Le Toukouro avait été annexé en 1882 aux États de Samory
comme commandant supérieur, de continuer les opérations contre Samory. Il le défit en plusieurs rencontres, traversa son royaume de l’ouest à l’est, détruisit ses principales bandes, parvint à le rejeter assez loin dans l’ouest pour que les secours de Sierra-Leone ne pussent plus lui arriver et relia le Soudan à la mer en ouvrant une route des sources du Niger à Benty. — Au mois de décembre 1893 le lieutenant-colonel Bonnier, avant de marcher sur Tombouctou^ se porta de nouveau contre Samory qui, abandonnant ses anciens États, était remonté dans le nord pour essayer de se tailler un nouveau royaume aux dépens de Bemba, successeur de Tiéba. Samory, surpris, ne nous échappa que par miracle au milieu d’une grêle de balles qui tuèrent ses fidèles autour de lui. Il ne dut son salut qu’à la fatigue des chevaux de nos spahis lancés à sa poursuite.
A ce moment la puissance de Samory paraissait réduite à bien peu de chose; mais il a su profiter du nouveau régime auquel a été soumis le Soudan.
Des pourparlers avec le gouverneur civif qui a succédé au lieutenant-colonel Bonnier n’ont abouti Jusqu’à présent, au bout de plus d’un an, qu’à lui permettre de reprendre des forces, et nous devons nous attendre à de nouvelles difficultés avec ce dangereux voisin.
La. convention angrlo-française du 5 août 1890. —
Pendant que s’accomplissaient au Soudan ces merveilleuses campagnes, les plans d’extension indéfinie en Afrique étaient compromis. Au moment où nous nous assurions la possession du Niger supérieur, nous perdions définitivement le cours inférieur du grand fleuve.
Les Anglais, qui avaient négligé le bas Niger depuis l’expédition de Baillie (en 1856), y reparurent après 1870. Plusieurs maisons anglaises s’y établirent, mais la concurrence qu’elles s’y faisaient les menaçait d’une ruine commune. En 1879, elles se fondirent en une seule société, V United African Company. Le terrain lui fut disputé, dès 1880, par la Société française de l'Afrique équatoriale., fondée par le comte de Sémellé*, et la Compagnie du Sénégal; leurs agents remontèrent le bas Niger jusqu’aux cataractes et explorèrent son affluent laBénoué. Elles luttaient vaillamment contre les Anglais, ayant 32 comptoirs
1. H. Schirmer, ia France et les voies de pénétration au Soudan, avec carte, dans les Annales de Géographie du 15 octobre 1891. Paris, Armand Colin et G‘*.
contre 34, des vapeurs mieux construits et de nombreuses marchandises. La Grande-Bretagne et le gouverneur anglais de Lagos soutinrent énergiquement leurs nationaux; la France, malgré les avertissements des hommes compétents ne sut pas faire les sacrifices nécessaires ; elle allait y perdre un empire. En 1884, les deux Compagnies françaises, hors d’état de soutenir la concurrence, vendirent leurs comptoirs à la Compagnie anglaise. Celle-ci se fit décerner en 1886 une charte royale, et, dès le 18 octobre 1887, le gouvernement britannique notifiait officiellement son protectorat « sur les territoires possédés par la Compagnie royale du Niger ».
Lorsque l’Angleterre, après avoir réglé par la convention du l®*" juillet 1890 ses litiges africains avec l’Allemagne, entra en arrangement avec nous, la situation se trouvait déjà si défavorablement modifiée pour nous sur le bas Niger que nous fûmes contraints d’abandonner une des meilleures régions du Soudan. La convention anglo-française du 5 août 1890 règle deux ordres de questions : questions de Madagascar et Zanzibar, sur lesquelles nous reviendrons plus loin questions relavives au Soudan. Sur ces dernières il faut citer la déclaration anglaise ; « Le gouvernement de Sa Majesté britannique reconnaît la zone d’influence de la France au sud de ses possessions méditerranéennes jusqu’à une ligne de Say, sur le Niger, à Bavrua, sur le lac Tchad, tracée de façon à comprendre dans la zone d’action de la Compagnie du Niger tout ce qui appartient équitablement au royaume de Sokoto, la ligne restant à déterminer par des commissaires à désigner. . . Les commissaires auront également pour mission de déterminer la zone d’influence respective des deux pays dans la région qui s’étend à l’ouest et au sud du moyen et du bas Niger. »
Ainsi nous laissions à l’Angleterre tout le pays situé entre le Bornou et le Niger, c’est-à-dire le groupe de royaumes qu’on appelle habituellement les États fiaoussas. Nous acceptions que, sur le cours du grand fleuve, la limite de nos protectorats fût marquée à Say (ou Saï), tandis que la limite naturelle des deux influences rivales est aux cataractes de Boussa (Boussa, en langue haoussa, veut dire cataractes), au point où le Niger cesse d’ètre navigable. Ce qui est laissé à la France c’est d’abord le Sahara méridional, un désert; au nord et à l’ouest du lac Tchad, des régions inconnues, des steppes arides, un avant-
-1. Voyez Ed. Viard, Au Bas Niger.