JUSQU’A LA FIN DU SECOND EMPIRE
Premières tentatives sur lladagasear : les Porlu* gais. — Connue de bonne heure par les Arabes, qui s’y établirent dès le septième siècle, Madagascar fut pour la première fois révélée au monde occidental, sous le nom de « Madeigascar », par Marco Polo, qui en entendit parler par les traitants arabes qui fréquentaient la côte orientale d Afrique, alors que la localité ainsi nommée par lui n’était autre que Magadosho. Il nous faut arriver au moment où les Portugais, ayant doublé le cap des Tempêtes, préludent à la conquête de rinde, pour trouver des documents précis et certains sur cette grande île. Si l’on en croit les premiers annalistes
1. Flacourt, Histoire de la grande isle Madagascar, d66t. — Élisée Reclus, Géographie, t. XIV, 1889 ; — Notices coloniales illustrées, 1889. — Carayon, Histoire de Madagascar pendant la Restauration, 188o. — M^'olda PleilTer, Voyage (en allemand), traduction et préface par M. Francis Riaux. — A. Vinson, Voyage... au couronnement de Radama II. — Commandant Dupré, Trois mois de séjour. — Dr Lacaze, Souvenir de Madagascar, 1863. — Brossard de Corbigny, dans la. Revue maritime et coloma/e, juillet-août 1862. — Henry d’Escamps, Histoire et Géographie de Madagascar, 1884. — T. Pouget de Saint-André, La Colonisation de Madagascar sous Louis XV Frakce coloniale. 2i
portugais, et peut-être même faut-il faire remonter cette découverte à 1500, ce serait Fernand Soarez qui, renvoyé en Furope par d’Almeida avec plusieurs bâtiments, aurait, le l®*" février 1506, découvert Madagascar, à laquelle on aurait donné le nom de Saint-Laurent. Vers le temps où Soarez longeait la bande orientale de cette grande île, Ruiz Pereira Coutinho, séparé par la tempête du reste de la flotte que conduisait dans l’Inde Tristan d’Acunha, aurait suivi la côte occidentale et serait arrivé jusqu’à un cap qui aurait reçu le nom de Natal. A ce moment, les courants l’auraient entraîné au large, mais un navire commandé par Joâo Gomes de Abreu aurait doublé le cap, aurait longé la côte orientale et serait arrivé jusqu’à la province de Matatane. En 1508, Diego Lopes de Sequeira, au cours d’une reconnaissance plus approfondie de cette grande île, aurait recueilli sur ses plages un certain nombre de Portugais naufragés et aurait découvert la baie de Saint-Sébastien, le 20 janvier 1509.
Dans les années 1510, 1514 et 1521, nous voyons tour à tour Joâo Serrao, Luiz Figueira et Pedro Vannez Francez, ainsi que Sebastiâo de Sousa de Elvas, reconnaître la côte, essayer de nouer des relations de commerce et d’amitié avec les naturels, recevoir même l’ordre de bâtir une forteresse dans la province de Matatane, sans pouvoir, par suite de diverses circonstances, mener complètement à bien leurs missions.
Mais les Portugais ne furent pas les seuls, à cette époque, à fréquenter les côtes de Madagascar, où les navires européens trouvaient des vivres frais, sans parler des esclaves qu’ils ne s’interdisaient pas de faire.
liCSi llollandaisi et les Anglais. — Les Hollandais, au cours des nombreuses expéditions qu’ils envoient en Océanie à cette époque, ne manquent pas de faire escale à 3Iadagascar. Les Anglais essayent à leur tour de s’y établir, et, pour déterminer les émigrants à s’y rendre, ils n’hésitent pas à proclamer que les habitants sont les gens les plus heureux du monde et qu’ils ont pour les Anglais une affection toute parti-
t886. — Génin, Madagascar, les lies Comores, etc. — Ch. Buet, Madagascar, 188.S. — Sibree, The Great African island, 1885. — Harlman, Madagascar und die Inseln Seychellen, 1886. — Le Chartier et Pellerin, Madagascar, 1888. — Louis Pauliat, Madagascar, 1884, et Madagascar sous Louis XIV, 18S6 . — E. de Mandat-Grancey, Souvenirs de la côte d’Afrique, 1892. — Colonel du Vergé, Madagascar et peuplades indépendantes, 1887. — Alfred Grandidier, //isloire p/tystgue et naturelle de Mad iÿascar, ouvrage capital, 1883-1895.
MADAGASCAR
culière‘. Mais ce sont là des tentatives isolées et sans grand succès.
Lies Française. — A la même époque, nos marins normands et bretons, gens à tout oser, ayant eu connaissance des immenses bénéfices qu’il était facile de faire dans Vlnsulinde^, envoyaient dans ces régions des expéditions répétées®. C’est pendant une de ces courses que Parmentier visitait les côtes occidentales de Madagascar et en relevait avec une fidélité scrupuleuse les accidents et les indentations.
En 1601, le Hollandais Joris Spilpergen notait qu’il avait rencontré dans les parages du cap de Bonne-Espérance deux navires français, et son récit, qui ne renferme aucune marque de surprise, prouve que ces mers étaient continuellement sillonnées par nos marins.
Uichelieu et Rig:ault. — Depuis un certain temps déjà, des Français ou, pour être plus précis, des Normands, s’étaient établis à Madagascar, lorsqu’en 1642 le capitaine dieppois Rigault demanda à Richelieu l’autorisation d y établir une colonie.
Nulle sollicitation ne pouvait être plus favorablement accueillie du grand ministre qui avait déjà favorisé la création de compagnies de commerce pour les deux Amériques et le Sénégal. Persuadé que la situation géographique de la France lui imposait une politique coloniale et, pour y parvenir, la création d’une marine sérieuse, le cardinal n’avait épargné ni soins ni argent pour atteindre ce but. Aussi, le 24 juin de la même année, des lettres patentes étaient-elles octroyées au capitaine Rigault et à ses associés, leur acccordant la concession pendant dix ans de Madagascar et des îles adjacentes.
Telle est la base de nos droits sur Madagascar. Les nations policées se sont toujours soumises, et sans jamais tenter la moindre objection, à ce principe que tout pays habité par des peuples sauvages appartient de droit au premier occupant capable d’y introduire la civilisation. C’est en vertu de ce droit
1. Voir Hamonü (W. A.), A paradox prooving that the inhabitants of the isle callcd Madagascar... are the happiest people in the world, ivhereunto is prefixed a briefe and trac description of that island... and condition of the inhabitants and their spécial affection to the English above other nations. — Londres, petit in-4°. Cet ouvrage, extrêmement rare, n’existe pas à la Bibliothèque nationale.