CHAPITRE ill
LES HABITANTS
Populallon, ethnoj^i’aphie. — La Réunion compte moins de 200 000 habitants*. Les premiers furent des ouvriers de la Compagnie des Indes, chassés de Fort-Dauphin par les Malgaches, après le massacre de leurs compagnons. Peu à peu
-i. Recensement do 1888 : -165 915 habitants; Français, 120532; Indous, 25174; Malgaches, 6234 ; Cafres, 8826; Chinois, 537 ; Arabes, 200 ; troupes, marine, asiles, prisons, 2378. — Total: 163 881.
LA RÉUNION
l’immigration, tant européenne que cafre et malgache, est venue grossir ce noyau. Les fonctionnaires envoyés par la métropole sont ordinairement restés dans le pays avec leurs familles. Aujourd’hui, il y a environ 60 000 habitants d’origine européenne; les uns, ceux surtout qui jouissent d’une certaine aisance, habitent les villes et les campagnes du littoral; les autres, principalement les descendants des premiers colons, amoureux de l’indépendance, forment sur divers points de l’île, et particulièi’ement sur les hauteurs, une populatiôn spéciale, connue sous le nom de petits créoles, remarquablement belle et brave, vivant de pèche, de petites cultures, marcheurs incomparables, aimant les aventures.
Êiuaucipation des esclaves. — En 1848, quand un décret du gouvernement provisoire proclama l’émancipation des esclaves, ces malheureux, d’ailleurs bien traités en général, étaient au nombre de 60 000. Le décret d’affranchissement leur a donné, avec la liberté, la qualité de Français. Depuis 1870, ils sont, au même titre que les colons européens, électeurs et éligibles. Jamais aucune question de caste ne s’est élevée dans le pays. Toute cette population française, quelle que soit son origine, est remarquablement douce et sage; nul événement politique survenu en Europe n’a eu un contre-coup violent à la Réunion. Les fils des affranchis fréquentent presque tous les écoles, en sortent souvent avec des connaissances étendues et se placent facilement. Les autres deviennent d’habiles ouvriers. Seul, le travail de la terre leur est antipathique.
Immigration. — Aussi a-t-il fallu recourir à l’immigration étrangère pour satisfaire aux besoins de l’agriculture. Après une période de dix ans, où l’on a introduit simultanément des travailleurs de l’Afrique et de l’Inde, il a été conclu en 4860, entre la France et l’Angleterre, une convention, aux termes de laquelle la première s’interdisait le recrutement africain et devait demander à l’Inde anglaise tous les immigrants nécessaires à ses colonies.
Sous le régime de ce traité, un grand nombre d’Indous furent introduits à la Réunion, où il en reste 25 000 environ. Ces travailleurs, engagés pour cinq ans, sont si bien traités qu’il est fort rare d'en voir retourner dans leur pays; et ceux qui partent reviennent presque tous. Néanmoins, sous la pression de ces Sociétés bibliques qui sont aussi notre principale pierre d’achoppement à Madagascar, des plaintes nombreuses se sont produites de la part de l’Angleterre. Malgré les sacrifices de la
colonie, qui a organisé un service très onéreux de protectorat des immigrants, malgré la présence d’un consul anglais très écouté, le gouvernement de l’Indoustan a supprimé l’immigration pour la Réunion.
La France doit se croire dès lors autorisée à reprendre sa liberté d’action et à assurer le recrutement des travailleurs en Afrique ; mais malgré les réclamations des colons, pour lesquels il s’agit d’une question vitale, rien n’a encore été fait dans ce sens. L’agriculture, déjà bien éprouvée, n’a plus à sa disposition que les Indous autrefois introduits; mais cette ressource s’éteindra peu à peu, et la colonie se trouvera absolument dépourvue de travailleurs agricoles.
La reprise du recrutement africain serait très avantageuse à la Réunion. Les Cafres s’assimilent avec une facilité prodigieuse à l’élément français; au bout de deux ans de séjour, ils se confondent presque avec les indigènes. Après cinq ans, ils portent la redingote et les bottines vernies le dimanche. Mais ils travaillent toujours le reste de la semaine.
On trouve encore à la Réunion des Chinois, qui ont accaparé le petit commerce avec l’habileté proverbiale de la race jaune, et des Arabes qui, depuis peu, cherchent à monopoliser le commerce des tissus.
A Maurice, depuis longtemps, Arabes, Chinois et Indous sont presque les seuls négociants en grains alimentaires et commerçants de détail.