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GABON, CONGO FRANÇAIS, LAC TCHAD

HISXORIQUE

Ce tiu’oii cntenil par l’Ouest africain. — Il est juste de rendre hommage aux explorations de Paul du Chaillu (1850-1 860), du lieutenant Aymès (1867), de MM. Marche et de Compiègne (1872-1874), du docteur allemaad Lenz (1873). Mais c’est à M. Savorgnan de Brazza que la F’rance doit l’acquisition rapide, économique, pacifique, de l’Ouest africain ou Congo français, dont l’étendue, calculée sur la base des traités de février 1885, était déjà égale à 670 000 kilomètres carrés — soit 140000 kilomètres carrés de plus que la France — et que de nouvelles explorations ont encore accru.

Sans doute l’entreprise qui a eu un tel résultat n’est pas l’œuvre d’un seul homme; mais à Brazza revient le principal mérite d’avoir acquis le concours des sympathies nécessaires pour atteindre le but malgré tous les obstacles.

1. Voyez les ouvrages déjà cités sur les colonies en général : Gaffarel : Vignon, de Lanessan, V Allas colonial Mager. — É. Reclus, les Notices coloniales et les Notices coloniales illustrées. — Barret, La U égion gabonaise, 1887 ;

— Marche, Trois Voyages dans l’Afrique occidentale, 1881 ; — Lettres de Jacques Savorgnan de Brazza, 1883; — Neuvila et Bréard, Explorations de jy. de Brazza, 1881. — Dufreuil de Rhins, Le Congo français, 1885, et articles dans le journal La Presse (8, 12, ii, 20, 22, 24, 25, 26 mai 1883);

— Léon Guihal, Le Congo français, du Gabon à Brazzaville, 1889 ; — L. Génin, Les explorations de Brazza; — IlarryAlis, Au lac Tchad, 1890.

LA FllANGE COLONIALE

Disons-le tout de suite : ces sympathies ont été à peu près unanimes en France. Des sociétés savantes l’enthousiasme se répandit dans le public, avec l’aide de la presse, et gagna le parlement et le gouvernement, à l’exception peut-être du ministère de la Marine de cette époque.

Sous le nom d’OuEST afbigain ou Congo français, nous désignons le vaste territoire compris entre le fleuve Congo et la côte occidentale d’Afrique, territoire qui, à l’exception de ses rivages, était absolument inconnu il y a cinquante ans.

Ces plages uniformes ne présentent que des rades foraines souvent impraticables et deux estuaires, deux magnifiques ports ; le Congo et le Gabon. Quant à l’Ogôoué, navigable sur une plus grande longueur que les deux premiers, son embouchure ne pourrait être transformée en port de mer sans de coûteux travaux.

üisioii'C «le uotrc ctablisscnieiit au Cialion. — Ce

fut le 9 février 1839 que le commandant Bouët-Willaumez signa avec le chef Denis, de la rive gauche du Gabon*, le premier traité entre la France et les indigènes. Etablir un poste pour empêcher la traite et surtout nous réserver un port de relâche et de ravitaillement, tel était le but de ce traité et de tous ceux qu’on passa depuis avec les autres chefs de l’estuaire du Gabon.

Le l®*" avril 1844, un traité consacrait définitivement notre prise de possesion, et, en 1849, avec des esclaves enlevés au Ijrick VElizio et par nous affranchis, nous fondions, sur la rive droite, Libreville.

Insig;ninance jusqu’à nos jours «le notre colonie «lu Ciabon. — Il n’est pas sans intérêt de se rappeler les débuts de cette occupation militaire. En 1849, le commandant Bouët-Willaumez constatait avec douleur que les fonds votés depuis deux ans pour l’établissement de Libreville n’avaient pas été utilisés, qu’aucun édifice n’était encore achevé. Il ajoutait qu’en confiant à trois officiers l’exécution des mesures qui devaient développer notre assiette matérielle et politique dans cette possession, il comptait sur leur zèle pour l’aider à tirer de ce magnifique pays, de cette rade pour ainsi dire sans pareille sur les côtes d’Afrique, tout le parti que le gouvernement a le droit d’attendre en échange de ses sacrifices pécuniaires.

Mais suffit-il d’avoir d’excellentes intentions; et, lorsqu’on

1. Celte appellation, qui remonte au xvo siècle, vient du mot portugais gabao, caban; les Portugais avaient trouvé que l’estuaire du fleuve rappelle la forme de ce vêtement.

L’OUEST AFRICAIN

trace nn programme, le choix des instruments d’execution est-il indifférent?

En 1883, j’ai vu le Gabon ; et j’ai là un tableau du pays tracé précisément le 26 mai 1885 — le jour même où lamission Brazza et la direction de l’Ouest africain ont été remises à l’administration du Gabon, c’est-à-dire au ministère de la Marine.

Voyons donc ce qu’était le Gabon après quarante-neuf ans d’occupation militaire.

Comprise entre le cap Saint- Jean et le cap Sainte-Catherine et s’étendant à l’intérieur jusqu’au méridien de Njolé, point où rOgôoué cesse d’ètre navigable, la possession du Gabon a, au maximum, 50 000 kilomètres carrés de surface — soit le dixième de la France. En réalité, notre autorité ne s’exerce, ou mieux, ne peut s’exercer que dans la partie navigable des cours d’eau, sur les bords desquels se trouvent disséminés les rares villages d’une population primitive, peu dense, travaillant uniquement pour sa consommation, et servant d’intermédiaire entre les noirs, encore plus primitifs, de l’intérieur, et les quelques commerçants européens du Gabon qui échangent nos marchandises : sel, armes, étoffes, eau-de-vie, etc., contre l’ivoire, le caoutchouc et d’autres produits de moindre valeur.

Quelques cases de traitants, quelques huttes de douaniers sont les seuls établissements qui, sur tout ce territoire, marquent la trace, l’influence du blanc! Sa capitale, Libreville, avec ses 2 ou 3 000 habitants dispersés sur 7 kilomètres tout le long de la rade, ressemblerait à un village comme un autre si l’on n’y voyait une dizaine de maisons et trois églises.

De toute la côte, entre le Cameroun allemand et le Congo, le territoire du Gabon, — avec ses chemins qui marchent : le Benito, le Muni, le Gabon, le Como, la Remboé, l’Ogôoué, le Ngounié, le Rembo ; avec les facilités relatives que présente un terrain plat, quoique boisé, à la construction de routes; avec toutes les facilités qu’une population pacifique et de grandes ressources naturelles offrent pour établir une administration, un gouvernement économique, et pour tirer un parti avantageux de notre occupation, — le territoire du Gabon est certainement le mieux partagé sous tous les rapports. Tout en soutenant l’utilité de la recherche de nouvelles routes vers le bassin central du Congo, — recherche qui comporte bien d’autres avantages, — j’estime que l’avenir prouvoi'a que le Gabon n’a rien à y perdre.

Naturellement favorisé comme il l’est, le Gabon ne devrait

rien nous coûter depuis longtemps. Toutes les ressources du Gabon auraient été considérablement développées; son commerce, estimé au maximum à 10 millions, serait au moins de 30 millions; Libreville serait une ville et ne serait pas la seule; la sécurité régnerait partout, tandis qu’à quatre heures de Libreville, à ses portes mêmes, on se tirait, en 1885, des coups de fusil; et nous compterions peut-être ici cinq mille Français au lieu de cinquante.

Avant d’avoir des vues sur l’organisation politique et administrative de l’Ouest africain, avant de former des projets économiques sur telle ou telle de ses parties, il fallait les connaître. Instruments de l’idée économique, les premiers explorateurs, amateurs de voyages, négociants ou naturalistes, de Paul du Chaillu à Compiègne et Marche, s’étaient avancés jusqu’à 300 kilomètres de la côte, à vol d’oiseau; mais ils n’avaient pu prendre pied dans le pays, et le commerce avait son avant-poste à Lambaréné.

Première mîti^sion Savorgitau de Brasxa. — C’est en 1875 que Brazza, Ballay et Marche entreprirent une exploration dont la conception nouvelle impliquait l’établissement définitif de relations avec les noirs et toutes les conséquences qu’il entraîne.

Et, en effet, Brazza n’avance pas en explorateur scientifique ordinaire ; il n’est pas seulement le pionnier qui, tout en observant le plus qu’il peut sur sa route, la parcourt le plus vite possible sans se soucier de l’impression qu’il laisse là où il ne reviendra plus.

Tout au contraire, il avancera le plus lentement possible, retournant souvent en arrière, lui ou ses compagnons; il ne passera d’un village à l’autre, d’une tribu à la suivante qu’après avoir créé, entre lui, entre la civilisation qu’il représente et les populations nouvelles, chez lesquelles il séjourne aussi longtemps qu’il est nécessaire, des relations amicales et des liens d’intérêt difficiles à rompre.

Lorsque enfin arrivé sur VAlivia, il se trouve arrêté par les Apfourous qui ont à se venger des coups de fusil de Stanley, l’agent de I’Association internationale africaine, Brazza ne se sert de ses armes que pour se défendre — les Apfourous lui en tiendront compte plus tard — et, plutôt que d’abandonner la politique pacifique qui lui a déjà valu de si beaux résultats, il se décide à rétrograder, après avoir poussé une reconnaissance de simple explorateur jusqu’au Liba Okoiia, ou rivière du sel,

L’OUEST AFRICAIN

affluent de la grande rivière des Apfoiirous, appelée aussi Oiibanghi.

Dans ce premier voyage de trois ans, Brazza avait non seulement accompli une magnifique exploration, mais encore il avait gagné les populations, si diverses de races, de langues, de mœurs, qui vivent, sans lien politique, entre la côte et le bassin central du Congo; il les avait disposées à renoncer à leurs innombrables monopoles, à vivre sous notre influence, à accepter notre direction; nous pouvions désormais suivre en toute sécurité la voie de l’Ogôoué pour pénétrer dans l’Afrique centrale équatoriale.

La recherche d’une voie commerciale, entre la côte occidentale d’Afrique et le bassin central du Congo, à travers la zone de terrasses qui les séparent, était et est encore aujourd’hui le problème le plus intéressant à résoudre dans l’Ouest africain.

Or les premières explorations de Brazza dans l’Ogôoué, de Stanley au Congo, venaient de démontrer que ni l’Ogôoué ni le Congo n’étaient de véritables voies commerciales, mais qu’elles pouvaient être utilisées comme voies de pénétration par des missions d’exploration.

■tôle «le l'Association internationale africaine.

— Peut-être la France n’eût-elle point songé à étendre son influence politique au delà du bassin de l’Ogôoué si, à cette époque, Stanley n’eût fait dévier l’Association internationale, fondée par le roi des Belges, de son but primitif, scientifique et humanitaire, pour la lancer dans une entreprise politicocommerciale.

Il était impossible de ne pas prévoir le danger qui menaçait nos intérêts et l’antagonisme que l’affaire de Stanley créerait entre la France et l’Association, quelques déguisements que prit celle-ci. Je dirai seulement que si la note resta pacifique, c’est grâce à la patience, à l’extrême modération de nos compatriotes.

l>cu:«ième mifssion fîtavorgnau «le Urazza. — Sans plus nous occuper des difficultés que l’Association allait nous créer en Afrique et en Europe*, revenons à Brazza qui repartait, à la fin de l’année 1879, avec 100 000 francs votés par le Parlement, dans le but de compléter ses explorations et de fonder deux stations françaises.

1. Voir Dutreuil de Rbins, Cowjo français et les documents qui y sont indiqués.

En 1882, il était de retour à Paris et rendait compte des résultats si importants de son second voyage.

Outre la fondation de Francevüle sur le haut Ogôoué et de Brazzaville, située au sommet de l’escalier du Congo et clef du bassin intérieur navigable de la grande artère commerciale de l’Afrique équatoriale, ce voyage nous rapportait ce traité, dû à une inspiration de génie, qui devait être la sauvegarde de nos intérêts économiques et politiques et l’instrument le plus puissant de notre diplomatie dans la question de l’Ouest africain. En vertu de ce traité, Makoko souverain des Batékes, nous concédait ses droits de souveraineté sur le territoire environnant de Brazzaville et nous donnait le protectorat de ses États, s’étendant sur les deux rives du Congo, navigable entre Brazzaville et VOubanghi^.

Suivant alors, à petite distance, la rive droite du Congo, et constatant ainsi par lui-même l’impossibilité d’y créer une voie commerciale sans dépenses folles, Brazza se rend de l’embouchure du Congo au Gabon. Il remonte pour la troisième fois rOgôoué, ouvre une route de terre entre Francevüle et l’Alima, qui devient ainsi notre grand port sur le Congo. Mais Brazza n’oublie pas que la voie de V Ogôoué- Alima ne vaut guère mieux que celle du Congo, que le problème est toujours <à résoudre, et, ajoutant un titre de plus à nos droits sur l’Ouest africain, il découvre, dans un nouveau voyage, la voie du Kiliou, qui lui paraît la meilleure entre Brazzaville et Loango.

Bientôt le journal de Brazza et la quantité de notes, observations et renseignements de tous genres qu’il a recueillis chaque jour, chaque nuit, pendant ces cinq années de courses sans relâche, seront publiés et compléteront heureusement les trop imparfaits résumés de l’œuvre considérable sous les rapports scientifique, économique et politique, entreprise par cet infatigable voyageur; mais ses conférences, ses rapports officiels suffisent pour donner une idée de l’Ouest africain, de ses ressources, de son avenir.

Sans doute on n’avait pas encore de chiffres bien précis et l’on ne pouvait aborder immédiatement les travaux ou se lan-

1. Ou plutôt le Makoko (ou le Mokoko), car c'est là son titre royal héréditaire. Il est fétichiste et est lui-même un fétiche. Il n’a qu’une reine, mais toutes les « dames de la cour » sont plus ou moins ses concubines. On trouvera aussi dans le livre de Léon Guihal des détails sur les grands vassaux Mpocoutaba et Ngaliou.

2. Ainsi nommée du nom des tribus riveraines dont les chefs avaient traité avec Brazza avant qu’il allât fonder Brazzaville.

L’OUEST AFRICAIN

cer dans les entreprises qui paraissent les plus urgentes. Nous avions bien pris des garanties, mais nos droits n’étaient pas encore bien établis, reconnus. Entre l’exploration préliminaire et l’exploitation coloniale, il y avait encore des jalons à poser, tout un établissement à préparer.

Ratification du traité arec le roi Malcoko et vote des crédiis par les Cltambres. — Ce que Brazza demandait, c’était d’abord la ratification du traité avecMakoko, et la déclaration officielle que la France plaçait sous sa protection les territoires de l’Ouest africain jusqu’au parallèle de 5ol2'. Puis il lui paraissait nécessaire d’organiser une grande mission dont le programme comporterait principalement : l’établissement des postes et stations, en nombre suffisant pour constituer l’occupation effective de notre Ouest africain; l’étude scientifique et économique du pays; l’exploitation du bassin central du Congo au moyen de bateaux démontables à transporter par l’Ogôoué; la conclusion avec les chefs indigènes de traités conformes à notre but politique.

Les crédits nécessaires à demander au Parlement seraient répartis entre les ministères de l’Instruction publique, de la Marine et des Affaires étrangères. On devait accentuer le caractère pacifique de la Mission de l'Ouest africain en la faisant relever directement du ministère de l’Instruction publique.

Le 18 novembre 1882, M. Duclerc étant président du Conseil et M. de Mahy ministre de la Marine, la Chambre accueillait par des applaudissements unanimes le projet de la loi portant ratification du traité Brazza-Makoko. Elle accueillait de même le rapport de M. Rouvier et adoptait ses conclusions le 22 novembre.

La loi du 10 janvier 1883, portant ouverture d’un crédit de 1 275 000 francs pour subvenir aux dépenses de la mission de l’Ouest africain, fut également votée à la Chambre par 440 voix contre 2.

L’importance du crédit ne permettait pas de se tromper sur le but de la mission. Vu le nombre des députés qui l’ont voté, ou peut dire qu’interprète des vœux du pays, le Parlement manifestait une fois de plus la volonté de poursuivre dans l’Ouest africain notre politique coloniale pacifique.

Qu’il me soit permis de bien faire remarquer tout de suite que la mission de l’Ouest africain, dirigée par Brazza, est restée fidèle à cette politique pacifique, économique, civile, la véritable politique coloniale. '

C’est à cette politique, qu’en dépit de toutes les entraves, de tous les agissements, elle a dû ses succès en Afrique et les sympathies qui l’ont accompagnée jusqu’à ce jour en France. Aussi, en juin 1884, le rapporteur du projet de loi portant ouverture d’un second crédit de 780 000 francs, M. Antonin Dubost, a-t-il pu dire : « La mission de Brazza, telle qu’elle est conduite, nous offre toute garantie, en nous permettant de marquer, d’une façon non équivoque, notre prise de possession de ces contrées... »

La llisiüion «le l’Ouest africain : son or§;anisation.

— Persévérance en France, persévérance en Afrique étaient un gage de succès.

Le temps nous ferait défaut pour suivre ici l’organisation, le développement, les mouvements et les travaux de la Mission de l’Ouest africain, qui se trouvait à peu près réunie au Gabon et prête à entrer en campagne le 21 avril 1883.

Elle se composait d’environ ;

30 civils, chefs de service, chefs ou sous-chefs de station ; 30 militaires et marins, ouvriers de diverses spécialités; 23 tirailleurs algériens ; 1501aptots sénégalais, représentant les forces de police; 150 terrassiers kroumeii de la côte de Krou (golfe de Guinée).

Cet effectif s’augmenta, par la suite, de 300 noirs de la côte de Loango.

Ajoutons encore que l’organisation des services de transport par terre et sur les cours d’eau nécessita l'entretien presque constant de 1 200 pagayeurs Balékés et Dabouendés, et de 1 200 pagayeurs Okandés et Adoumaa, montant une lloltille d’une centaine de pirogues qui portent en moyenne une tonne de marchandises en plus de l’armement.

Au bout de six mois, le personnel fut en partie changé, ainsique l’organisation des services; mais pendant deux ans le personnel civil resta le même, n’ayant perdu que trois de ses membres : Flicotteaux, mort d’un accident de chasse; Desseaux et Taburet, enlevés par les fièvres : pertes cruelles pour la mission, car ils comptaient parmi les collaborateurs les plus distingués de Brazza. Celui-ci fut ensuite secondé principalement par MM. Dufourcq, de Cbavannes, Dolisie, Decazes, Goste, Fourneau, etc.

Enfin la mission avait encore à sa charge, pour le service de la côte et du bas Ogôoué, le petit vapeur l’Olumo, monté par 23 hommes.

L’OUEST AFRICAIN

C’est avec un personnel si réduit pour l’étendue de sa tâche, mais si nombreux, si lourd à entretenir avec deux modestes crédits, dont le total s’est élevé, seulement en trois ans, à la somme de deux millions cinquante-cinq mille francs, que Brazza allait transporter à des distances de 1 500 kilomètres, â travers des terrains accidentés, couverts de forêts vierges ou de hautes herbes, ou sur des fleuves encombrés de rapides, des centaines de tonnes de marchandises (seule monnaie de ces contrées), un matériel de navigation (embarcations à vapeur démontables), des approvisionnements de toute nature, et le matériel des postes ou stations.

Voilà un petit nombre de Français répandus sur la surface d’un pays grand comme la France : les voilà aux prises avec les diflicultés naturelles, avec le climat, avec des privations et une existence dont la plupart n’avaient aucune idée, existence plus dure, plus dangereuse que celle du soldat en campagne; les voilà à l’œuvre au milieu de populations inconnues hier encore, sans interprète ou avec des interprètes insuffisants. Et cependant la besogne avance. Tandis que les services de porteurs et de pagayeurs se développent, le fer et le feu marquent, de loin en loin, sur un long périmètre de 3 000 kilomètres, les places défrichées où vont s’élever les stations. Les bons rapports entretenus avec les indigènes facilitent leur établissement. Chacune aura ses cases pour les blancs, les laptots, les kroumen ; ses magasins, quebjuefois même ses ateliers, et à l’entour son jardin ou ses plantations. 11 fallut de longs mois pour en arriver là. Et que de choses à faire encore pour l’installation, que de peines, de travail, dans chaque station, pour le blanc (un seul blanc presque toujours, rarement deux) qui, en dehors des jours de lièvre, a dû mener de front tous ces travaux avec la tenue d’une comptabilité excessivement compliquée par la diversité des objets d’échange, avec la surveillance de la station, avec l’étude de la langue, des mœurs, des ressources du pays, enfin avec les travaux plus particulièrement scientifiques et avec l’action politique qui, favorisant tant d’efforts, devait assurer l’influence française dans l’Ouest africain!

Ses i*ésnltats scicntinciiies. — Contentons-nous de résumer ici les résultats scientifiques, économiques et politiques obtenus, du 21 avril 1883 au 26 mai 1885, date à laquelle la Mission de l’Ouest africain a pris fin en tant que mission du ministère de l’Instruction publique.

Il est bien entendu que ce ne sera là qu’un aperçu très

général, très incomplet. C’est au chef de la Mission — et lui seul peut le faire — d’exposer, à son retour, tous les résultats, de présenter tous les travaux, toutes les collections, dont un certain nombre ont été envoyés au ministère — tels, par exemple, des levers géographiques, des rapports, dessins, photographies, et une dizaine de caisses dont le contenu, produits naturels de l’Ouest africain et produits de l’industrie indigène, figurèrent à l’Exposition d’Anvers. Ces envois étaient faits à titre de simples échantillons, pour donner au ministère une idée des travaux dont il était avisé chaque mois. Plusieurs cartes ont été publiées par le ministère, les autres sont en cours d’exécution.

Au point de vue scientilique, l’exploration du bassin central du Congo est la seule condition du programme de 1883 qui n’ait pu être alors remplie, l’unique embarcation à vapeurqui ait été transportée sur le haut Congo étant nécessaire au service entre Brazzaville et l’Oubanghi, et le transport des nouveaux bateaux démontables ayant été retardé par suite d'accidents que la bonne volonté et le zèle des membres de la mission ne pouvaient conjurer.

Quoi qu’il en soit, dans les limites de notre Ouest africain, le personnel de la Mission fit une étude scientifique aussi complète que le permettaient ses autres devoirs. En suivant sur la carte d’ensemble, publiée en 1884, par le ministère de l’Instruction publique, les travaux ci-dessous indiqués, on verra que toutes les grandes lignes de notre nouvelle colonie ont été déterminées :

Lever de l’Ogôoué, de l’embouchure à la rivière Lolo.

, Lever de l’Ogôoué, de la rivière Lolo à Franceville.

Itinéraire de Franceville à l’Alima et àMayomba (sur la côte).

Lever du cours entier de l’Alima, exploré et levé pour la première fois par le D'’ Ballay, levé une seconde fois pcir M. de Chavannes.

Itinéraire de Lango à Niari-Loudima.

Itinéraire de Niari-Loudima à Manianga et Brazzaville.

Lever du Congo entre Brazzaville et l’Oubanghi.

Lever du Kiliou inférieur.

Itinéraire sur la côte, entre Loango et Setté-Gama.

Lever du delta de l’Ogôoué.

Lever du cours inférieur de la rivière Oubanghi, etc.

Soit, au total, environ 4 000 kilomètres de levers, sans compter les plans de détail, les observations astronomiques, les altitudes déduites des observations météorologiques.

L’OUEST AFRICAIN

Les membres de la Mission se sont en général partagé le soin de dessiner, de photographier, d’étudier les diftérentes branches de l’histoire naturelle et de recueillir des collections géologiques, botaniques, zoologiques, ethnographiques, etc...

Je ne saurais détailler ici toutes ces collections et mettre en regard les noms de ceux qui les ont recueillies. N’y aurait-il pas quelque inju.stice à les signaler en laissant dans l’ombre ceux de leurs collègues que d’autres devoirs — non moins utiles — dispensaient des travaux scientifiques? Chacun a eu sa tâche et son mérite qu’un récit complet devra consigner C

Au point de vue économique, nous devons remarquer qu’une partie dés études scientifiques nous fixe d’aliord sur l’aspect général du pays, ses grandes divisions en zone basse, terrasse accidentée, plateau central, sur la nature des terrains, les produits naturels, et généralement sur les ressources que présente le pays. Les opérations auxquelles le personnel de la mission devait se livrer chaque jour permettent tl’apprécier la valeur des produits, le genre de marchandises européennes qui convient aux échanges, le coût des transports sur les voies hahituellement parcourues jusqu’à présent, dans quelle mesure une concurrence éventuelle ferait hausser les prix, quels avantages en un mot I’Ouest africain présente au point de vue agricole, industriel et commercial. Enfin l’exploitation a été préiiarée par la formation du personnel et des interprètes, par l’organisation des services de transport et rétablissement des stations. Je n’entends pas me substituer au chef de la Mission pour préciser davantage les résultats économiques, en dégager les conclusions et signaler les applications possibles. C’est à lui qu’il appartient de nous dire ce qu’il y aura à faire — et surtout comment il faudra le faire — pour ne point perdre son temps et son argent. On approuvera ou l’on discutera. Tout ce qu je peux dire, c’est que la France pourra tirer plus tard un bon parti de l’Ouest africain, mais à la condition expresse d’administrer sagement, économiquement, pacifiquement.

des stations fonilécs par la llissiou. — Les

Mais il convient ici nn'aie de relever une des nombreuses calomnies répandues par les adversaires de la mission française. Si un jeune frère du commissaire de la République, Jacques de Brazza, cl un de ses amis, M. Pecile, ont été chargés d’une mission spéciale d’histoire naturelle dans l’Ouest africain, il est parfaitement avéré qu’ils n'ont envoyé aucune collection en Italie ni ailleurs à l’étranger. Je ne doute pas que de plus compétents que moi n’apprécient la valeur des collections et des travaux particuliers de MM. Jacques de Bruzza et Pecile.

stations scientifiques fondées par la mission Brazza, utiles jalons pour L’exploitation économique du pays, et qui ont été également les centres d’où se répandait notre influence politique, furent au nombre de 26. On verra plus loin la liste de celles qui ont été conservées ou ajoutées.

Enfin, s’estimant suffisamment protégés par nos établissements, les missionnaires catholiques français ont fondé deux missions ; l’une dans le pays des Adoumas, près de lYiati, l’autre à une dizaine de kilomètres de Brazzaville.

On sait enfin que nos droits de protectorat ou de souveraineté sur l’Ouest africain, limités au parallèle 5°12', ont été partout établis sur des traités conclus régulièrement avec les chefs indigènes. En résumé, la Mission de l’Ouest africain a rempli toutes les conditions de son vaste programme. Non seulement elle a vécu deux ans et demi, mais encore elle pouvait vivre au delà de 1885, c’est-à-dire plus de trois ans, sur deux crédits.

C’est avec 2 millions, en moins de trois ans et sans tirer un coup de fusil, que Brazza et cinquante l^rançais ont accompli tous les travaux que j’ai cités, qu’ils ont créé, entretenu tous ces services, fondé toutes ces stations, et conquis à la France un royaume plus grand que la l^rance même !

Ajoutons que le 26 mai 1885, les dépenses de la Mission, calculées jusqu’à la fin de 1885 — c’est-à-dire pour si.r mois de plus que son année budgétaire — se montaient à 296 OÜO francs en argent et 331 300 en marchandices.

Or, le 11 août 1885, date de la remise effective du Gabon, l’actif de la Mission était encore de 330 000 francs en espèces (dont 102 000 francs dus par le Gabon à la Mission), d’environ 500 000 francs en marchandises, plus des vivres pour près d’un an et un matériel considérable qui, dans ces régions, représente plusieurs millions.

liR Convention avec l’Association internafionale. — Dans l’intervalle, des actes diplomatiques d’une haute importance avaient déterminé notre situation dans rOnest africain. Le 23 avril 1884, M. Strauch, president de l’Association internationale du Congo, à Bruxelles, adressait à M. Jules Ferry, président du Conseil, ministre des Aüàires étrangères, la lettre suivante :

« Monsieur le ministre, l’Association internationale du Congo, au nom des stations et territoires libres qu’elle a fondés au Congo et dans la vallée du Kiliou-Niari, déclare formel-

L’OUEST AFRICAIN

lement qu’elle ne les cédera à aucune puissance, sous réserve des conventions particulières qui pourraient intervenir entre la France et l’Association pour fixer les limites et les conditions de leur action respective. Toutefois l’Association, désirant donner une preuve de ses sentiments amicaux pour la France, s’engage a lui donner le droit de préférence, si par des circonstances imprévues, l’Association était amenée un jour à réaliser ses possessions. — Strauch. »

M. Jules Ferry répondait, à la date du 24 ; « Monsieur, j’ai l’honneur de vous accuser réception de la lettre en date du 23 courant par laquelle, en votre qualité de président de l’Association internationale du Congo, vous me transmettez des assurances et des garanties destinées à consolider nos rapports de cordialité et de bon voisinage dans la région du Congo. Je prends acte avec grande satisfaction de ces déclarations et, en retour, j’ai l’honneur de vous faire savoir que le gouvernement français prend l’engagement de respecter les stations et territoires libres de l’Association, et de ne pas mettre obstacle à l’exercice de ses droits. — Jules Ferry*. »

Ainsi, d’après la déclaration du président de l’Association, dont notre gouvernement a pris acte immédiatement, la France, outre ses possessions du Congo français, a des droits éventuels sur les immenses régions, plusieurs fois grandes comme la France, qui constituent VÉtat libre du Congo. Elles ne pourraient passer dans d’autres mains que celles de l’Association sans que la France eut été mise en demeure de les acquérir elle-même.

I^a Conférence internationale de llerlin. — II

resterait à voir comment notre action politique dans l’Ouest africain a été discutée à la Conférence internationale tenue à Berlin du 16 novembre 1884 au 26 février 1883 quel régime économique un nouveau droit international nous impose dans une partie de nos possessions; quelles sont les limites poli-

1. Livre jaune. Affaires du Congo et de l’Afrique occidentale, 4884.

2. La Conférence se tint sous la présidence de M de Bismarck ; en l’absence de celui-ci, l’Allemagne devait être représentée aux séances par le comte de Hatzfeld; la France, par M. de Gourcel, ambassadeur de France à Berlin, assisté du docteur Ballay, de MM. Engelhardt et Desbuisson; l’Angleterre, par son ambassadeur, sir Malet, et de nombreux délégués; les États-Unis, par M. Kasson, que soutenaient l’explorateur Stanley et M. Sandford, membre de l’Association internationale; le roi des Belges, par M. le baron Laubermont et M. Strauch; le Portugal, par son ministre, M. Serpa Pimentel, et le géographe Luciano Gordeiro, etc.

tiques qu’on nous a fixées; quels sont les avantages et les charges qui résultent pour nous des traités de février entre la France, l’Association internationale et le Portugal.

Je ne saurais mieux résumer ces actes et mes appréciations que je ne l’ai fait dans le Congo français^, brochure à laquelle je renvoie le lecteur. Je n’aurai à y ajouter que deux observations.

La première est qu’en insistant vivement pour que nous restions maîtres de notre régime économique, je voulais surtout éviter à une partie de notre colonie l’ingérence de commissions internationales. Délivrée du contrôle qui l’eût assimilée à une Egypte, notre colonie pourra supporter dans une de ses parties un régime économique dont le contre-coup éventuel dans l’autre a été fort exagéré.

La seconde observation a trait aux limites politiques que nous assigne le traité du 5 février avec l’Association internationale. Il est regrettable qu’en échange de l’abandon de nos droits politiques sur la rive gauche du Congo dépendant des Etats de Makoko, et de notre liberté économique dans nos territoires dépendant du bassin conventionnel du Congo*, nous n’ayons obtenu aucune satisfaction de nos prétentions sur le territoire du bas Congo, au sud du 5° 12'^, et le bassin septentrional du haut Congo.

Sans doute, on aurait pu obtenir à Berlin un partage plus équitable entre nous et l’Etat du Congo (six fois grand comme la France), si notre presse et l’opinion publique avaient manifesté à cette époque la môme sympathie, la même ardeur qu’auparavant pour notre entreprise nationale dans l’Ouest africain, si elles avaient offert à notre gouvernement un terrain de résistance contre les prétentions non fondées de l’Associa-

d. Dentu, éditeur, janvier I88S.

2. Tout le bassin du Congo, soit qu’il appartienne à la France, soit qu’il fasse partie de l’État libre du Congo, a été déclaré ouvert au commerce de toutes les nations. Ce bassin est dit conventionnel, parce que ses limites naturelles, n’ayant pu encore être reconnues et déterminées par les explorateurs^ ont dû être fixées hypothétiquement et par convention. Nos possessions de l’Ouest africain sont divisées en deux zones : d’une part, le Gabon et la partie nord du Congo français jusqu’à Setta-Cama et Franceville, où nous pouvons nous réserver le monopole commercial; d’autre part, la partie sud du Congo français, qui fait partie de la région ouverte au commerce libre, c’est-à-diro où les importations seules jouiront de la franchise.

3. Le Congo français n’arrive pas à la ligne du bas Congo; entre Manianga et l’emboucbure, la rive appartient à l’Association, sauf unp enclave laissée aux Portugais.

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lion, et l’avaient encouragé et soutenu clans la défense de nos intérêts.

Ce n’est pas un territoire plus ou moins grand que je regrette. L’Etat libre du Congo, destiné à mourir d’inanition, ne me paraît pas d’ailleurs bien inquiétant pour le développement de notre influence dans le bassin septentrional du haut Congo. Il ne me paraît pas davantage inquiétant pour nos intérêts commerciaux dans le bas Congo, qui ne sera jamais qu’un cul-de-sac sans valeur tant que nous serons maîtres des voies où nous pourrons toujours susciter une concurrence victorieuse pour nos voisins. 3Iais ce que je regrette ici, c’est le manque d’une véritable frontière naturelle — la rive droite du bas Congo ; c’est sa conséquence que nous ne seimns pas tranquilles sur la frontière du Chiloango, et que cela nous forcera à donner à l’occupation d’une si mauvaise zone frontière un caractère militaire, charge onéreuse, moins supportable encore pour l’Association qui, en nous disputant cette frontière, a fait un faux calcul.

Sous ces réserves et celles que j’ai à faire à propos de l’inaction antérieure de la marine au Gabon, dont la conséquence a été de faire limiter notre possession au parallèle de la rivière Kampo (dans le nord du Gabon), nous devons reconnaître que les résultats diplomatiques obtenus à Berlin consacrent entièrement les conditions politiques de notre programme de 1883. Si c’est — suivant moi, qui désirais un peu plus — un succès relatif, je n’en conviens pas moins, étant donnés les obstacles considérables opposés à la réalisation même de notre programme convenu, que notre gouvernement a remporté un très grand succès en faisant ratifier par toutes les puissances la conquête économique, pacifique, qui fera l’éternel honneur de Brazza, de ses collaborateurs et de la France*.

Traites avec l’Allema:;ne, le l'ortiig^al et l’État libre. — Par le traité'du 24 décembre 1883 la limite entre les possessions françaises et la colonie allemande du Cameroun a été fixée à la rivière Kampo depuis son embouchure jusqu’au point où elle rencontre le méridien de longitude est (de Paris), 7° 40'; puis, à partir de ce point, le parallèle prolongé jusqu’à sa rencontre avec le méridien situé par 12“ 40' de longitude est. Les deux puissances riveraines ont sur le Kampo la liberté de navigation et de commerce.

1. En juillet-août 188a, ont été ratifiés par le Parlement français les Actes de la Conférence de Berlin.

Le 12 mai 188G, traité avec le Portugal ; la délimitation nous fait perdre quelques territoires au nord du Chiloango, mais nous reconnaît la possession de la Louëma.

Le 29 avril 1887, convention avec l’État libre du Congo : 1° confirmant à la France son droit de préemption sur cet Etat; 2° fixant pour limite entre les deux territoires le thalweg de VOubanghi jusqu’à son intersection avec le 4® parallèle nord.

Il reste quelques litiges avec les Espagnols qui, étant maîtres des îles Corisco et Elobey, élèvent des prétentions sur la côte voisine, où ils n’ont d’ailleurs ni comptoir ni établissement d’aucune sorte.

I\'on%'clles missions (l*exploi*ations. — En 1883, M. de Lastours a exploré la rivière N’Koni comme voie de pénétration chez les Batékés. Il est mort en 1883, comme il préparait une nouvelle expédition. Elle fut confiée par M. de Brazza à son frère Jacques et à M. A. Pecile. Ils coupèrent la Sébé, la Liboumbi (affluent de Vhindo), franchirent la ligne de faîte qui sépare les bassins de rOgôoué et du Congo, reconnurent les petites rivières qui se réunissent pour former le Likona et la Likoiiala, entrèrent dans le bassin de la rivière Yeuse. Cette exploration coûta la vie à Jacques de Brazza.

La convention anglaise du 3 août 1890, (pii reconnaissait nos droits sur les régions qui avoisinent Barrua sur le lac Tchad ' suscita de nouveaux dévouements : on essaya, en remontant les cours d’eau du Congo framjais, de pénétrer dans ces régions.

En 1891, M. Fourneau, parti du poste d’Ouesso &m'\a.Sangba (affluent de droite de Congo), accompagné quelque temps par la chaloupe canonnière le Ballay qui remontait la rivière tandis que lui-méme suivait la voie de terre, explora d’abord la Likellé et la Massiéba, dont la réunion forme la Sangha. Le 10 mai, pendant la nuit, auprès de la rivière Ekéla et du villagi^ du chef N’Zaouaré, il fut attaqué par les indigènes. Des deux Européens qui l’accompagnaient, l’un, M. Bloin, fut blessé, l’autre, M. Tbiriet, fut tué. Quoique blessé lui-méme, l’explorateur brûla sur un grand bûcher le corps de son compagnon et la majeure partie de ses marchandises et comnien(;a une retraite (pii coûta la vie à plusieurs de ses Noirs. Il fut enfin recueilli par la canonnière et rapporta de précieux renseignements sur la Sangha.

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