CHAPITRE II
GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE
Situation géog^raphique. — L’ile de la Réunion fait partie, dans la mer des Indes, du groupe des Mascareignes. Elle est située par 53° de longitude est et 20° 51' de latitude sud*. Elle affecte la forme d’une ellipse, dont le grand axe a 71 kilomètres et le petit 51. Sa superficie est de 260 000 hectares.
Montagnes. — L’île est de formation volcanique. Elle constitue un cône à deux sommets, dont l’un est le Piton des Neiges, qui dresse sa cime à plus de 3 000 mètres, l’autre le Volcan, moins élevé seulement de quelques centaines de mètres. Le grand axe de l’ellipse est représenté par une chaîne de montagnes, aux nombreux pics, connus sous le nom de pitons, et dont le plus élevé, après le Piton des Neiges, est le Grand- Dénard (2892 mètres). Vers le centre de l’île, un vaste plateau, élevé de 1600 mètres, la plaine des Cafres, relie les deux systèmes orograpbiques.
La montagne commence de chaque côté dans la mer. Elle sépare la colonie en deux parties presque égales, constituant les deux arrondissements dits du Vent et sous le Vent. Ces dénominations, empruntées au langage maritime, sont d’ailleurs oin d’être météorologiquement exactes.
Cours d’eau. — Les cours d’eau sont, pour la plupart, des torrents qui ne coulent guère que pendant l’hivernage, après les grosses pluies ; ils deviennent alors impétueux.
1. Elle est à 33 lieues marines au S.-O. de Maurice, à 140 à l’est de Madagascar, à 1 770 de Marseille par le canal de Suez.
LA REUNION
Cependant, un certain nombre de rivières (du Mdt, des Roches, des Marsouins, de VEst, des Remparts), situées à l’est, roulent toujours une onde très pure et très fraîche. De nombreuses sources, d’une extrême pureté, alimentent abondamment les villes, qui ont presque toutes exécuté de grands travaux de canalisation. On a aussi construit plusieurs canaux d’irrigation.
Climat : pluies et vents, température. — ■ La quantité de pluie qui tombe annuellement varie beaucoup suivant les localités. Les plus arrosées sont celles du sud-est *, sur lesquelles les montagnes arrêtent les nuages chassés par les vents alizés, qui soufflent régulièrement de mai en octobre. Pendant le reste de l’année, il ne pleut guère qu’à la suite des cyclones, ces effroyables tempêtes circulaires qui sont le plus grand fléau de la colonie, car elles saccagent en quelques heures les cultures et même les demeures. Les cyclones qui passent à distance de l’île ne se font sentir que par la chute d’ondées bienfaisantes. Ces redoutables météores n’ont lieu que pendant la saison chaude, Vhivernage, de novembre à mars. Pendant cette saison la température varie de -}- 27 à -|- 32° et même -|- 33» à Saint-Paul. Durant les autres mois, ceux qui forment la belle saison, la température est de 46 à 25°. La moyenne générale est de 24°.
De Saint-Benoît à Saint-Joseph, il tombe par an environ 4 mètres d’eau, tandis que Saint-Denis n’en reçoit que la moitié et Saint-Paul encore moins. On a parfois constaté des averses donnant jusqu’à 250 millimètres d’eau en quelques heures.
Sur les hauteurs, la température diminue naturellement beaucoup. La neige tombe quelquefois sur les hauts sommets, et le thermomètre s’y abaisse beaucoup au-dessous de 0°. A la plaine des Cafres, pendant la même saison, le givre recouvre le sol presque tous les matins.
Ces différences de température donnent à la Réunion tous les climats; sur le littoral, on cultive la canne à sucre; sur les hauteurs, les céréales. On y a créé des stations de plaisance, où l’on peut aller rétablir sa santé altérée par les chaleurs.
•1. Les pluies tendent à devenir plus rares dans les régions qui ont été le plus déboisées. En 1803, Bory de Saint-Vincent disait déjà : € L’infécondité de Bourbon, grâce au déboisement et à la rareté des pluies qui en est la conséquence, sera un jour, comme l’aridité de l’Egypte, de la Perse et d’autant d’autres déserts, la preuve indiscutable de l’ancienne possession de l’homme. » j . ,î t .
iSaliilirité. — La Réunion a’ longtemps été citée pour sa salubrité. Flacourt raconte qu’il suffisait d’y débarquer des malades pour les rétablir. Depuis 1868, ce renom s’est perdu. La fièvre paludéenne, jusque-là inconnue, a fait son apparition, évidemment importée, malgré les théories en faveur. Après avoir été très meurtrière, elle est d’ailleurs devenue plus rare et bénigne et ne présente presque plus de cas mortels. Il est à espérer qu’elle disparaîtra complètement.
Sources thermales. ■ — Trois grands cirques, Salazie, Cilaos et Mafatte, donnent naissance à de nombreuses sources thermales identiques les unes à celles de Vichy {Salazie, Cilaos), les autres à celles de Barèges (Mafatte). On y a créé des stations très fréquentées par les baigneurs de la Réunion et de Maurice.
La source du Bras-Cabot, récemment découverte, à 700 mètres d’altitude, donne des eaux d’une vertu analogue à celles de Salazie et Cilaos.
Aspect du pays. — L’île est très fertile. Sur le bord de la mer on ne voit que d’immenses champs de cannes à sucre ; les plaines de l’intérieur produisent les céréales et tous les fruits de l’Europe. Le reste est couvert de forêts, dont quelques-unes sont encore fort belles et fournissent des bois très résistants. Aucun pays n’est plus pittoresque, et les voyageurs le comparent aux sites les plus renommés de la Suisse. Au milieu des bois, dans les gorges des ravines, ce sont à chaque pas des spectacles merveilleux, des cascades d’une prodigieuse hauteur, sous le plus beau des ciels; et, comme contraste, parfois le volcan vomit ses fleuves de feu, dont rien ne peut rendre la majestueuse impression.
La beauté de l’île lui avait valu le nom d'Eden.