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GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE DE LA TUNISIE

Situation, limites et superficie. — La Tunisie est comprise entre les 33® et 37® degrés de latitude nord, et les 5® et 9® degrés de longitude est.

Elle est bornée au nord et à l’est par la mer, au sud par le vilayet de Tripoli et par l’Algérie, à l’ouest par l’Algérie.

Elle a une superficie totale de 430 à 450 mille kilomètres carrés, soit le quart de la France, le tiers de l’Italie, le double de la Grèce.

liittoral : caps, gloires, îles. — La vaste étendue des côtes tunisiennes présente deux aspects différents; la partie septentrionale, depuis la frontière jusqu’au cap Bon, n’est que la prolongation de la grande ligne de falaises grises ou rougeâtres qui commence au détroit de Gibraltar et règne sur les rives des trois provinces algériennes. A partir du cap, et sur tout le versant oriental, la côte s*abaisse et ne présente plus guère que de basses plages sablonneuses qui s’enfoncent dans la mer par des pentes insensibles et obligent, sur presque tous les points, les navires à mouiller au large.

Les principaux caps sont, sur la partie septentrionale, les caps Negro et Serrât dans la riche région minière des Nefza et des Mogods; le cap Blanc ou Ras-el-Abiad à quelques kilomètres au nord de Bizèrte; \eRa^ Sidi-el-Mekki, près de Porto-Farina ; enfin le Ras-Addar ou cap Bon à l’extrémité de la presqu’île de ce nom. La côte orientale, qui offre des arêtes beaucoup moins vives, est marquée par le Ras-Maamoura près de Nebel, par le cap Rimas entre Monastir et Mebdiah, et par le Ras-Caboudia entre Mehdia et Sfax.

Trois golfes principaux échancrent les rivages de la Régence, savoir : le golfe de Tunis au nord, et ceux de Hammamet et de Gahès ou petite Sgrte à l’est.

Les îles principales sont l’île de Tabarka, importante par sa situation en face de la riche et montagneuse contrée des Khroumirs ; l’archipel volcanique de La Galite, sur lequel doit s’élever, dans quelque temps, un des phares les plus puissants que présentera l’Afrique du Nord, de Gibraltar à Port-Saïd ; l’ile Plane, en face du cap Sidi-el-Mekki, sur laquelle un phare est actuellement en construction; puis, sur le versant oriental, les îles Kouriat, à 18 kilomètres de Monastir; les Kerkenna, en face de Sfax, grandes îles bien cultivées dont les deux principales étaient réunies au temps des Romains par un pont d’un kilomètre, aujourd’hui ruiné, et sur les rives desquelles, maintenant comme autrefois, sont établies des pêcheries importantes de poulpes, d’éponges et de thons; enfin, tout au sud de la Régence, la grande île de Djerba, la « terre des Lotophages » de VOdyssée, peuplée de quarante mille âmes et qui n’est « tout entière qu’une vaste forêt de dattiers, abritant elle-même des vergers d’une merveilleuse richesse. Les oliviers y atteignent des dimensions inconnues, même dans le Sahel. La vigne, le pêcher, l’amandier, le figuier, le caroubier, l’oranger, le citronnier y prospèrent également * ».

Relier général €lu sol : les montagnes. — Le système orographique de l’Algérie se continue en Tunisie, mais en s’altérant d’une manière d’autant plus sensible qu’on s’approche davantage de la mer. On y trouve, comme dans nos trois provinces, un massif méditerranéen et un massif saharien de montagnes; au sud du premier, la zone des landes; au sud du second, la zone des oasis. La première chaîne remplit de ses ramifications, parfois assez élevées, tout le territoire au nord de la Medjerda et se termine au cap Sidi-el-Mekki; la deuxième envoie un rameau, à travers la Régence, jusqu’au fond de la presqu’île du cap Bon, et une série de branches moindres, formant des entrelacements compliqués, remplissent toute la région méridionale jusqu’au bord des chotts.

Régime des eaux ; les cours d’eau. — Au fond de la grande vallée qui sépare ces deux chaînes coule la Medjerda, l’ancien Makaras ou Bagrada, le fleuve le plus considérable,

4 . Ch. Tissot, Géographie comparée de la province romaine d’ Afrique t. I, ch. II.

LA TUNISIK

après le Nil, de l’Afrique méditerranéenne. Il se compose de la réunion de deux ruisseaux, dont l’un prend sa source près des ruines de Khemissa, l’autre, dans le voisinage de Tebessa en Algérie. Elle roule du sud-ouest au nord-est et traverse toute la Régence, arrosant de ses flots tranquilles un vaste bassin, l’un des territoires les plus féconds de toute la Tunisie. Dans ses eaux d’un vert glauque se reflètent des quantités de tamaris et de lauriers-roses. Sur plusieurs points elle est endiguée et sert à l’arrosage des champs voisins. Dans la saison des pluies, elle est sujette à des crues subites qui lui font ronger ses rives et recouvrir au loin la campagne ; une partie du limon qu’elle entraîne alors va se déposer à son embouchure dans le vaste estuaire de Porto-Farina, près du cap Sidi-el-Mekki, petit golfe dont la pente et les bords ont maintes fois changé depuis l’antiquité.

A part Voued Méliane, qui sort des massifs montagneux du centre de la Régence pour se jeter près de Radès, dans le golfe de Tunis, le reste des rivières tunisiennes, ou bien ne va pas jusqu’à la mer et se perd dans les vastes lacs ou marais de l’intérieur, ou bien ne consiste en réalité qu’en torrents à sec une partie de Tannée. Ceux-ci sont fort nombreux et on les voit Thiver, sur tout le pourtour des côtes, envoyer à la mer leurs eaux pour un moment bruissantes et tumultueuses.

lies lacs et chotts. — Les marais ou lacs salés dont une partie des ruisseaux de l’intérieur sont tributaires se présentent en assez grande quantité principalement dans le voisinage des côtes. Sans parler des lacs nombreux qui communiquent directement avec la mer, tel que le lac de Bizerte qui, avec ses dix mètres de profondeur et ses 160 kilomètres carrés de superficie, pourrait devenir le plus beau port de la Méditerranée; le Garel-Mellah ou lac de Porto-Farina, le lac El-Bahira ou lac de Tunis, qui sépare cette ville de La Goulette, il faut citer les marais appelés Sebkha Sidi-el-Hani, Sebkha Melah et Sebkha Mokenine, dont on retire du sel en abondance et qui sont affermés à cet effet par le gouvernement. Mais les plus intéressants de ces marais sont les vastes dépressions aqueuses qu’offre le sud de la Régence et qui sont désignées sous le nom de chotts. Les chotts Fejej, Djerid et Bharsa en Tunisie, le chott Melghirh en Algérie forment, depuis le golfe de Gabès jusqu’au fond de la

4. Ces deux derniers sont au-dessous du niveau de la mer. Un vaste projet émanant du commandant Roudaire, repris par le commandant Landas, consisterait à remplir d’eau de mer le bassin où se trouve ladite

province de Constantine, une sorte de barrière marécageuse interrompue sur un très petit nombre de points et dont la traversée est fort dangereuse. 'Quelques gués connus des Arabes permettent de les franchir, mais on ne peut jamais le faire sans prendre de grandes précautions. M. Ch. Tissot, ancien ambassadeur, raconte ainsi l’expérience qu’il eut, étant élèveconsul, de cette traversée ;

« Nous quittâmes Dgach pour descendre vers le chott dont la surface unie brille à l’horizon comme un lac de plomb fondu. Pendant une demi-heure nous traversons une plaine vaseuse, entrecoupée de bouquets de tamaris, de palmiers nains et de hautes herbes. Peu à peu les broussailles deviennent plus rares; bientôt toute végétation disparaît et les efflorescences salines qui recouvrent le sol sablonneux nous apprennent que nous avons dépassé la limite des hautes eaux de la Sebkha. Là commence le danger. Un cavalier merzougui, familiarisé avec les fondrières du lac, prend la tête de la colonne, en nous recommandant de mettre nos pas dans ses pas...

« Aux vases mélangées de sel que nous avons traversées, succède bientôt une croûte saline de plus en plus épaisse, dure et transparente comme du verre de bouteille et résonnant à certains endroits sous les pieds de nos montures comme le sol de la Solfatara de Naples. Un puits béant dont l’ouverture montre une eau verte et profonde nous permet de nous rendre compte de ce singulier terrain : la croûte sur laquelle nous cheminons n’a qu’une épaisseur de quelques pouces et recouvre un abîme que nous essayons en vain de sonder. Un sac à balles, qui nous sert de sonde, disparaît avec toutes les cordes que nous ajoutons bout à bout, sans que nous trouvions le fond.

« Une crevasse que nous rencontrons un peu plus loin sur notre droite ne contient que quatre ou cinq pieds d’eau : mais au-dessous de cette nappe liquide dorment ces sables mouvants si redoutés dans le pays et que la tradition assigne comme tombeau à tant de caravanes... ‘ »

Le gué dont ce fragment de description peut donner quelque idée a 45 kilomètres de long.

Climat, température, saisons. — Le climat de la Tunisie, bien que marqué par des chaleurs assez élevées durant certains jours de l’été, appartient cependant à la zone

dépression, par le moyen d’un canal de 470 kilomètres de long, qui partirait de Gabès. (Le canal de Suez a 460 kilomètres.)

4. Ch. Tissot, Géographie comparée de la province romaine d’Afrique.

LA TUNISIIÎ

tempérée. La moyenne de la température, à Sousse, est de

36° pendant la saison chaude, de 16° pendant la saison des pluies, et de 24° pour toute l’année. A Mehdia, le thermomètre ne dépasse presque jamais -|- 34°. Les vents du nord et du nord-est, qui régnent pendant une partie de l’été, atténuent grandement la chaleur du jour; la fraîcheur relative des nuits, même à Tunis, est de plus, pour le corps, un repos dont on ne jouit guère dans beaucoup de capitales européennes. Un jeune Français, né à Tunis, et qui passait pour la première fois la Méditerranée, nous disait, il y a un an, que l’été parisien, assez rude, il est vrai, cette année-là, lui paraissait plus dur à supporter que celui de Tunis, et qu’il lui tardait de retourner dans son pays pour n’avoir plus à endurer des nuits semblables aux jours par leur étouffante chaleur.

Les saisons se succèdent régulièrement, mais avec des durées différentes de celles qui nous sont familières. Le printemps commence avec le mois d’avril et finit avec mai, l’été dure jusqu’en octobre; l’hiver, qui n’est rien que la saison des pluies et des boues, et pendant lequel on ne voit jamais tomber la neige, remplit seulement les deux mois de janvier et de février. C’est la saison pendant laquelle la Tunisie est le plus verte ; en avril et en mai, la verdure disparaît littéralement sous les fleurs. Plus tard, le soleil fait son œuvre, et partout où il n’est pas possible d’arroser, la terre rougeâtre reparaît parmi les tiges desséchées des plantes.

Salubrité. — Le climat est généralement sain; il est particulièrement salutaire pour les personnes faibles de la poitrine, et on peut déjà prévoir le temps où, les installations devenant plus confortables, les malades y viendront passer la fin de l’hiver et les mois de printemps. Quelques points de la Régence sont fiévreux, mais ces localités sont peu nombreuses et bien connues; il est facile, par conséquent, de ne pas s’exposer à leurs inconvénients. Les fièvres typhoïdes, qui n’ont fait que trop de ravages parmi nos troupes dans les premiers mois de l’occupation, venaient, comme on l’a déjà dit, beaucoup plus de fatigues inaccoutumées, imposées à des soldats jeunes et imparfaitement aguerris, que de l’insalubrité du pays. Aujourd’hui que nos bataillons sont régulièrement cantonnés et n’ont pas à subir de fatigues exceptionnelles, la moyenne des mala^ dies est inférieure à celle de la France.

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