Voyez ci-dessus, p
L’OUEST AFRICAIN
Pendant ce temps un autre groupe de la même mission, avec MM. (1 aillard et llusson, appuyé par le Ballaij et la canonnière le Djoué, exploraient le iV’</o/yo, aftluentde droite de la Sangha; arrêtés par la baisse des eaux, ils durent revenir à Ouesso.
Lies luiswioiis Cramitcl et Wybowski. — M. Crampel, ancien secrétaire de M. de Brazza au Congo, avait fait en 1888 une première exploration et découvert en janvier la rivière Djah. qui ])orte ses eaux au Congo. Assailli parles M’fan, au conlluent du Komm et du N’tem, il avait été blessé et obligé de rétrograder après avoir perdu plusieurs hommes de son escorte
En 1890, il fut chargé par le Comice français d’une nouvelle mission ; il s’agissait, partant de l’Oubanghi, de traverser une région inconnue qui figurait en blanc sur les cartes, d’atteindre, par le Chari, le lac Tchad, de gagner Knuka, capitale du Bornou, et de revenir par le Sahara et l’Algérie. Crampel s’adjoignit Ischekkad-ag-Rhali , un des Touareg internés à Alger et qui, en 1889, avait visité Paris et l’Exposition, la petite Pahouine Niarinzhé, l’ingénieur Lauzière, MM. Nehout, Biscarrat et Orsi, avec une escorte de laptots et de tirailleurs.
Débarqué à Loango en juillet 1890, il atteignit Brazzaville et arriva, le 25 septembre, à Banghi, sur l’Oubanghi, le dernier poste français. Le 4‘janvier, il se lançait dans la région inconnue. On apprit que MM. Orsi et Lauzière étaient morts de maladie. Puis, en juin, des dépêches de source anglaise annoncèrent le massacre de la mission. Ces nouvelles furent démenties parM. de Brazza, assurant que Crampel, après avoir dépassé le G® degré de latitude nord, était entré dans le Baghirmi, où les chefs arabes paraissent plutôt favoriser sa marche que l’entraver. Le 0 août, M. de Brazza était forcé de télégraphier que Crampel et Biscarrat étaient tués, qu’lschekkad avait disparu, que la Pahouine avait été enlevée , et que l’arrière-garde , commandée par M. Nehout, le seul Européen survivant, s’était mise en retraite. Les auteurs du meurtre, commis à El-Kouti, sur le Chari, le 8 ou le 9 avril 1891, auraient été des musulmans Snoussya.
Le Comité français avait déjà chargé M. Dyhowski de se porter avec des renforts et un matériel important sur la trace de la première mission. 11 ne s’agissait alors cjue de la soutenir en maintenant ses communications avec l’Oubanghi; les mauvaises nouvelles reçues, on assigna pour but à M. Dybowski de rechercher les débris de la mission et de la venger.
Le 23 octobre 1891, avec MM. Brunache, Briquez, Bobichon, Nebout, 44 Sénégalais et 48 porteurs indigènes, il quitta Banghi.
Le 5 novembre, il atteignait Bambé. Le 21, il arrivait chez Yabanda, chef des N’Gapou, où il trouva un des laptots de Crarnpel, qui fit un récit complet du désastre. Non loin de là, M. Dybowski surprit une centaine de musulmans, leur tua 11 hommes, leur fit deux prisonniers, captura leurs esclaves et leurs bagages. Comme les prisonniers se refusaient à donner aucun détail et qu’on les avait trouvés porteurs d’objets provenant du pillage de la mission, ils furent fusillés, et presque aussitôt les indigènes N’Gapou dévorèrent leurs cadavres. On continua la marche vers le nord ; on parcourut encore 100 kilomètres dans un pays presque désert; on arriva chez les Makourous, au village de M’Pokou, dont le chef Imbokou venait d’étre pillé par les musulmans. Gomme les vivres manquaient, on abandonna l’idée de franchir les 200 kilomètres qui séparaient encore d’El-Kouti, et l’on rentra, le 23 décembre, à Banglîi. Sur tout le chemin, à l’aller et au retour, on avait relevé la topographie du pays et passé des traités avec les chefs.
« Aujourd’hui, l’œuvre de Crarnpel est en partie accomplie. La frontière française est reculée à plus de 500 kilomètres au nord. Le territoire situé entre l’Oubanghi et le Chari nous est acquis, et nul autre pavillon que’ le nôtre ne flottera dans les riches contrées de la Kembo et dans celles du Yabouda '. *
Mis.«»iou — Le Comité de l’Afrique française
jugea que nous ne devions pas nous arrêter en aussi bonne voie. Une nouvelle expédition fut organisée sous la direction de M. Maistre, qui venait d’accomplir à Madagascar une heureuse exploration. Le 30 mars 1893, celui-ci était arrivé à Brazzaville, d’où il gagna par 5" 20' N. le poste de la Kemo. Il quitta ce point au commencement de juillet, passa au travers de tribus N’drys et, après avoir franchi en 9 jours une zone absolument déserte, il dut lutter contre les Mandjia avant d’atteindre le Gribingpi, nom du Chari supérieur. H fut, entre le Chari et le Logone, bien accueilli par les Saras et les musulmans du Baghirmi ; mais le manque de marchandises le força à faire roule à l’ouest vers l’Adamaoua, par le pays inexploré des Gaberis. Fort bien reçu à Yola, Maistre ne put voir le lieutenant Mizon, qui était arrêté à Chirou, mais lui envoya MM. Brunaclie et Briquez. Il fut rapatrié jusqu’à
1. Discours de M. Jamais, sous-secrétaire d’État des Colonies, le 23 mai 1892, au banquet offert à .M. Nébout par le Comité (ou syndicat) de l’Afrique centrale. — Rapports ISébout, Dullelln du Comité framais.
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Akassa par la Compagnie royale du Niger. Cette belle exploration avait des résultats politiques et géographiques d'une importance considérable. L’extension de la colonie française vers le nord était assurée par la signature de nombreux traités et l’itinéraire de Maistre se reliait très heureusement a celui de Nachtigal dans le Baghirmi.
du cuititaiiic Nioutell. — Une autre partie des résultats qu’on se proposait ont été obtenus par le capitaine MonteilL Après son exploration du Mossi, il avait atteint Say, sur la rive droite du Niger, en août 1891 : Say, « enfoncée dans les champs de mil, » et qui est « une ville relativement grande, où il existe un marché ». Il fut très bien reçu par le roi de Say, qui l’engageait à rester longtemps chez lui. Trois routes se présentaient à lui pour se rendre au lac Tchad: malgré les conseils du roi, il choisit la plus courte, mais aussi la plus dangereuse, qui « passait au milieu de populations pillant et rançonnant les caravanes ». 11 traversa iJosso, capitale du Guerma; puis 7'orso, où il faillit employer les armes pour forcer son chemin ; puis Ginouaé, capitale du Maouri, dont le roi le protégea contre les pillards; puis Argoungou, grande ville sur la rivière Mayo JS'Kabbi^ et capitale du Kabbi. A 120 kilomètres de là, il atteignit Sokoto, en octobi*e 1891. « C’est une ville très grande, mais appauvrie par les guerres. » Il y fut très bien reçu par le sultan Lamédioulbé.
Par Zaouo, chef-lieu de la province de Zaïnfara^ il atteignit, le 23 novembre, Kano, autre ville de l’empire de Sokoto, mais bien plus importante que Sokoto^, à mi-chemin du lac Tchad. Puis il se rendit à Kouka^ capitale du Bornou^ sur ce lac. On peut donc estimer que la limite d’influence que nous assignait de ce côté la convention anglo - française , c’està-dire la ligne de Say à Barrua, est désormais atteinte.
Misiiilon du lieiiteuant Mizou. — En 1890, le lieutenant de vaisseau Mizon, soutenu par le Comité de l'Afrique française et le Syndical français du Haut-Bénito et de l'Afrique centrale, avait entrepris d’arriver au lac Tchad par les affluents de la Bénoué et du Chari et de revenir ensuite sur la Sangha et le Congo. Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1890, sur la rivière