CHAPITRE PREMIER
HISTOIRE
la llévoliitioii. — Lci Ma.rlinic[U6 a été découverte le lo juin 1502, par Christophe Colomb, qui débarqua au Carbel, mais n’y lit aucun établissement.
C’est seulement au dix-septième siècle que deux gentilshommes français, MM. de l’Olive et Duplessis, qui couraient les aventures de la mer, s'y arrêtèrent. Ils débarquèrent à la Martinique, le 25 juin 1635, avec 550 hommes, et y arborèrent les premiers le drapeau de la France.
Presque aussitôt ils abandonnèrent cette île trop accidentée et remplie de serpents et lui préférèrent la Guadeloupe.
Le l^-- septembre 1635, d’Esnambuc, gouverneur français de Saint-Christophe, vint à la Martinique avec 100 hommes éprouvés; habitués au travail de la terre et pourvus de tout ce qui devait servir à la culture des terres et à la construction deshabitations.il prit solennellement possession de l’île, le 15 du même mois, au nom de la Compagnie des J les d'Amérique.
La « Compagnie des Iles d’Amérique » ne fut pas heureuse dans ses spéculations; aussi fut-elle réduite à vendre la Mar-
l. J. Scott Keltie, The Staiesm'ui's Year book, 1892, London, 1892. Margry, Belahi tV Emambnc et les Normands aux A?ïtilles, 1863. ^ Sidney Daney, Histoire de la Martinique depuis sa colonisation jusqu en 1,805, 181647“ — Notices coloniales de 1885 et Notices coloniales illustrées de 1889. — Annuaire de la Martinique, Fort-de-France, 1892.
Unique ainsi que Sainte-Lucie, la Grenade et les Grenadilles, pour une somme de 60 000 livres, par contrat du 27 septembre 1650, à Duparquet, alors sénéchal de la Martinique.
A la mort de Duparquet, l’ile échut à ses enfants mineurs, auxquels le roi accorda en même temps, par lettres patentes du 15 septembre 1658, les biens et les dignités du père.
C’est alors qu’eurent lieu les luttes contre les Caraïbes, indigènes de cette île, comme de la plupart des Antilles. En 1658, ils sont expulsés de Capesterre, leur dernier refuge. En 1663, il n’en restait plus dans l’île que quelques individus.
Quant aux Européens, ils se divisaient en deux classes : les habitants, qui étaient venus dans l’ile à leurs frais et y avaient reçu des terres en toute propriété; les engagés, travailleurs recrutés en France, principalement à Dieppe, au Havre, à Saint-Malo, moyennant le transport gratuit et un salaire annuel, et astreints pendant trois ans à travailler pour un maître. Ils étaient durement traités, presque comme des esclaves, plus durement que les coolies indous ou chinois d’aujourd’hui. A l’expiration de ce temps, ils recevaient de petites concessions.
L’importation des esclaves noirs avait suivi de près l’occupation de l’île. En 1738, ils comptaient déjà 58 000 tètes. C’est alors qu’on cessa de faire venir des engagés blancs.
Des désordres ayant éclaté dans le gouvernement de ces colonies, Colbert rendit, en mai 1661, un édit qui organisait la Compagnie des Indes occidentales qui dura jusqu’en 1674.
C’est de la dissolution de la Compagnie que date le développement de cette colonie.
Elle était devenue déjà l’objet des convoitises des Anglais et des Hollandais. Les Anglais avaient, en effet, tenté à plusieurs reprises d’y débarquer, mais sans succès. Ainsi, une première fois, en 1666, lord 4Villoughby, gouverneur de laBarbade, avait été repoussé dans une tentative de débarquement à la GramV- Anse du Carbet. L’année suivante, une flotte anglaise, composée de neuf grandes frégates, sous le commandement de l’amiral Jones Harmant, avait encore échoué dans une tentative contre la ville de Saint-Pierre.
Quant aux Hollandais, leur célèbre amiral Ruyter, après y avoir débarqué 5 à 6 000 hommes, sous la conduite du comte de Styrum, nommé, disait-on, par avance gouverneur de la colonie à conquérir, avait été obligé de s’éloigner précipitamment avec sa flotte, en abandonnant les blessés, une partie du matériel et étendard même du prince d’Orange.
LA MARTINIQUE
En 1693, les Anglais firent une nouvelle expédition contre la Martinique. Débarqués au nombre de 3000 hommes, au lieu dit le Fonds-Canomille, entre Saint-Pierre et le Prêcheur, ils furent vigoureusement repoussés par les milices locales, auxquelles s’était jointe une troupe de noirs africains ; ils durent regagner leurs navires, en laissant leurs bagages, leurs munitions, 300 prisonniers, 5 ou 600 morts.
Pendant les négociations du traité de Ilyswick, un corsaire anglais fit, en octobre 1697, deux descentes successives, la nuit, au Marigot et à Sainte-Marie. Il fut repoussé au Marigot par les habitants, à Sainte-Marie par les travailleurs de l’habitation Saint-Jacques, commandés par un moine dominicain, le P. Labat.
Après le traité d’Utrecht, conclu le 11 avril 1713, et qui enleva à la France Terre-Neuve, l’Acadie et Saint-Gbristophe, la sollicitude de la métropole pour les colonies qui lui restaient devint plus grande. La Martinique surtout bénéficia des excellentes dispositions du régent, pendant la minorité de Louis X\ . On prit un certain nombre de mesures pour favoriser son agriculture et son commerce. Elle ne tarda pas, grâce à son excellente situation comme escale et à la sûreté de ses ports, à devenir le marché général des Antilles.
Pendant la guerre de Sept ans, la Martinique tomba au pouvoir des Anglais. Le 13 février 1762, ils s’en emparèrent et la gardèrent dix-sept mois. Ils ne la restituèrent qu à la suite du traité de Paris, signé le 10 février 1763.
La colonie jouit alors d’une période de calme dont on profita pour lui reconstituer son ancienne suprématie. Elle fut l’objet de travaux importants de défense. La baie de Fort- Royal (aujourd’hui Fort-de-France) devint, en 1778, le centre des opérations maritimes des flottes françaises. La paix glorieuse de 1783 (traité de Versailles) donna un nouvel essor à sa prospérité.
la ïtévoliiiion. — Nous avons vu plus haut, a propos de la Guadeloupe, quels changements considérables la Révolution française apporta dans la constitution coloniale (lois du 8 mars 1790, du 28 mars 1792, du 22 août 1792, du 4 février 1794L
Pour soutenir la lutte civile, qui menaçait d’avoir pour eux des suites très fâcheuses, les aristocrates, autrement dits les planteurs, résolurent d’inviter les Anglais à s’emparer de la Martinique. En janvier 1794, une escadre de quinze vaisseaux
de ligne fut expédiée d’Angleterre et débarqua dans la colonie. Les planteurs se joignirent aux Anglais, dont ils constituèrent l’avant-garde. Ils défirent le général Rochambeau, qui ne se rendit qu’après une lutte des plus héroïques et un siège de trente-deux jours (22 mars 1794).
La domination anglaise à la 3Iartinique dura huit années.
L’ile fut restituée à la France par la paix d’Amiens, en 1802. La loi consulaire du 20 mai y maintint l’esclavage, dont l’abolition avait été votée par la Convention, sans qu’on eût pu l’appliquer à cause de l’occupation anglaise. La colonie fut de nouveau attaquée, en janvier 1809, par lo 000 Anglais sous les ordres du général Beckwith et de l’amiral Cochrane. Après une résistance de vingt-sept jours, la garnison du fort Bourbon capitula, et, le 24 février 1809, la Martinique retomba au pouvoir des Anglais.
En exécution du traité de Paris (30 mai 1814), les Anglais évacuèrent la Martinique, du 2 au 9 décembre de la même année. Ils y reparurent un instant en 1815, à titre d’auxiliaires, et en occupèrent même les forts jusqu’au mois d’avril 18 IG; mais le traité de novembre 1815 fit rentrer définitivement la Martinique sous la domination française.
Dès lors l’histoire de la Martinique se confond avec celle de la Guadeloupe.
Aujourd’hui la Martinique est représentée dans la législature métropolitaine par un sénateur et deux députés.
CFI.4P1TRE II
GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE
Situation g;éog;t‘aplti€iue. — La Martinique est située dans l’océan Atlantique et fait partie du groupe des Petite? - Antilles. Elle est placée entre 14'^23'42"et 14“52'47'' de latitude nord et entre 63"6'19" et 63°31'34" de longitude ouest du méridien de Paris. Elle se trouve à 48 kilomètres sud-est de Saint- Dominique, à 32 kilomètres nord de Sainte-Lucie, possessions anglaises, et à 108 kilomètres sud-est de notre colonie de la Guadeloupe et dépendances. Elle compose avec la Guadeloupe les derniers restes de nos possessions dans les Antilles.
LA MARTINIQUE
Sa distance approximative duportde Brest est de 1 270 lieues marines.
Elle a une superficie de 98 782 hectares (soit la moitié de toute la Guadeloupe), dont plus des deux tiers sont en montagnes. Les cultures occupent 42-445 hectares.
Sa plus grande longueur est de 64 kilomètres et sa largeur moyenne est d’environ 28 kilomètres. Sa circonférence est de 320 kilomètres.
Oi‘o$irai»liic. — La Martinique est couverte de montagnes, qui lui donnent l’aspect le plus pittoresque. On y compte six volcans éteints qui sont : les pitons du Carbet, la montagne Pelée, les Roches Carrées, la montagne du Vauclin, le Cratère du marin et le Morne-la-Plaine.
Les plus hautes montagnes sont ; la montagne Pelée (1 330 mètres) et les pitons du Carbet (1 207 mètres).
Cours «l'eau. — On compte à la Martinique 75 cours d’eau, dont les plus importants et les seuls navigables sont ; la rivière Pilote et la rivière Salée; deux canaux principaux, celui du Lamantin et celui de la rivière Salée. C’est par ces canaux que les communes du même nom communiquent avec la mer Ils sont navigables en toute saison.
l,iéologic. — Le sol de cette île est très varie et d une fertilité remarquable. 11 est tantôt argileux ou ponceux, tantôt rocailleux ou tufacé; d’autres fois calcaire ou mélangé, marécageux ou alluvionnaire.
Sotirces tliermales. — On trouve a la Martinique plusieurs sources thermales minérales : la fontaine Chaude ou de Messimy, sur les hauteurs du Prêcheur, à 8 kilomètres de Saint-Pierre, et dont les eaux (température de 34 à 33° centigrades) contiennent du carbonate de soude, du muriate de soude, du carbonate de chaux, du carbonate de magnésie, de la silice; la fontaine Absalon, dont les eaux possèdent la propriété des eaux gazeuses et ferrugineuses et dont la température est de 3°; celle de Didier, qui est à peu près de même température et de même nature; celle de Moutte, qui est la plus ferrugineuse de toutes.
Ces trois dernières sources sont situées aux environs de Fort-de-France.
Il y a aussi les sources du Pont-de-Chaînes, de l’Espérance, de Lareinty.
€litiiafolog;ic. — La climatologie de la Martinique est celle de la Guadeloupe.
Les tremblements de terre sont fréquents à la Martinique, mais anodins. Ils se réduisent à quelques légères secousses. Le plus terrible dont on ait gardé le souvenir a été celui du 11 janvier 1839, qui a renversé la ville de Fort-de-France presque tout entière.
Le climat de l’île est très sain.