PARTIE historique
Oécouverle de Terre-Xeuve. - Vraisemblablement c’est aux Français, aux pécheurs basques et bretons qu est due la découverte de Terre-Neuve. Les Danois et les Norvegmns réclament l’honneur d’avoir visité ces parages vers le xi® siècle mais il est certain qu’à cette époque déjà les Normands et les Bretons exploitaient les bancs pour la pêche de la ^orue et même de la baleine, qui, après avoir fréquenté, dans les premiers siècles du moyen âge, le golfe de Gascogne, avait décidément émigré vers les régions septentrional^es.
Cependant ce n’est guère que vers le xvi siècle «io mencèrent les voyages d’exploration. Le .4 juin 1497 Vénitien, Cabot, reconnaissait la pointe ^ ,
rîle qu’il dénommait cap Bonavista. En 1501, Corte Real abo dait la baie de la Conception et, continuant son exploration, par le nord-est, il parvint jusqu’au pays qu il dénomma Labrador on Terre du Laboureur. . , tt « AKOR
Bergeron, en 1505, et Jean Denis de Ronfleur, en 1506, puis
I. Maurice Gaperon, Chasses et pêches Saint-Pierre. 1887. — Louis Henrique. Notice sur .
Miquelon {Allas colonial Mager), 1886 - Notices coloniales Æaue-
Nolices coloniales illustrées, 1889. “ f ‘fte ^ Ion, Saint-Pierre, 1891. - Voir, en tôte du présent volume, la carte de
l'Amérique française.
an Espagnol du nom de Gomez, en 1525, explorèrent successivement les rivages de l’île. Vcrazzano paraît avoir été l’explorateur le plus sérieux de l’époque. Pendant le voyage qu’il fit, vers 1525, sous le patronage de François I®'', non seuremcnt il reconnut l’île, mais il s’en empara pour le compte du roi de France, en même temps qu’il lui donnait le nom de Terre- Neuve qu’elle a conservé depuis.
Jacques Cartier suivit les traces de Verazzano neuf ans plus tard. Il s’occupa surtout de reconnaître les emplacements susceptibles de faire de bons ports. Puis, Roberval y fit le premier établissement.
liivalité avec l’Augleterre ponr la possession «le Terre-IVeuve. — Jusqu’au commencement du xvii® siècle, Terre-Neuve fut considérée comme appartenant à la France et à l’Angleterre, mais sans que l’une ou l’autre des deux puissances inquiétât les sujets du voisin.
D’ailleurs, avant cette époque, il n’y avait aucune organisation. Ce n’est que grâce aux encouragements de Sully que la pêche de la morue prit quelques proportions.
Les navires partaient bien chaque année, des deux côtés de la Manche, pour exercer la pèche, mais dès la mauvaise saison, chacun ralliait son port respectif.
Les efforts de Sully ne devaient point rester stériles, car bientôt les armateurs fondèrent des pêcheries.
La colonie était en pleine prospérité quand, un beau jour, la jalouse Angleterre réclama le droit de juridiction sur les colons français. Nous prétendions, au contraire, et avec juste raison, que Terre-Neuve faisait partie de la Nouvelle-France. Tel fut le commencement du conflit qui n’a pris fin qu’à la perte de nos colonies d’Amérique.
Par le traité d’Utrecht (1713), nous avions cédé les côtes sud et est de Terre-Neuve ; mais nous conservions le privilège exclusif de la pêche sur la partie orientale, depuis le cap Donavista jusqu’à la pointe la plus occidentale et, de là, jusqu’au cap Riche, sur la côte ouest, sans pouvoir y faire d’autres constructions que des abris pour les pêcheurs et des séchoirs pour le poisson.
11 nous reste Saîut-Plerre et Sliquelon. — Par le
traité de Paris (1763) nous cédions toutes nos possessions de l’Amérique du Nord, sauf les îles Saint-Pierre et Miquelon, qui furent laissées pour servir d’asile à nos pêcheurs. Il nous était interdit de les fortifier et d’y entretenir une garnison supérieure
TERRE-NEUVK
à 50 hommes. Le droit de pêche sur les cêtes de Terre-Neuve, qui nous avait été reconnu par le traité d’Utrecht, était confirmé. La reprise de possession des îles Saint-Pierre et Miquelon eut lieu le 14 juillet 17G3.
Fondation des pêclierîes. — C’est à cette époque que remonte la fondation de nos établissements de pêche sur ces îles. Le premier noyau fut formé des pêcheurs normands et bretons, auxquels vinrent se joindre plusieurs familles acadiennes qui avaient été déportées pendant la dernière guerre. En 4764, le chiffre des habitants dépassait un millier.
Trois ans plus tard, les produits de la pêche donnaient, bon an mal an, GO 000 quintaux de morue, et il était employé <à cette industrie environ 220 bâtiments, jaugeant ensemble 24 000 tonneaux et montés par 8 000 marins.
Notre intervention dans la guerre de l’indépendance américaine (1778) vint arrêter la prospérité de nos pêcheries. Les Anglais, sous le commodore Evans, s’emparèrent des îles et détruisirent les constructions de fond en comble. Les habitants durent se réfugier en France.
lie traité «le 17^3. — Nouvelles épreuves. — La
paix de 1783, qui termina cette guerre, nous rendit Saint-Pierre et Miquelon et nous donna le droit exclusif de la pêche sur la côte de Terre-Neuve, à partir du cap Saint-John, sur la côte est, pour de là s’étendre à tout le détroit de Belle-Ile jusqu’au cap Bay, situé à l’extrémité sud-ouest.
L’interdiction, stipulée dans le traité de 1763, d’élever des fortifications et d’entretenir dans la colonie une garnison supérieure à 50 hommes n’était point renouvelée.
Le gouvernement français s’occupa aussitôt du rapatriement des colons qui s’étaient réfugiés dans la métropole, et, l’année suivante, plus de 318 navires, jaugeant ensemble 34 658 tonneaux et montés par 10 000 marins au minimum, prenaient part à la pêche sur les bancs de Terre-Neuve.
Cette prospérité ne devait malheureusement pas durer : de nouvelles épreuves attendaient cette industrie. Les Anglais s’emparèrent à deux reprises différentes (1793 et 1803) de ce groupe d’îles, qui ne nous fut rendu définitivement que le 30 mars 1814, par le traité de Paris. Aux termes de ce traité, nos droits sur Saint-Pierre et Miquelon étaient conservés ; en outre, les avantages concédés par la paix de 1783, concernant les pêcheries sur les côtes de Terre-Neuve et les îles adjacentes, ainsi que dans le golfe Saint-Laurent, étaient remis en vigueur.
Ce n’est qu’en 1816 que le gouvernement françaiss'occupa de repeupler la colonie. Il fit, de nouveau, appel aux colons réfugiés en France. Ceux-ci, à peine arrivés, relevèrent le bourg de Saint-Pierre, qui avait été détruit en 1795. Une partie d’entre eux allèrent se fixer à Miquelon et y fondèrent le village de ce nom.
Les deux dernières guerres avaient abattu complètement les pêcheries françaises. Les Anglais en profitèrent pour faire prospérer les leurs ; les capitaux de la Grande-Bretagne furent engagés en partie sur cette industrie, surtout après la campagne de 1814, qui rapporta à nos voisins plus de 1 200 000 quintaux de morue, représentant une valeur de 65 millions de francs.
L’année suivante, nos armateurs, un instant atterrés de la situation, relevèrent la tête et se mirent résolument à l’œuvre; aussi de 54 francs le quintal de morue tomba-t-il, en 1815 et 1816, à 16 et 17 francs. Ce fut la ruine de la grande pêche à Terre-Neuve pour les Anglais. On peut dire qu’ils ne se sont jamais relevés de ce coup terrible.
Le traité de 1814 ayant laissé plusieurs détails à élucider, une convention fut signée à Londres en 1857 entre les représentants des deux puissances. Malheureusement, bien des points sont restés obscurs et, chaque année, nos pêcheurs rencontrent des obstacles sur les rivages de la grande terre pour l’exercice de leur industrie.
La convention de 1890, destinée à délimiter plus exactement les droits des deux nations sur les pêcheries du littoral de Terre-Neuve, a été enfin ratifiée par les Chambres de France et d’Angleterre : le droit des pêcheurs français sur le French shore de Terre-Neuve, même à l’exclusion des Terre-Neuviens, a été formellement reconnu.
GAUTIE gEOGEAEHIQEE
ro.Ulon 8éo*raphl«»e. - Les «es Saint-P.erre et Miqueton comprennent un groupe d'iles dont les principales font Saint-Pierre et Miquelon. Elles sont situées dans océan Atlantique septentrional, à 378 myriametres de Brest
Pierre -ît par 46o 46' 40" de latitude nord et 50« 30 30 de fon^Ifroue's t^En temps, «heure de Saint-Pierre reterde sur celle de Paris de 3 heures 54 minutes 2 secondes. C n^ d'ans sa P us grande longueur, que 7 kilomètres 1/2 et Sans sa plus grande largeur 5 kilomètresl/2. Sa circonférence e«t de 20 kilomètres et sa superficie de 2 600 hectares.
L’ile Selon est située par 4T 05' 36' de latitude nord et 58» 40' 30' de longitude ouest. Elle est divisee en deux parties, don la plus peSte, appelée Langlade ou 44 kilomMres de long sur 13 de large, avec une circonférence de *,3 " t;:s. La “Grande-Miquelon.
Miquelon, a la même longueur que Lanol , upoïnètres n’est que de 11 kilomètres. Sa circonférence est 59 kilomètres.
Elle est située au nord de Langlade. Hp tprre
Les deux Miquelons sont réunies par une '^nnue de terre
dont la largeur varie entre 300 et SO»,
ont été séparées à plusieurs reprises et il ne Pî^™*‘ P“® ' P
sible que ce phénomène se reproduise a un moment donne.
orographie e. géologie. - Le sol des «es Sainmerre et Miquelon est montagneux. On trouve pourtant quelques
plaines à Langlade et à Miquelon. p > o<iriP orqni
^ La natiire du sol des trois îles appartient a la sene orani
tiaue A Saint-Pierre et dans les îlots voisins, le porphyre, pârosilex et le feldspath semblent dominer. On trouve aussi en
plusieurs endroits des blocs erratiques, véritables poudingues, apportés autrefois par les glaces flottantes.
À Miquelon et à Langlade, les roches tiennent du type métamorphique ou schisteux cristallin. On les range dans la section des micaschistes. Des schistes ardoisiers ont été découverts, il y a quelques années, à Langlade; on a aussi trouvé à Miquelon des gisements de galène et d’ocre. Dans cette île, on a remarqué d’ailleurs que les montagnes possèdent beaucoup de quartzite, de siénite et de grès appartenant au terrain houiller.
Hyclrosraphte. — L’hydrographie des îles Saint-Pierre et Miquelon est peu compliquée. Les étangs que l’on y rencontre ne sont à proprement parler que des flaques d’eau ; ils donnent naissance à une infinité de petits ruisseaux que la fonte des neiges transforme en torrents.
Côtes et racles. — Les côtes de l’île Saint-Pierre sont très découpées, mais elles sont inabordables dans la plus grande partie de leurs cantons. La seule rade qu’elles offrent est celle de Saint-Pierre, comprise entre le Cap à l’Aigle, à l’est, la Pointe à Philibert, au sud-ouest, et ïîle aux Chiens, au sud.
Cette rade communique avec la mer par trois passes :
1° La passe du Nord-Est, large de 900 mètres et présentant un fond de ÎO à 20 mètres ;
2" La passe du Sud-Est, large de 500 mètres, avec un fond minimum de 7 mètres;
3° La passe aux Flétans, qui a 400 mètres de large et une profondeur de 10 à 13 mètres.
La rade de Saint-Pierre préservée du large par Vile aux Chiens, offrent un excellent abri aux navires du plus fort tonnage. Les vents qu’elle redoute le plus sont ceux du nord-est. Sa longueur, du Cap à l'Aigle à la ligne que l’on tirerait de Vile aux Moules à la Pointe aux Canons, est de plus d’un mille.
Le Barachois de Saint-Pierre, dont l’entrée est située entre Vile aux Moules et la Pointe aux Canons, pourrait recevoir une grande quantité de navires ; malheureusement les bâtiments calant plus de 3™, 05 de tirant d’eau ne peuvent y entrer qu’à mer haute. Depuis 1891, pour remédier à cet inconvénient, on a commencé des travaux de creusage à l’aide d’une drague système Priestman.
Il y a quelques années, le Barachois était exposé aux vents du sud- est et parfois même la sûreté des navires y était compromise. Pour remédier à cet inconvénient, on a construit une
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digue qui joindra plus tard la Pointe Bertrcuid a 1 ile aux Moules. Les navires seront ainsi complètement protégés.
lies îles secondaires et îlots. — Uile aux Chiens ferme la rade de Saint-Pierre. Elle ne mesure en circonférence que 4 kilomètres ; elle est recouverte en partie par des graves ; les habitants se livrent presque tous à la pèche de la morue. Comme édifice public, il n’y a que l’église et le presbytère à citer.
Toute la partie qui regarde Saint-Pierre est formée d’échoueries, destinées à servir de refuges aux doris et aux wüvis de pêche. Cette île tire son étymologie du chien de Terre-Neuve, que l’on y trouvait autrefois. Aujourd’hui, la race canine n’y est pas plus abondante que sur les autres points de nos possessions de Terre-Neuve.
Les autres îlots dépendant de Saint-Pierre sont : le Grand- Colombier, au nord-est de l’île, montagne escarpée et d’un accès difficile, ainsi nommée à cause des calculots qui viennent l’habiter chaque année au printemps ; un fait remarquable, c est que jamais un de ces oiseaux n’a mis le pied sur une ile voisine ; Vile aux Vainqueurs, où il y a un lazaret ; Vile aux Pigeons, à l’est, et Vile Massacre, en rade de Saint-Pierre.
Le total de la superficie des deux îles principales, des îles et îlots, est de 24 159 hectares, soit 241 kilomètres carrés.
liC» bancs. — Saint-Pierre et Miquelon doivent leur importance aux richesses qu’offrent les bancs de sable et de rocs qui s’élèvent, à l’est et au sud, du fond de l’Océan, et qui sont formés, en outre d’alluvions vaseuses, de débris d animaux ou végétaux, apportés soit par le Gulf-Stream, soit par le courant polaire. Le plus grand, appelé Grand banc de Terre- Neuve, s’étend sur près de 10 degrés du sud aunord; il a 500 kilomètres de long sur 360 de large, sous une profondeur d eau de 30 à 45 mètres; il est à quarante- huit heures de la côte. Viennent ensuite le Banc de Saint-Pierre, le plus rapproché du chef-lieu, à dix heures de la rade; le Banc à Vert et le Banquereau.
Climat. Température. — Les hivers, aux îles Saint- Pierre et Miquelon, sont très froids. Le thermomètre descend parfois jusqu’à 26° au-dessous de zéro. Cependant cette température est exceptionnelle, et l’on peut dire que la moyenne des froids varie entre 14 et 16°.
Le printemps ne commence guère qu’en mai ou juin. Juillet, août et septembre sont les mois de chaleur : le thermo-
mètre monte alors jusqu’à 24°. Octobre a encore de belles journées; mais novembre ramène les présages de l’hiver. Cependant ce n’est qu’à la fin de décembre que la neige tombe pour ne plus fondre qu’en avril.
Les vents du nord et du nord -est amènent des tempêtes soudaines qui se déchaînent et rendent la mer furieuse. La neige se convertit en poussière fine que l’on appelle poudrin. Ce poudrin, lancé des hauteurs dans la plaine, s’accumule en certains endroits et forme de véritables montagnes qui disparaissent et reparaissent tour à tour. Il pénètre par les moindres fissures jusque dans les appartements. Il est toujours imprudent, les jours de poudrin, de s’aventurer loin des habitations, car on a vu des cas de mort d’hommes. Cette poussière de glace empêche de voir et même de respirer.
En février et mars, les îles Saint-Pierre et Miquelon sont parfois enfermées dans an cercle de glaces. Celles-ci, chassées par les vents sud-est ou nord-est, viennent se souder à la terre et forment autour de l’île une croûte solide, qui empêche toute communication avec l’extérieur. En mars et avril, de gros icebergs passent au large, venant du nord. Leur présence est toujours signalée par un refroidissement de la température.
Au reste, les variations de température sont très fréquentes à Saint-Pierre et Miquelon.
Vents et brumes. — Les vents dominants sont ceux d’ouest; lorsqu’ils soufflent, le ciel s’éclaircit et devient beau. Les mauvais vents sont ceux que l’on désigne sous le nom d’ussuéties; ils régnent de l’est au sud-ouest, par le sud, et sont généralement accompagnés de brume et de pluie. Les plus impétueux soufflent du nord-est au nord-ouest, par le nord; on les appelle anordies.
C’est pendant les mois de juin et de juillet, lorsque les vents soufflent du sud-est au nord-ouest, que la brume règne. Elle recouvre la terre souvent pendant dix et douze jours, ne laissant quelques échappées du ciel qu’à de rares intervalles. L’atterrissage pour les navires, à pareille époque, demande beaucoup de précautions.
Salubrité. — Le climat des îles Saint-Pierre et Miquelon est sain ; cependant il ne convient pas aux personnes délicates, par suite de la longueur des hivers. Les maladies épidémiques y étaient inconnues autrefois; mais la fièvre typhoïde et la diphtérie y ont fait, depuis quelques années, de cruels ravages. Les autres affections que l’on y rencontre doivent être attribuées
TKRRENEUVE
aux habitudes et au genre de vie des habitants. Les plus fréquentes sont dues aux excès de boisson des marins pêcheurs.
Population. — En 1853, la population des îles Saint- Pierre et Miquelon se composait de 2 543 habitants, dont 501 appartenaient à l’élément flottant. En 1887, c’est-à-dire 34 ans plus tard, elle était de 5929, dont 1 140 pour les fonctionnaires et leurs familles, les troupes métropolitaines, la population flottante. Ce chiffre total se décomposait comme suit ; pour Saint-Pierre, 4 744 ; pour l’île aux Chiens, 61 1 ; pour Miquelon et Langlade, 574.
Au point de vue de la nationalité : 5 163 Français, 672 Anglais, 19 Américains, 73 Espagnols, 1 Grec, 1 Italien.
Outre la population flottante, il faut mentionner aussi les gérants, les marins des bâtiments pêcheurs et autres employés divers, qui ne séjournent dans la colonie que pendant la campagne de pêche. Leur nombre peut être fixé annuellement à 8 000 individus.
Circonscriptions communales. — Elles sont au nombre de trois : Saint-Pierre; Vile aux Chiens et les îles voisines; Miquelon avec Langlade.
Celle de Saint-Pierre comprend la ville, la banlieue et les terrains vagues relevant de la direction de l’Intérieur.
La ville, qui ne s’étendait que devant le port, au pied de la montagne, escalade maintenant les pentes escarpées de l’ancien cimetière; un quartier nouveau y a remplacé les terrains vagues et marécageux. Elle est divisée en deux parties : la ville en pierre et la ville en bois. La première, située au centre même de la commune, est ainsi appelée parce que les immeubles ne peuvent être construits qu’avec revêtements en pierres ou en briques et couvertures incombustibles. Cette mesure a été prise pour éviter les incendies. Dans la seconde partie, les propriétaires peuvent bâtir à leur gré.
Les rues de Saint-Pierre au nombre de 52, sont droites et suivent les directions nord-sud et est-ouest. Leur largeur doit être de 9 mètres dans la ville en bois et de 12 mètres dans la ville en pierre. Partout on a établi des bornes-fontaines et des prises d’eau. L’éclairage des rues se fait au moyen de lampes à pétrole.
Parmi les monuments publics, il faut citer l’église et le gouvernement, vastes constructions en bois; l’école communale des garçons, achevée en 1891, qui mesure 66 mètres de long sur 15 de large, le trésor et le poste, la direction du port,
la direction de l’intérieur, l’hôpital, qui peut recevoir 100 malades, la gendarmerie, le palais de justice, la caserne des disciplinaires, aujourd’hui abandonnée, etc., tous édifices récents et bâtis en briques ou en pierres.
La rade est entourée de magnifiques quais en bois, avec de nombreux appontements ou cales, destinés à faciliter les chargements et les déchargements des marchandises.
Plusieurs routes carrossables permettent aujourd’hui de circuler d’un bout à l’autre de l’île. Ce sont, la route de Gueydon, qui suit la mer jusqu’au cap à l’Aigle; la, route Iphigénie, qui prend le nom de Cléopâtre à partir du rond-point, traverse le village du Savoyard, où elle bifurque pour aller aboutir au Diamant sous le nouveau nom de route Bellone; la route de Lapanouze, qui dessert le sifflet de brume de Galantry; enfin celle de l’Anse à Ravenel, qui vient d’être terminée. Une autre voie, en projet, doit relier prochainement la route de Gueydon à l’Anse à Henry (côté nord-est).
En dehors de la ville, les bords de la mer sont occupés par des graves, sur lesquelles on fait sécher la morue.
La ville de Miquelon est située au fond de l’anse de ce nom. Elle se compose de maisons en bois habitées par des pêcheurs. Depuis quelques années, sa population au lieu d’augmenter diminue ; la plupart des marins abandonnent la petite pêche pour aller sur les bancs, et leurs familles émigrent généralement pour Saint-Pierre.
Langlade, dépendance de Miquelon, est reliée avec elle par une route pour piétons. Ce hameau ne comprend qu’une douzaine de fermes, la gendarmerie et un pied-à-terre, joli petit chalet, pour le commandant. C’est un rendez-vous, l’été, pour les amateurs de villégiature. On y trouve des coteaux boisés et une végétation autrement pittoresque que sur n’importe quel autre point de Saint-Pierre et Miquelon.
Slalnt-Picrre et llifiuclon cfablissement mltllaire. — Quoique l’état de choses, créé par le traité de 1783, relativement à la faculté d’élever des fortifications et d’entretenir garnison à Saint-Pierre et Miquelon, eût été maintenu en 1814, aucun des gouvernements qui se sont succédé en France n’a tenu à s’en prévaloir pour faire de la colonie un établissement militaire sérieux. On en eut cependant l’idée un instant, lors de la campagne de Crimée, puisqu’on avait élevé, à la pointe nord de Vile aux Chiens, une batterie qui est aujourd’hui désarmée.
TERRE-NEUVE
D’autre part, jusqu’en 1891, la colonie comportait une garnison de disciplinaires, mais le conseil général ayant refusé de prendre à la charge du budget local les frais d’entretien du cadre armé, le Gouvernement licencia le détachement pour le verser dans les compagnies du Sénégal et de Diégo-Suarez.
De cette situation, il résulte qu’en cas de guerre avec une puissance maritime, nos pécheurs de Terre-Neuve n’auraient aucun port pour se réfugier et qu’une simple escadrille ennemie suffirait pour anéantir, en un instant, toute notre flotte de pèche dans les parages de Saint-Pierre et Miquelon.
Plusieurs esprits sérieux ont été frappés de ces considérations, et l’un de nos officiers supérieurs de la marine, des plus distingués, a établi un projet de défense qui consiste à relier, au moyen de barrages, les différents îlots qui entourent Saint- Pierre, de manière à fermer la rade complètement, en ne laissant que les passes actuelles, rétrécies, pour forcer les navires à passer sous le feu des ouvrages à établir.
Ces ouvrages seraient élevés sur le Grand Colombier, le Cap à l’Aigle, le cap Godon (à l’île aux Chiens) et à la pointe du Diamant; ainsi entourée, la rade de Saint-Pierre serait à l’abri du bombardement et elle offrirait, en tous temps, une protection plus sérieuse aux navires qui s’y réfugieraient.
La dépense concernant l’exécution de ces travaux est évaluée à un million; en supposant qu’elle soit double et même triple, elle est encore bien minime en comparaison des sommes qui peuvent être englouties par un désastre maritime, sans compter l’anéantissement d’une industrie qui assure le pain à plus de 10,000 familles et sert à l’apprentissage des marins dont la France a besoin pour monter ses navires de guerre.
Régime administratif. — Les pouvoirs publics, aux îles Saint-Pierre et Miquelon, sont exercés par un gouverneur, résidant à Saint-Pierre, et chargé de l’exécution des décisions du conseil général.
Il est assisté d’un chef du service de l’intérieur et d’un chef du service judiciaire. Un chef du service administratif de la marine est préposé à l’administration et à la comptabilité des dépenses des services militaires et maritimes à la charge de l’État.
Le conseil général est composé de 13 membres élus, dont 9 pour Saint-Pierre, 2 pour l’île aux Chiens et 2 pour Miquelon et Langlade. Il est chargé de l’administration des ressources
France coloniale. 43
locales. Une commission coloniale est tirée du sein du conseil, pour étudier toutes les questions qui lui sont déférées par la législation en vigueur.
Un conseil privé est placé près du gouverneur pour l’éclairer de ses avis.
Nous avons dit que la colonie était partagée en trois sections communales. Chaque commune comporte un conseil municipal. A Saint-Pierre, ce corps est divisé en deux sections, dont une pour Vile aux Chiens. Ce corps se compose d’un maire, de 2 adjoints (dont un remplit les fonctions d’officier de l’état civil à l’île aux Chiens) et de 16 conseillers municipaux.
A l’île aux Chiens et Miquelon, il y a un maire, 2 adjoints et 12 conseillers municipaux.
La colonie n’élit ni sénateur, ni député. Elle envoie un délégué pour la représenter, à Paris, au conseil supérieur des colonies.
Par suite de la suppression du détachement de disciplinaires des colonies, autrefois commandé par un cadre tiré de l’infanterie de marine, il n’y a plus, en fait d’armée, que 22 gendarmes commandés par un maréchal des logis.
Il y a aux îles Saint-Pierre et Miquelon deux justices de paix, l’une à Miquelon, l’autre à Saint-Pierre. Dans cette dernière ville siège un juge de paix en titre ; à Miquelon, les fonctions de juge de paix sont remplies par le commis de marine, chargé du service administratif.
La colonie comporte, en outre, un tribunal de première instance, un tribunal criminel et un conseil d'appel. Tous trois ont leur siège à Saint-Pierre.
Saint-Pierre possède une chambre de commerce.
Budget. — Le budget local de la colonie, pour 1892, a été fixé, tant en recettes qu’en dépenses, à la somme de 477 258 fr. pour le budget ordinaire, et de 103 000 pour l’extraordinaire.
Cultes. — La religion dominante est le catholicisme. Elle a à sa tête un supérieur ecclésiastique, qui est curé de Saint- Pierre, deux autres curés et deux vicaires. Vient ensuite la religion protestante, pratiquée surtout par les Anglais et les Américains, qui entretiennent à leurs frais un temple et un pasteur.
Agriculture et ressources locales. — La stérilité naturelle des îles et la rigueur prolongée de l’hiver mettent de puissantes entraves au développement de l’exploitation du sol. Cependant, à force de persévérance, les habitants ont en
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quelque sorte vaincu la nature. Il y a peu de familles aujourd’hui qui ne possèdent un petit jardinet où l’on récolte les légumes nécessaires pour l’année. Il est à remarquer que la végétation se développe très rapidement dans ces parages ; en moins de quatre mois (mai à octobre), elle a passé par toutes les phases de la vie végétale.
A Miquelon, le sol se prête mieux aux essais agricoles qu’à Saint-Pierre; encore les rochers et les tourbières occupent-ils la plus grande partie de la surface ; aussi l’agriculture n’y fait point de grands progrès. Ce n’est guère qu’à Langlade que l’on s’occupe spécialement de culture. C’est le Jardin de la colonie, et l’on y compte jusqu’à 13 fermes ; mais les fermiers préfèrent l’exploitation des pâturages à celle des céréales. Ceci tient à ce que les légumes venant de l’extérieur, notamment du Saint-Laurent, sont vendus sur place à des prix relativement bas.
La superficie des terres défrichées et mises en valeur atteint, pour l’ensemble des îles, 2 550 hectares environ.
lia cbassc. — Elle apporte aussi un appoint sérieux à la nourriture des habitants. On trouve dans les deux îles une grande variété d’oiseaux, tels que la perdrix, surtout une espèce deperdrix, blanche l’hiveret grise l’été, — l’ortolan, la bécassine, le canard sauvage, le pluvier, le courlis et autres aquatiques.
Le gibier à poil manquait, mais des essais tentés depuis 1881 ont pleinement réussi. Aujourd’hui Langlade et Miquelon sont couverts de lapins sauvages dont l’espèce se rapproche beaucoup du lièvre. Particularités curieuses : ces lapins ne se terrent pas et leur poil est complètement blanc tant que dure l’hiver.
Un autre genre de chasse est celle au loup marin. Elle n’est guère exercée qu’à Langlade, sur les bords du Grand Barachois, et aussi sur les côtes de Miquelon. On retire un beau bénéfice de l’huile et de la peau de cet amphibie, mais sa chair ne vaut rien.
lia pecbe. — La pèche à la morue s’ouvre officiellement le 1®’’ avril et se clôture le 29 septembre, mais elle ne commence guère avant le 18 avril et se termine vers le milieu de septembre. Elle se fait, soit au filet (seine), soit à la ligne. On emploie comme boittes ou appâts le hareng, le capelan et l’encornet. On distingue entre la grande pêche, qui se fait dans les bancs à bord des goélettes et autres navires, et la petite
pêche, qui se fait sur les côtes, au moyen de doris et tvaris, sortes de pirogues.
La pèche de la morue doit sa prépondérance aux encouragements accordés par le gouvernement français, sous la forme déprimés à l'annemenl ei primes sur les prodvAts.
Il faut ajouter que la pêche du hareng, du capelan et de l’encornet entre dans l’alimentation pour Saint-Pierre et Miquelon. En effet, si les Anglais ont la primeur des deux premières boittes, c’est-à-dire s’ils pêchent le hareng ou le capelan avant qu’il n’arrive sur nos côtes et viennent le vendre à nos armateurs comme appât, il n’en est pas moins vrai que, lorsque ce poisson fait son apparition chez nous, on s’en sert non seulement pour la petite pèche et pour les navires qui se trouvent en retard, mais encore pour l’alimentation des habitants. Le capelan est séché, et la ménagère économe le conservera pour l’hiver. Quant à l’encornet, qui est la troisième il est pêché entièrement sur les côtes de nos îles et nous ne sommes en rien tributaires de nos voisins sous ce rapport. Les femmes, les enfants, tout le monde se livre à cette pêche, et il n’est pas rare de voir une petite embarcation prendre de 400 à 500 encornets dans une après-midi. Si l’on considère que l’encornet se vend de 0 fr. 05 à 0 fr. 10 pièce, on voit que c’est une belle journée gagnée par la famille.
Citons aussi, parmi les ressources du pays, la pêche du homard. Ce crustacé est si abondant à Langlade et à Miquelon qu’on le harponne à l’aide d’un croc en fer emmanché au bout d’une gaule et qu’en fort peu de temps on en remplit une embarcation.
En 1889 deux maisons de Saint-Pierre ont tenté l’exploitation en grand des conserves de homard; mais, pour diverses causes, l’essai n’a pas été suffisamment fructueux.
lndus$trie et commerce. — La pêche de la morue forme la branche la plus importante de nos expéditions commerciales. Outre le grand nombre de navires qu’elle emploie annuellement, elle occupe des milliers d’ouvriers de toutes professions ; elle procure un débouché considérable aux divers produits de France et elle entretient une pépinière de marins destinés à alimenter notre marine de commerce et à former une réserve pour notre flotte de guerre.
Dans les exportations, celle de la morue entre pour la plus forte part : elle a été, en 4867, de 6 806 620 francs ; en 1872, de 9 142 298 francs; en 1877, de 7 129 677 francs ; en 1882, de 10 686 492 francs ; en 1887, de 13 439 532 francs.
TERRE-NEUVE
■ En 1890, il y a eu dans le port de Saint-Pierre un mouvement maritime de 3 220 entrées et de 3 195 sorties, représentant un chiffre de 373 626 tonneaux.
Cette même année, il est parti de France pour la colonie 274 navires, de 45 719 tonnes, montés par 4 338 hommes d’équipage.
La colonie elle-même a armé 866 navires, de 15 437 tonnes, montés par 5 097 hommes d’équipage : ce qui a produit pour la marine de la métropole et de la colonie, 2 167 entrées, 2 153 sorties, avec un tonnage de 282 104 tonnes et 9 435 marins.
Le mouvement commercial de notre colonie est en progrès continu. Importations et exportations réunies, il était :
en 1854 do . 779 091 fr,
En 1890, l’exportation s’est élevée à 17 335 445 francs, dont 9 013 244 francs pour la France, et l’importation à U 100 185 francs, dont environ 3 700 000 francs de France. Soit au total 31 435 930 francs. En trente ans, le commerce a donc quadruplé. Il se fait surtout avec la France et les Antilles françaises.
Les principaux objets importés de France sont les étoffes, les objets confectionnés, les divers tissus de laine, chanvre, coton, soie, la quincaillerie, le vin, le cidre, les alcools, le lard salé, les filets et ustensiles de pêche, etc.
Les Anglais et les Américains importent surtout la volaille, le foin, la farine, le beurre, les légumes, le chauffage (charbon et bois) et les bois de construction.
Les grosses transactions concernant la morue, — verte ou salée, morue sèche, huile de foie de morue, etc., — se font en France, mais le commerce de détail se traite dans la colonie. Les Anglais de Terre-Neuve apportent à Saint-Pierre les deux premières boittes, c’est-à-dire l’appât pour la morue, et, en échange, ils remportent des quantités considérables d’objets de toute espèce dans la colonie : de sorte que celle-ci devient un débouché très important pour les marchandises de toute provenance.
Cependant, depuis le vote du Bait Bill, en 1887, par le Parlement de Terre-Neuve, nos marins se trouvent souvent obligés d’aller chercher à la baie de Saint-Georges le hareng destiné à
servir d’appât de première pêche : ce qui diminue notablement les échanges.
Jusqu’à cette année, nos îles n’étaient reliées au continent américain que par un steamer anglais. Le gouvernement de la colonie vient de trouver une Compagnie française, formée en partie avec les capitaux de la métropole, en partie avec les ressources locales, qui s’est engagée à faire le service postal de Saint-Pierre à Halifax et àl’île du Cap-Breton. Elle entrera en fonctions à partir de septembre 1893. Ce nouvel arrangement ne peut manquer d’accroître le chiffre des affaires avec la métropole.
Importance de la colonie. — Les îles Saint-Pierre et Miquelon, dernier vestige de nos splendeurs d’Amérique, tiennent le troisième rang comme importance commerciale parmi toutes nos colonies. Comme revenu annuel, elles sont supérieures à plusieurs de nos départements métropolitains. Si on les compare à nos chefs-lieux de département, on remarque que, sur 86 chefs-lieux, 33 ont un revenu inférieur. Quant au mouvement de la navigation, il est supérieur à celui de la plupart de nos ports français.