah, les cocos, les bananes, les oranges, les patates, l’huile de bancoul, le crin végétal, l’huile de coco, le coton, le fer, les nattes, filets, cordages, toiles de fabrication indigène, les plantes tinctoriales. Quand les navires passeront aux Marquises, toutes ces denrées seront demandées. 11 leur faudra des animaux, des fruits, des vivres frais. Il serait donc temps que des colons allassent profiter de ces débouchés, mais il est nécessaire qu’ils soient en famille afin d’éviter de tomber au niveau des Canaques. A l’égard de ceuxci on doit se montrer ferme et juste. Il ne faut tourner en dérision ni leurs coutumes bizarres, ni leurs superstitions puériles. Il faut les respecter et s’en faire respecter. Au lieu de leur inculquer nos vices, il faut les amener peu à peu à aimer et à adopter la civilisation française. Si les peuplades océaniennes commencent à entrer en relations les unes avec les autres et avec les Européens, ceux--ci commencent aussi à se grouper en Océanie par nationalités. Nous sommes venus des premiers : ne laissons pas prendre la place par nos rivaux.

On a vu avec quelle facilité on se rend de Marseille, de Brest, de Ilochefortet de Bordeaux à Nouméa et de là à Tahiti, aux Marquises et aux Tuamotou. Des départs réguliers ont lieu toutes les six semaines ou tous les mois. Les passagers pour les Marquises passent donc par Papeete, à moins d’une occa-

sion par la voie rapide de San-Francisco à New-York et de là au Havre.

lies Tuamotoa. — Les Tùamotou ou Ues Basses , ou archipel Dangereux, entre les îles de la Société et les Marquises, conprennent 80 îles en deux groupes : celui de la mer Mauvaise au nord et celui de ['archipel Dangereux au sud. Ce sont des atolls ou îles basses entourées de récifs de corail. Leur superficie est de 8 600 kilomètres carrés. Elles n’ont que 5 500 habitants, la plupart vivant de la pêche. Ils sont chrétiens.

Ces îles ont été, en même temps que Tahiti, annexées à la France.

lies Wallis. — Enfin, auprès des îles Samoa (archipel des Navigateurs), se trouvent les îles Wallis, où il y aurait lieu de développer l’influence française. Elles comptent environ 2000 habitants. L’île principale est Ouvéa ou Namo et il paraît que ce sont ses insulaires qui sont venus peupler les Loyalty. L’une des trois îles Loyalty a pris le nom d'Ouvéa et sa population présenteles mêmes caractères que celle des Wallis,. dont les types sont supérieurs à ceux de la Calédonie.

L’archipel a été découvert en 1767 par le navigateur anglais Wallis. De 1837 à 1877, il fut évangélisé par le P. Bataillon. Le 4 novembre 1842 le capitaine de corvette Mallet signa le traité de protectorat avec le roi Lavélua. Ce traité fut renouvelé le 19 novembre 1886 avec la reine Amélia. Un décret du 27 novembre 1887 a rattaché ces îles à la Nouvelle-Calédonie.

lies Futuna. — Le groupe des îles Futuna et Alofi a été découvert en 1616 par Lemaire et Schouten. Il a été évangélisé parleP. Chanel, martyrisé en 1841. La corvette l’A/Z/er, chargée de venger ce meurtre, fit accepter, en 1842, le protectorat par les deux rois et les autres chefs. Le traité a été renouvelé le 22 septembre 1887 et sanctionné par décret présidentiel du 16 février 1888. Les deux îles ont environ 1 500 habitants (il n’y en avait que 1 000 au temps du P. Chanel).

Résumé statistique. — La population totale de nos établissements océaniens s’élevait, au 30 juin 1887, à 24 418 âmes. Pour avoir le nombre des indigènes, il suffit de déduire 1909 personnes (dont 1700 à Tahiti), fonctionnaires métropolitains, troupes, équipage de la flotte, gendarmerie, population flottante. Pour les indigènes, le chiffre des femmes est d’environ 2 000 inférieur à celui des hommes, 500; groupe des Futuna, 1 500.

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Avenir de nos possessions océaniennes. — En

résumé, l’ensemble des établissements français en Océanie, abstraction faite de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances, comprend 104 îles d’une superficie de 3 660 kilomètres carrés, peuplées d’environ 25 000 âmes. L'importance de ces possessions est moins dans leur étendue et le chiffre de leur population que dans leur situation maritime et leurs facilités décolonisation. C’est aux familles françaises à en tirer parti et à y créer une seconde patrie pour notre race, au moment où le canal de Panama finira par rapprocher de nous ces pays si beaux et si fertiles, que des câbles électriques relieront en même temps à l’Europe,

On voit que la France a conquis une large place dans cette région qui finira par devenir une Méditerranée océanienne.

Ainsi, la Nouvelle-Calédonie, Tahiti, les îles Sous-le-Vent, les Gambier, les ïubuaï, les Marquises, les Tuamotou, etc., forment des colonies françaises. Les Nouvelles-Hébrides, qui doivent être considérées comme une dépendance de la Nouvelle- Calédonie, deviendront quelque jour une de nos possessions. On peut dire qu’il existe une France océanienne. Saurons-nous développer et exploiter ce vaste domaine, au climat salubre, aux terres fertiles, aux habitants paisibles?

Cu. Lemire.

TERRE-NEUVE'

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