J’en ai moi-même été témoin. (Note de M. l’abbé Bouche
Porto-Novo a deux rois : le roi de jour et le roi de nuit, le premier est de beaucoup le plus puissant, mais il doit être rentré chez lui au coucher du soleil, de même que son collègue doit ne pas se montrer après le jour levé. Chacun des deux rois a le droit de mettre à mort celui d’entre eux qui commet une infraction à ce règlement. En réalité, l’iin est le vrai roi, l’autre est une sorte de chef de la police de nuit.
Le roi du jour s’appelle aujourd’hui Toffa.
Les femmes et les esclaves se livrent seuls à la culture : c’est surtout celle du maïs, du manioc, des ignames, des haricots et de la patate qui sont le fond de l’alimentation.
Les noirs ne savent pas ce que signifient ces mots : mien et tien; les champs, les cases, tout appartient au roi, et il en dispose au gré de ses caprices. Le pouvoir du souverain est despotique et absolu ; il est cependant contre-balancé par l’influence de quelques cabécères, ou chefs, et par celle des prêtres idolâtres. Tout s’incline devant ces derniers; on craint leurs vengeances secrètes et leurs poisons.
Productions €lu pays. — La Côte des Esclaves ne présente pas les mêmes ressources que la région de Grand-Cassam et Assinie : on n’y rencontre pas de mines d’or. Les seuls objets que fournissent les indigènes sont l’huile et les amandes de palme, des noix de kola, un peu d’arachides, une quantité insignifiante d’ivoire. Il serait facile de décupler les exploitations en favorisant la culture de l’indigo, du café, du tabac, de la canne à sucre, du coton.
L’industrie des natifs est presque nulle : les hommes travaillent le fer et les femmes fabriquent une poterie grossière. Quelques rares noirs, venus du Brésil, ou de Sierra-Leone, élevés par les missionnaires de Porto-Novo, sont maçons ou charpentiers. Les autres ne peuvent nous servir que comme manœuvres, porteurs, canotiers, etc.
fi';(aPlissemeiits de commerce européens. — Nous avons fondé des comptoirs, sur le territoire des Minas, à Grand- Popo, en 1857, sur les rivières du Grand-Popo et Agoué, avec les villages d’Agoue' et la Baranquère ; à Agoué, en 1868, à Kotonou et Petit-Popo, en 1864; à Porto-Seguro, en 1868. — Nous avons vu que ces deux derniers points ont été cédés à l’Allemagne.
Kotonou, jusqu’à ces derniers temps, était un port que la barre rendait presque inabordable ; les navires devaient se tenir à plus d’un kilomètre et remettaient leurs marchandises et leurs passagers à des canots que manœuvraient des rameurs indi-
gènes. Pour les embarcations mêmes, le passage de la barre était des plus périlleux ; souvent elles chaviraient et les requins qui pullulent dans ces parages happaient les naufragés. En 1892 on a procédé à la construction d’un wharf, long de 280 mètres, qui permettra aux navires de débarquer leur personnel et leur chargement en deçà de la zone dangereuse.
Le commerce principal se trouve entre les mains de deux maisons marseillaises, Régis et Fabre, et d’une autre maison française, Colonna de Leka.
Elles sont toutes établies dans la capitale, Porto-Novo, où elles rencontrent la concurrence de trois maisons allemandes et une portugaise.
Pour le tabac et le ta-fia, elles sont en concurrence avec les Portugais; pour les tissus et le sel, avec les Allemands et les Anglais ; pour l’eau-de-vie et le genièvre, avec les Allemands.
Nous avons aussi des comptoirs à Whydah et à Godomc dans le Dahomey, à Lagos, à Palmas, à Léké, cpii dépendent de la colonie anglaise de Lagos, et qui sont sous la surveillance d’un agent consulaire. La monnaie préférée est la monnaie anglaise; mais les indigènes acceptent aussi celle de France, de Portugal et des Etats-Unis. Le commerce avec les blancs se fait surtout par le troc de marchandises européennes contre marchandises indigènes; pour les transactions entre indigènes, pour le payement des salaires que nous leur devons, on emploie les « porcelaines cauris » : ce sont des coquillages que l’on importe de Mozambique, de Zanzibar et de Manille. Une « piastre cauri » se compose de 2 000 coquillages; elle a une valeur variant de 0 fr. 80 à 1 fr. 25. Cent cauris valent environ cinq centimes.
Les Européens ne se livrent en ce pays ni à la culture, ni à l’industrie. Le climat interdit d’y songer à une colonie agricole, et même à une colonie de plantation; mais les missionnaires ont créé une petite colonie agricole et obtenu des résultats, qui, quoique insuffisants à cause de la modicité des ressources, démontrent cependant qu’une colonie sérieuse, embrassant la plantation et la culture, réaliserait des bénéfices considérables. L’immigration européenne est nulle : il n’y a pas plus de quinze à vingt Européens dans le royaume, missionnaires, sœurs, employés de factorerie, traitants établis pour leur compte.
Sfalisticiue du coniinci'cc. — En 1884-, les importations se sont élevées à 3 970 913 francs. Les principaux articles sont le genièvre et le tafia, chacun environ 1 700 000 francs; puis le musc, le tabac, les tissus, la poudre, variant entre 102 et
H2 000 francs; les autres chiffres (liqueurs diverses, sel, armes, faïence, quincaillerie, mercerie, chaussures, verrerie) sont insignifiants. Les exportations se sont élevées à 5 055 483 francs. Elles consistent presque uniquement en huile de palme et amandes de palme.
En 1889, les chiffres se sont élevés, pour Porto-Novo et Kotonou, à 6 308 200 francs pour l’importation, dont 4 768 950 par maisons françaises; les exportations à 4 808 750 francs, dont 3 900800 par maisons françaises. Ils se sont élevés, pour Grand-Popo et Agoué, à 1 420 150 pour l’importation (dont 1 080 600 par maisons françaises) et 1 197 150 francs pour l’exportation (dont 907 950 par maisons françaises).
C’est au total 14 141 550 francs d’affaires, sur lesquelles la part de la France est de 10 661 300 francs.
Ainsi, d’une part, le commerce de ces établissements est en progrès sensible, et d’autre part il profite presque entièrement à la France.
Enl891, lemouvementcommerciala étéde 13 500 000 francs.
Instruction pultlicfue. — La langue française est encore la moins répandue à Porto-Novo : l’anglais et le portugais, l’un à cause du voisinage des colonies britanniques^ l’autre à cause des Brésiliens de toutes couleurs établis dans le royaume, y sont bien connus des indigènes. Des missionnaires et des sœurs ont fondé des écoles à Porto-Novo. Ils enseignaient en portugais. M. le colonel Dorât, lorsqu’il était commandant de cet établissement et résident de France, leur a fait une obligation d’enseigner le français. Ils instruisent et catéchisent 112 à 120 garçons et 80 à 100 filles, dont un tiers indigènes. Il y a aussi une école protestante, mais beaucoup moins suivie, car elle n’a que 20 ou 30 élèves.
Avenir «le la colonie. — Cet avenir est assez limité, comme on le voit, puisque, de toutes parts, nous sommes enserrés ou par des concurrents européens ou par des Etats barbares qui s’ouvrent difficilement au commerce. Malgré le chiffre relativement considérable de la population indigène, le chiffre d’affaires est encore peu considérable. Depuis qu’un commerce honnête et régulier a remplacé l’ancien trafic dont le souvenir flétrissant se retrouve encore dans le nom donné à ses rivages, la Côte des Esclaves a certainement perdu de son importance. Et puis, elle n’offre pas ces placers qui sont le plus grand attrait de la Côte d’Or.
Nous devons cependant nous réjouir de voir le protectorat affermi « dans cette zone qui est, dit M. le capitaine Vallon, une 'des plus fertiles que la nature se soit plu à former ». Une administration intelligente et sage augmentera énormément le chiffre des transactions en développant l’agriculture, en assurant aux noirs la propriété de leurs biens et en favorisant l’établissement de succursales de nos comptoirs à Aggéra, à Okiadan et à Abéokouta, ville de 200000 âmes, amie de la France. Ces succursales nous ménageraient une route vers le Nyffé, 1 Haoussa et l’intérieur du continent africain.
Carte du théâtre des operations militaires au Dahomey (1889-1893).
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