OBOCK ET LA BAIE DE TADJOURAH
Ti aîtés (|ui'uoii!i> out %'alu ces possessions. — Il
y a déjà une trentaine d’années que le gouvernement français s’est préoccupé d’assurer, pour le jour où le canal de Suez serait terminé, ses libres communications avec ses possessions de l’Extrême-Orient. En 1858, Henri Lambert, son agent consulaire à Aden, venait de rendre un grand service à Ibrahim Abou-Bekr, le chef le plus important de la baie de Tadjourah. Celui-ci offrit alors de vendre à la France le territoire à-’Obock, situé sur la grande route maritime de Suez aux Indes, et placé en face d’Aden, sur la côte orientale d’Afrique. Peu de temps après, Henri Lambert, dans un nouveau voyage au Tadjourah, était assassiné par des matelots arabes de son boutre. Le gouvernement français chargea le capitaine de frégate Ilussel d’étudier le littoral de la mer Rouge et envoya le capitaine de vaisseau Fleuriot de Langle punir les assassins de Lambert et renouer les relations avec Ibrahim Abou-Bekr. Celui-ci envoya en France son cousin Dini-Ahmet, gouverneur deZeilah, qui signa le traité du II mars 1862 : il cédait le territoire proposé pour une somme de 10000 talari^.
Ce territoire d’Obock était délimité au nord par le ras ou
1. E. Reclus, Géographie universelle, t. X, 1885; Caix de Saint-Aymour, Les hitérêts français dans le Soudan éthiopien, 1887; Denis de Rivoyre, Les Français à Obock, 1888 ; Paul Soleillet, Voyages en Ethiopie, 1886 ; J ules Borelli, Ethiopie méridionale,Journat démon voyage, 1890 ; Alvarez, Obock et Abyssinie, Revue maritime, avril et mai 1894.
2. Talaro, monnaie frappée en Autriche, en usage dans le Levant et l’Afrique, valeur 5 fr. 25.
cap Dournairah et au sud par le ras A U. Il a pour dépendances les îlots Soba^ ou des Frères^ à la hauteur du cap Séjarn.
En 1881, M. de Ring avait écarté les prétentions des Égyptiens sur Latela, et en 1883 nous avons abattu le pavillon qu’ils avaient arboré près de Ras-Bir.
Le sultan Houmed-Loïta céda, en juillet 1882, à Paul Soleillet les ports et rades de Sagallo, donation confirmée, en mars 1883, par Menelik II, roi du Choa.
Le traité du 18 octobre 1884, signé par M. Lagarde et les chefs de Tadjoura, soumettait à notre protectorat tout le littoral depuis le ros yl/i jusqu’au Gubet-Kharab, ce fiord saharien qu’entourent des roches volcaniques.* En conséquence nous avons pu occuper Ambadou sur le rivage nord de la baie.
Ensuite M. Lagarde, commandant l’établissement d’Obock, par le traité du 2 janvier 1885, plaça les territoires du sultan de Gobad sous le protectorat de la France.
En août 1885, nous avons occupé Ambadou, sur le rivage sud de la baie : les Anglais, qui avaient essayé de nous y devancer, ont élevé une prétention que M. Lagarde écarta au nom du traité de 1882. Les traités de mars 1885, conclus avec les tribus du rivage sud de la baie, nous donnaient-tout le littoral depuis le Gubet-Kharab jusqu’au delà de Zeila, et nous occupions Dongaretta ; muis cette occupation d'un point entre Zeila et Berbera, deux villes au khédive d’Égypte, où s’étaient établis les Anglais, inquiétait ceux-ci. En 1887, un arrangement fut conclu entre lord Salisbury et M. Flourens, alors ministre des Affaires étrangères. Nous renoncions à Dongaretta : en échange, l’Angleterre nous cédait les îles Mousha qui dominent la baie de Tadjoura, Enfin en 1888 nous occupions le cap Djiboulil, et alors nouvel arrangement avec l’Angleterre pour arriver à déterminer la limite de nos influences respectives dans le pays somâli : il fut convenu que notre frontière vers l’est partirait du cap Djiboutil et, par Alassouen, Bir-Calouba, Gildessa, Harar, aboutirait au royaume de Choa.
D’autre part nous avons accepté un modus vivendi avec les Italiens qui, maîtres de Zoulah et de l’îlot de Massaouah sur le rivage*, essayaient de prendre pied sur la côte et rêvaient
1. Il est à noter que nous avions des droits sur plusieurs points de cette colonie italienne : Edd a appartenu successivement à plusieurs maisons françaises ; Amfila et sa baie, qui ouvre des communications faciles avec l’Abyssinie, avaient été cédées à la France, en 1839, par le roi du Tigré (mais elles n’avaient pas été occupées militairement);
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d’établir leur protectorat sur l’Abyssinie. On sait ce que leur colonie Erythrée leur a valu de mécomptes.
Aujourd’hui, nos possessions affectent la forme d’un quadrilatère oblong, incliné du nord-nord-est au sud-sudouest, limité au nord par les prétentions italiennes, au sud par celles de 1 Angleterre, mais s etendant de la mer au royaume de Ghoa. Grâce aux traités par lesquels on a continué à lier les tribus de l’intérieur, on peut admettre que l’autorité de la France s etend sur environ 120 000 kilomètres carrés, entre le quart et le cinquième de la superficie de la France, mais dans une région cà sol aride et à population peu dense, qu’on croit cependant pouvoir évaluer à 200 000 âmes.
En 1890, le coup de main tenté par le Cosaque Achinof sur le foi t de SciQcillo, obligea l’amiral Gervais de recourir à la force; mais cette équipée d’un aventurier sans mandat n’a point empêché le rapprochement de la France et de la Russie.
Gcog-rapfale ae la colonie. — Au cap Donmaira prend naissance une chaîne de montagnes qui s’étend jusqu’au fond du golfe de Tadjoura, où s’ouvre la vaste rade de Gubet- Kharab, qui ne communique avec la mer que par un étroit chenal. Au delà est le Bahr-Assal ou lac Salé, dans lequel viennent se perdre les eaux intermittentes de VAouache et du Garasie, descendus des plateaux abyssins.
Le sol de notre possession est constitué par une série de petits plateaux mamelonnés descendant de la chaîne de montagnes qui nous sert de limite du côté de l’intérieur. Tantôt ces plateaux forment des falaises contre lesquelles viennent battre les flots de la mer, tantôt au pied de ces plateaux s’étend une plage plus ou moins vaste. Les terrains sont de formation récente, presque tous des roches madréporiques. Des oiiadi, des torrents, très ravinés, dont les principaux sont la rivière d Obock et celle d Atellci ou de Lcitela, coupent ces plateaux dans une direction générale de l’ouest à l’est. Les eaux coulent rarement a la surface du sol ; mais, dans les années mêmes de plus grande sécheresse, il y a des nappes d’eau souterraines très considérables, qu’il est facile d’aménager.
Climat. — Le climat d’Obock, comme celui de toute la zone déserte et basse qui sépare le plateau central éthiopien de la mer, peut être caractérisé par Tépithète de saharien j une
Zoulah ou Zoulla, 1 ancienne Adulis (marquée encore sur certaines cartes comme appartenant aux Français), avait été cédée en 1839, par Négoussié, roi du Tigré, au capitaine de frégate français Russel.
sécheresse toute particulière lui est propre. Il est aussi très chaud. En 1893, à Obock, le lieutenant de vaisseau Cotligny a observé en juin et juillet des températures de 41° cent. Alors soufQe, entre le N. et le N. -O., le Khamsin, vent dont Djiboutil est abritée par les hautes montagnes du Gonda.
Le climat d’Obock est aussi sain que peut l’étre celui d’une région très chaude. Tout excessive qu’elle soit (35 à 38°), la chaleur se supporte mieux à Djiboutil que dans d’autres régions des mômes parages, car elle y est toujours sèche, et de plus, assez souvent tempérée par des vents de terre et des brises de mer. Ni les fièvres intermittentes, ni les dysenteries ne sont à redouter à Obock ; l’hépatite seule y est à craindre. Une sorte d’ulcère attaque presque tous les Européens dans le premier temps de leur séjour : c’est une affection sans gravité.
Faune et lïoee. — Obock a également une faune et une flore sahariennes.
La faune d’Obock est caractérisée par des gazelles, des ânes sauvages, des guépards, des chats sauvages, des chacals, des hyènes, des outardes, des autruches, des vipères, des scorpions. Comme animaux domestiques, on y élève, sauf le cheval, les mêmes que dans le Sahara : le chameau, l’âne, la chèvre, le mouton, le bœuf.
Des mimosas en quantité considérable; des palétuviers par bouquets au bord de la mer ; des palmiers donms et des Calatropris Procera{[Q Kourounka du Saharaalgérien) dans le lit des rivières et des torrents, sont les plantes caractéristiques de la région. Celle-ci présente en outre quelques graminées sauvages, des stipées et des salsolacées. On cultive sur quelques points de notre possession des légumes et des palmiers-datiers.
iutli^-èiies : races. — La population du territoire d’Obock comprend environ 12000 habitants qui appartiennent à trois races : les Somâl'i, les Galla, les DanakiL
Les Sonudi s’étendent tout le long de la côte, du cap Guardafui au Gubet-Kharab : par conséquent on les trouve sur les rivages sud de nos possessions, du cap Djiboutil au Gubet- Kharab. Ils sont divisés en plusieurs grandes tribus, subdivisées en tribus et familles. Les chefs portent le titre (^Lougass et sont héréditaires. La plus importante de ces grandes tribus, celle de Issa, est tout entière sur notre territoire. Tous sont guerriers, mais aussi commerçants et marins.
Les Galla de nos possessions se rattachent à cette grande
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race des Gai la ou Oromon, assez rapprochés des Abyssins, bruns de peau, mais d’un ton plus clair que nos autres sujets ou protégés de la région.
Le Donkali ‘ est essentiellement pasteur : il n’a pas d’habitation fixe, mais, dans les lieux ou il a l’habitude de revenir camper chaque année, il construit pour ses troupeaux des bercails en pierres sècbes, auprès desquels il place sa hutte de nattes reposant sur des cerceaux de lattes. Ces huttes sont de grandeurs diverses, mais toujours très basses ; elles affectent la forme rectangulaire et n’ont pour meubles que des nattes, des outres en peau et des vases en vanneries ornés de coquilles ou de perles, qui servent à contenir le lait et le beurre.
Le territoire occupé par ces populations forme un vaste triangle. Les limites xen sont: au nord, Arkiko ; au sud, une ligne reliant Gubet-Kharab aux mines de soufre du Choa ; à Louest, le contrefort des montagnes de l’Éthiopie centrale; à l’est, la mer Rouge.
llIoeiiBi>.«!>otcoiit<iincstle!sDaiiakil. — Le Donkali est un homme de stature moyenne, généralement bien proportionné, aux traits réguliers : les yeux sont beaux et assez souvent bleu foncé; les cheveux, ordinairement fins et bouclés, sont droits quelquefois; les hommes les portent demi-longs et se rasent la nuque. Pour la barbe, ils se la taillent généralement en collier, lorsqu ils en ont, car un très grand nombre de Danakil ont la figure glabre, quoique les jambes soient très velues.
L’usage de se couvrir les cheveux d’une couche de graisse de bœuf est général chez eux. Le vêtement consiste en un pagne serré autour des reins et descendant jusqu’à la hauteur des genoux, une toge de couleur et de fortes sandales en cuir de hœuf.
Les armesdesDanakil se composentd’uncoutelas recourbé,
porté à la ceinture, d’un bouclier rond en peau et d’une forte lance, arme d’estoc et non de jet, garnie à un bout d’un fer large et long et à l’autre extrémité d’un lourd talon de fer.
Le costumes des femmes Danakil consiste en un jupon de peau tannée ou de cotonnade et une camisole en toile de coton , bleu. Elles ont les cheveux tressés, se recouvrent la tête d une pièce de coton bleu et portent aux chevilles, aux poignets, aux lobes des oreilles de lourds ornements de cuivre et des grains de verroterie.