Voyez ci-dessus, pages
2. Voyez ci-dessus, page 237, pour la partie de ces conventions qui concerne le haut Niger.
3. La convention n’est pas très claire : il s’agit sans doute de la branche orientale de la Volta ou Volta Blanche.
FRANCE COtCNIALE,
La végétation s’étend jusqu’à la mer; elle n’en est séparée que par une étroite bande de sable, sur laquelle déferle incessamment une vague énorme, fin de la grande houle qui agite l’Atlantique. C’est la barre, qui semble opposer une barrière infranchissable au nouvel arrivant; et de fait, pendant la saison des pluies, d’avril à juillet, cette barre rend presque impossible les communications entre la terre et les navires. Spécialement à l’embouchure des rivières, la barre atteint une grande hauteur; aussi les navires n’entrent-ils que très rarement dans les rivières, opération longue et dangereuse qui exige un très beau temps, un vent favorable et des sondages répétés. Les navires mouillent au large, assez loin de terre, et communiquent avec les factoreries établies sur le rivage au moyen de baleinières montées par dix vigoureux pagayeurs. Ceux-ci, grâce à leur profonde expérience de la barre, savent profiter du moment favorable, et passent à travers les brisants. Le chiffre des pertes éprouvées dans ce passage dangereux est évalué par les factoreries à 5 pour 100 des marchandises transportées.
Parallèlement au rivage de la mer, dévastés lagunes s’étendent à l’intérieur, alimentées par d’innombrables cours d’eau. Elles ne se déversent dans la mer que par une de leurs extrémités. Celle de à’Ebrié ou de Grand-Bassam est la plus grande de toute la cote entre le cap des Palmes et la Volta. Du point où elle communique avec la mer, auprès du comptoir de Grand- Bassam, elle s’étend vers l’ouest, séparée de l’Océan par une langue de terre souvent très étroite, sur une longueur de près de 80 milles. Avant de se déverser dans la mer, elle reçoit VAkba ou Comoé, qui, peu après la saison des pluies, roule une masse d’eau considérable, difficile à remonter même pour les navires à vapeur. Ce fleuve descend du nord et, avant l’expédition Binger, n’avait pu être exploré à plus de 30 milles de son débouché dans la lagune, à cause des cataractes qui barrent complètement son cours.
La lagune ô.'Assinie, beaucoup moins longue, s’enfonce davantage dans les terres. Elle se subdivise en lagunes d'Aby, de Tome et d'Ëby. Elle reçoit deux rivières: l’une, le Kindjabo, qui passe auprès de Kindjabo, la capitale du pays, n’est navigable que pendant quelques heures ; l’autre, plus importante, la Tanoué, descend du nord-est; l’explorateur est arrêté, au bout de trois jours de navigation, par un énorme barrage de rochers, comme dans la Comoé et la rivière de Kindjabo. La Tanoué, dont le volume d’eau devient important dans la saison des pluies,
LA GUIMÉE FHANÇAISE ET DÉPENDANCES Ï91
prend sa source dans le pays des Achanti; mais son cours est si accidenté et si tortueux que les caravanes venant de ce pays vers le littoral préfèrent les sentiers à travers la forêt.
Tout ce pays n’est qu’une immense forêt : à peine autour des villages voit-on quelques espaces découverts où poussent des bananiers. Les chemins, où un seul homme peut passer, font infiniment de détours : pour se rendre d’un point à un autre, il faut marcher environ un tiers en plus que la distance en ligne droite. De plus, ils sont à chaque instant coupés par des arbres tombés en travers et qu’il faut enjamber; si le tronc est trop gros, le chemin fait un nouveau détour. Dans les endroits en pente, les eaux ont raviné la terre du chemin, et l’enchevêtrement des racines est à découvert, en sorte que le voyageur marche comme sur les barreaux d’une échelle posée à plat sur le sol. Ces chemins seraient impraticables pour des bêtes de somme : aussi n’y en a-t-il pas dans le pays. Tous les transports se font au moyen de porteurs.
Il n’y a point dans tout le pays de collines de plus de cent mètres d’altitude. Mais c’est une succession de mamelons, au milieu desquels circulent quantité de ruisseaux. Pendant la saison des pluies, tous les bas-fonds sont transformés en marécages.
Cette forêt est trop épaisse pour que les animaux soient nombreux. La rareté des pâturages ne permet pas aux antilopes de vivre en troupeaux; aussi n’y en a-t-il que peu d’espèces. Les carnassiers sont rares aussi, n’ayant pas une proie facile. Le mammifère le plus commun est le singe, dont on rencontre un grand nombre d’espèces, y compris même le gorille. On trouve encore quelques éléphants, mais ils vivent solitaires, et l’ivoire ne peut être considéré comme un produit du pays.
Climat. — Le climat est très chaud ; de novembre à avril, saison sèche, le thermomètre descend rarement au-dessous de 28° centigrades. Il monte souvent à 34° et 33°. De fréquents orages viennent heureusement rafraîchir la température. D’avril à juillet, il pleut presque constamment, puis viennent deux mois chauds, août et septembre, suivis de deux mois de pluies. Il y a ainsi deux saisons sèches et deux saisons de pluies, mais la première, d’avril à juillet, est de beaucoup la plus importante. Les jours sont sensiblement égaux aux nuits pendant presque toute l’année, grâce au voisinage de l’Équateur.
Poimlation. — Les populations sont de mœurs très
douces, elles s’adonnent soit à la pèche, soit à la fabrication de l’huile de palme, soit aux lavages de terres aurifères.
Il n’y a point chez elles de caste de guerriers. Les homicides y sont très rares, les vols aussi, sauf bien entendu ceux qu’ils commettent au préjudice des Européens.
La race est belle, surtout dans le pays d’Assinie, où l’on trouve souvent des individus admirablement proportionnés.
Le vêtement se compose pour les hommes d’une étroite bande d’étoffe, plusieurs fois enroulée autour des reins, et d’un pagne, auquel les élégants donnent souvent une grande ampleur. Les femmes portent un court jupon, retenu à la taille par une ceinture de coquillages. Le haut du corps est à découvert. Les jours de fêtes, tous se couvrent de bijoux, consistant en plaques d’or plus ou moins travaillées. Ils attachent aussi à leurs membres quantité de petits morceaux d’or natif.
Leur religion est le fétichisme. Tout phénomène inexpliqué est fétiche, et nécessite un culte particulier. Chaque famille a aussi son fétiche qui veille sur elle et sur les propriétés, et qui en échange réclame quelques menues offrandes, telles que des poulets et des œufs.
Le pays de Grand-Bassam est habité par un certain nombre de tribus ne parlant pas la même langue, et presque toujours en lutte les unes contre les autres. Mais ces guerres sont peu meurtrières et se réduisent à des démonstrations bruyantes, des palabres interminables. Leur seul effet est de suspendre momentanément tout trafic, au grand dommage des factoreries du littoral. Chaque grand village est une sorte de république dirigée par les citoyens les plus riches, et entraînant avec lui les petits villages voisins. Il n’y a pas de chef puissant capable d’imposer sa volonté dans la contrée.
La situation politique du pays d’Assinie est très différente. Il y a là un État monarchique bien établi. Le roi Amatifou, qui a signé avec la France, en 1843, les traités qui ont placé le pays sous notre protectorat, était un souverain très bien obéi, mais nullement sanguinaire. Il était pourtant de race achantie. La tradition prétend que le premier roi fut un chef achanti, chassé de son pays par des guerres intestines, qui vint avec sa tribu conquérir l’Assinie, et commença par exterminer tous les habitants. Les mœurs se sont adoucies dans la suite, car depuis l’établissement du protectorat français une paix profonde n’a cessé de régner dans le pays. Amatifou s’est éteint de vieillesse en janvier 1886. Sa mort a pu être cachée près de quinze jours aux Européens de la côte. On suppose que ses funérailles ont
été signalées par des sacrifices humains, mais dans des proportions moindres qu’ils ne l’auraient été autrefois.
La cupidité d’Amatifou apporta des obstacles à la prospérité d’Assinie. Ce vieux monarque, dont l’intelligence était affaiblie par l’âge et aussi par de trop fréquentes libations, ne voyait dans les caravanes qui traversaient son pays que des droits de passage à exiger. Il rançonnait tellement les étrangers qu’ils cessaient de venir durant des mois entiers jusqu’à ce qu’ils eussent oublié les déprédations d’Amatifou, ou que celui-ci, par hasard mieux éclairé sur ses véritables intérêts, leur eût promis de les mieux traiter à l’avenir.
Il a eu pour successeur son neveu Akasamadou ou Kasimadou, intelligent et très ami de la France.
Amatifou avait entretenu jusqu’à ces dernières années des relations d’amitié avec le roi des Acbanti; celui-ci envoyait régulièrement des caravanes à Kindjabo s’approvisionner de marchandises diverses, et surtout de poudre et de fusils. Mais le gouvernement de la Côte d’Or anglaise, après sa victoire sur les Acbanti, mit tout en œuvre pour faire cesser ces relations et ramener le commerce acbanti du côté de Cape-Goast-Castle, Accra et Elmina. Il envoya des agents dans les tribus qui habitent entre le pays d’Assinie et celui des Acbanti, conclut des traités et réussit à peu près à fermer les routes menant de Goumassie à Kindjabo.
Mines — La population assinienne n’est pas très
dense. Kindjabo, la capitale, qui compte deux à trois mille habitants, est le plus gros village du pays ; sur les bords des lagunes, on voit un grand nombre de petits villages, que leurs habitants abandonnent après la saison de pêche pour retourner dans l’intérieur travailler au lavage des terres aurifères. G’est là, en effet, la grande occupation des Assiniens. Tout ce pays est plus ou moins aurifère. La poudre d’or se trouve dans une argile très tenace qui forme le fond de presque toutes les vallées et s’extrait à ciel ouvert. Gette argile est délayée dans de larges calebasses auquelles le laveur, placé au milieu du ruisseau, imprime un mouvement particulier qui précipite Tor au fond; le courant entraîne tout ce qui n’est pas poudre d’or. Nulle part on ne rencontre de filon. Les nègres n’auraient pas d’ailleurs le moyen de l’exploiter. Pourtant ces filons existent; les fragments de quartz aurifère que l’on rencontre souvent mélangés à l’argile en font foi. Ils se trouvent dans les montagnes qui séparent la région du littoral du bassin du Niger. Ges montagnes,
dont M. Binger a exploré une partie, ne sont pas très élevées. Les fleuves relativement peu importants qui se jettent dans les lagunes d’Assinie et de Grand-Bassam ne peuvent avoir un bassin bien étendu.
Les gisements aurifères du pays d’Assinie ne donnent guère que deux à trois francs d’or par mètre cube d’argile. C’est là un rendement trop faible pour permettre une exploitation européenne. La maison Verdier a fait explorer en 1883 tous les lieux aurifères du pays. Mais, après plusieurs mois d’efforts, elle a dû abandonner ses projets d’exploitation. Dans les pays voisins, comme l’Apollonie*, où des exploitations de mines, d’or ont été aussi entreprises, le succès n’a pas couronné les efforts des chercheurs, et tous les travaux ont dû être abandonnés.
Ces gisements aurifères ne sont exploitables que par les indigènes et pour leur propre compte. Le temps n’est rien pour les noirs et les dépenses sont nulles. Une famille s’établit dans un petit coin de forêt, plante des bananiers pour sa nourriture, et lave tous les jours quelques calebasses d’argile aurifère. Au bout d’un an, deux ans (elle n’en sait rien), elle a recueilli quelques onces de poudre d’or qu’elle va échanger dans les factoreries contre des étoffes, de la poudre, des fusils, des spiritueux. Elle restera alors dans une complète oisiveté le temps que dureront ces richesses, puis elle retournera en forêt recommencer le même travail. Tout cela sans avoir conscience du temps passé à rassembler le trésor, et sans prévoir plus que les désirs du moment.
Huile et aniaufles de palme. — Les gens d’Assinie, grands laveurs d’argiles aurifères, ne songent guère à récolter les fruits du palmier. Dans la lagune de Grand-Bassam, au contraire, la fabrication de l’huile de palme est la principale occupation des indigènes.
Le palmier à huile est extrêmement abondant sur les bords de la lagune. La récolte des fruits a lieu toute l’année, mais principalement de mars à juin. On fait bouillir les fruits avec de l’eau dans de grands vases de terre, et l’huile est recueillie à la surface. Le noyau est mis à part, et quand il est bien sec on le casse avec une pierre pour en extraire l’amande. C’est là un travail que l’on a quelque peine à obtenir. B y a auprès des villages de grands amas de noyaux que les noirs laissent
1. Les Ahua ou Apolloniens, une race cio nègres magnifiques, habitent sur le rivage à l’est de la Tanoué, sur la limite de nos possessions.
perdre plutôt que de se donner la peine de les casser. Les Européens ont essayé d’amener sur place des concasseurs mécaniques. Mais la difficulté d’actionner ces machines, dans ce pays où l’homme travaille si peu et si mal, leur a fait abandonner l’entreprise.
Commerce. — Les gens du village de Grand-Bassam ont été longtemps les grands entrepositaires d’huile de la lagune. Un grand nombre d’Apolloniens habitent ce village. Ce sont les nègres les plus intelligents de la côte de Guinée et ceux qui ont le plus d’aptitudes commerciales. Ils avaient réussi à se faire les courtiers indispensables entre les gens de la lagune et les factoreries européennes. Ces derniers trouvaient un avantage à n’avoir que de gros clients, lesquels venaient euxmèmes apporter l’huile et chercher les marchandises. Mais un jour les gens de la lagune se lassèrent de cet intermédiaire coûteux et voulurent traiter directement avec les factoreries. C’était la ruine de Grand-Bassam. Le village, mené, par les Apolloniens, prétendit maintenir ses privilèges même par la force, et tout commerce fut arrêté. Les maisons européennes, chez qui personne ne venait plus, furent amenées à aller offrir elles-mêmes leurs marchandises et à ramener les produits. Dès lors l’ancien commerce se transforma. Les factoreries possèdent aujourd’hui une véritable flotte de bâtiments à voiles et à vapeur qui sillonnent la lagune. Cette augmentation de frais généraux nécessite une augmentation d’affaires. Aussi les maisons de Grand-Bassam portent-elles tous leurs efforts sur les territoires de Dabou, Toupa, Boubouri, d’où les Jack-Jack, fournisseurs des maisons de Bristol, tirent d’énormes quantités d’huile : environ 7000 à 8 000 tonnes par an.
Les factoreries de Grand-Bassam et d’Assinie exportent environ 2 000 tonnes d’huile de palme et 400 tonnes d’amandes, représentant une valeur de 1 500 000 francs environ. La moitié de cette exportation arrive en France et alimente des stéarineries et des savonneries du Midi.
La quantité de poudre d’or extraite du territoire d’Assinie est difficile à évaluer, mais elle ne suffit certainement pas à alimenter, par l’échange contre des marchandises, les factoreries européennes ; la population a trop peu de besoins pour extraire de grandes quantités de poudre d’or.
Mais Assinie est un marché connu des peuples de l’intérieur, peut-être des hahitafits de ces montagnes où se trouvent les filons. De longues caravanes suivent les sentiers de la forêt
LA FRANCK COl.ONIALE
pendant des semaines et des mois pour venir s’approvisionner dans nos comptoirs des produits européens, qui leur deviennent de plus en plus nécessaires.
Assinie, bien que privé aujourd’hui du grand marché achanti, a donc un important avenir commercial, comme centre d’approvisionnement de cette région aurifère qui fournit à ses habitants une valeur d’échange d’un transport facile et d’une réalisation assurée.
L’exportation de la poudre d’or est d’environ 1 500 onces par an, d’une valeur de 444 000 francs. Mais cette évaluation officielle doit être fort au-dessous de la vérité.
Les recettes des douanes se sont élevées en 1 889 à 88 750 francs , en augmentation de près de 30 000 francs sur les prévisions.
On n’a pas de chiffres officiels sur l’ensemble du mouvement commercial.
Les principales marchandises échangées contre les produits africains sont des spiritueux, des étoffes, de la poudre, des armes, du tabac. La quincaillerie et la parfumerie sont aussi des articles de traite importants.
Cultures. — Les nègres n’ont aucune culture fournissant un article d’exportation. Dans quelques années cependant, Assinie exportera une certaine quantité de café. La maison Verdier a créé dans la lagune d’Assinie une plantation de café, comprenant actuellement une centaine d’hectares de caféiers libériens; cette espèce croît à merveille et promet d’abondantes récoltes.
Administration. — Depuis l’abandon de la colonie jusqu’en 1885, le chef de la maison française établie à Grand- Bassam et Assinie eut le titre de résident, et en exerça les fonctions. En 1885, un commandant particulier fut envoyé à Assinie pour administrer ces établissements sous le contrôle du gouverneur du Gabon, dans le ressort duquel ils sont placés. Les établissements de la Cote d’Or, après avoir été détachés du Gabon et rattachés au Sénégal, avec un résident purement civil-, font désormais partie de la Guinée française.
Avenir de la colonie. — Les possessions françaises d’Assinie et Grand-Bassam ne sont point une colonie d’émigration. L’insalubrité du climat ne permet pas aux Européens d’y prolonger leur séjour plus de trois ou quatre années sans compromettre gravement leur santé. Ce sont de simples comptoirs destinés à faire pénétrer en Afrique les produits européens. Le territoire de Grand-Bassam n’ayant, pour solder ses
achats, que cie l’huile et des amandes de palme, seule production du pays, est un marché important, mais non susceptible d’un accroissement indéfini. L’importation des marchandises ne saurait dépasser la consommation locale. Il n’en est pas de même d’Assiive, centre d’approvisionnement d’une région aurifère dont les besoins, comme les ressources, sont illimités. 11 ne s’agit que de faciliter à ces populations de l’intérieur, désireuses d’échanger leur poudre d’or contre nos produits, un libre accès vers le littoral.
IV. ÉTABLISSEMENTS DE LA COTE DES ESCLAVES : PORTO-NOVO, KOTONOU, GRAND-POPO.
isisforique. — A Whijdah ou Gléhoué, ville de 20 à 25 000 âmes, qui dépend du Dahomey, les Français sont établis depuis 1071 ; les Anglais et les Portugais y parurent aussi au xvn® siècle. Chacune des trois nations y éleva un fort; le fort anglais, vendu à une maison allemande, a été presque détruit par elle ; le fortportugais, très mal entretenu, est cependant gardé par un détachement de disciplinaires, que commande un officier. Le fort français est le seul qui puisse offrir quelque résistance. Nous avons toujours tenu la main à ce qu’il fût respecté.
En 1851, un traité de commerce passé avec Guézo, roi de Dahomey, par le lieutenant de vaisseau Bouët, garantissait « l’intégrité du territoire appartenant au fort français » .
En 1857, ou s’établit à Grand-Popo.
Puis nous avons acquis le protectorat du royaume de Porto-Novo. Il remonte au 3 février 1863. L’acte qui, à cette date, en détermina les conditions, fut le résultat d’une entente amicale qui s’établit entre le roi Sodji, souverain du pays
1. Au commencement du xvii® siècle, toute la région comprise entre la Volta et le Niger formait l’immense royaume d’Ardres, dont la capitale était Ardra, appelée Assem par Des Marchais. Cette ville est la môme qu’AUada, comme l’ont observé avec raison Dalzell en 1793 et Robertson en 1819.
Le royaume se démembra à la mort du roi Kopon et se divisa en plusieurs petits royaumes et républiques. Après plusieurs années de lutte, le roi d’Ardres, Gnassouno-Habo, reconnut Aboupo, son frère aîné, comme roi des provinces situées à l’est du Nokhoué. Son second frère, Tacsodonou, chercha un refuge, avec ses femmes et ses enfants, aupi-ès du cabécère de Cana. Aboupo donna à la capitale de son nouveau royaume le nom d’Assem ou d’Ardra en souvenir de la ville où avaient régné sespères. Elle devint, dès le principe, un grand centre de commerce ; les navires s’arrêtèrent en face pour faire des échanges, et les Portugais appelèrent sa rade Porto-iVoro, ou le nouveau port, nom qu’elle a conserve et qu’elle a donné à la ville elle môme et à tout le royaume. L’histoire dea
LA FLANCK COLONIALE
d’une part, le chef de la division navale française, baron Didelot, et l’agent vice-consul de France, M. Daumas, d’autre part. Le Dialmath alla mouiller dans la lagune, près d’un terrain concédé par le roi et sur lecpiel devait être bAti un fort français.
D’après une convention signée en 1864 avec les Anglais, ce territoire forme un rectangle de 40 à 45 kilomètres de côté. A l’est, il est séparé des établissements anglais de la Côte des Esclaves, dont le plus important et le plus prospère est celui de Lagos, par la rivière Okpara; à l’ouest, la rivière Ouémé le sépare du royaume de Dahomey; au nord, il est limité, sans frontières bien déterminées, par un certain nombre de petits États indigènes, tout à fait indépendants du Dahomey.
Le protectorat sur Porto-Novo, laissé sans forces, sans organisation, sans ressources, ne fonctionna guère que deux années, au bout desquelles le contre-amiral Lafont de Ladébat, nouveau commandant de la division navale française, fatigué des réclamations incessantes des Anglais, qui avaient pris à tâche de nous décourager, et des difficultés survenues avec les autorités indigènes, voyant ses équipages éprouvés par les fièvres, prenait sur lui d’abandonner le pays. Il ne renonçait pas pour cela aux droits de la France, qui, dix-huit ans après, reprit sa mission protectrice dans le pays.
Au cours de ce premier protectorat sur Porto-Novo, le roi de Dahomey , Glé-Glé ou Gréré ‘ , surnommé Qmni-Quini- Quini (lion des lions), pour empêcher les Anglais de s’y établir, nous avait cédé le petit port de Â'ofoHOîf, qui lui appartenait, la seule station qui pût servir de port au territoire du protectorat. Cette cession fut opérée sous la forme purement verbale,
seize premiers rois, successeurs d’Aboupo, n’offre pas grand intérêt. En 4861, les Anglais ayant fondé la colonie de Lagos, le roi Sodji éleva des prétentions sur Badagry; le gouvernement colonial irrité envoya un vapeur dans sa capitale avec ordre de la bombarder, ce qui s’exécuta sommairement. Bientôt après le gouvernement de Lagos demanda à Sodji de lui céder son royaume, moyennant une pension; les promesses n’ayant pas réussi, il en vint aux menaces et c’est alors, en 1862, que Sodji crut prudent de réclamer la protection de la France.
4. Voici la liste des rois de Dahomey depuis le xvii* siècle : Daho, 4620-1650; Alio, 46o0-1680; Akabah, 4680-1708; .Agajali, 4 708-1728, qui en 4727 prit VVhyddah, y massacra 4,000 prisonniers et fut, dit-on, le créateur du corps des Awozoacs; Tegber-Vesum, 1729-1789; Agongolu, 4789-4817 ; Guézo, 1818-1858, qui fit le siège d’Abéokouta (1851) et y perdit 46000 guerriers et l’élite de ses Amazones ; Glé-Glé, 1858-4889; Béhanzin, depuis 4889. (Note communiquée par M. le capitaine Nicolas. Voyez son article, La Dernière Guerre contre le Dahomey, dans la Revue Bleue du 23 juillet 1892.)
h l’occasion d’une visite que lui firent à Abomey, en iiSbi, M. le capitaine de vaisseau Devaux, chef d’état-major deM. le contreamiral Lafont de Ladébat, et M. Damnas, agent vice-consul de France.
En 1863, le gouvernement anglais de Lagos, profitant de notre départ et croyant le moment propice pour s’annexer tout le territoire de Porto-Novo, vint mettre le blocus dans la rivière de manière à empêcher les communications avec Kotonou et obliger le commerce français à passer par Lagos. Porto-Novo fut en même temps menacé d’un bombardement : il ne fut évité que grâce aux protestations de tous les blancs, à l’influence du P. Verdelet et à l’action énergique de M. Béraud, qui remplissait à ce moment les fonctions d’agent vice-consul de France dans le Dahomey et à Porto-Novo. Ils obtinrent la levée du blocus.
En 1867 (2 octobre), Dassy étant roi de Porto-Novo, les Anglais établirent un nouveau blocus, encore plus rigoureux que le précédent; mais les protestations des blancs et du gouvernement français les obligèrent de nouveau à s’éloigner. A partir de ce moment, ils renoncèrent à toute tentative d’occupation.
En 1877, les Anglais ayant imposé une forte amende au roi Glé-Glé, bloquent de nouveau la côte, et nos négociants de Whydah durent payer l’amende imposée au roi.
En 1878 (19 avril) nous avons renouvelé nos droits de possession sur Kotonou par le traité de Whydah : le roi Glé- Glé était représenté par le cabécère Chaudaton et le gouverneur de Whydah. Il y est stipulé que la France aura toujours dans le Dahomey le traitement de la nation la plus favorisée. En outre, « aucun sujet français ne pourrait être désormais tenu d’assister à aucune coutume du royaume de Dahomey où seraient faits des sacrifices humains ».
En 1883 a été signé avec le roi de Porto-Novo un nouveau traité de protectorat, confirmant celui de 1863,
En 1884, en échange de rectifications sur d’autres points’, nous avons cédé à l’Allemagne nos droits sur Petit-Popo et Porto-Segiiro .
En 1885, les Portugais ont élevé des prétentions sur Kotonou ; s’ils s’en étaient emparés, notre établissement aurait perdu presque tout débouché vers la mer. Le Portugal a reconnu enfin notre droit et s’est désisté. En revanche, l’influence portugaise est prépondérante à Whydah,
Dans les Rivières du Sud, voyez ci-dessus, page 237,
LA FKA^CE COLOMAIÆ
En 1889 (11 août), traité avec l’Angleterre pour la délimitation du royaume de Porto-Novo du côté de sa colonie de Lagos.
LiCs récentes difficultés avec le Bialiomey — On
pouvait croire que le traité du 19 avril 1878 avait tout réglé avec le Dahomey. En septembre 1885, en vertu des traités du protectorat conclus en 1863 et 1883 avec le roi de Porto-Novo, pour nous conformer à l’article 35 de l’Acte de Berlin ^ (du 26 février 1885), on mit de petites garnisons à Kotonou et à Porto-Novo. Soit qu’il fût irrité par la présence de nos soldats et de nos fonctionnaires, soit qu’il subît l’influence, hostile à la France, de son fils Béhanzin, le roi Glé-Glé, vers la fin de 1887, écrivit à notre résident de Porto-Novo qu’il ne reconnaissait pas le traité de 1878. Il revendiquait Kotonou comme un territoire à lui, le royaume de Porto-Novo comme un de ses Etats vassaux, et nous sommait de les évacuer sans délai. On ne jugea pas à propos de répondre à ces sommations, qui furent ensuite plusieurs fois renouvelées.
En mars 1889, les bandes dahoméennes passèrent VOuémé, jetèrent la panique dans les troupes du roi Tolfa, ravagèrent cruellement le pays et en enlevèrent des milliers de captifs. Les populations terrifiées se réfugièrent sur le territoire anglais de Lagos, à Kotonou et à Wbydah. Les agents du roi se livrèrent à des violences sur les factoreries françaises. Puis les Dahoméens se retirèrent, laissant le pays complètement dévasté. A l’appel du résident français, alors M. de Beockmann, le contre-amiral Brown de Colstoun, commandant notre station navale de l’Atlantique, cingla sur Kotonou avec les deux croiseurs V Aréthuse et le Sané. Il mit à terre ses marins des compagnies de débarquement, parvint à rassurer les populations et à ramener les fugitifs dans leurs villages.
l<a miNsiou ilayoï. — Comme le roi Glé-Glé persistait à dire « qu’aucun traité n’avait eu lieu entre lui et la France, que ceux qui avaient signé celui de 1878 avaient payé de leur tète cet acte de rébellion », le gouvernement de France décida de confier une mission à ftl. Bayol, alors lieutenant gouverneur des Rivières du Sud. Il devait se rendre à Abomey, la capitale du Dahomey, et tâcher de résoudre le conflit par les voies diplomatiques. Le 14 octobre 1889, il écrivait de Kotonou une lettre où
1. Voyez le Temps du 18 avril 1892; — Au Dahomey, hier et aujourd’hui article de M. Alexandre L. d’Albéca, dans la lievuc de Famille, de. 15 niai 1892; — l’article indiqué ci-dessus de M. le capitaine Nicolas.
2 Cet articl i exige, pour reconnaître les droits d’une puissance européenne sur une région quelconque de l’Afrique, que l’occupation soit effective.
LA Gl]|^ÉE FRANÇAISE ET DÉPENDANCES
il annonçait son arrivée dans cette ville avec des présents et invitait Glé-Glé à y envoyer un représentant muni de ses pleins pouvoirs. Le roi, qui continuait à nous assaillir de ses protestations et réclamait l’intervention du Portugal, répondit à M. Bayol qu’il n’avait point, à Abomey, de traducteur capable et qu’il n’avait pu lire sa lettre ; il l’invitait à lui envoyer un traducteur. M. Bayol prit une résolution hardie et peut-être téméraire ; c’était de se rendre lui-même à Abomey..
Accompagné de MM. Angot et Béraud, il passa par Abomey- Kalavy, AUada, l’ancienne capitale du royaume d’Ardres, Cam, la ville sainte du Dahomey. Le 21 novembre, il trouva aux portes à' Abomey « une députation solennelle composée de huit grands chefs escortés par des milliers de soldats tirant des salves de mousqueterie : des indigènes avaient des pavillons anglais surmontés de têtes de mort ; huit coups de canon ont été tirés pendant les toasts qui me furent portés par les envoyés du roi' ». Glé-Glé fit à M. Bayol une réception solennelle, et il y eut ensuite un lunch chez le prince royal Béhanzin. On invita ensuite la mission avec grandes coutumes, c’està-dire avec procession de fétiches, et aux sacrifices humains; mais elle obtint d’en être dispensée.
Dans les pourparlers qui suivirent, M. Bayol demanda l’exécution des traités. Il se heurta à un refus absolu et à des paroles injurieuses. Le prince royal finit par déclarer que « la France était gouvernée par des jeunes gens et qu’elle devait abolir la République ». On voulut même exiger de M. Bayol qu’il consentît une renonciation formelle à nos prétentions sur Kotonou et Porto-Novo. Le prince et les chefs ajoutèrent : « Le roi lui dicterait ses volontés; il n’aui'ait qu’à signer avant de partir. » M. Bayol résista. On lui refusa toute audience du roi, tout moyen de repartir. Il dut vivre au milieu de scènes effroyables de tortures et de carnage, dont M. Angot a fait le récit en témoin oculaire. Le 6 décembre 1889, M. Bayol tombait très gravement malade. Le roi Glé-Glé, qui avait 75 ans, était lui-même mourant : on pouvait craindre que sa mort ne fàt l’occasion de nouveaux massacres, et peut-être celui de la mission française. M. Bayol, pour obtenir sa mise en liberté, consentit à signer non la renonciation, mais une lettre au président de la République française. Dans cette lettre, écrite par M. Angot sous la dictée du prince royal, le roi affirmait sa volonté de « vivre en bons termes avec la France » , mais renou-
i . Rapport de M. Bayol.
LA FHANCE COLONIALE
vêlait toutes ses prétentions et sommations. Il ajoutait : « Tout ce qui s’est passé de mal tient à ce qu’il n’y a pas de roi en France. Le roi de Dahomey fait dire aux Français de rappeler un descendant des anciens rois et de le nommer roi pour que le Dahomey et la France soient bien d’accord. » Le lendemain, 28 décembre, la mission quittait Abomey. Deux jours après, on annonçait la mort du roi Glé-Glé (30 novembre) et la reprise des grands massacres rituels. Le successeur de Glé-Glé était Bébanzin, surnommé Hossu-Boouélé (roi requin), et qui s’appelait auparavant Kon-Dô ou Kondo.
l<a guerre de 1S^9. — Les Dahoméens se préparèrent aussitôt à une nouvelle campagne. Par dépêche du 14 janvier 1890, M. Bayol sollicitait de Paris un prompt secours. Il recevait deM. Etienne, sous-secrétaire aux Colonies, l’avis que le conseil des ministres était peu favorable à l’idée d’une expédition qui nécessiterait l’intervention du Parlement. M. Etienne demandait quelle serait l’étendue de l’opération et quelles forces elle réclamerait. Sur de nouvelles instances de M. Bayol, il lit savoir que le gouverneur du Sénégal avait reçu l’ordre d’envoyer trois compagnies de tirailleurs avec quatre canons de 4, sous les ordres du chef de bataillon Terrillon. En outre un détachement de tirailleurs gabonais était appelé de Libreville à Kotonou sur le Sané. Ceux-ci arrivaient le 13 février au matin ; le contingent sénégalais arrivait le 19 sur VAriège. C’était, en tout, une force de 400 hommes, dont 12 artilleurs blancs. Tout de suite les hostilités commencèrent.
Le 21, M. Bayol fit mander à la factorerie Régis le gouverneur dahoméen de Kotonou, Ilouakétomé, et, à la suite d’un palabre, le fit arrêter avec les treize conseillers noirs qui l’accompagnaient, afin qu’ils servissent d’otages pour la sûreté des Européens que détenait Bébanzin. Le même jour le commandant Terrillon occupa la ville de Kotonou, qui est à quelque distance de l’établissement français de ce nom. Du 21 au 20 février, le corps expéditionnaire fut harcelé chaque jour par des bandes sans cesse grossissantes de soflimatas, ou soldats, et d’amazones h Avec ses 400 hommes, contre 15 à 20,000 guer-
1. L'armée du Dahomey paraît se composer : de .3 000 amazones; 2» de 7 ou 8000 guerriers soldés; 3° de contingents de réserve où figurent des femmes; 4», en cas de nécessité, la levée en masse.
Les amazones se recrutent soit parmi les petites filles enlevées à la guerre, soit do filles de sujets qui sont enrôlées après une révision où elles ont été déclarées bonnes pour le service.
Elles sont astreintes sous peine de mort au célibat; mais parfois le
LA r.lUNÈE FRANÇAISE ET DÉPENDANCES
riers ou guerrières, le commandant, dont le feu e'tait appuyé par les obus du Sané et de VÉmeraiide, battit l’adversaire en sept rencontres et chaque fois des centaines ae soflimatas et d’amazones restèrent sur le carreau ; mais on eut 32 hommes tués, dont 3 officiers, et 103 blessés, dont 4 officiers. Le 4 mars, les Dahoméens tentent une surprise sur Kotonou : ils sont accueillis par un feu roulant d’artillerie et de mousqueterie, se battent avec fureur, mais perdent près de 600 guerriers, parmi lesquels la colonelle des amazones. D’autres combats eurent lieu les 21, 22, 28 mars, et les Français prirent l’offensive sur rOuéiné.
Nos établissements étaient désormais cà l’abri. Pour le surplus, M. Bayol proposait à son gouvernement deux solutions : ou bien, sans avancer dansrintérieur, occuper Whydati, bloquer la côte du Dahomey, couper au roi tout revenu douanier et tout arrivage d’armes et de munitions ; ou bien tenter une marche sur la capitale. Le commandant Terrillon recommandait ce dernier parti, assurant qu’il suffirait d’adjoindre à son petit corps un bataillon de légion étrangère, deux compagnies d’infanterie de marine, une batterie d’artillerie. A Paris, on se prononça formellement contre « toute marche sur Abomey et toute opération engageant une expédition ». Puis, la direction des Colonies ayant passé du Commerce à la Marine, on renonça même à l’occupation de Whydah. Avec les renforts, le corps expéditionnaire ne comprenait que 700 combattants : rien que pour occuper Whydah, garder Porto-Novo et Kotonou, il en aurait fallu 1 300.
Le 21 avril, l’armée dahoméenne, forte de 8 OÜO hommes, reparut vers Bedji, à 7 kilomètres au nord-est de Porto-Novo. On l’attaqua, on lui tua ou blessa beaucoup d’hommes; mais il fallut se replier par une marche « en carré face en arrière », attendant l’ennemi à bonne portée et l’écrasant alors sous les feux de salve. Les Dahoméens perdirent dans cette affaire, dite combat d’Atchoupa, environ 1300 hommes. Ils reculèrent sur lîedgi. Nous avions 8 tués et 37 blessés, dont 2 officiers. Le 22 avril, le commandant Fournier, chef de l’escadre, téléroi en donne en mariage à des guerriers qu’il veut récompenser. Les amazones sont partagés en trois brigades. Dans chaque brigade on distingue cinq armes dilïérentes, reconnaissables à leur uniforme et à leurs tuniques : les agbarayad ou espingolières, les gbélo ou chasseresses d’éléphants, les nyekpleh-henloh ou porteuses d’énormes rasoirs ; les gulonnenloh ou mousquetaires ; les archères, armées d’arcs et de flèches empoisonnées (Voir l’article déjà cité de M. le capitaine Nicolas)
LA l'IiAINCE COLOMALE
graphiait que Béhanziii marchait en personne contre Porto- Novo, non pas seulement pour enlever des captifs, mais pour prendre la ville : il demandait donc des renforts, « nécessaires non pour aller en avant, mais pour repousser l’agresseur ». Pour marcher sur Abomey, il eût fallu 1 SOO tirailleurs sénégalais et 1 500 hommes de troupes blanches. On ne pouvait lui envoyer que 100 tirailleurs sénégalais, 80 marins du Sané et 50 disciplinaires de la marine. Quelques obus envoyés par le Sané au delà du parallélogramme de Whydah donnèrent cependant à réfléchir aux Dahoméens, qu’étonnait la redoutable portée de notre artillerie. Béhanzin rendait bien les otages européens qu’il avait retenus à Abomey, mais il gardait les émissaires que lui envoyait le commandant Fournier pour traiter de la paix.
L<e traité du 3 octol»re 1S80. — Sur ces entrefaites arriva, fin de mai 1889, sur la Naïade, le contre-amiral de Guverville, avec des instructions lui enjoignant de traiter le plus tôt possible ; « Aucun succès, portait ce document, ne saurait vous faire autant d’honneur que la clôture, par voie transactionnelle, de l’incident du Dahomey. » A la fin de juillet, le contre-amiral envoyait à Whydah le P. Dorgère, un des prisonniers libérés de Béhanzin, pour tâcher d’obtenir la restitution des négociateurs de M. Fournier. Le P. Dorgère l^artit pour Abomey à la fin d’août. Il avait réussi à gagner le grand féticheur du royaume, conseiller intime de Béhanzin : il obtint la restitution de 35 prisonniers; de notre côté, on leva le blocus de Whydah. Puis, comme les négociations traînaient en longueur, le 2 octobre la Naïade reparut devant Whydah. Le contre-amiral menaça de bombarder la ville, si la paix n’était pas faite dans les vingt-quatre heures. Cette menace produisit son effet.
Le 3 octobre 1889 fut conclu une sorte de traité ainsi conçu :
« En vue de prévenir le retour des malentendus qui ont amené entre la France et le Dahomey un état d’hostilité préjudiciable aux intérêts des deux pays... nous avons arrêté d’un commun accord l’arrangement suivant qui laisse intacts tous les traités et conventions antérieurement conclus entre la France et le Dahomey ; — Art. l®^ Le roi de Dahomey s’engage à respecter le protectorat français du royaume de Porto-Novo et à s’abstenir de toute incursion sur les territoires faisant partie de ce protectorat. Il reconnaît à la France le droit d’occuper indéfiniment Kotonou. — Art. 2. La France exercera son action
auprès du roi de Porto-Novo pour qu’aucune cause légitime de plainte ne soit donnée à l’avenir au roi de Dahomey. A titre de compensation pour l’occupation de Kotonou, il sera versé annuellement par la France une somme qui en aucun cas ne pourra dépasser 20 000 francs (or et argent)... »
Le Parlement français, sur un rapport de M. de Lanessan, dans sa séance du 28 novembre 1891, décida qu’il n’y avait pas lieu de ratifier cet « arrangement » par une loi, mais qu’on laisserait au gouvernement « le soin de donner à cet acte la sanction la plus conforme aux intérêts de la France dans le golfe de Bénin » . Le 19 décembre, le gouvernement ratifia le traité. Peu de temps après, Béhanzin reçut la première annuité de 20 000 francs.
lia {guerre de 180S. — En 1892, tout était à recommencer. Béhanzin maintenait toutes ses prétentions. Il n’était pas disposé, pour 25000 francs, à renoncer aux 100 000 francs que pouvaient lui rapporter les douanes maritimes. Avec l’argent versé par la France, avec celui que lui rapportait le trafic des esclaves, il avait acheté des munitions et des fusils à tir rapide que lui fournirent les Allemands de Whydah et du Cameroun; il leur livrait 1 000 esclaves en échange de 250000 marks; il en livrait aussi à la Compagnie du chemin de fer du Congo belge : c’est ce qui explique la recrudescence du trafic des esclaves dans le golfe de Bénin. En janvier il pilla Ouatcliicomé, ville principale des Ouatchis, à deux heures et demie de Grand-Popo, et enlevait dans le pays 3 000 esclaves. Il razzia de même la population de Quitta, à l’ouest du Dahomey, sur le territoire français. Le 26 mars, il fit envahir letenâtoire de Porto-Novo, détruisit les villages ù.' Abouta, Deno ou Dannon. M. Ballot, lieutenant-gouverneur, se rendit sur les lieux à bord de la chaloupe canonnière la Topaze; il fut attaqué le 27, à la hauteur du village de Topo par 400 Dahoméens armés de fusils à tir rapide et eut 4 hommes blessés à son bord. Le 29, 2000 Dahoméens passèrent l’Ouémé; puis ils détruisirent A'é/owé et plusieurs villages, coupant les palmiers et ravageant toutes les plantations. Enfin 6000 d’entre eux menaçaient Porto-Novo. En résumé nos 750 hommes de garnison allaient avoir affaire à environ 12000 Dahoméens, dont 4000 armés de cai'abines Winchester, avec 6 canons-revolvers achetés aux Allemands. DevaiP ces provocations les Chambres françaises votèrent les cré'lits nécessaires. De toutes parts affluèrent les tirailleurs algériens, sénégalais, gabonais, les détachements de troupes blanches. Nous avons vu que les noirs du Sénégal ont fourni
LA FliANCE COLONIALE
trois compagnies de volontaires, tandis qu’en France plus de 1400 hommes, tant de l’infanterie que de l’artillerie de la marine, se sont offerts pour partir. En attendant que l’on s’arrête soit à l’idée d’une occupation de Whydah et de tout le littoral dahoméen, soit à une marche sur la capitale, le wharf àe, Kotonou, presque terminé, facilitait le débarquement des renforts. A la tête de toutes ces troupes a été placé le colonel Dodds. Les Anglais de Lagos, d’après une entente entre Paris et Londres, ouvrirent aux canonnières françaises l’entrée de la lagune de Porto-Novo. On acheta, on construisit des bateaux tout exprès pour naviguer sur cette lagune, d’une très faible profondeur d’eau, et sur les petits fleuves du Dahomey. Le 27 avril on saisit, comme on avait déjà fait en 1889, des gens de Béhanzin et il fut obligé, pour se les faire rendre, de relâcher les Européens qu’il gardait prisonniers. Le 9 août 1892 ont commencé les opérations militaires*.
1jC!s autres voisina «le ito$« possessious. — A l’ouest, nous confinons à la colonie allemande de Togo, acquise en 1883 et contiguë à la Côte d’Or anglaise. Le mot Togo, dans la langue des indigènes, signifie « au delà du marigot ». Cette province avait alors 36 kilomètres de plage sur 36 kilomètres de profondeur, soit environ 1 300 kilomètres carrés, avec une population de 40000 âmes. Des annexions plus récentes dans le pays des Krepi et des Mina, le protectorat imposé aux villes d’Adangbé et Atakpamé, qui sont respectivement à 50 et à 100 kilomètres dans l’intérieur des terres, ont porté la frontière allemande au nord, jusqu’à Krasi et Paratau; à l’ouest, jusque sur la moyenne Volta; à l’est, jusqu’à une ligne droite conventionnelle, parallèle au méridien de longitude, qui coupe la rivière Mono, de façon à nous en laisser l’embouchure. Sur la côte les ports sont Lomé, Bagida, Porto-Seguro, Petit-Popo (ces deux derniers anciens comptoirs français). Le Togo a un mouvement d’affaires de près de 4 millions. Les négociants allemands sont des voisins gênants parce qu’ils encouragent le Dahomey à la traite des esclaves et, contre nous, lui fournissent des armes et des munitions.
A l’est de nos possessions, en allant vers le bas Niger, on entre dans la zone réservée à l’influence britannique, par le pays des Nagots, race beaucoup plus sociable, mais défiante encore à l’égard des étrangers. On trouve alors, presque à la
1. Voir, à la fin du volume, le récit des opérations militaires et la nouvelle organisation du Dahomey.
frontière de Porto-Novo, le bourg à’Aggera, situé en une région salubre, où les blancs sont accueillis, mais où l’on ne souffre pas leur séjour; Lakké, Congé, Sakété, peu connus des Européens ; Okiadan, sur la rivière Okpara, qui débouche dans les possessions des Anglais, auprès de Badagrij, une des villes les plus commerçantes de leur colonie de Lagos; Abéokouta, sur la rivière Ogoun, capitale des Egbas, ville très populeuse, où les Anglais se sont établis, puis se sont fait expulser en 1867, en 1880, en 1892, et où il existe un établissement de missionnaires français.
Sur le bas Niger, règne V United African Company, dont il a été question ci-dessus L Elle a de nombreux comptoirs : Brass Biver, Akassa, Assaba, Agbéri, Suaré, Abo ou Ibo, Utchi, Nidouni, Onitcha, où il y a des misssionnaires français, Ida, Lukodja, Egga, Ibadgi, Babba, etc., desservis par des navires à vapeur.
Desoi'iptioii «lu pays «le Porto-]\'ovo. — Notre royaume de Porto-Novo est partagé en deux parties, l’une maritime, l’autre continentale, par la lagune qui s’étend depuis Appa, à l’est, jusqu’à Kotonou, à l’ouest. La partie maritime est une sorte de presqu’île basse et marécageuse, dont l’isthme est auprès d’Appa. La partie continentale forme un vaste plateau incliné vers l’ouest^.
Au total, le protectorat présente une superficie de 1 800 à 2 000 kilomètres carrés.
La capitale du royaume, Porto-Novo, a environ 20,000 habitants; le royaume tout entier, environ 200 000.
La lagune intérieure communique, à l’ouest, avec la grande lagune de Nokhoué où l’on voit deux villages pittoresques, construits sur pilotis, Ahouansoli et Afatonou; elle débouche vers la mer par un bras étroit.
Climat. — Le climat est beaucoup plus malsain que celui de nos établissements de la Côte d’Or, la contrée étant basse et marécageuse. Pendant toute l’année, la température chaude et humide est désastreuse pour les Européens ; les uns succom-
1 Voyez ci-dessus, pages 2:27-230.
2. Le royaume de Porto-Novo est partagé en cinq provinces ; celle de Porto-Novo au centre, celle (ÏAjjéra au nord, celle de Pocra à l’est, celle cVOuémé à l’ouest, celle d’Appy au sud. Les Nagots furent refoulés par Aboupo dans ces deux dernières provinces; ils supportent avec peine le joug des conquérants et plusieurs défaites sanglantes n’ont pu encore complètement les dompter.
LA rnANCE COLONIALE
bent au bout de quelques mois ; ceux qui survivent voient leurs forces baisser, leur sang s’appauvrir, et ils sont obligés de rentrer en Europe pour se fortifier avant d’affronter de nouvelles épreuves.
On distingue quatre saisons : 1^ la grande saison des pluies qui s’étend des premiers jours de mars aux premiers jours de juillet; 2° la première saison sèche qui va de la mi-juillet à la mi-octobre ; 3° la petite saison des pluies qui règne de la mioctobre au commencement de décembre; 4° la belle saison, ou grande saison sèche, qui comprend les mois de décembre, de janvier, de février et les premiers jours de mars. Le thermomètre marque, suivant les époques, de 24 à 34 degrés; la moyenne est de 31 degrés.
Races de la Côte des Esclaves. — Trois races bien distinctes se partagent le littoral ; les Mina, qui s’étendent du Volta au Dahomey; les Djedji, qui habitent les royaumes du Dahomey et de Porto-Novo; enfin les Nagots, qu’on rencontre à l’est de l’Okpara et fort avant dans l’intérieur des terres. On remarque entre eux des différences notables de caractèie : le Mina est plus nonchalant, plus rusé et plus enclin au vol ; le Djedji, d’un servilisme abject, plus vindicatif, plus fourbe et plus méchant, fait le mal avec cynisme; leNagot, plus sociable et d’humeur plus gaie, a de la loyauté et de la prévenance ; c’est celui avec qui les relations sont les plus faciles et les plus sûres. Les indigènes sont moins beaux que ceux de la Côte-d’Or.
Ifceurs et gouvernement de Porto-Xovo. — Les
Djedji du royaume de Porto-Novo sont, comme ceux du royaume de Dahomey, obséquieux, dissimulés et méchants. Leur religion n’est qu’un tissu de superstitions grossières et quelquefois cruelles* : pendant quelques années, ils semblaient avoir renoncé aux sacrifices humains; mais ils n’en immolaient pas moins en secret beaucoup de victimes^. En 1874, leroiDassy a fait frémir toute l’Europe, parles sacrifices épouvantables qu’il a offerts en l’honneur des quatre derniers rois de Porto-Novo. Le protectorat français paraît avoir mis fin à ces massacres.
1. Les Djedji et les Nagots croient en Dieu, mais ne l’adorent pas; ils se disent les enfants d’une race déchue à laquelle Oloroun ou Maou (Dieu lui-même) a imposé le culte des esprits, et surtout celui des esprits mauvais ou démons qui élablissent leur demeure dans des statuettes, dans le corps de certains animaux, dans les arbres et dans les noix de palme.