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LES INDIGÈNES DE MADAGASCAR

Races. — Encore bien que les premiers habitants de cette lie soient venus de l’Afrique, que ce soient des Cafres, comme le prouve surabondamment le type des plus anciennes tribus et notamment des Va-Zimha on Ziinba aujourd’hui disparus, on peut aussi constater la présence du sang arabe, surtout chez les uint' Aïmoro, comme on le fait sur l’autre rive du canal de Mozambique. A ces deux races distinctes, mqis aujourd’hui mêlées, venues à des époques ignorées de l’Afrique et de l’Asie, s’en est ajoutée une troisième dont l’arrivée à Madagascar peut

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remonter à six cent cinquante ans et dont l’origine malaise est aujourd’hui parfaitement démontrée. Ce sont les Hova.

Les Hova sont devenus les conquérants. Les autres peuples se confondent sous la dénomination de Malgaches. Mais il faut distinguer parmi eux : les Sakalaves ou « Gens des longues jilaines », qui, divisés en nombreuses tribus, comptent environ 500000 tètes et sont répandus sih' toute la côte occidentale; es Anti-Ménabé, les Anti-Fihérenam ou les « Lacustres » dans la partie nord de l’ile; les AnV Ankara ou Antankares, ou ( Gens du Nord, Gens des rocs »; puis, du nord au sud, sur la côte orientale, les Ant’ Avarasti, les Anti-Sihamaka, les Setsimisaraka ou « Gens unis », les Ant’ Aïnioro ou les « Maures », les Ant’ Aïsaka; puis, sur les rivages du sud, les Mahafali, les Anf Andro'i; dans l’intérieur de l’île, au sud du pays hova, les Betsiléo ou les « Invincibles », les Ant’ Anala uu « Gens de la forêt », les Bara ou « Barbares », les A^it’ Anala, les Ant’ Anossî ou « Gens des îles et des rivages », les Betanimena ou « Gens delà terre rouge ».

Popiilaiiou. — La population de Madagascar n’a jamais pu être évaluée, même d’une façon approximative; tout ce (pi’on peut dire, c’est qu’à l’exception de la province d’imérina ou d’Èmirne, de l’Antsibanaka et de quelques cantons des Betsiléo, elle est partout très clairsemée. M. Grandidier, le voyageur qui connaît aujourd’hui le mieux Madagascar, est, au cours d’un voyage dans l’intérieur, resté sept jours sans rencontrer la moindre habitation.

On peut évaluer la population à environ 4 millions d’âmes, dont un million de Hova. Aussi, ne faut-il pas s’étonner qu’à part Tananarive {ovl Antananarivo), qui compte 175 000 habitants, Fianarantsoa 16 000, Tamatave 15 à 20000, Mojanga 13 000 et Foulpointe 4 000, aucune localité ne mérite le nom de ville. Ce ne sont que villages dont les plus importants ont une population d’un millier d’individus, mais dont la plupart n’ont pas vingt maisons, sauf dans l’Imérina et chez les Betsiléo, les Bara et les Ant’ Aïmoro, où l’on rencontre bon nombre de hameaux de 40, 60 et même 100 feux. Quant aux routes, elles n’existent pas même de nom, quoiqu’il soit facile d’en établir, sauf dans le massif central ; mais ce ne sont que sentiers où parfois deux hommes auraient peine à marcher de front.

lies nova. — Probablement emportés loin de leur patrie par le courant équatorial les Hova débarquèrent à Madagascar,

disputèrent le pouvoir aux Sakalaves, qui étaient alors les plus vaillants, et s’emparèrent du plateau central dont ils chassèrent ou détruisirent les habitants.

Au reste, ce nom des Hova, chez eux, est réservé à la classe moyenne; les nobles s'intitulent Andrmia et les esclaves sont appelés Mainti et Andévo.

Si les nègres se sont tellement mêlés aux Arabes que, chez la plupart de ces métis, il est difficile de faire la part de ces deux éléments, les Hova, au contraire, se sont longtemps préservés de tout mélange. Que ç’ait été parti pris chez eux, c’est possible, mais les Malgaches les ont, jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, traités en parias, considérant comme impur et souillé tout ce qu’ils avaient une fois touché.

Le teint olivâtre des Hova, leurs cheveux noirs, droits ou bouclés, leur absence de prognathisme, leur taille élancée, leur activité, leur intelligence et leur habileté à certaines industries, tranchent sur les traits si caractéristiques des nègres, sur leur apathie et leur paresse invétérées. Toujours fourbes, tour à tour hautains ou rampants, avides, menteurs et rapaces, tels sont les Hova. La délation, la dissimulation et la cruauté sont chez eux des talents et des vertus qu’ils s’empressent d’inculquer à leurs enfants.

A côté de ces vices, ils possèdent des qualités précieuses. On les trouve affectueux, hospitaliers, très soucieux des liens de la famille et de l’amitié, poussant le culte des morts jusqu’à la superstition.

En tant que peuple, les Hova' ont des vertus non moins appréciables. Ils ont l’babitude du travail et l’esprit d’obéissance, qui leur ont permis de s’organiser en nation, tandis que les Malgaches en restaient à la tribu, forme sociale inférieure qui, en dispersant la puissance aux mains d’un grand nombre d’individus, engendre des rivalités et des guerres continuelles, empêche tout progrès.

llabifations, mobilier, costume. — La case du Malgache n’est le plus souvent qu’une carcasse de charpente revêtue soit de feuilles de ravenala, de jonc ou de roseaux, de boue mêlée de paille ou de planches ; elle ne comprend d’or-

1. « Les Hova, dit M. Grandidier, dans une lettre qu’il nous adressait récemment, ont certes tous les djfauts que vous leur reprochez, mais, <à moins d’injustice, on ne saurait nier que ces défauts deviennent chaque jour moins graves; ils ont grand désir de se civiliser, et il n’est pas douteux que le christianisme a déjà produit d’excellents effets; ils sont notamment moins cruels et moins superstitieux. »

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dinaire qu’une pièce. Le mobilier est des plus primitifs : un lit de natte reposant sur quatre pieds, un billot pour s’asseoir, un oreiller en bois ou un petit coussin et quelques paniers ; quant aux ustensiles de cuisine, ce sont des pots de terre, des marmites en fer adoptées depuis l’étendue des relations avec les Européens, un gril en bois, le salaza\ et des feuilles de ravenala(\u\ remplacent dans l’est les cuillers en corne et en bois, les verres et les assiettes dont l’usage est général chez les Ilova.

Une pièce de toile enroulée autour des reins, le seidik, est, le plus souvent, l’unique vêtement des naturels de la côte orientale. On y joint parfois le sim’bou, sorte de toge dont on se drape à la romaine.

£<a famille : polygamie. — La polygamie était d’un usage général, et il n’existait pas de chef qui n’eût au moins trois femmes, mais elle n’est plus admise dans l’Imérina et chez les Betsileo. Jusqu’au jour de son mariage, la jeune fille est libre de son corps, mais à dater de ce jour, elle doit fidélité à son époux, et l’adultère est puni d’une amende qui est payée au mari par les coupables. La naissance d’un enfant est accompagnée de festins et de danses. Les enterrements sont toujours suivis des mêmes cérémonies mêlées de chants funèbres.

Idées reliffîeuses. — Il n’existe pas de culte à proprement parler chez les Sakalaves et les autres Malgaches. Ils sont superstitieux à l’excès, croient à la vertu des grigris, aux prédictions et sortilèges des devins, ombiaches ou ampisikédus. Quant aux llova, il y a longtemps que les missionnaires anglais ont essayé de les convertir au christianisme, et le presbytérianisme est devenu la religion d’État depuis qu’en 18G8 la reine Ilanavalo II a fait détruire les idoles nationales. Cependant le protestantisme n’a eu que peu de prise sur la masse de la nation. D’autre part, les missions catholiques assurent que le nombre de leurs fidèles indigènes s’élève à 10 000.

État politique. — Si les Hova, qui prétendent à la domination de file tout entière, l’ont divisée arbitrairement en vingt-deux provinces, au point de vue politique, elle ne doit être partagée qu’en deux zones nettement tranchées ; les régions occupées ou soumises par les Ilova ; celles qui sont

1. Le salaza est un trépied sur lequel on met la marmite. Il se compose de trois pierres pointues fichées en terre. i

demeurées indépendantes. C’est ainsi que toute la contrée h l’est du 44® degré de longitude et au nord du 22° de latitude est sous la domination des Ilova, sauf, cependant, la partie comprise entre Manafiafy et la rivière Menanara, les baies de Narindina. de Mazangaye ou Mojanga et la côte voisine, qui ont secoué le joug; tout le reste de Madagascar, c’est-à-dire le sud et l’ouest, sauf une partie des Ménabé (entre les rivières d’Andranomena et du Mangoky), n’a encore pu être soumis par ces conquérants et est gouverné par une foule de roitelets indépendants les uns des autres, mais dont quelques-uns se sont placés sous le protectorat de la France, alin d’éviter le régime despotique des Hova.

Quant au mode de gouvernement, nous avons dit quelles guerres intestines, quelles rivalités sanglantes avait amenées la division en tribus des Sakalaves et des autres Malgaches.. Jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, les Hova étaient restés enfermés dans les régions élevées et salubres du plateau central dans l’Émirneou/wimwrt. Andianampoinimera « le désiré d’Emirne » est le premier souverain qui ait réuni ces tribus éparses en un corps de nation et qui, avec l’aide des Anglais, par la ruse encore plus que par la force, ait entrepris de soumettre à sa puissance Madagascar tout entière. Nous avons dit en commençant quel avait été le résultat de cette lutte qui dure encore; il est bon maintenant de jeter un coup d’œil sur le mode de gouvernement qui a permis aux Hova d’atteindre d’aussi importants résultats.

L’organisation des Hova est toute féodale; la personne du roi est sacrée et l’on ne peut verser le sang des nobles. Le système des castes est d’une rigueur inflexible. » L’idée de hiérarchie, dit le docteur Lacaze, est tellement marquée, indélébile, qu’il n’est pas permis à tel degré de noblesse de se vêtir de la couleur qui appairtient au rang supérieur. Le sang royal ou princier a seul droit au parasol rouge ; la noblesse jieut seule porter le lamha (pagne) rouge; le salut qu’on fait à un plébéien n’est pas celui .auquel a droit un noble, et tel noble, en haillons, misérable, passant à côté d’un riche plébéien porté par des esclaves, se redresse fièrement et reçoit un salut de respect auquel il répond à peine. »

Le môme observateur n’a pas foi dans le développement de la civilisation chez les Hova et les Malgaches, tandis que l’opinion de M. Grandidier est radicalement contraire.

Influence de la eivilii^ation européenne. — Lors-

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que les missionnaires anglais vinrent s’établir dans le pays, en 1817, ils importèrent leur religion, puis l’instruction sous toutes ses formes. Chassés en 1835, ils sont revenus vers 1868. Tout s’était si bien perdu qu’ils ne retrouvèrent même pas trace du souvenir de leurs travaux.

C’est que ces peuples acceptent les côtés de la civilisation dont ils tirent un parti immédiat, mais ils ne sont pas pénétrés de ses bienfaits. Il est bien rare qu’on ne trouve pas chez chaque Hova une grosse bible; cela prouve-t-il qu’ils soient véritablement chrétiens? Ils ont intérêt à le paraître, voilà tout. Sceptiques, insouciants et paresseux, tout avides qu’ils sont, ils ont laissé tomber en ruines les magnifiques établissements industriels et agricoles de MM. Laborde et de Lastelle, bien qu’ils aient vu tout le bénélice que nos intelligents compatriotes en tiraient.

Tels qu’ils sont, les Hova et les Malgaches ne peuvent être en quelques années complètement civilisés ; il est certaines facultés qui leur manquent, et toutes les races ne sont pas comme les .Japonais, également aptes à opérer à bref délai un changement radical dans leur vie intime, dans leurs mœurs et leurs habitudes. Mais, s’ils ne sont pas capables de tirer euxmêmes parti des richesses que renferme leur pays, ce n’est pas une raison pour qu’un autre peuple ne s’en charge pas.

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