Voyez l’étymologie de ce mol ci-dessus, page 42, notel
L’ALGÉRIE
danslcnrs déplacements violents, ont ensuite modifié celte structure première, approfondi les vallées longitudinales (c’est-àdire dirigées, avec l’Atlas tout entier, de l’ouest à l’est), ouvert et creusé des vallées transversales, véritables défilés orientés du sud au nord, déposé dans les plaines les terrains tertiaires. A l’époque quaternaire enfin se sont formés tes alluvions des rivages, les berges des cours d’eau actuels, les sables, les lacs, les dunes du Sahara. Le terrain houiller fait malheureusement défaut à l’Algérie, sauf un gisement très mince découvert en 1881 à Bou-Saada, Les fjranits, gneiss et schistes ne forment que de petits massifs isolés émergeant çà et là dans la région du littoral, notamment à l’ouest de Bône. Les tremblements de terre sont assez fréquents, mais beaucoup moins violents que surles côtes voisines d’Espagne et d’Italie.
liC littoral: caps, ;;olfes, îles. — Peu de côtes ont été aussi profondément sculptées par la mer que celles de l’Algérie. A l’ouest, elle a détruit la chaîne du Sahel jusqu’au ca.p Figalo, n’y laissant pour témoin que Vtlede RascJigowi; elle continue à ronger les falaises argileuses du golfe d’Oran; elle a pratiqué dans le Sahel la vaste échancrure du golfe d'Arzeiv; elle assiège le massif plus résistant du Dahra, dont la pointe principale est le cap Tenès. A l’est de la rade d'Alger, elle a supprimé entièrement la chaîne littorale. A partir d’Alger, en effet, le rivage, orienté précédemment du sud-ouest au nord-est, parallèlement aux montagnes bordières, prend une direction générale de l’ouest à l’est, si bien que les crêtes telliennes, se projetant au nord-ouest et comme de biais dans les flots, offrent aux navires des abris plus sûrs que les arcs de cercles trop ouvert des rades occidentales. Le cap Carbon, prolongement du Djurdjura, protège au nord-ouest le golfe de Bougie, comme le cap de Garde, prolongement du Babor, protège celui de Bône. Quant au Cap de Fer, pointe nord-est de l’Edough, il est, comme tout ce massif, de formation volcanique, ce qui explique pourquoi il s’avance en sens inverse de la direction normale des autres chaînes. Quelques récifs sans importance, notamment l’île Pisan et l’île Collo, sont des débris du rivage ancien de la côte orientale dont le seuil sous-marin se prolonge au nord-est de La Galle jusqu’à l’archipel tunisien de La Galite.
lies cours cl’eau telliens. — L’Algérie se divise en trois grands bassins hydrographiques ;• le bassin ou versant méditerranéen qui comprend le Tell ; le bassin intérieur des hauts plateaux ; le versant saharien.
Les cours d'eau qui aboutissent au nord à la ftléditerranée, la Tafim, la Macta, le Chélif, Voiiecl Isser, Voued Sahel, Vouedel-Kébir, la Seyboiise, coulent dans les vallées longitudinales formées par les plis de l’Atlas ou franchissent les défilés transversaux qui les unissent comme le petit ouedAgrioun, qui s’est ouvert le passage infernal du Chabet-el-Akra dans les Babor. Ils changent ainsi fréquemment de direction par des coudes brusques, et de niveau par des rapides ou des chutes, comme celles du Rummel à Gonstantine. Ce sont de véritables torrents tourmentés, capricieux, roulant des masses d’eaux troubles pendant les orages et les pluies, plus ou moins à sec pendant le reste de l’année.
Un seul de ces torrents, le Chélif, prend sa source dans les hauts plateaux et les traverse du sud au nord, avant de parcourir dans le Tell une large vallée longitudinale qui aboutit à la Méditerranée.
lies ciiotts. — A part cette exception, les hauts plateaux constituent un bassin fermé sans écoulement vers la mer; ils se divisent en un certain nombre de cuvettes intérieures appelées chotts ou lacs salés : le choit Chergui, les deux Zahrez, le chott-el-Hodna. Ces vastes lagunes reçoivent en hiver une mince couche d’eau que leur apportent les petites rivières de leur pourtour; elles se dessèchent en été et se couvrent alors d’efflorescences salines d’une blancheur éblouissante. C’est là que les voyageurs observent le plus fréquemment le phénomène bien connu du mirage.
lies eaux, du versant saharien. — Les eaux qui coulent vers le Sahara, ne tardentpas à s’y perdre dans les sables, où elles forment des nappes souterraines que vont atteindre et que font jaillir nos puits artésiens. Ce versant se divise luimême en deux bassins dont nous ne connaissons bien d’ailleurs qu’une faible partie. A l’ouest, dans la province d’Oran, les eaux s’écoulent suivant une pente dirigée vers l'océan Atlantique. A l’est, dansles provinces d’Alger et de Gonstantine, les eaux convergent vers le chott Alelghir, réservoir atrophié d’une vaste étendue lacustre qui s’écoulait autrefois dans la Méditerranée.
En résumé, l’Algérie est pauvre en eau et cette sécheresse s’explique surtout par le climat.
Caractère général du climat. — L’Algérie occupe une situation intermédiaire entre la zone tempérée proprement dite et la zone équatoriale. Son climat n’est pas sensiblement
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influencé par l’océan Atlantique dont la séparent les massifs compacts et élevés du double Atlas marocain. 11 obéit à l’action alternée et contradictoire de la Méditerranée, d’une part, et du Sahare, de l’autre. Mais l’écran multiple des chaînes telliennes empêche l’influence méditerranéenne de se propager fort loin dans l’intérieur, si bien que le littoral seul jouit d’un climat véritablement marin ouméditerranéen. La majeure partie du pays, au contraire, a un climat continental, et l’Atlas saharien, qui est loin de formerau sud, surtout dans les monts des Ksour, une muraille continue, ne le défend que fort mal contre le voisinage du Sahara. Or la surface de la mer s’échauffant lentement, se refroidissant de même, exerce une action modératrice sur le climat des régions qui la bordent, tandis que les vastes étendues de terres, surtout lorsqu’elles sont dénudées, s’échauffent très vite sous un soleil presque tropical et se refroidissent très vite aussi. Il résulte de là que les brusques changements de température sont fréquents en Algérie, et qu’une bonne hygiène commande de les prévoir. Aussi les indigènes sont-ils toujours habillés de laine et depuis longtemps les Européens y ont adopté la flanelle comme le plus sûr et le meilleur des vêtements.
Vents et brises. — C’est du Sahara que soufflent à d’assez longs intervalles et, heureusement, surtout en hiver, les vents brûlants du sud-est et du sud-ouest connus sous le nom de siroco; ils dessèchent les plantes, fatiguent les hommes et les animaux, crevassent le sol, répandent dans l’atmosphère une poussière ténue qui colore le ciel de teintes rougeâtres. Les vents de mer, au contraire, qui soufflent du nord-est, du nord, de l’ouest et surtout du nord-ouest, rafraîchissent l’air et apportent la pluie. Ils sont l’antidote du siroco. Sur tout le littoral et principalement en été, la brise de mer pure et salubre qui se lève vers dix heures du matin alterne avec la brise de terre qui souffle pendant toute la nuit, chargée d’âcres parfums.
Pluies et brumes. — Durant la saison humide, qui s’étend des mois de septembre ou d’octobre jusqu’auxmois d’avril ou mai, de violents abats d'eau tombent par accès irréguliers et souvent trop rares, inondent tout à coup les vallées, en ravinant les flancs des montagnes. Alors aussi les hauts plateaux et les cimes les plus élevées de l’Atlas se couvrent de neige qui d’ailleurs ne persiste jamais longtemps ; la neige est accueillie avec joie par les cultivateurs de l’intérieur, car elle humecte profondément, elle fertilise les champs de céréales. Les pluies
se repartissent inégalement entre les trois provinces ; plus abondantes dans celle de Gonstantine qui est la plus accidentée et la plus boisée, elles vont en diminuant d’intensité jusqu’à la frontière marocaine, au delà de laquelle commence à se faire sentir l’influence océanique. Elles sont plus rares aussi à mesure que l’on s’éloigne de la mer: dans le Sahara il ne pleut presque jamais. En été, surtout pendant les longues sécheresses, les rosées sont très abondantes et suppléent en partie à la pauvreté ou à l’absence de pluies. Durant la même saison, des brimes intenses couvrent parfois les rivages et entravent la navigation. Dans les vallées et les plaines basses, on observe aussi, le matin, des brouillards fréquents qui ne tardent pas à se dissiper aux premiers rayons de soleil.
Température. — Elle est inégale suivant la saison, la direction des montagnes, l’exposition et l’orientation des plaines et des vallées, l’altitude, la proximité ou l’éloignement de la mer; Alger est une station liivernale de plus en plus recherchée par les malades et par les étrangers, à cause de l’égalité remarquable de sa température. Le thermomètre y descend rarement à 3° ou -j- 5°, se maintient en moyenne à -f- 20°, ne s’élève guère en été au-dessus de-j- 35^ ou -f- 40”. L’hiver y est délicieux et ressemble à nos meilleurs printemps. Plus on s’avance vers le sud, plus il y a 6.' écart entre les extrêmes, ombre et soleil, nuit et jour, été et hiver. A Biskra, la chaleur atteint en été un maximum de -f- 50° et même de -}- 52°, tandis qu’elle descend en hiver et pendant la nuit à zéro ou un peu au-dessus de zéro.
liumière. — Le ciel brumeux et bas des contrées du nord de l’Europe ne peut donner aucune idée de la transparence, de l’éclat, de la profondeur du ciel algérien. Sauf- pendant les orages et les averses qui sont toujours de courte durée et ne surviennent que pendant quelques mois d’hiver, à part quelques brouillards locaux et passagers, le soleil ne cesse de luire, et sa lumière répand sur toutes choses un sourire éblouissant qui est la fête perpétuelle des yeux. La blancheur aveuglante des murailles des villes et des moindres chapelles musulmanes, la verdure intense des bois et des plus maigres taillis, les colorations violentes des plus simples fleurs, les^ teintes tranchées des rocs les plus ordinaires, l’âpre silhouette des profils les plus lointains, le bleu sombre du firmament, tout contribue à frapper, à illuminer le regard, à l’enivrer d’une inoubliable émotion. C’est là surtout qu’est l’attrait
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puissant de l’Afrique, capable d’y fixer à jamais ceux qui la visitent et d’y ramener toujours ceux qui l’ont quittée après l’avoir vue.
Sialubrité. — L’Algérie n’est pas moins salubre que les autres pays méditerranéens. Si dans les plaines humides et encaissées, dans les vallées basses et marécageuses, la fièvre est à craindre pendant les saisons chaudes, tout comme en Italie, en Corse ou en Languedoc, les progrès de la culture et des plantations diminuent chaque année l’étendue du fléau. Sur le littoral, sur les flancs et les sommets des montagnes, sur les hauts plateaux, dans la majeure partie du Sahara, il n’y a point de fièvres. Aucun climat n’est aussi agréable que celui de la côte : à Alger, Bougie, Philippeville, la chaleur estivale même est supportable. Cependant l’humidité y est parfois excessive et la douceur même de la température pourrait à la longue y énerver les Européens, qui ont besoin de se retremper de temps en temps par un séjour de quelques semaines dans un air plus vif et plus frais. Les hauteurs du Tell, avec leurs hivers plus rigoureux, leurs étés plus courts, mais plus chauds, les séjours charmants de Tebessa, Tlemcen, Médéa, Miliana, conviennent mieux à notre race. Le climat plus extrême encore des hauts plateaux, battus par des vents violents, mais salubres, comme à Sétif et à Constantine, est vivifiant par sa rudesse même. Quant au Sahara, dont Biskra est le type climatérique le plus visité, torréfié par des étés de six à sept mois, avec des écarts de 45° de température entre midi et minuit, il n’est pas malsain, sauf dans les oasis fiévreuses, comme celles de Ouargla ou de Tougourt, mais il n’est pas fait pour nous, et si les Blapcs peuvent y séjourner impunément, il est difficile de croire qu’ils puissent réellement s’y acclimater. Le Tell, les hauts plateaux avec certaines parties de l’Atlas saharien, comme le Djebel-Amour ou l’Aurès, offriront longtemps encore à nos colons un champ d’activité assez vaste, sans qu’il soit besoin de prévoir leur expansion au delà des limites naturelles de l’Atlas et de la Berbérie proprement dite.
Situation centrale de l’ÜLlg^érle. — L’Algérie, flanquée à l’ouest par le Maroc et à l’est par la Tunisie, n’a pas la même orientation que ces deux pays. En Algérie, les vents dominants viennent du nord; les rivières algériennes (et géographiquement la Moulouïa en est une) coulent vers le nord; c’est du nord que l’Algérie reçoit les pluies qui la
France coloniale. ^
LA l'ranch: coloniale
fécondent. C’est la Méditerranée qu’elle regarde, et non pas toute la Méditerranée, mais seulement ce bassin occidental de la Méditerranée qni est compris entre l’Espagne, la France et l’Italie. Elle est donc orientée vers la France, et il était naturel que la France en fit la conquête et y implantât sa civilisation. Le Maroc, au contraire, est largement ouvert aux vents d’ouest, exposé à l’influence prépondérante de V Atlantique ; ses fleuves, le Sébou, le Tensif, Voued Draa, sont des tributaires de l’Océan. La Tunisie, de son côté, tournant le dos au Maroc, regarde vers le bassin oriental de la Méditerranée. Ce sont surtout les vents d’est librement développés de l’ancienne Tyr à l’ancienne Cartbage qui lui apportent ses pluies ; c’est vers l’est que s’épand la fécondante âledjerda, le principal de ses cours d’eau. Entre ces deux directions divergentes, l’Algérie obéit à une direction moyenne, elle tient la Berbérie en équilibre, elle en est le nœud et le centre. Qui est maître de l’Algérie domine forcément la Berbérie tout entière.
Imperfection des réglions naturelles de l’Algérie. — Les larges plaines qui sont arrosées par un même fleuve et ses affluents, et qui présentent dans toute leur étendue les mêmes caractères, constituent de grandes régions naturelles faciles à déterminer. Il n’y a rien de pareil en Algérie, puisqu’elle n’est que la portion médiane d’un épais massif montagneux bordé par la Méditerranée. A vrai dire, le seul grand bassin hydrographique de l’Algérie, c’est la Méditerranée elle-même,. Quant aux bandes longitudinales du Tell, des hauts plateaux, du Sahara algérien, elles ne forment pas des régions indépendantes. Ces zones, purement climatériques et botaniques, se retrouvent à peu de chose près dans tous les pays de montagnes et sont étroitement solidaires entre elles : le berger va, suivant la saison, des pâturages d’amont aux prairies d’aval ; le bûcheron de la zone forestière jette ses bûches dans le torrent qui les porte à la rivière, au fond de la vallée; l’habitant de la vallée, placé au bas et comme au débouché de la montagne, vit des produits de la montagne tout entière. La véritable région naturelle dans nos Alpes ou nos Pyrénées c’est la vallée, image du grand bassin hydrographique, Rhône ou Garonnne, auquel elle aboutit. Il en est à peu près de même en Algérie : les nomades conduisent leurs troupeaux en été sur les hauts plateaux, mais ils hivernent dans le Sahara, au pied du versant des monts; les agriculteurs et les industriels du Tell écoulent leurs produits par les
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ports du littoral. Malheureusement, il n’y a point en Algérie, comme dans nos montagnes françaises, de vallées proprement dites : les cours d’eau n’y sont que des torrents temporaires, barrés par les chaînes de l’Atlas, étranglés par des défilés, détournés, par de brusques ressauts et de longs coudes, de leùr direction normale vers la Méditerranée. Les régions naturelles n’y sont q\x' ébauchées, elles n’y sauraient exister que grâce à l’industrie humaine.
lies régions naturelles complétées par les chemins de fer. — En dépit de ses crêtes longitudinales, l’Algérie tout entière est orientée transversalement vers la Méditerranée, son unique bassin naturel et sa route maîtresse. Par la Méditerranée, elle reçoit avec ses colons tous les instruments de travail, tous les instruments qui lui font défaut. Vers la Méditerranée et par le chemin le plus court, doivent s’écouler tous ses produits. Aussi les voies ferrées dites de pénétration, dirigées du nord au sud, des ports de la côte vers l’intérieur du pays, sont-elles indispensables à l’Algérie. Complétant la nature, perfectionnant le travail inachevé des eaux, atténuant les seuils par des courbes, des rampes ou des lacets, débridant les cols, perçant les murailles de roc par des tunnels, elles tendent à créer des vallées non pas artificielles, mais rectifiées par l’art. Ainsi naissent et se développent sous nos yeux, avec les progrès de la colonisation et ceux des travaux publics, des régions nouvelles, mais pourtant vraiment naturelles, puisqu’elles sont déterminées par la communauté des intérêts agricoles, industriels et commerciaux dont le chemin de fer n’est que l’expression matérielle. Comme les grandes communes de la Corse, ces régions se prolongent en longues bandes étroites de la mer à la montagne.
lies trois provinces. — La division de l’Algérie en trois provinces n’est l’effet ni du caprice, ni du hasard. Leurs limites, cherchées sous les Romains, ébauchées, pendant la longue période des Etats berbères, ont été fixées sous les Turcs et adoptées par nous. Si elles n’ont rien d’absolument immuable, elles répondent dans leur direction générale à des différences naturelles. Dans la province d’Oran, la zone tellienne est étroite ; la zone des hauts plateaux est très large, très plate, très dénudée, d’aspect désertique ; l’Atlas saharien est ouvert par de nombreux passages. Dans la province de Constantine, la zone tellienne, très large, se confond par de hautes plaines cultivables avec l’Atlas saharien qui forme,
SOUS le nom d’Aurès, un véritable Tell méridional, très épais et d’accès difficile. A l’ouest, le Sahara empiète sur le Tell ; à l’est, le Tell empiète sur le Sahara. La province occidentale, véritable « bouche du désert » , sorte de carrefour, est largement ouverte aux communications, aux échanges; son port d’Oran est déjà le plus actif de toute l’Algérie. La province orientale, surtout agricole, forme un large pâté montagneux qui s’abaisse au nord sur la mer, à l’ouest sur la vallée de l’oued Sahel et le bassin du Hodna, au sud sur le chott Melghir, à l’est sur les vallées tunisiennes de la Medjerda et de l’oued Mellègue. C’est par excellence le grenier de l’Algérie. Entre les deux, la province d’Alger participe aux caractères de chacune d’elles et leur sert de lien. Plus ouverte que sa voisine de l’est, moins exposée à l’influence saharienne que sa voisine de l’ouest, elle communique avec la seconde par la vallée inférieure du Chélif qui tourne le massif du Dabra, avec la première par les vallées de l’oued Isser et de l’oued Sahel qui tournent le massif du Djurdjura; elle possède en majeure partie sur les hauts plateaux la route naturelle du haut Chélif, la seule rivière qui les traverse de part en part et qui aboutit dans le Sahara algérien vers Laghouat, au dos de pays qui sépare les deux versants de l’Atlantique et de la Méditerranée. Sa situation centrale n’est donc point artificielle et correspond à la réalité des choses.
Alger, centre naturel et capitale de l’Algérie. —
On s’est demandé si l’Algérie avait réellement un centre naturel. Pour n’ètre pas indiqué aussi clairement que Paris pour la France ou Bordeaux pour le bassin de la Garonne, ce centre n’en est pas moins tout désigné en ce sens qu’il est le seul possible : c’est Algkr. Jusqu’au xvi® siècle, l’Algérie avait été attaquée de flanc, du côté de l’est par les Romains, les Byzantins, les Arabes; du côté de l’ouest par les Vandales et les Berbères marocains. Ses dominateurs se trouvaient ainsi dans de mauvaises conditions pour choisir une capitale, et cependant l’adoption de Cherchel par les Romains comme tête de la Mauritanie césarienne était déjà une indication pour l’avenir; car Cherchel est très voisine d’Alger. Arrivant par mer, par la grande plaine méditerranéenne, abordant l’Algérie de front, les Turcs n’hésitèrent point dans leur choix : c’est à Alger qu’ils se fixèrent. Située à peu près à égale distance de chaque frontière, au point où la chaîne côtière occidentale s’arrête et disparaît sous les flots, en face du littoral français,
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abritée au fond d’une large baie, adossée aux massifs pittoresques du Sahel qu’enveloppe l’admirable plaine de la Metidja, Alger occupe le bord d’une sorte de delta fortement retranché par les chaînes telliennes, mais auquel peuvent aboutir par des issues naturelles toutes les routes du pays. A l’est, le col des Beni-A'icha conduit en Grande-Kabylie ; les gorges de Palestro mènent, d’une part, à la Petite-Kabylie, de l’autre, par les Bibati, à Sétif, à la province de Gonstantine et en Tunisie. Au sud, les gorges de la Chiffa ouvrent l’accès de Médéa, de Boghar, du Ghélif supérieur, des hauts plateaux et du Sahara par Laghouat. A l’ouest enfin, au pied de Miliana se déroule l’immense vallée du Ghélif inférieur, qui débouche plus loin vers Oran et le Maroc. Qu’un réseau de chemins de fer, déjà en grande partie tracé, se ramifie dans toutes ces directions, et la ville d’Alger sera véritablement au cœur de l’Algérie. Le jour où la suprématie d’Alger cesserait d’être reconnue par les Algériens, l’Algérie cesserait d’être un corps organisé et vivant, solidement rattaché à la France. Capitale indispensable à l’Algérie, trait d’union nécessaire avec la mère patrie, Alger seule peut devenir un jour la métropole de toute la Berbérie. Cependant Alger sortirait de son rôle s’il aspirait à être plus que le centre militaire, politique, intellectuel et moral de l’Algérie, s’il prétendait absorber à son profit le développement matériel du pays. Il ne faut pas que les vallées et les voies ferrées longitudinales, principaux instruments de sa grandeur, fassent perdre de vue l’importance des vallées transversales et des chemins de fer de pénétration, qui assureront l’autonomie économique et la prospérité des régions de chaque province.