‹ La France colonialeChapitre 72 sur 180 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE

Cultures. — La principale, presque Tunique culture de la Réunion, est celle de la canne à sucre qui couvre tous les champs du littoral. La production, qui a atteint 75 000 tonnes en 1862, a beaucoup diminué par. suite des ravages d’une chenille, le borer, de l’épuisement des terres et de cyclones répétés. Elle n’est plus guère que de 35 à 40 000 tonnes, qui suffiraient encore à assurer la fortune de file, n’étaient les bas prix, résultat de la concurrence allemande.

On a, en 1884, exporté 602 000 kilogrammes de café et 84 000 kilogrammes de vanille, représentant ensemble une valeur de deux millions. En outre, le pays produit, sous le nom de vivres, \q maïs, le manioc, les pois, etc., nécessaires à sa consommation. Il exporte à Maurice l’avoine et les pommes de terre qui poussent sur les hauteurs; il possède tous les légumes et les fruits de l’Europe et des Tropiques.

Animaux. — La Réunion n’élève môme pas le nombre d’animaux nécessaires à ses besoins. Pour son approvisionnement de bœufs, elle est tributaire de Madagascar. On fait venir les chevaux de l’Australie, des îles de la Sonde, de France et de Buenos-Ayres, d’où Ton tire aussi les mules de charroi. Une société des courses fait de grands efforts pour développer l’élève du cheval.

Industries et commerce. — H y a fort peu d’industries (distilleries, tanneries, etc.), et leurs produits sont consommés dans le pays. L’exportation ne comprend guère que le sucre, le café, la vanille. Par contre, la Réunion importe presque tout ce qui lui est nécessaire : la viande lui vient de Madagascar; TInde lui fournit le riz, qui remplace le pain pour la population créole. Tout le reste est demandé à peu près exclusivement aux manufactures françaises.

En 1889, la valeur totale des importations a été de 21 262 367 francs, dont 9178610 en marchandises venues de France et 160 375 des colonies françaises. Celle des exportations a été de 13 901 601 francs, dont 12 439 437 pour la France et les

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colonies françaises. — C’est un chiffre total de 35 163 968 francs d’affaires.

Travaux pulilicis. — Pour transporter ses produits et assurer ses communications, la Réunion possède un système de voirie très développé. Une magnifique route macadamisée, dite de ceinture, réunit entre elles toutes les communes situées sur le bord de la mer.

D’autres routes coloniales donnent également accès aux localités de l’intérieur. L’ensemble de ces voies mesure 470 kilomètres.

Les routes communales présentent un développement au moins aussi considérable; les propriétés particulières sont desservies par de nombreux chemins.

Une voie ferrée de 126 kilomètres réunit Saint-Denis à Saint-Pierre et à Saint-Benoît; la distance entre les reils est d’un mètre.

Un télégraphe, appartenant à une société privée, relie les mêmes communes : en 1885, neuf bureaux ont expédié 35 000 télégrammes.

IVavigaflon : ports. — La Réunion a reçu, en 1889, de l’extérieur, 143 navires français jaugeant 152 512 tonneaux et montés par 8226 hommes, et 59 navires étrangers jaugeant 26 652 tonneaux et montés par 1 189 hommes.

Jusqu’ici ces navires mouillaient sur des rades foraines et communiquaient avec la terre par des chaloupes.

On a construit à la Pointe des Galets un port qui est l’œuvre d’une compagnie particulière subventionnée par l’État.

La commune de Saint-Pierre a également entrepris, à ses frais, un port qui reçoit les navires de 1000 tonneaux; on l’agrandit pour laisser entrer les plus forts steamers.

Le commerce a lieu surtout avec Nantes, puis Marseille, le Havre et Bordeaux.

La Réunion est rattachée à Marseille par la ligne des paquebots de l’Australie, dont le départ a lieu tous les mois ; la durée du voyage est de 28 jours. La Compagnie des Messageries maritimes, à laquelle appartiennent ces vapeurs, a organisé un service mensuel entre la Réunion, Madagascar et Zanzibar.

<le créflit. — R existe, depuis 1848, une Banque coloniale, au capital de 4 millions, émettant des billets ayant cours légal. Elle a le privilège, envié par la métropole,

de prêter sur récoltes. Le prêt peut atteindre les 2/3 de l’estimation des experts.

Un autre établissement local, le Crédit agricole et commercial, au capital de 3 millions, a su attirer à lui la majeure partie des affaires de la colonie.

Il existe plusieurs caisses d’épargne.

Avenir de la colonie. — La Réunion a passé la période où l’on aurait à prédire son avenir. C’est un pays complètement organisé, qui donne tout ce qu’on en peut attendre. Il se suffit; et la France n’a plus à payer que ses dépenses de souveraineté, remboursées au centuple par les avantages que lui procure la possession d’une station aussi importante dans la mer des Indes.

L’existence de deux ports améliorera nécessairement la situation de la colonie, que visiteront plus volontiers les navires, et où viendront sans doute se faire réparer ceux qui auront éprouvé des avaries.

L’avilissement du prix du sucre a provoqué des recherches pour la substitution d’autres cultures à celle de la canne. On a essayé le quinquina, qui réussit bien, la ramie, les plantes à parfum, la vigne, la préparation du tapioca. Mais on se heurte toujours à la difficulté du débouché. Pour la vanille, par exemple, le marché a été vite encombré ; pour le café, il faudrait refaire des abris arborescents, et l’organisation économique des colonies exclut souvent les opérations à échéance éloignée.

Jadis, les sucres coloniaux étaient en France l’objet d’un traitement de faveur; aujourd’hui ils sont sur le même pied que les sucres étrangers. Cependant le conseil général de la Réunion n’a pas hésité, il y a deux ans, sur la demande de la métropole, à voter des droits de douanes qui ne servent qu’à protéger les industriels de France. On s’attendait à quelque mesure de réciprocité.

On a vu ci-dessus de quelle importance est pour la colonie la reprise de l’immigration.

Si, grâce à des mesures émanant de la métropole ou à d’autres, les prix du sucre se relevaient assez pour procurer aux propriétaires coloniaux des recettes qui les missent en mesure d’introduire dans leurs usines et leurs champs les récents perfectionnements sans lesquels la lutte industrielle n’est plus possible, la Réunion reverrait encore les beaux jours d’autrefois et redeviendrait « la colonie modèle ».

LA RÉUNION

Comparaison avec H’îlc Maurice. — Il est utile d’ajouter une rapide comparaison avec l’ile-sœur.

Maurice, un peu plus petit que la Réunion, est un pays plat, et où par conséquent les terrains cultivables occupent une superficie beaucoup plus considérable qu’à la Réunion. Sa population, en 1891, était de 377 986 habitants, sur lesquels les Indous comptaient pour 258 958 et les Chinois pour 4 084. En outre des anciens créoles français et des Anglais, ceux-ci peu nombreux, on y rencontre un peu toutes les races du globe.

En 1890, il est entré dans la colonie 2 925 émigrants, et il en est parti 1 054.

La population de Port-Louis, la capitale, est, à la même date (1890), de 60 296 habitants.

La religion permet de classer les habitants par races : outre les Indous professant pour la plupart leurs religions nationales, il y a 108 000 catholiques, 35 000 musulmans et seulement 8 000 protestants.

Le budget se compte par roupies. Les revenus, en 1890, s’élèvent à 7 774 774 roupies, et les dépenses à 7 705 311 roupies : soit environ 19 436 935 et 19 263 277 francs; il est donc presque triple de celui de celui de la Réunion.

Mais, aussi, la production du sucre atteint jusqu’à 120 000 tonneaux (1881 et 1882); les importations en 1890 ont été de 41 928 442 francs, et les exportations de 67 407 325 francs, parmi lesquels figurent d’ailleurs nombre d’articles qui n’ont fait que passer en entrepôt fictif. Ce commerce énorme est dû en majeure partie à l’existence du Port.

Le crédit à Maurice a l’ampleur qu’il atteint dans les pays anglais. Somme toute, la prospérité de Maurice est incomparablement supérieure à celle de sa voisine. Mais l’ouverture du canal de Suez a porté un coup fatal à cette magnifique colonie, les navires ayant déserté la route du Cap, sur laquelle Maurice était une station obligée; les ports de la Réunion diminueront encore en partie ses immenses revenus.

Néanmoins, notre ancienne Ile de France reste la perle des colonies. Si elle n’a pas les splendides beautés naturelles de la Réunion, elle a des richesses incomparables. Et pour nous, elle a mieux encore : c’est l’attachement profond qu’elle conserve pour son ancienne patrie. Aussi le cyclone qui a dévasté l’ile en avril 1892 a-t-il provoqué en France des manifestations de sympathie et de solidarité.

Jacob de Coudemoy.

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