LA GUERRE DE
Causes tle la g;uei*i*c. — Ces causes ont été longuement exposées dans les Livres jaunes publiés par le ministère des Affaires étrangères; résumons-les brièvement :
M. Laborde était mort en 1878, laissant sa fortune à ses deux neveux, MM. Édouard Laborde et Campan, ce dernier chancelier du consulat français à ïananarive. Ces héritiers ayant commencé à bâtir, sur un des terrains dépendant de la succession, une maison de rapport , le gouvernement hova leur défendit de continuer leurs travaux, car ils n’avaient pas le droit, disait-il, de construire sur un terrain qui avait fait retour, par la mort du concessionnaire^ au domaine national.
Or, le traité du 8 août 1868 dit précisément le contraire. Son article 4 est ainsi conçu :
« Les Français pourront, comme les sujets de la nation la plus favorisée et en se conformant aux lois et règlements du pays, s’établir partout où ils jugeront convenable, acquérir toute espèce de biens meubles et immeubles .. . Les baux et contrats de vente seront passés par acte authentique devant le consul de France et les magistrats du pays. »
L’article 11 ajoute : « Les biens des Français décédés à Madagascar ou des Malgaches décédés sur le territoire français seront remis aux héritiers ou, à leur défaut, au consul. »
La promulgation de la loi 85, sur laquelle les Hovas s’appuyaient, loi qui déclare que toute terre appartient à la reine, qu’elle ne peut être vendue ou aliénée et qu’elle doit toujours faire retour à l’État, est postérieure au traité du 8 août 1868. Comme l’article 22 du même traité déclarait qu’aucun changement ne pouvait y être apporté sans le consentement respectif des parties contractantes, comme nous n’avions.été ni consultés ni pressentis sur la publication de cette loi qui venait détruire l’esprit et la lettre de notre traité, il en résultait que la prétention du gouvernement d’imérina ne se pouvait soutenir en droit international.
M. Laborde « n’avait, pas ])lus qu’un autre, le droit de posséder des terres à Madagascar», disaient encore les Ilovas.
A cette assertion aventurée, on répondait en produisant un certificat prouvant que ces terrains avaient été donnés en toute propriété à M. Laborde par Radama IL
Cet acte, ripostait le ministère malgache, porte une date postérieure â la mort de Radama, et M. Laborde, chez qui les
MADAGASCAR
sceaux du monarque étaient ordinairement déposés, avait bien pu en disposer. Le consul français répondaitàcette imputation calomnieuse, en désaccord formel avec le caractèrebien connu de M.Laborde, que l’acte en question portait la signature de deux Malgaches qui avaient servi de témoins. Il fut aussitôt enjoint à ces deux derniers de ne pas répondre si leurs signatures étaient vraies ou fausses. La mauvaise foi des Hovas était évidente; l’agent français ayant déclaré qu’il se voyait dans l’obligation d’en référer à son gouvernement, le ministre hova lui répondit, en riant^, que c’était là son affaire.
Ce n’était pas le seul grief que nous eussions contre les Hovas. Au mois de mars 1881, le boutre le 7’oné/é ayant fait naufrage, le patron, son fds et deux matelots avaient été assassinés par des Sakalaves.Nous avions demandé une indemnité augouvernement hova, et il ne nous semble pas que nos agents aientété bien inspirés en cette circonstance. Voici nos raisons.
On se rappelle que le 14 juillet 1840, Nosy-Bé eiNosy-Cumha avaient été cédées à la France avec des droits de souveraineté sur la côte occidentale, depuis la baie de jusqu’au
cap Saint- Vincent, par ïsiouméka, princesse sakalave.
En 1841, Tsimiaro, roi d’Ankara, avait cédé à M. Passot JSosy-Müsiou [Nosy veut dire île) et tout le territoire d'Ankara; un peu après, Andrian Sala nous avait à son tour cédé Nosy- Fali et plus tard Mayotte.
Or, le meurtre des matelots du Touélé ayant été commis sur le territoire cédé à la France et par des Sakalaves soumis à notre protectorat, nous n’avions pas à réclamer d’indemnité au gouvernement hova. Agir autrement, c’était admettre implicitement la validité de ses prétentions sur ces territoires ; aussi s’empressa-t-il de payer la somme que nous réclamions.
Jamais il n’avait voulu reconnaî tre notre domination sur la partie nord-occidentale de Madagascar, car, disait-il, en 1824, Radama avait fait la conquête du pays, qui avait toujours continué à lui payer tribut. De plus, le traité du 12 septembre 1862 avait reconnu Radama II comme de Madasgacdr et les Français avaient établi à Tananarive et à Tamatave des consuls qui n’avaient exercé, et n’exerçaient èncore, leurs fonctions qu’en vertu de Vexequatur du gouvernement hova.
Si le traité de septembre 1802 réservait formellement nos droits, les Hovas avaient bien soin de le passer sous silence pour n’invoquer que celui de 1868, qui proclamait la pleine et entière souveraineté de RanavaloII surMadagascar toutentière.