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2. Voyez la lettre de M. Monteil, datée de Kano, 6 janvier 1892, et publiée par le Journal La Politique coloniale et par le Temps (8 juin 1892).

Suaré^ la mission fat attaquée par les indigènes, eut plusieurs hommes blessés, et parmi eux M. Mizon. Elle dut redescendre sur Akassa, dans le delta du Niger. Là, les autorités anglaises, en violation des stipulations de l’Acte de Berlin, lui interdirent de reprendre son entreprise. Le Syndicat français protesta auprès de notre ministre des Affaires étrangères et le pria d’intenter une action pour obtenir de la Compagnie anglaise , violatrice de ces stipulations , une indemnité évaluée à 200 OUU francs.

M. Mizon, à peine guéri, repartit A'Akassa^ toujours sur la canonnière le liené-Caillié^ le il décembre 1890.

Le 28 janvier 1892, il était à Onitcha sur le Niger, où est installée une station de missionnaires français. Il dut attendre à Lukodja la crue qui lui permettrait de remonter la Dénoué. 11 n’était plus accompagné que de M. Tréhot, du tirailleur algérien Alimet, du chef indigène El-Hadj-Ahmed et de la petite indigène S’Nabou. Il fut très bien accueilli par les chefs du Mitchi et le sultan du Mouri. Les Anglais de la Compagnie du Niger essayèrent encore de l’arrêter dans sa marche sur Yola, le faisant dénoncer à Zoubir, sultan de V Adamaoua, comme « un blanc qui arrivait en bateau de guerre pour apporter à ses ennemis des fusils et des cartouches ». Le sultan, persuadé par ces mauvais propos, projeta de le faire périr; mais M. Mizon, laissant sa canonnière, se rendit à Yola avec le tirailleur Ahmed et El-lIadj-Ahmed (20 août 1891), et fit connaître au sultan la vérité. A partir de ce moment, le lieutenant reçut de lui le meilleur accueil. Zoubir lui dit : « Tu es mon hôte et désormais mon ami. Reste ici, je te donnerai des terres et tout ce que tu pourras désirer. Aux Anglais j’interdis de mettre le pied dans ce pays; à toi, il ne te sera jamais fait de mal. » Et, en effet, M. Mizon séjourna dans l’Adamaoua du 20 août au 15 décembre.

Pour se prémunir contre de nouvelles embûches des Anglais, il se rendit aux deux pontons qu’ils avaient sur le fleuve, et sur lesquels ils avaient pour deux millions de marchandises, et leur déclara qu’en cas de récidive il coulerait leurs pontons avec les hotchkiss de sa canonnière. A l’aide de celle-ci, il reconnut les deux affluents de la haute Bénoué, le Faro et le Mayo-Kehhx., qui a ses sources dans les hauteurs au delà desquelles s’étend le bassin du Chari.

Le sultan Zoubir connaissait déjà la France par les négociants arabes qui viennent chez lui d’Alger, de Tunis et de Tripoli ; il ne connaissait guère l’Angleterre que par les trafi-

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quants du Niger, et par conséquent l’appréciait médiocrement. Il ne leur permet pas de s’établir sur son territoire: c’est pour cela qu’ils tiennent leurs marchandises sur des pontons. Il prélève sur leur trafic une taxe de 10 0/0. Au reste, à Yola, on rencontre des gens de toute provenance : M. Mizon s’y entretint avec un sergent turc qui avait combattu à Plevna.

Le royaume de l’Adamaoua lire son nom du chefpeuhl, Adama, qui le fonda dans le premier tiers de ce siècle et bâtit Yola (vers 1835).

Il est peuplé de près de 4 millions d’habitants.

La race dominante est celle des Foulanis ou Peulhs, qui sont non des noirs, mais des rouges, presque des blancs, comme les Égyptiens dont ils prétendent descendre : aussi, parmi les Prophètes, ils font figurer Pharaon. Quoique de religion musulmane, ils n’aiment point leurs coreligionnaires arabes. Ils ont des instincts d’ordre, de gouvernement, de civilisation, et assurent aux peuples conquis par eux une sécurité et une prospérité qu’atteste la densité de la population.

M. Mizon affirme que le sultan, par lui-même ou ses feudataires ou gouverneurs {lamidos), pourrait mettre sur pied 3 ou 400000 hommes de levée en masse; mais il n’a que 15 à 20000 hommes d’armée régulière.

Parmi ses soldats d’élite, il a non seulement des cuirassiers, mais des guerriers couverts d’armures de fer et de cottes de mailles, comme nos chevaliers de la guerre de Cent ans ou des Croisades.

lùifin, après quatre mois de séjour dans Yola, M. Mizon Cn repartit le 15 décembre, avec une lettre du sultan à ses vassaux. Toujours accompagné de M. Tr^ot, des deux Ahmed et deS’Nabou, il passa par G’oMwna, les sources de laBénoué, N'Gaoujideré, grande ville de 20 à 25000 âmes, où le gouverneur Mohammed, un des grands feudataires de Zoubir, le reçut ën grande pompe, le garda du 4 au 30 janvier, lui fit passer des revues de ses troupes et demanda à être photographié au milieu de sa cour. M. Mizon continua par Koundé^ Boka, Zaria, Gaza, sur la rivière Boumbi, où il se retrouvait parmi les populations fétichistes, et il atteignit la rivière Kadeï où il apprit que M. de Brazza était arrivé sur la Mambéré, affluent nord de la Sangha. Il le rejoignit enfin dans Tîle Comaza, au confluent de la Kaneï et de la Mambéré, et y séjourna avec lui du 7 au 10 avril. Il atteignit ensuite le fleuve Congo près de Bonga.

Le résultat de cette exploration de M. Mizon a été défaire connaître la ligne de partage entre le bassin de la Bénoué et celui du Congo, de ranger toute la région entre Oubanghi et Sangha sous notre influence jusqu’au 5® degré de latitude, de limiter à l’est et au nord V hinterland du Cameroun, de mettre en relation directe notre Ouest africain avec la région du lac Tchad. Par là, déclare M, Étienne, nous acquérons « une \ influence exclusive sur tous les territoires qui se trouvent à l’est de l’itinéraire parcouru parM. Mizon entre Yola et le Congo : ces territoires, qui comprennent l’important royaume d’Adamaoua, sont désormais placés sous l’influence française* ».

Secoude expédition Mizon. — Le lieutenant Mizon ne devait pas être plus heureux dans cette nouvelle tentative que dans la précédente. Il avait relié l’Adamaoua aux ports français de la haute Sangha et comme nous l’avons vu, Maistre venait de tracer plus à l’est une seconde ligne d’investissement autour de la colonie allemande de Kameroun qui se trouvait ainsi cernée, séparée radicalement du bassin du Tchad qui formait son desideratum le plus ardemment convoité, la mettait enfin dans l’impossibilité absolue de s’étendre vers l’intérieur. Jaloux des progrès accomplis par la France, les Anglais ne pouvaient que s’entendre avec les Allemands dont les intérêts étaient identiques aux leurs, l’accord ne fut pas long à être conclu. Mizon fut illégalement retenu dans le bas Niger afin de donner à l’expédition du baron de Nechtritz et du docteur Passarge le temps de le rejoindre et de le dépasser. Le 22 novembre 1892, le sultan de Mouri signa avec Mizon un traité qui plaçait son territoire sous le protectorat français. Ce traité fut aussitôt dénoncé comme attentatoire aux droits soi-disant antérieurs de la Compagnie du Niger, le haro fut encore plus violent lorsqu’on apprit que Mizon avait obtenu les mêmes avantages du Bachama et de l’Adamaoua. Notre ministère des affaires étrangères fut assailli de réclamations violentes et Mizon, qui avait quitté le Mouri le 19 juillet 1893, regagné Yola le 19 août, dut rentrer en France. C’était un recul bien avéré du gouvernement français.

1. Discours au banquet Mizon, le 5 juillet 1892, — Conférence de M. Mizon à la Sorbonne, 10 juillet 1892. — Interviews dans le Temps du 23 juin et le Journal des Débats du 24 juin 1892. — Bulletin du Comité français de l'Afrique, mai 1891 et suiv.

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AI* <le Bmzza. sut* la. liante Saiis'lia< — La campagne de 1892 fut consacrée par M. de Brazza à Bextension pacifique de notre domination dans la haute Sangha; c’est ainsi qu’on l’y voit créer et relier nos postes, établir une route pour contourner les rapides de Bania et remonter jusqu’à Bouboua par 5°7' lat. N. où il est arrêté par de nouveaux rapides. Le contact était pris avec ces populations musulmanes, Pculhs, Foulahs, Foulbés ou Fellatahs, qui dominent dans l’Adamaoua. Un de leurs agents resta dix mois dans nos postes, examinant tout, scrutant notre politique, puis une fois convaincu de nos intentions pacifiques, il retourna près du laniido Abou ben Aïssa. M. de Brazza confia à M. Ponel, un de ses agents, la mission de l’accompagner et de se rendre ensuite près du sultan Zoubir. Parti en décembre 1892, Ponel arrivait le 15 février suivant à Ngaoundéré, localité visitée par le lieutenant Mizon qui y avait laissé d’excellents souvenirs. M. Ponel fut reçu dans la ville par le sultan Abou ben Aïssa qui lui déclara ne vouloir traiter qu’avec les Français, Parti le 2 avril pour Yola, M. Ponel y arriva huit jours plus tard. Mais si notre compatriote avait sur sa route reçu un accueil empressé, il s’aperçut bientôt, à l’embarras de Zoubir, qui se faisait passer pour malade, que la Compagnie anglaise du Niger l’avait fortement travaillé. Le souverain ne voulut même pas recevoir la lettre d’introduction que Ponel lui présentait et celui-ci dut repartir sans l’avoir vu. Le 22 avril, notre compatriote rentrait à Ngaoundéré où l’accueil du lamido fui tout aussi amical qu’auparavant. Le 17 juin 1893 il rejoignait M. de Brazza, qui s’empressait de prévenir notre ministre des Affaires étrangères des résultats de cette mission. L’année suivante, un autre agent français, M. Goujon, pénétrait à Ngaoundéré et y séjournait jusqu’en mai. La convention franco-allemande, qui a fixé les limites du Cameroun, a attribué aux Allemands Ngaoundéré, mais la route qui la relie à nos postes de la haute Sangha est restée ouverte à nos commerçants. Malade d’une violente attaque de fièvre hématurique causée par d’excessives fatigues, M. de Brazza se trouve en janvier 1894 à Nota, sise au confluent de la Kaédi et de la Massiépa, puis le mois suivant à Berberati, où il fait établir la route qui relie cette localité à Nola; un peu plus tard, il établit un poste important àKoundé. En septembre dernier, il rentrait à Brazzaville sur le Courbet, mais ce bâtiment ayant coulé à pic, les papiers du gouverneur et une partie des résultats.

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scientifiques de sa mission furent irrémédiablement perdus.

A la fin de 1884, sur la haute Sangha se trouvaient installés les postes de Nola avec 12 Sénégalais, de Bania, où commence la route de terre, de Batouti sur la rivière de ce nom, de Berberati poste avec blockhaus et une garnison de 35 hommes, de Gaza, de Tchakanat et de Koundi, ce dernier extrêmement important par sa position.

Coovention aiiS'lo-cong;ola.i«c. — Au mois d’avril 1894, des négociations avaient été ouvertes à Bruxelles entre la France et l’État du Congo pour la détermination de leurs frontières réciproques dans la région du Mbomou et du Soudan égyptien. Un accord n’ayant pu être conclu, le roi des Belges se retourna vers l’Angleterre et conclut avec cette puissance le 12 mai 1894 une convention pour la rectification de leurs frontières et le partage du Soudan égyptien. Par cet instrument diplomatique, un bande de 25 kilomètres de large était cédée à bail par l’État indépendant du Congo à la Grande- Bretagne entre les lacs Tanganyika et Albert-Édouard, ce qui permettait à celle-ci de relier ses possessions de l’Afrique australe avec ses possessions du Haut-Nil. En échange de cette concession si ardemment désirée par l’Angleterre, cette dernière cédait au roi Léopold sa vie durant et après lui sous certaines conditions toute la rive gauche du Nil depuis Fachada jusqu’à la limite de la sphère d’influence allemande. L’Allemagne fut la première à protester contre la convention du 12 mai 1894 parce que celle-ci était contraire aux stipulations du traité du 9 novembre 1884 qui avait fixé les limites des possessions allemandes et de l’État du Congo ; elle eut aussitôt gain de cause.

Quant à nous, la question était complexe. La convention de 1887 avait fixé, comme nous l’avons dit, pour frontières entre le Congo français et le Congo belge le cours de l’Oubanghi. Les deux parties contractantes étaient alors aussi peu fixées l’une que l’autre sur le cours dé cet affluent du Congo. Les Belges furent les premiers à reconnaître que cette rivière était formée de la réunion du Mbomou descendant du nord et de l’Ouellé venant de l’est. Ils s’installèrent aussitôt dans la vallée du Mbomou et malgré nos réclamations réitérées, s’y fortifièrent et y concentrèrent des forces importantes. Commencées en 1892, les négociations furent prises et reprises. En 1894, les plénipotentiaires français, MM Hanotaux et Haussmann, avaient dû quitter Bruxelles

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sans avoir pu arriver à uno entente. Par le nouveau traité qui réglait définitivement tous nos différends avec le Congo, la frontière de l’Ëtat indépendant qui suivait le 4® parallèle était reportée au Mbomou, c’est-à-dire de près d’un degré et remontée à partir du confluent de l’Oubanghi avec cette rivière, suivait le thalweg de celle-ci jusqu’à sa source. Nous prenions possession contre indemnité des postes situés sur la rive droite du Mbomou, nous exercions un droit de police sur celte rivière et de suite sur sa rive gauche. Comme on le voit, c’était une importante concession faite à l’État indépendant en échange de laquelle il renonçait à toute occupation et action politique à l’ouest et au nord du 27° 40' (1. de Paris) à partir de son intersection avec la crête de partage des eaux des bassins du Congo et du Nil, jusqu’au point où ce méridien rencontre le parallèle 5° 30', puis ce parallèle jusqu’au Nil. C’était un beau succès remporté par notre ministre des Aflaires étrangères, M. Hanotaux, qui avait su faire valoir les engagements exprès et antérieurs pris en notre faveur et persuader le Parlement de la nécessité d’une action rapide et décisive.

LiO. mission Montcil-Deca.zes. — C’est au moment OÙ nos relations commençaient à se tendre avec l’État indépendant (printemps 1893), que le lieutenant-colonel L. Monteil fut chargé par le gouvernement d’une mission au Congo français; mais retenu en France par les négociations en cours pour la délimitation du Kameroun, ce fut son second, le capitaine Decazes, qui prit en réalité le commandement des troupes. Il quitta Brazzaville le 10 novembre 1893 pour le poste des Abiras, situé dans un pays plat, sans arbres, affreux. Arrivé le 28 décembre, il était rejoint le 27 janvier 1874 par le lieutenant Vermot, le mois suivant par le lieutenant Julien, et, sur le conseil de M. Listard, faisait une expédition contre les Boubous déjà châtiés l’année précédente par MM. le duc d’Uzès et Julien parce qu’ils avaient assassiné notre agent, M. Poumayrac. Les Boubous étant soumis, on construit chez eux un poste aux rapides de Kotto, puis dans le bassin du Mbomou à Madebandzi. Le Kotto et le pays des Boubous sont explorés par M. François, et l’Ouellé remonté sur bO kilomètres par M. Comte, tandis que le Chinko, affluent du Mbomou, est reconnu par le lieutenant Vermot, qui y rencontre des populations musulmanes parlant l’arabe.

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LA FliANCE COLONIALE

Quant au colonel Monleil, après avoir quitté Marseille au mois de juillet 1894 avec des instructions énergiques pour forcer les Belges à retirer leurs troupes de la vallée du Mbomou, il débarquait le 12 septembre àGrand-Bassam avec la moitié des troupes qu’il devait primitivement diriger sur rOubanghi et était chargé de repousser notre vieil ennemi Samory qui menaçait nos établissements de la côte d’ivoire.

l»AItTIE OÉOORÜlPHIQUE

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