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CHAPITRE II

LES INDIGÈNES

Berbères et Arabes. — La race prédominante en Algérie est l’antique race indigène qu’on est convenu d’appeler berbère, et qui a réussi jusqu’à ce jour à absorber presque en totalité ses conquérants. Où sont les Phéniciens, les Carthaginois, les Romains eux-mêmes ? Disparus. Où sont les

LA FllANCE COLONIALE

Vandales, les Byzantins ? Effacés. On retrouve bien çà et là des traits rappelant l’effigie des vieilles monnaies impériales; on a pu noter aussi en Kabylie et dans l’Aurès des types blonds dont on fait honneur à la descendance des soldats de Genséric. Mais tous les éléments étrangers introduits en Berbérie pendant l’antiquité et pendant les premiers siècles du moyen âge ont été emportés, noyés dans le torrent du sang berbère. Les Arabes ont mieux résisté en apparence ; il est probable qu’ils n’ont pas beaucoup mieux résisté en réalité. Leur langue est prépondérante et continue à s’étendre sous nos yeux ‘ ; mais la langue ne constitue pas la race : les Normands de Normandie, qui parlent français, ne sont pas tous de souche gallo-romaine ou française. Une autre cause d’erreur pour nous, c’est qu’on a pris l’habitude d’appeler Arabes tous les nomades algériens. Il y avait pourtant des nomades à l’époque de Salluste, et les Arabes, en ce temps-là, ne songeaient pas encore à envahir l’Afrique. Si quelques tribus paraissent avoir conservé, surtout dans le Sahara, le type arahe pur, elles sont clairsemées et peu nombreuses. En réalité, il n’y a plus en Algérie que des Berbères arabisés (2,900,000 environ) et des Arabes berbérisés (1 million). Quant aux Maures, aux Turcs, aux nègres, ils sont représentés par des échantillons sans importance numérique et tendent à s’effacer. Les Juifs seuls se maintiennent et s’accroissent, comme partout. Il est temps de considérer les indigènes algériens comme appartenant à une même race, mêlée d’apports très divers, mais persistant avec les mômes caractères à travers les âges. Comme aux temps les plus reculés, les indigènes, suivant leur distribution géographique, ont adopté une manière de vivre, des mœurs et des institutions assez différentes. La distinction essentielle à établir tout d’abord entre eux, c’est que les uns sont nomades et les autres sédentaires.

liC» Indigènes sédentaires : la Cirande-Kaby^lie.

— L’un des types les mieux conservés et les plus connus de la race berbère est celui des Kabyles. Ce petit peuple a été protégé contre toutes les invasions par ses montagnes du Djurdjura, dont les pics aigus, étincelants de neige en hiver, se profilent à quarante lieues à l’est d’Alger. Une làvgft percée que parcourt l’oued Sebaou divise le pays en deux massifs : l’un, maritime, a pour portDellys; l’autre, plus épais, s’appuie à la chaîne du Djurdjura proprement dit, qui se termine brusque-

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