CHAPITRE II
LES HABITANTS
CliilTrc total de la population. — Aucun recensement sérieux de la population tunisienne n’a jamais été fait. Les géographes et les voyageurs semblent en avoir généralement exagéré le chiffre; elle ne dépasse certainement pas treize à quatorze cent mille âmes, soit dix habitants environ par kilomètre carré. Au xviii® siècle, cette population était de près de cinq millions ; elle avait été deux ou trois fois plus considérable encore dans l’antiquité. La comparaison de ces chiffres donne une idée du degré de culture que le sol de la Tunisie peut atteindre. Si cette terre, tout en approvisionnant les marchés de Rome, a pu nourrir dix fois autant d’habitants que ses limites en renferment aujourd’hui, on voit quels débouchés elle pourrait assurer durant de longues années à l’émigration française.
Population éti’aug;ère européenne. — Outre les Arabes et les Berbères, la population de la Régence comprend 57 000 sujets ou protégés européens qui se subdivisent à peu près ainsi :
Français . 10 030 *
Protégés français, inusulmans oujuifs algériens 22 830
Italiens (principalement Siciliens) . 12 000
Maltais (sujets anglais) . 10 700
Allemands . 200
Grecs . 400
Espagnols. . 430
Portugais . 20
Divers (enviroji). . 300
1. Rapport de M. Ribot, ministre dos Affaires étrangères, à M. le Président de la République : Situation de la Tunisie en 1891, datée du 15 janvier 1892. il y a 4 832 Français dans la ville de Tunis, 913 dans le contrôle de Tunis, etc. — Les chiffres qui suivent, sauf celui de nos protégés algériens ne se trouvent point dans ce rapport : ils sont empruntés à des statistiques plus anciennes et, pour aujourd’hui, doivent être considérés comme approximatifs. — Ce Rapport ainsi que le Rapport sur la Tunisie de 1881 à 1890 ont été insérés à l’Officiel du 30 avril 1892.
Population françai«$e. — L’accroissement de la population française depuis l’occupation de la Régence a été assez sensible, et ce mouvement ne peut que s’accentuer, car il s’est produit en dehors de tout encouragement officiel : l’État en effet n’accorde pour la Tunisie ni passages, ni concessions gratuites. Cependant un essai de recensement en 1886 n’avait donné qu’environ 3 500 Français : on voit qu’en cinq ans la colonie française a presque triplé. Le courant d’émigration amène en Tunisie près de 1 300 Français par an. De plus, sur les 10 030 Français, près de 2 000 sont nés en Tunisie. « L’examen des registres de la municipalité et du vice-consulat de France à Tunis atteste que le chiffre des naissances dépasse notablement celui des décès dans la population française. Pendant l’année 1890 le premier a été de 3,68 pour 100, tandis que le second n’était que de 2,55. Cette constatation permet de bien augurer d’une colonie où l’acclimatation de la race française s’accomplit aussi aisément ’ . »
La masse des immigrants français se compose surtout de petits commerçants et d’employés, de représentants de commerce, d’ouvriers appartenant à des industries diverses, et en particulier à celles qui se rattachent à la construction, enfin d’une notable quantité d’agriculteurs, surtout de vignerons. Dans plusieurs localités, ils ont été appelés avec leurs familles par les propriétaires de terres à vignes ; ils sont généralement originaires du Midi ; mais quelques-uns viennent de la Bour- . gogne, et ils paraissent s’acclimater.
Ijcs Maltais. — Les Maltais, dont le nombre s’accroît également de jour en jour, réussissent bien dans la Régence. Très sobres, très économes, très laborieux, ils se livrent avec ardeur à une foule de métiers pénibles. Ils sont maçons, terrassiers, jardiniers, cochers. La corporation des cochers de Tunis est presque uniquement composée de Maltais. Les voitures sont exécrables, les chevaux semblent de vieilles haridelles, le cocher est en loques. N’importe; s’il vous plaît d’aller, par un pays sans routes, de Tunis à Sousse ou à Kérouan, vous pouvez héler l’un quelconque de ces affreux véhicules. Il vous mènera très bien et très vite où vous voudrez, et vous accomplirez vos 130 ou 160 kilomètres à travers les champs ou les sables, les oueds desséchés et les collines rocailleuses sans que la voiture verse ou se brise ni que l’attelage ou son conducteur demande