Voyez lo clinpitrc sur Ma J:rj:sca
désert, Zinder, le Damerghou, le Maradé, le Gober ; cniin la courbe du Niger de Tombouctou à Say, c’est-à-dire les rives d’un fleuve pressé entre deux zones désertiques. La Compagnie anglaise et son suzerain le gouvernement britannique appliquaient largement, comme on le voit, la théorie nouvelle de y hinterland, puisqu’ils revendiquaient, comme dépendances de quelques comptoirs au delta du Niger et sur la Bénoué, tout l’empire de Sokoto, le Noupé, le Bornou, avec Kouka sur le lac Tchad. Ils ont allégué qu’ils s’étaient avancés jusqu’à Say pendant que nous n’avancions que jusqu’à Tombouctou, et qu’ils avaient déjà passé des traités avec le Sokoto. Ces allégations étaient dénuées de fondement ; le 4 février 1889 l’émir de Noupé, informé par les Allemands que les Anglais prétendaient à un protectorat sur ses Etats, fit venir les deux agents de la Compagnie britannique, W. Wallace et T. Robinson, leur fit une scène terrible, qui mit leur vie même en danger, et leur signifia qu’il n’avait jamais reconnu ce protectorat, qu’il avait seul le droit de percevoir des douanes et que le commerce dans ses Etats était ouvert à toutes les nations européennes. D’autre part, le sultan de Sokoto déclarait à l’Allemand Standinger qu’une ambassade anglaise était venue le voir et avait voulu acquérir de la terre et qu’il avait « refusé net ». En 1889, non seulement les Anglais n’avaient pas de poste à Say, mais ils n’en occupaient pas un seul au nord du confluent avec la Bénoué. Comment auraient-ils pu, avec 70 Européens civils ou militaires et 500 mercenaires haoussas, dominer une si vaste région dont ils n’avaient exploré qu’une si faible partie? Quelle comparaison établir entre leurs quelques comptoirs précaires et le puissant établissement militaire que nous avons sur le haut Niger, tant de marches victorieuses, tant de traités réguliers, surtout le consentement de tant de peuplades à notre protectorat? Les Anglais sont si peu sûrs de leurs droit qu’en octobre 1890 ils ont fait obstacle aux explorations du lieutenant de vaisseau Mizon, et peut-être ne furent-ils pas étrangers au guet-apens où il fut grièvement blessé par des indigènes. C’est sur des affirmations aussi peu fondées, mais audacieusement soutenues, qu’a été arrêtée la convention du 5 août. On a pu dire qu’elle avait donné à la France le droit de « régler la question touareg » , et lord Salisbury a pu égayer ses auditeurs britanniques en qualifiant d’ « un peu légères » les terres qu’il avait abandonnées aux Français : en réalité des sables*. En
1. Schirmer, La France et les voies de pénétration au Soudan (dans les Annales de Géographie, IS octobre 1891).
4892, les agents de la Compagnie anglaise ont été expulsés du Bornou. En mai de cette même année, ils ont dû faire campagne contre les Egbas et les Jébus ou Yébous qui ruinaient le commerce britannique en interceptant les caravanes descendant de Yoruba à Lagos.
Mission du capitaine Bins;cr. — Ce cadre où la convention de 1890 a circonscrit l’influence française est encore très vaste. On a essayé de le remplir non seulement par des conquêtes, mais par des explorations pacifiques ou armées. Les unes sont parties de notre Soudan, les autres du bas Niger ou du Congo. On trouvera plus loin l’exposé de ces dernières*.
En 1887, le lieutenant (depuis capitaine) Binger était parti de Bammako, accompagné seulement de deux serviteurs indigènes et de quelques porteurs ou convoyeurs. Il était entré dans les Etats de Samory, alors en paix avec nous. Samory le fit retenir longtemps à Ouolosébougou, pendant que lui-même était occupé au siège de Sikasso.
Samory finit par recevoir M. Binger à son camp sous Sikasso. Il voulut l’empêcher de poursuivre son voyage; le capitaine réussit à se dérober par une marche de nuit, passa le Bagoé sur un pont de branchages, retrouvant partout sur son chemin, dans toute la zone d’influence de l’almamy, les villages dévastés et pleins de cadavres, les populations mourant de faim et le pays désert. 11 visita ensuite plusieurs régions, entre autres celles du Niéniédougou, des M'Boing, des Karaboko. Il entra dans Kong (10 février 1888), capitale du pays de Kong, une importante ville de commerce, et y fut bien accueilli par le chef de ce pays, Karamokho-Oulé-Ouattara. Puis il visita une partie du Mossi : à Banéma, il fut l’hôte du futur roi des rois Bocary ou Bakary; à Onagaddougou, il fut reçu par le roi des rois Sanoum, mais ne put obtenir de celui-ci ni la signature d’un traité de protectorat, ni le droit de continuer au nord son voyage, pour visiter Mnni, le grand marché du Mossi, ou le pays de Yatenga. k\oYs il traversa le Gourounsi, le Mampoursi, le Dagomba, le Gondja, le pays des Diammou etLigouy, les Etals d’Ardjoumani, roi du Bondoukoii. Il revient à Kong le 15 janvier 1889. Il s’y retrouva avec un autre explorateur français, Treich-Laplène, venu à sa rencontre de Grand-Bassam et qui avait fait reconnaître le protectorat français par le roi du Bondoukou (décembre 1888). M. Binger fit reconnaître le protectorat par les États de Kong (traité du 10 janvier 1889), par
■1. Voyez ci dessous, Ouest Africain.
ceux du Djimini (30 janvier) et par le royaume d’Anno. Puis, par les bords de la rivière Comoé, soit à pied, soit en pirogue, très éprouvé par la fatigue et les fièvres, il rejoignit avec ses compagnons Grand-Bassam en mars 1890. Dans cet immense parcours de 4 000 kilomètres, il n’avait rencontré que sur deux ou trois points des tribus pillardes et hostiles ou des chefs malveillants ; le plus souvent il avait trouvé des populations paisibles, hospitalières, où il fut accueilli, secouru, soigné. Partout il avait donné une grande idée du courage et de la puissance des Français, fait constater la supériorité de nos produits sur ceux de l’Angleterre et de l’Allemagne, noué des relations d’hospitalité, de commerce et de politique. En outre, il rapportait une masse énorme de renseignements sur la géographie, les productions, les centres d’industrie et de commerce, l’histoire, les langues. En un mot, il nous a révélé ces contrées qui allaient entrer dans notre zoned’influence reconnue parl’Europe.
lie !>' Crozat dans le Mossi. — Le D‘’ Grozat, escorté de deux tirailleurs, de deux spahis; d’un interprète et de quelques porteurs, sortit de Sikasso, capitale du roi Tiéba, le 1®'' août 1890.
Les instructions que lui avait remises le capitaine Quiquandon lui prescrivaient de se rendre auprès du souverain du Mossi, afin de nouer avec lui des relations amicales, et, sur sa route, de chercher à établir ou consolider notre influence auprès des chefs indigènes ; enfin de recueillir des renseignements de tout ordre. Il traversa les tribus des Sénophos, Sambeîaws, Tousia, Bobo, qui paraissent aborigènes et qui sont subordonnées à une aristocratie conquérante, à des Bambaras et à des Marckas et traités par eux en captifs, sauf qu’on ne les vend pas. Ces indigènes sont misérables et vont à peu près nus. Les principales difficultés que rencontra l’explorateur lui vinrent de la classe conquérante ; marabouts, almamys ou chefs, sofas ou guerriers, diulas ou marchands : non parce qu’ils sont musulmans, mais parce qu’ils sont trèshostiles au roi Tiéba et que quiconque venait de son pays leur semblait suspect. « A peu près nulle part, nous dit M. Crozat, je ne suis arrivé en ami, mais à peu près de partout j’ai eu la bonne fortune de partir en ami. »
Il parvint enfin dans le pays mossi. Les Mossis, tout aussi nus et misérables que leurs voisins de l’Ouest, sont également soumis à une race conquérante. Le premier naba ou roi du Mossi, d’après la légende, aurait eu 333 fils; en conséquence le pays serait partagé en 333 royaumes. Au-dessus de tous s’élève
Lk FRANCE COLONfALR
le naba-ouho, « éléphant des rois », roi dea rom, qui trône dans Ouagaddoiigou.
Le naba-ouho était alors ce même Bocary que M. Binger avait connu simple naba, et par lequel il avait été cordialement accueilli. Il se montra moins familier avec le docteur. Le roi des rois du Mossi, quoiqu’il n’ait pour ainsi dire pas d’armée, Est assez redouté pour que le pays, de mémoire d’homme, n’ait jamais été envahi; les indigènes croient qu’il possède des grigris redoutables dont la vertu magique disperserait les envahisseurs. Ce prestige ne se maintient qu’à l’aide d’une étiquette fort rigoureuse, qui tint d’abord M. Grozat à distance. Il ne reçut qu’une audience très courte, le 19 septembre, en présence des courtisans prosternés devant leur prince. Il ne put que remettre ses présents; il lui fut impossible de parler affaires. Il sut cependant que le prince était enchanté des cadeaux, surtout de certain manteau rouge et d’un sac d’écus.
Les marabouts, d’accord avec les féticheurs, travaillaient l’esprit du roi : ils lui rappelaient que les blancs jettent des sorts et que son oncle et prédécesseur était mort peu de temps après la visite du capitaine Binger. Ils invoquaient des raisons politiques : « Les blancs procèdent toujours de même; il en vient un d’abord, et si celui-ci est bien accueilli, ils arrivent en foule ; et où ils sont installés il n’y a plus de chefs noirs : ce sont eux qui commandent. » Ils faisaient remarquer qu’il n’avait pas plu depuis l’arrivée du docteur. « Si tu peux faire pleuvoir, disait à M. Grozat la princesse royale Baouré, qu’il avait intéressée au succès de sa mission, tu feras bien de le faire. » Une seconde audience fut aussi brève : le roi était couvert de grigris et d’amulettes, et un féticheur, placé tout près de l’envoyé, ne cessait d’en agiter. Le 29 septembre eut lieu l’audience de congé, et le jour même un émissaire du roi vint dire au docteur :
« Le naba déclare faire alliance et amitié avec les Français. Ta venue à Ouagaddougou lui a fait plaisir. Avec plaisir également il verra d’autres Français venir ici, à condition qu’ils ne soient ])as trop nombreux... De même le naba enverra des gens du Mossi dans vos possessions... Surtout n’oublie pas que le naba aime beaucoup l’argent. » Ge fut sous cette forme un peu sommaire, mais parfaitement valable au point de vue du droit international européen en Afrique, que fut conclu le traité d’amitié, d’alliance et de commerce entre la Uépiiblique française et le roi des rois du Mossi.
Par ce traité nous touchons presque à la limite que la convention anglo-française de 1890 a fixée de ce côté à notre zone
d’infTiience. En efTet, le Mossi confine presque au Niger et se trouve à la hauteur de Say. Le D'' Crozat rentrait à Sikasso le 20 novembre, après avoir parcouru 1 470 kilomètres, tant à l’aller qu’au retour L
Aiitrcü» miss»ion!>i an Soudan français. — Le capitaine Monteil a été chargé d’une autre mission, qui, pariS'ouro, qu’il atteignit le 2 mars 1891, puis par Bobo-Dioulasso et Ouagaddougou, devait le conduire à Say sur le Niger — En 1891, M. de Beckmann a été chargé d’une nouvelle mission dans le Fouta-Djallon ; le commandant Marmier a commencé les études pour le prolongement de la vole ferrée de Bafoulabé à Bammako ; elles ont été terminées l’année suivante par le commandant Joffre ; le capitaine Ménard, au cours d’une exploration dans la boucle du Niger, fut tué le 4 février 1892, près de Ségucia, forteresse samoryste®, au moment où, de concert avec le roi Fakourou-Denba, il faisait le siège de cette place.
Itcmiltats généraux. — Comme nous l’avons dit, après la campagne du lieutenant-colonel Humbert, le colonel Archinard retourna au Soudan comme commandant supérieur (1892-1893). Pendant que le lieutenant-colonel Combes continuait la lutte contre Samory sur les confins de la colonie anglaise de Sierra-Leone et de la République de Liberia, le colonel, après avoir complété l’organisation administrative du Soudan, établissait notre protectorat réel sur le Macina et, pacifiant la province du Minianka, reculait nos frontières jusqu’aux anciens États de Tiéba où régnait alors un de ses frères, Bemba.
Enfin le lieutenant-colonel Bonnier, commandant supérieur intérimaire, infligeait un nouvel échec à Samory et, se retournant vers le nord, occupait Tombouctou où les canonnières du Niger l’avait devancé; il réalisait ainsi pour la France le rêve caressé autrefois par Faidherbe.
L’enseigne de vaisseau Aube avait été tué à Kabara avant l’arrivée de Bonnier, qui lui-même tombait peu après (15 janvier 1894) sous les coups des Touareg qu’il poursuivait. 11
1. Le rapport du D' Crozat a été publié au Journal officiel dans les numéros du 5 au 9 octobre 1891.
2. Voyez au chapitre Ouest Africain le résultat de cette mission à Say et au delà du Niger.