‹ La France colonialeChapitre 29 sur 180 · Même rapport, [Situation de la Tunisie en · texte numérisé non relu

Même rapport, [Situation de la Tunisie en

grâce. La langue des Maltais, qui est comme leur sang fortement mélangée d’arabe, leur permet de se faire comprendre partout et d’ètre comme chez eux en Tunisie. Des villages composés uniquement de Maltais, appelés exprès pour se livrer à la culture, sont en voie de formation sur le vaste domaine français de l’Enfida, D’un caractère fort pieux, ils considèrent que leur représentant est moins leur consul, un Anglais protestant, que l’archevêque de leur religion : or, cet archevêque est un Français et un très bon Français : Son Eminence le cardinal Lavigerie. Par ce lien de la religion ils nous sont étroitement attachés.

lies Israélites. — L’installation des Israélites dans la Régence remonte au premier siècle de notre ère; dès cette époque « on n’aurait pas trouvé dans l’empire romain une seule ville digne de ce nom où n’habitassent quelques familles juives ‘». Elles s’étaient établies notamment en Afrique, en Espagne et dans les îles de la Méditerranée. Elles se multiplièrent grandement sous la domination arabe. Sans les aimer ni même s’abstenir de les persécuter, les musulmans se trouvèrent pour eux des maîtres plus doux, pendant le moyen âge, que les chrétiens. Le décret portant expulsion des Juifs d’Espagne, signé le 31 mars 1492, par Ferdinand et Isabelle, dans l’Alhambra nouvellement conquise, fut le point de départ d’un accroissement rapide des colonies juives dans les pays islamiques. On compte aujourd’hui 50 000 Israélites dans la Régence. Il y en a 26 000 à Tunis, 1 000 à Sousse, 5 000 à Sfax, 2 000 dans la région de Gabès , 7 500 à Djerba. Des règlements beylikaux qui ne sont point formellement abolis, mais qui tombent en désuétude et dont aucune autorité n’exige plus l’observation, contraignaient les Juifs de la Régence à porter un turban noir pour qu’aucune confusion ne fût possible entre eux et les vrais croyants. Ce ne sont plus que quelques vieux qui continuent à porter ce costume des jours d’opprobre, les autres ont le costume maure ou le costume européen, toujours avec la chéchia rouge. Sur l’avenue de la Marine on peut voir les jeunes Juifs habillés à la dernière mode de France (sauf la chéchia), le stick à la main, le lorgnon à l’œil. L’élément le plus pittoresque de Tunis, c’est le costume national des Juives : babouches ou escarpins, bas de soie ou de coton, pantalon ou maillot collant, pas de robe, une veste de velours soutachée d’or, une chemisette de gaze laissant les hras nus, grand haïk de soie blanche,

i. Tliéodor (.Reinacli, Histoire des Juifs.

LA lUNISlE

bonnet conique d’étofte d’or, en forme de corne, des couleurs vives, contrastantes, parfois criardes : une fête pour les yeux.

Les Juifs, dans les villes, sont orfèvres, banquiers, changeurs, brodeurs, etc. On peut évaluer à 4 000 le nombre des producteurs Israélites. Plus d’un millier sont nomades où agriculteurs. Les Israélites sont fort intelligents, avides d’instruction, et les écoles fondées parmi eux permettent d’espérer pour l’avenir une sorte de régénération de leur race en Tunisie.

I^es Berbères, Arabes et Maures. — Les Arabes et les Berbères présentent les mêmes caractères généraux qu’en Algérie, sauf ce point important qu’étant d’un sang plus mêlé, ils sont moins guerriers et plus civilisables. Tout du long de leur histoire, les habitants de la Régence se sont piqués de littérature et de philosophie; ils ont eu des poètes et des artistes à Tunis, des théologiens à Kérouan; ils ont su mieux construire, mieux décorer, mieux broder, mieux écrire que leurs voisins de Constantine et de Tripoli. Il leur en reste quelque chose à l’heure actuelle ; les autres Arabes sont à leurs yeux des barbares; s’ils ont beaucoup oublié, ils restent parfaitement susceptibles de se ressouvenir et d’apprendre. Chez eux, les sectes religieuses les plus strictes, ces sortes de sociétés secrètes si dangereuses du monde musulman, ne comptent pas beaucoup d’adhérents. Ils sont d’un naturel plus accommodant et savent supporter ce qu’ils ne peuvent empêcher; ils sont tidjania ou madanis plutôt que snoussids. Dans toutes les é«oles qui leur ont été ouvertes, ils ont fait des progrès extraordinaires ; mais la plus utile de toutes leur manque encore, c’est une école d’arts et métiers indigène.

Les habitants des villes, appelés communément les Maures, « sont généralement des gens laborieux, intelligents, alertes; ils cultivent l’industrie avec succès et les produits de leur fabrication, vêtements, étoffes de luxe, armes, sellerie, essences, jouissent d’une réputation méritée, non seulement dans la Berbérie, mais jusque dans la Nigritie, avec laquelle Tunis entretenait jadis un commerce actif ‘ ®. Bien que le grand commerce transsaharien ne se fasse plus avec Tunis, et que les oasis de Ghadamès et de Rhat, qui jadis relevaient du « royaume de Thunes », s’en trouvent aujourd’hui détachées, les produits de la Régence continuent cependant d’être recherchés par les tribus errantes du Grand Désert, et on les trouve en faveur jusque dans la région du lac Tchad.

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