‹ La France colonialeChapitre 76 sur 180 · Livre jaune. Affaires de Madagascar · texte numérisé non relu

Livre jaune. Affaires de Madagascar

FrAKCE COLOKI.ILS.

On voit par cet exposé sincère que nous n’avions pas toujours été conséquents avec nous-mêmes et que le gouvernement de Napoléon III avait, à deux reprises, en 1862 et 1868, commis de lourdes fautes en donnant à des souverains hovas le titre de roi de Madagascar. Les Hovas en tiraient parti, quoi de plus naturel? Ces fautes de la diplomatie napoléonienne furent en très grande partie les causes du conflit récent; elles donnaient une apparence de raison aux réclamations des Hovas. Elles n’ont rien à faire cependant avec la succession Laborde, avec l’insolence toujours croissante des ministres hovas, insolence qu’avaient porté à son comble nos malheurs de 1870, l’influence toujours croissante des indépendants^ ainsi qu’on désigne les missionnaires anglais, et l’instabilité de notre politique coloniale.

Aussi le gouvernementhova fut-il très surpris, lorsqu’il vit, au ton des dépêches de MM. Cliallemel-Lacour et Jules Ferry, que le temps des indécisions était passé, que nous étions persuadés de la réalité de nos droits, que nous les ferions valoir, que nous ne supporterions pas les injustices, les torts et les dommages faits à nos nationaux, que nous saurions venger les injures et les insultes faites à nos agents et à notre pavillon. La situation, déjà très tendue, allait se dénouer d’une façon violente.

Dès 1877, la baie Pasandava et tous les territoires cédés à la France en ces parages avaient été visités par l’évêque anglican KestellKornish et le missionnaire Baclielor. En 1881, pendant que l’amiral anglais Gore Jores allait conférer à Tananarive avec la reine et le premier ministre, un missionnaire, M. Pickersgill, et un photographe, M. Parrett, qui passe pour un agent politique anglais, rendaient successivement visite à Binao , reine de Bavatoubé, àMounza, roi à'Ankif'y (ces deux localités sont situées dans labaie Pasandava), et enfin au vieux roi Tsimiaro, qui vivait encore à Nosy-Milsiou.

Ces chefs, qui sont tous sous le protectorat de la France, furent sondés et on les engagea à monter à Tananarive et ^ saluer la reine en qualité de bons voisins, démarche qui nt tirait pas à conséquence. S’ils ne furent pas persuadés, ces chefs se dirent du moins que la France est loin et les Hovas tout près ; ils envoyèrent donc une sorte d’ambassade dans rimérina où les accompagna M. Parrett. Très bien accueillii par la reine, ils étaient de retour au mois de janvier 1881, mais ils étaient accompagnés d’officiers hovas qui avaient ordre do leur faire arborer de gré ou de force le pavillon de la reine.

Nous fûmes immédiatement avertis de ces faits par les

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souverains eux-mêmes. Le gouverneur de Nosy-Bé défendit au vieux Tsimiaro d’accepter le drapeau hova et informa aussitôt le ministre des affaires étrangères des empiétements des Ilovas. C’est à cette occasion que M. de Freycinet, dans une dépêche du 28 mars 1882, déclarait à notre consul, M. Baudais, que le gouvernement de la République était fermement résolu à « ne point laisser porter directement ou indirectement atteinte à la situation qui nous appartient à Madagascar ».

I>a. l'iiptiirc. — Au mois de mars 1882, le capitaine de vaisseau Le Timbre, qui commandait notre station navale, se trouvait à Zanzibar lorsqu’il fut informé par le commandant de la Pifjue^ le lieutenant de vaisseau Campistro, des menaces faites à notre consul à Tananarive et des menées des Hovas à la côte nord-occidentale. Avec le Forfait, V Adonis et la Pique, le commandant Le Timbre va visiter et rassurer Tsimiaro, passe à Mojanga et arrive , le 5 mai, à Tamatave. Il proteste énergiquement contre les agissements des Hovas et met l’embargo sur un navire hova, V Antanayiarivo , chargé d’hommes et de vivres. Après s’être ravitaillé à Bourbon, il rentre à Tamatave, où il trouve M. Baudais qui avait rompu toute relation avec le gouvernement local et qui était arrivé le 29 mai après avoir laissé son chancelier, M. Campan, à Tananarive.

Le temps des représentations est passé, il faut agir et prouver enfin aux Hovas que notre longanimité est à bout. Avec le Forfait, le commandant se rend à Nosy-Bé, où il prend le gouverneur, M Seignac-Lesseps, et gagne la baie de Pasandava. Le 16 juin, on mouille devant le village Amjjassimièyie et le commandant débarque avec M. Seignac, tous deux sans armes, fait arracher le drapeau hova et couper le màt de pavillon en morceaux. H se rend ensuite à l’embouchure de la rivière Sambiro, la remonte en canot pendant quatre ou cinq milles, jusqu’au village Péharnaranga, où il fait enlever le pavillon hova et le remplace par le drapeau tricolore.

Pendant que ces faits se passaient à la côte occidentale, la situation deM. Campan dans la capitale était de plus en plus menacée. Le 24 mai, le gouvernement hova distribuait aux soldats de la garde 2 500 fusils Remington, et, sept jours plus lard, des articles d’une extrême violence contre la France s’étalèrent dans le Madagascar Times, sous le couvert d’un ex-anglican. Le 6 juin, un placard nuitamment affiché sur sa porte menaçait de mort M. Campan; cinq jours après les menaces s’adressaient à tous les Français indistinctement, un jésuite était insulté et frappé. Le chancelier, se jugeant

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impuissant à protéger ses compatriotes, partait pour la côte en engageant ceux-ci à l’imiter.

Cette rupture éclatante ne fut pas sans embarrasser le gouvernement hova. Afin de faire traîner les choses en longueur et de paralyser notre action, il fit partir pour la France, le 20 juillet, une ambassade dont le chef était le ministre des affaires étrangères Ravoninahitriniarivo.

Dans l’intervalle, la reine Ranavalo II était morte, le 13 juillet 1882, et avait eu pour successeur une de ses cousines, Razafindahétry, proclamée sous le nom de Ranavalo III.

Les négociations commencèrent à Paris le 23 octobre. Les plénipotentiaires hovas consentirent à retirer de la côte occidentaVs leurs pavillons, leurs garnisons et leurs postes de douane, mais àla condition qu’ils ne seraientpasremplacéspar des postes français. Nous poussons la condescendance jusqu’à accepter cette condition exorbitante ; aussi, sur la question du droit de propriété, les Hovas se montrent intraitables, ils se refusen t à supprimer la loi 85 e t ne consentent qu’à accorder aux Français des baux de vingt-cinq ans, renouvelables trois fois, maisàlavolontédugouvernementhova. Enfin, nosplénipotentiaires ayant voulu faire expresse réserve des droits séculaires de la France, les négociations sont rompues sans avertissement par les Hovas. Ceux-ci partent nuitamment pour Londres, puis pour Berlin et l’Amérique où ils vont colporter leurs doléances, sans pouvoir entraîner contre nous ces puissances, qui se contentent de démonstrations enthousiastes, mais platoniques.

oitératioiis : le eoiitre-anilral Pierre.

— Le gouvernement français, résolu à agir sérieusement, remplace la station de la mer des Indes par une division navale dont le commandement est donné à un homme énergique, le contre-amiral Pierre, qui part le 15 février 1883 sur la Flore. Les opérations commencèrent dès son arrivée par le bombardement àQ Mouronsa’ngaXo. 7 mai, à' Amhoudimadirou., à' Ambossimbiniky le 8, d'Ambaliha le 9, de Mahilaka, &' Ankinganiiloukou, d' Anjangoua et de Bémanéviky le lO du même mois.

Cinq jours plus tard l’escadre, composée de la Flore, du Vaiidreuil, du Beautemps- Beaupré ,d\\ Boursaint et de la Pique, laissait tomber l’ancre devant Mojanga, le port le plus important de la côte occidentale. La ville était défendue par trois forts armés de trente canons et par deux mille hommes qui ne purent tenir devant le bombardement et qui abandonnèrent la ville après y avoir mis le feu. Le 17, les troupes descendaient à terre, occupaient sans trouver de résistance la ville ainsi que

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les forts, et nous rouvrions le port au commerce de toutes les nations après y avoir installé des bureaux de douane.

La nouvelle de la prise de Mojanga était arrivée à Tananarive le 24 mai. Les Hovas, déjà surexcités par l’échec des négociations ouvertes à Paris, à tel point que le premier ministre avait dû engager les Français à ne pas quitter la capitale, se seraient portés contre nos compatriotes aux derniers excès, si le ministre, qui le comprit aussitôt, n’avait lancé contre ceux-ci un ordre d’expulsion immédiate.

Sous la conduite de l’un d’eux, M. Suberbie, qui ne cessa de donner les preuves les plus éclatantes d’un énergique dévouement, nos quatre-vingt-dix compatriotes, qui étaient partis le 25 mai de Tananarive, purent atteindre sans accident Tamatave le 21 juin; ils entraient dans une ville française.

En etfet, le contre-amiral Pierre, après avoir mis une solide garnison à Mojanga, avait fait voile pour Tamatave, qu’il avait atteinte le 31 mai avec la F lore,\Q Forfait, le Beautemps- Beavpré, le Boursaint, la Creuse et la Nièvre. De concert avec M. bandais, il avait aussitôt envoyé à la cour d’Imérina un ultimatum dans lequel il réclamait la reconnaissance des droits de la France sur les territoires compris depuis la baie de Baly à l’ouest jusqu’à la baie d’Ântongil sur la bande orientale en passant par le cap d’ Ambre.

Le 9 juin, une réponse négative étant parvenue au commandant des forces françaises, Tamatave, malgré quelques objections du consul anglais Packenham, fut bombardée, et nos troupes mises à terre n’eurent qu’à s’opposer aux progrès du feu que les Hovas avaient allumé, en s’enfuyant, aux quatre coins de la ville.

On n’a pas oublié que le missionnaire anglais Shaw^ accusé de tentative d’empoisonnement sur nos soldats et maintenu en détention pendant l’instruction de l’affaire qui se termina par une ordonnance de non-lieu, sut si bien émouvoir l’opinion en Angleterre que, pour mettre fin à un incident désagréable, le ministère français lui offrit une indemnité de 23000 francs qu’il s’empressa d’accepter.

L'amiral Pierre, déjà très gravement atteint de la maladie qui allait l'emporter peu de temps après, eut aussi quelques démêlés avec le commodore anglais Johnstone, du Dryad, qui avait fait tout ce qu’il avait pu pour entraver notre action.

DiHcui§!sions <la.ns les Cliaii»I>res. — L’amiral Galiber succéda à l’amiral Pierre dans le commandement des forces françaises et fut autorisé à reprendre avec M. Bandais les

conférences avec les plénipotentiaires hovas. Ces entrevues, dont le compte rendu a été publié dans le Livre jaune publié en 1884, n’aboutirent pas, la cour d’imérina étant informée que cette politique énergique rencontrait dans le Parlement français une opposition qu’elle espérait être assez forte pour renverser le ministère Ferry. C’est au sujet de la demande de vote d’un crédit de cinq millions que M. Jules Ferry prononça, le 27 mars 1884, un des plus sages et des plus patriotiques discours qui aient jamais été lancés du haut de la tribune.

Déjà, à propos de la même question, le 31 octobre précédent, le même orateur avait dit : « 11 faut àla France une politique coloniale. Toutes les parcelles de son domaine colonial, ses moindres épaves doivent être sacrées pour nous, d’abord parce que c’est un legs du passé, ensuite parce que c’est une réserve pour l’avenir. Il ne s’agit pas de l’avenir de demain, mais de l’avenir de cinquante ou de cent ans, de l’avenir même de la patrie. Il est impossible, il serait détestable, antifrançais, d’interdire à la France une politique coloniale. »

Cette politique, inaugurée par Henri lV,insti tuée par Richelieu, continuée par Mazarin et Colbert, entravée tant de fois et par nosguerres continentales etpar l’instabilité de nos ministères, elle était reprise encore une fois etpar un ministre énergique qui ne craignait pas de braver une opposition acharnée.

Opérations «le Faillirai üliot. — Une fois qu’il eut obtenu les subsides qu’il demandait, M. Jules Ferry prescrivit au nouveau commandant de notre division, l’amiral Miut, une ofïénsivevigoureuse.DèsleTmai 1884, le blocus de Mahanoii-

était déclaré et dès lelendemain cette place était bombardée. Ce fut ensuite le tour de Fénérife, puis de Vo/mnar au mois de décembre, d’Amênom'oetdetoute sa province, puis, au commencement de 1883, de la baie de Diégo-Suarez. Au moment où le gouvernement qui avait succédé à celui de M. Ferry (avril 1883) déposait à la Chambre un projet de loi portant ouverture d'un crédit de 12 190 UOO francs, nous étions maîtres incontestés de toute la côte nord de Madagascar et nous occupions tous les ports importants des deux rivages.

IVoiivcIlc!^ cliscu!i»isioii$«» (Imis le.«4 Cli{iiiil>i*c»«. — A ce

uoment l’opposition que M. Jules Ferry avait rencontrée l’année précédente redoubla ses efforts (juillet 1883). Son leader ordinaire dans ces questions, M. Georges Périn, s’éleva très vivement contre la marche qui avait été suivie. MM. Camille Pelletai! et Clémenceau lui vinrent en aide et provoquèrent un débat passionné, dans lequel MM. de Lanessan, rapporteur du

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projet de loi, de Mahy, de Freycinet, ministre des alTaires étran gères, Ballue et Jules Ferry prirent successivement la parole.

Dans un admirable discours, M. de Mahy réfuta vigoureusement cette théorie néfaste et de parti pris qui affirme que la France n’entend rien à l’reuvre de la colonisation. Il cita comme exemple le Canada, l’Acadie, la Louisiane, les Antilles et l’Inde. La perte de ces riches joyaux de notre couronne coloniale a-t-elle empêché l’invasion et la mutilation de la France? N’est-ce pas cette perte qui est au contraire la cause du malaise dont souffre notre commerce par la restriction de ses débouchés? Nous n’entendons pas exterminer les Hovas, mais les adapter à la civilisation par les liens du sang, par la propagande, par la salutaire contagion des idées et des mœurs, par le bienfait de nos lois tutélaires.

M. de Freycinet vint ensuite déclarer que notre établissement sur certains points de l’île était destiné à démontrer aux Hovas notre intention formelle d’y rester jusqu’à ce que satisfaction complète nous ait été accordée. Quanta M. de Lanessan, qui était rapporteur de la commission, il se sépara, en cette occasion, de ses collègues de l’extrême gauche, se déclara partisan de l’expansion coloniale et rappela avec à-propos que la Convention, dans la Constitution de l’an III, avait fait de Madagascar un département français. Quant à M. Jules Ferry, il montra l’esprit de suite qui avait présidé à ses résolutions, déclarant que s’il n’avait pas fait davantage, la faute en devait remonter aux hésitations d’une Chambre qui manifestait aujourd’hui le plus vif enthousiasme et qui se dégageait le lendemain avec une excessive facilité.

Tel fut ce mémorable débat; il se termina par le vote du crédit demandé par le gouvernement. Mais il demeurait tacitement entendu que cet acquiescement aux faits accomplis n’engagerait en rien ia politique de la Chambre future. Aussi se promit-on de ne rien entreprendre jusqu’après les élections.

Dernières opérations. — Ces perpétuels arrêts, ces reculades imprévues avaient fait la force du gouvernement hova. Le temps que nous perdions était gagné pour lui, car, malgré nos déclarations de blocus, les armes et les instructeurs lui arrivaient continuellement, si bien que ses soldats savaient bientôt se servir parfaitement de nos armes de précision à tir rapide et que, dans une reconnaissance sur l’Ikopa, deux canonnières qui bombardaient le poste de Marovoya étaient accueillies par une pluie d’obus qui venaient tomber à quelques mètres des bâtiments.

A la fin d’août, le commandant Pennequin, chargé dans la baie Pasandava du commandement du forld’Amboudinadirou, qui avait organisé une compagnie de Sakalaves, apprit que les Hovas sortis d’Ankaramy dévastaient la vallée du Jangoa. Prévenu le 26, il se mit à la tête de 50 Français et de 70 Sakalaves, et fit 24 kilomètres avant de pouvoir prendre le contact avec les ennemis. Ravitaillé le lendemain matin par un canot à vapeur, il ne tardapas à atteindre les Hovas h, Andampy . Quoique supérieurs en nombre, ces derniers, décimés par les feux de salve des Français et des Sakalaves, que le commandant avait fait coucher dans les hautes herbes, ne purent parvenir à nous déborder et durent se retirer dans le plus grand désordre, après avoir éprouvé des pertes très sensibles. La solidité des Sakalaves au feu était démontrée, et l’on ne pouvait plus mettre en doute les services immenses qu’ils pouvaient nous rendre.

Par malheur, la bonne impression causée par cet éclatant succès allait être effacée. Le 10 septembre, l’amiral Miot dirigeait une reconnaissance offensive contre Farafate^ afin de constater les travaux que les Hovas avaient exécutés dans cette importante position. La colonne, arrêtée au gué Sennaaf, sur la droite de l’ennemi, par un feu violent d’artillerie, auquel nos batteries répondirent avec plus de courage que de succès, ne put aborder les positions des Hovas, composées de quatre ouvrages réguliers qui paraissaient bien établis et derrière lesquels se tenaient à l’abri des forces nombreuses. Trop inférieure en nombre, elle dut se retirer après un engagement dans lequel nos troupes avaient eu 63 hommes hors de combat, dont deux tués et quatre officiers blessés.

Lic traité du IT déccmi>rc 1885. — Ces événements militaires n’empêchaient cependant pas les négociations de se poursuivre. Au mois do mai, M. Maigret, un Mauricien, consul d’Italie à Tamatave, avait été chargé par son gouvernement de faire ratifier par la cour d'Imérina le traité conclu en juillet 1882 avec l’Italie. Profitant de son séjour à Tananarive, les Hovas l’avaient prié de reprendre officieusement les négociations avec la France. Toutefois notre consul, M. Baudais, et l’amiral Miot n’avaient pas pris au sérieux ces ouvertures et n’avaient pas consulté notre ministre des affaires étrangères. Sur ces entrefaites, M. Bandais était rappelé en France et M. Patrimonio, chargé d’une mission à Zanzibar, était informé que si certaines circonstances se produisaient, il pourrait être appelé à se rendre à Madagascar en qualité de plénipotentiaire du gouvernement français.

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L.a lassitude de la cour d’Imérina, que les instructions remises à M. Patrimonio laissaient prévoir, la détermina, pendant le courant de novembre, à faire auprès de l’amiral une nouvelle tentative d’arrangement. Ce dernier, convaincu cette fois qu’on pourrait arriver à s’entendre, dépécha à Zanzibar l’aviso le Limier, et M. Patrimonio vint prendre la direction des négociations.

Le 22 décembre, au moment où la Chambre discutait les crédits pour le Tonkin et allait passer à l’examen de ceux que le gouvernement réclamait pour Madagascar, M.de Freycinet venait annoncer à la tribune que les négociations avec les Hovas avaient abouti. En effet, le 17 décembre, à bord de la Naïade, en rade de Tamatave, un traité de paix avait été signé. Nous reconnaissions Ranavalo III pour reine de Madagascar, mais cette concession très importante était compensée par l’établissement de notre protectorat sur l’île tout entière. Dorénavant, les relations extérieures de la cour d’Imérina devaient être confiées à un résident français établi àTananarive, mais notre gouvernement ne s’occuperait point de l'administration intérieure. Quant à nos protégés d’ancienne date, nous veillerions à ce qu’ils fussent bien traités. Nous évacuerions tous les postes dont nous nous étions emparés au cours de la guerre, à l’exception de Tamatave qui restait entre nos mains jusqu'au parfait payement d’une indemnité de dix millions. Enfin la baie de Diégo-Suarez était cédée en toute propriété à la France avec le droit « d’y faire des installations à sa convenance ».

Dans ce traité, nous faisions aux Hovas d’importantes concessions. Nous invalidions nos droits historiques en reconnaissant à leur reine le titre de reine de Madagascar, ce qu’elle n’avait jamais été effectivement. Nous avions l’air d’abandonner nos alliés les Sakalaves, et nous évacuions quantité de positions excellentes où nous nous étions fortifiés.

Dans l’état d’esprit où se trouvait alors la Chambre des députés, il était impossible à notre gouvernement d’obtenir davantage.

Le traité fut ratifié par la Chambre des députés, le 26 février 1886, sur un rapport de M. de Lanessan qui s’exprime en ces termes : « Ce traité est défectueux, mais le repousser, ce serait reprendre les hostilités, et ni le gouvernement ni la Chambre ne veulent s’exposer à de nouvelles complications. Proclamer l’abandon de nos droits sur Madagascar? Le pays ne l’accepterait pas. »

Le premier ministre de la reine des Hovas avait obtenu

de nos plénipotentiaires une lettre explicative qui dénaturait sur plusieurs points le sens du traité. Elle fut désavouée à la tribune par M. de Freycinet.

Elxéeiitioii dit traité de t885. — M. LeMyre de Vilers, ancien gouverneur de la Cocliinchine, fut le premier Résident général de France à Madagascar. Le 14 mai 1886 il fil son entrée solennelle à Tananarive et, le 17, remit à la reine ses lettres de créance.

Il eut tout de suite des difficultés suscitées par l’influence qu’exerçaient, sur les Ilovas du parti de la résistanae, missionnaires et négociants anglais, Ellis, Parrett, Pickersgill. A une fête qu’il donna, des soldats, conduits par Mariavelo, fils du premier ministre et ministre de laguerre, envahirent lesjardins de la Résidence et emmenèrent les musiciens. M. Le Myrede Vilers exigea aussitôt des satisfactions et les obtint. En juin 1886, le gouvernement liova s’avisa d’accorder àM. Kingdon, agent de la London missionary societip un contrat en vertu duquel une société anglaise, en échange d’un prêt de 20 millions, obtenait le monopole de la perception des douanes, de l’exploitation des mines, de la frappe de la monnaie, d’une banque d’État. Le Résident général intervint, fitcasser laconcession, obtintque le prêt serait fait par une maison française et que la France serait chargée de la construction d’une ligne télégraphique de Tamatave à Tananarive. Le prêt, un peu réduit, fut consenti, le 18 décembre 1886, par le Comptoir d’escompte de Paris et garanti sur les recettes douanières. Sur les 15 millions qui furent avancés, 10 furent versés au gouvernement français pour le paiement de la contribution de guerre. La ligne télégraphique fut inaugurée le 15 septembre 1887. Puis M. Haggard ayant été nommé consul d’Angleterre, demanda V exequatur non pas au Résident, mais au premier ministre hova, qui s’empressa de consentir à cette violation du traité. Le Résident général protesta, amena son pavillon et obtint gain de cause. Un de nos adversaires britanniques était Daniel W’illoughby, ancien comédien sur un petit théâtre du Cap, devenu général à Madagascar. Accusé de malversations dont le chiffre s’élevai ta 300 OOOfrancs, il fut, en mai 1888, condamné à l’expulsion et à la perte de ses concessions et embarqué à Tamatave. Le 17 novembre de la même année, le Résident, en audience solennelle, remettait à la reine le grand cordon de la Légion d'honneur. Elle répondit en affirmant le « maintien des bonnes relations ».

La convention anglo-française du 5 août 1890, en même temps qu’elle délimitait les zones respectives d’influence dans

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l’Afrique occidentale*, réglait lesrelations des deux puissances dans les eaux de l’Afrique orientale. La France renonçait à toutes prétentions sur l’ile de Zanzibar; l’Angleterre reconnaissait notre traité de 1885 avec Madagascar. D’autres clauses assuraient la protection des missions françaises dans la première de ces îles, des missions anglaises dans la seconde.

Il subsistait toujours contre nous des influences hostiles. 11 y a dans l’île un personnel de 65 missionnaires anglais. De ceux-ci les plus incommodes sont les quakers [Friends' Forcign mission association) qui ont pour organe le Madagascar News. Les indépendants [London missionary society) sont devenus un peu moins hostiles. he,èm.QVLihvesà.Q\' E glisc établie d' Angleterre ne se mêlent point de ces intrigues, pas plus que les luthériens de Norvège.

C’est sur les sectes hostiles à la France que s’est appuyé le gouvernement hova pour soulever à plusieurs reprises de nouvelles difficultés contre lesquelles ont eu à lutter les successeurs de M. Le Myre de Vilers, MM. Lacoste et Bompard : elles se produisent, de la part des ministres hovas, sous forme de persécutions contre les indigènes favorables à notre cause, Sakalaves ou Antankares, d’opposition à l’établissement de la juridiction française sur tous les Européens, de retards dans le paiement des arrérages au Comptoir d’escompte, comme il est encore arrivé en 1892. Nous n’en continuons pas moins à donner V exequalur dinrs. consuls étrangers, à surveiller tous les actes du gouvernement royal, à interdire les concessions de terres ou de monopoles qui seraient préjudiciables à nos intérêts. Nous allons installer des tribunaux français.

]\oti*c et iiO!^ forceps iiiilitaiees iV

Dîéft-o-Suarez:. — La baie de Diégo-Suarez *, ou Antomhoka, est l’une des plus belles du globe. Le capitaine anglais Owen, après l’exploration qu’il en fit en 1826, l’avait proclamée « la citadelle de l’océan Indien ». D’autres l’ont comparée à Port- Jackson d’Australie, à Rio-de-Janeiro, à San-Francisco, ou prédit qu’elle serait un jour le Hong-Kong français. Qui en est maître domine le nord de Madagascar, les Comores et les Mascareignes. On ne peut entrer dans la baie que par une passe de 3 kilomètres partagée en deux par l’îlot de Nosy- Volane ou de la Lune. La baie comprend un bassin cent7'al, parsemé d’îlots, large de 7 kilomètres, long de 10, profond de

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