Rapport de M. Bayol
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vêlait toutes ses prétentions et sommations. 11 ajoutait : < Tout ce qui s*est passé de mal tient à ce qu'il n'y a pas de roi en France. Le roi de Dahomey fait dire aux Français de rappeler un descendant des anciens rois et de le nommer roi pour que le Dahomey et la France soient bien d'accord. » Le lendemain, 28 décembre, la mission quittait Abomey. Deux jours après, on annonçait la mort du roi Glé-Gié (30 novembre) et la reprise des grands massacres rituels. Le successeur de Glé-Glé était Béhanzin, surnommé Hosm-Boouélé (roi requin), et qui s'appelait auparavant Kon-DÔ ou Kondo.
Ijair«ei*i*« <lc ISSO. — Les Dahoméens se préparèrent aussitôt à une nouvelle cçimpagne. Par dépêche du 14 janvier 1890, M. Bayol sollicitait de Paris un prompt secours. Il recevait de M. Etienne, sous-secrétaire aux Colonies, l'avis que le conseil des ministres était peu favorable à l'idée d'une expédition qui nécessiterait l'intervention du Parlement. M. Etienne demandait quelle serait l'étendue de l'opération et quelles forces elle réclamerait. Sur de nouvelles instances de M. Bayol, il fit savoir que le gouverneur du Sénégal avait reçu Tordre d'envoyer trois compagnies de tirailleurs avec quatre canons de 4, sous les ordres du chef de bataillon Terrillon. En outre un détachement de tirailleurs gabonais était appelé de Libreville à Kotonou sur le Sané. Ceux-ci arrivaient le 13 février au matin ; le contingent sénégalais arrivait le 19 sur VAriège. C'était, en tout, une force de 400 hommes, dont 12 artilleurs blancs. Tout de suite les hostilités commencèrent.
Le 21, M. Bayol fit mander à la factorerie Régis le gouverneur dahoméen de Kotonou, Ilouakétomé, et, à la suite d'un palabre, le fit arrêter avec les treize conseillers noirs qui l'accompagnaient, afin qu'ils servissent d'otages pour la sûreté des Européens que détenait Béhanzin. Le même jour le commandant Terrillon occupa la ville de Kotonou, qui est à quelque distance de l'établissement français de ce nom. Du 21 au 26 février, le corps expéditionnaire fut harcelé chaque jour par des bandes sans cesse grossissantes de soflimatas, ou soldats, et d'amazones ». Avec ses 400 hommes, contre 15 à 20,000 guer-
i. L'armée du Dahomey parait se composer : 1° de 3 000 amazones; 2^ de 7 ou 8000 guerriers soldés; 3o de contingents de réserve où figurent des femmes; i», en cas de nécessité, la levée en masse.
Les amaxones se recrutent soit parmi les petites filles enlevées à la gaerre, soit de filles de sujets qui sont enrôlées après une revision où elles ont été déclarées bonnes pour le service.
Elles sont astreintes sous peine de mort au célibat ; mais parfois le
riers ou guerrières, le commandant, dont le feu était appuyé par les obus du Sam et de VÉmeraudey battit l'adversaire en sept rencontres et chaque fois des centaines de soflimatas et d'amazones restèrent sur le carreau ; mais on eut 32 hommes tués, dont 3 officiers, et 105 blessés, dont 4 officiers. Le 4 mars, les Dahoméens tentent une surprise sur Kotonou : ils sont accueillis par un feu roulant d'artillerie et de mousqueterie, se battent avec fureur, mais perdent près de 600 guerriers, parmi lesquels la colonelle des amazones. D'autres combats eurent lieu les 21 , 22, 28 mars, et les Français prirent l'oiTensive sur l'Ouémé.
Nos établissements étaient désormais à l'abri. Pour le surplus, M. Bayol proposait à son gouvernement deux solutions ; oubien. sans avancer dans l'intérieur, occuper Whydah, bloquer la côte du Dahomey, couper au roi tout revenu douanier et tout arrivage d'armes et de munitions ; ou bien tenter une marche sur la capitale. Le commandant Terrillon recommandait ce dernier parti, assurant qu'il suffirait d'adjoindre à son petit corps un bataillon de légion étrangère, deux compagnies d'infanterie de marine, une batterie d'artillerie. A Paris, on se prononça formellement contre « toute marche sur Abomey et toute opération engageant une expédition » . l^uis, la direction des Colonies ayant passé du Commerce à la Marine, on renonça même à l'occupation de AVhydah. Avec les renforts, le corps expéditionnaire ne comprenait que 700 combattants : rien que pour occuper AVhydah, garder Porto-No vo et Kotonou, il en aurait fallu 1 500.
Le 21 avril, l'armée dahoméenne, forte de 8 000 hommes, reparut vers Beàji, à 7 kilomètres au nord-est de Porto-Novo. On l'attaqua, on lui tua ou blessa beaucoup d'hommes; mais il fallut se replier par une marche « en carré face en arrière », attendant Fennemi à bonne portée et l'écrasant alors sous les feux de salve. Les Dahoméens perdirent dans cette affaire, dite combat d'Atchoupa, environ 1500 hommes. Ils reculèrent sur Bedgi. Nous avions 8 tués et 57 blessés, dont 2 officiers. Le 22 avril, le commandant Fournier, chef de l'escadre, téléroi en donne en mariage à des guerriers qu'il veut récompenser. Les amazones sont partagés en trois brigades. Dans chaque brigade on distingue cinq arme» diflérentes, reconnaissables à leur uniforme et à leurs tuniques : les agbarayad ou espingoliéres^ les gbHo ou chasseresses d'éléphants,les nyekpleh-hcnloh ou porteuses d'énormes rasoirs; les gutonnentoh ou mousquetaires ; les archéres, armées d'arcs et de flèches empoisonnées ( Voir l'article déjà cité de M. le capitaine Nicolas;.
graphiait que Béhanzin marchait en personne contre Porto- Novo, non pas seulement pour enlever des captifs, mais pour prendre la ville : il demandait donc des renforts, « nécessaires non pour aller en avant, mais pour repousser Tagresseur •. Pour marcher sur Abomey, il eût fallu 1 500 tirailleurs sénégalais et 1 500 hommes de troupes blanches. On ne pouvait lui envoyer que 100 tirailleurs sénégalais, 80 marins du Sané et 50 disciplinaires de la marine. Quelques obus envoyés par le Sané au delà du parallélogramme de Whydah donnèrent cependant à refléchir aux Dahoméens, qu'étonnait la redoutable portée de notre artillerie. Béhanzin rendait bien les otages européens qu'il avait retenus à Abomey, mais il gardait les émissaires que lui envoyait le commandant Fournier pour traiter de la paix.
Le traité du 3 octobre 1SS9. — Sur ces entrefaites arriva, fin de mai 1889, sur la Naïade, le contre-amiral de Cuve^^'ille, avec des instructions lui enjoignant de traiter le plus tôt possible : « Aucun succès, portait ce document, ne saurait vous faire autant d'honneur que la clôture, par voie transactionnelle, de l'incident du Dahomey. » A la fin de juillet, le contre-amiral envoyait à Whydah le P. Dorgère, un des prisonniers libérés de Béhanzin, pour tâcher d'obtenir la restitution des négociateurs de M. Fournier. Le P. Dorgère partit pour Abomey à la fin d'août. Il avait réussi à gagner le grand féticheur du royaume, conseiller intime de Béhanzin : il obtint la restitution de 35 prisonniers; de notre côté, on leva le blocus de Whydah. Puis, comme les négociations traînaient en longueur, le 2 octobre la Ndiade reparut devant Whydah. Le contre-amiral menaça de bombarder la ville, si la paix n'était pas faite dans les vingt-quatre heures. Cette menace produisit son effet.
Le 3 octobre 1889 fut conclu une sorte de traité ainsi conçu : « En vue de prévenir le retour des malentendus qui ont amené entre la France et le Dahomey un état d'hostilité préjudiciable aux intérêts des deux pays... nous avons arrêté d'un commun accord l'arrangement suivant qui laisse intacts tous les traites et conventions antérieurement conclus entre la France et le Dahomey : — Art. \^\ Le roi de Dahomey s'engage à respecter le protectorat français du royaume de Porto-Novo et à s'abstenir de toute incursion sur les territoires faisant partie de ce protectorat. Il reconnaît à la France le droit d'occuper indéfiniment Kotonou. — Art. 2. La France exercera son action
Frâuce colohulk. ^Q
auprès du roi de Porto-Novo pour qu'aucune cause légitime de plainte ne soit donnée à l'avenir au roi de Dahomey. A titre de compensation pour l'occupation de Kotonou, il sera versé annuellement par la France une somme qui en aucun cas ne pourra dépasser 20 000 francs (or et argent)... »
Le Parlement français, sur un rapport de M.deLanessan,dans sa séance du 28 novembre 1891, décida qu'il n'y avait pas lieu de ratifier cet « arrangement » par une loi, mais qu'on laisserait au gouvernement « le soin de donner à cet acte la sanction la plus conforme aux intérêts de la France dans le golfe de Bénin » . Le 19 décembre, le gouvernement ratifia le traité. Peu de temps après, Béhanzin reçut la première annuité de 20 000 francs.
lia ffuerre de l$9!8. — En 1892, tout était à recommencer. Béhanzin maintenait toutes ses prétentions. Il n'était pas disposé, pour 25000 francs, à renoncer aux 100000 francs que pouvaient lui rapporter les douanes maritimes. Avec l'argent versé par la France, avec celui que lui rapportait le traûc des esclaves, il avait acheté des munitions et des fusils à tir rapide que lui fournirent les Allemands de Whydah et du Cameroun; il leur livrait 1 000 esclaves en échanche de 250000 marks; il en livrait aussi à la Compagnie du chemin de fer du Congo belge : c'est ce qui explique la recrudescence du traQc des esclaves dans le golfe de Bénin. En janvier il pilla (hmlchicoméy ville principale des Ouatchis, à deux heures et demie de Grand-Popo, et enlevait dans le pays 3 000 esclaves. Il razzia de même la population de Quitta, k l'ouest du Dahomey, sur le territoire français. Le 26 mars, il fit envahir le territoire de Porto-Novo, détruisit les villages d'.4^0M/rt, Deno ou Dannon. M. Ballot, lieutenant-gouverneur, se rendit sur les lieux à bord de la chaloupe canonnière la Topaze: il fut attaqué le 27, à la hauteur du village de Topo par 400 Dahoméens armés de fusils à tir rapide et eut 4 hommes blessés à son bord. Le 29, 2000 Dahoméens passèrent rOuémé; puis ils détruisirent Kétomé et plusieurs villages, coupant les palmiers et ravageant toutes les plantations. Enfin 6000 d'entre eux menaçaient Porto-Novo. En résumé nos 750 hommes de garnison allaient avoir affaire à environ 12000 Dahoméens, dont 4000 armés de carabines Winchester, avec 6 canons-revolvers achetés aux Allemands. Devant ces provocations les Chambres françaises votèrent les crédits nécessaires. De toutes parts affinèrent les tirailleurs algériens, sénégalais, gabonais, les détachements de troupes blanches. Nous avons vu que les noirs du Sénégal ont fourni
trois compagnies de volontaires, tandis qu'en Frapce plus de 1 400 hommes, tant de rinfanterie que de l'artillerie delà marine, se sont offerts pour partir. En attendant que Ton s'arrête soit à ridée d'une occupation de Whydah et de tout le littoral dahoméen, soit à une marche sur la capitale, le wharf de Kotonou, presque terminé, facilitait le débarquement des renforts. A la tète de toutes ces troupes a été placé le colonel Dodds. Les Anglais deLagos, d'après une entente entre Paris et Londres, ouvrirent aux canonnières françaises l'entrée de la lagune de Porto-Novo. On acheta, on construisit des bateaux tout exprès pour naviguer sur cette lagune, d'une très faible profondeur d'eau, et sur les petits fleuves du Dahomey. Le 27 avril on saisit, comme on avait déjà fait en 1889, des gens de Béhanzin et il fut obligé, pour se les faire rendre, de relâcher les Européens qu'il gardait prisonniers. Le 9 aoiH 1892 ont commencé les opérations militaires*.
Ijes autres voisins de nos possessions. — A l'ouest, nous confinons à la colonie allemande de TogOj acquise en 1883 et contigue à la Côte d'Or anglaise. Le mot Togo, dans la langue des indigènes, signifie < au delà du marigot ». Cette province avait alors 36 kilomètres de plage sur 36 kilomètres de profondeur, soit environ 1 300 kilomètres carrés, avec une population de 40000 âmes. Des annexions plus récentes dans le pays des Krepi et des Mina, le protectorat imposé aux villes d*Adangbé et Atakpamé, qui sont respectivement à 50 et à 100 kilomètres dans l'intérieur des terres, ont porté la frontière allemande au nord, jusqu'à Krasi et Paratau; à l'ouest, jusque sur la moyenne Volta; à l'est, jusqu'à une ligne droite conventionnelle, parallèle au méridien de longitude, qui coupe la rivière Mono, de façon à nous en laisser l'embouchure. Sur la côte les ports sont Loméy Bagida, PorloSeguro, Petit-Popo (ces deux derniers anciens comptoirs français). Le Togo a un mouvement d'affaires de près de 4 millions. Les négociants allemands sont des voisins gênants parce qu'ils encouragent le Dahomey à la traite des esclaves et, contre nous, lui fournissent des armes et des munitions.
A l'est de nos possessions, en allant vers le bas Niger, on entre dans la zone réservée à Tinfluence britannique, par le pays des Nagots, race beaucoup plus sociable, mais défiante encore à l'égard des étrangers. On trouve alors, presque à la
t. Voir, à la fin du volume, les derniers renseignements.
frontière de Porto-Novo, le bourg d*Aggera, situé en une région salubre, où les blancs sont accueillis, mais où Ton ne souffre pas leur séjour; Lakkè, Congé, Sakété, peu connusdes Européens; (Jkiadan, sur la rivière Okpara, qui déboucHe dans les possessions des Anglais, auprès de Badagry, une des villes les plus commerçantes de leur colonie de Lagos ; Abéokouta, sur la rivière Ogoun, capitale des Egbas, ville très populeuse, où les Anglais se sont établis, puis se sont fait expulser en 1867, en 1880, en 1892, et où il existe un établissement de missionnaires français.
Sur le bas Niger, règne V United A frican Company, dont il a été question ci-dessus ^ Elle a de nombreux comptoirs : Brass River, Akassa, Assaba, Agbéri, Suaré, Abo ou Ibo, Ulchi, Nidouni, Onilcha, où il y a des misssionnaires français, Ida, Lukodja, Egga, Ibadgi, Rabba, etc., desservis par des navires à vapeur.
Description du pajs de Porto-^'o^o. — Notre royaume de Porto-Novo est partagé en deux parties, l'une maritiine, l'autre continentale, par la lagune qui s'étend depuis Appa, à l'est, jusqu'à Kotonou, à l'ouest. La partie maritime est une sorte de presqu'île basse et marécageuse, dont Tisthme est auprès d'Appa. La partie continentale forme un vaste plateau incliné vers l'ouest "^
Au total, le protectorat présente une superficie de 1 800 à 2 000 kilomètres carrés.
La capitale du royaume, Porto-Novo^ a environ 20,000 habitants ; le royaume tout entier, environ 200 000.
La lagune intérieure communique, à l'ouest, avec la grande lagune de Nokhoné où l'on voit deux villages pittoresques, construits sur pilotis, Ahouansoli et Afatonou; elle débouche vers la mer par un bras étroit.
Climat. — Le climat est beaucoup plus malsain que celui de nos établissements de la Côte d'Or, la contrée étant basse et marécageuse. Pendant toute l'année, la température chaude et humide est désastreuse pour les Européens ; les uns succom-
1 Voyez ci-dessus, pages 227-230.
2. Le royaume de Porto-Novo est partagé en cinq provinces : celle de Porto-Novo au centre, celle d'Ajjéra au nord, celle de Pocra à l'est, celle d'Ouémé à Touest, celle d'Appy au sud. Les Nagols furent refoulés par Aboupo dans ces deux dernières provinces; ils supportent avec peine le joug des conquérants et plusieurs défaites sanglantes n'ont pu encore complètement les dompter.
bent au bout de quelques mois ; ceux qui survivent voient leurs forces baisser, leur sang s'appauvrir, et ils sont obligés de rentrer en Europe pour se fortifler avant d'affronter de nouvelles épreuves.
On distingue quatre saisons : 1® la grande saison des pluies qui s*étend des premiers jours de mars aux premiers jours de juillet; 2o la première saison sèche qui va de la mi-juillet à la mi-octobre; 3® la petite saison des pluies qui règne de la mioctobre au commencement de décembre; 4» la belle saison, ou grande saison sèche, qui comprend les mois de décembre, de janvier, de février et les premiers jours de mars. Le thermomètre marque, suivant les époques, de 24 à 34 degrés; la moyenne est de 31 degrés.
Bace» de la Côte des Eiiclaires. — Trois races bien distinctes se partagent le littoral : les Mina, qui s'étendent du Volta au Dahomey ; les Djedji, qui habitent les royaumes du Dahomey et de Porto-Novo; enfin les Nagots, qu'on rencontre à Test de l'Okpara et fort avant dans Tintérieur des terres. On remarque entre eux des différences notables de caractère : le Mina est plus nonchalant, plus rusé et plus enclin au vol ; le Djedji, d'un servilisme abject, plus vindicatif, plus fourbe et plus méchant, fait le mal avec cynisme ; le Nagot, plus sociable et d'humeur plus gaie, a de la loyauté et de la prévenance ; c'est celui avec qui les relations sont les plus faciles et les plus sûres. Les indigènes sont moins beaux que ceux de la Côte-d'Or.
McDvr» et youvemeineni de Porto-IVovo. — Les
Djedji du royaume de Porto-Novo sont, comme ceux du royaume de Dahomey, obséquieux, dissimulés et méchants. Leur religion n'est qu'un tissu de superstitions grossières et quelquefois cruelles* : pendant quelques années, ils semblaient avoir renoncé aux sacrifices humains; mais ils n'en immolaient pas moins en secret beaucoup de victimes*. En 1874, le roi Dassy a fait frémir toute l'Europe, par les sacrifices épouvantables qu'il a offerts en l'honneur des quatre derniers rois de Porto-Novo. Le protectorat français paraît avoir mis fin à ces massacres.
i. Les Djedji et les Nagots croient en Dieu, mais ne l'adorent pas; ils se disent les enfants d'une race déchue à laquelle Oloroun ou Maou (Dieu lui-même) a imposé le culte des esprits, et surtout celui des esprits mauvais ou démons qui établissent leur demeure dans des statuettes, dans le corps de certains animaux, dans les arbres et dans les noix de palme.
1 J'en ai moi-même été témoin. (Note do M. Tabbé Bouche.)
Porto-No vo a deux rois : le roi de jour et le roi de mât, le premier est de beaucoup le plus puissant, mais il doit être rentré chez lui au coucher du soleil, de même que son collègue doit ne pas se montrer après le jour levé. Chacun des deux rois a le droit de mettre à mort celui d*entre eux qui commet une infraction à ce règlement. En réalité, l'un est le vrai roi, Taulre est une sorte de chef de la police de nuit.
Le roi du jour s'appelle aujourd'hui Toiïa.
Les femmes et les esclaves se livrent seuls à la culture: c'est surtout celle du maïs, du manioc, des ignames, des haricots et de la patate qui sont le fond de l'alimentation.
Les noirs ne savent pas ce que signifient ces mots : mien et tien; les champs, les cases, tout appartient au roi, et il en dispose au gré de ses caprices. Le pouvoir du souverain est despotique et absolu ; il est cependant contre-balancé par l'influence de quelques cabécères, ou chefs, et par celle des prêtres idolâtres. Tout s'incline devant ces derniers ; on craint leurs vengeances secrètes et leurs poisons.
Productions du pays. — La Côte des Esclaves ne présente pas les mêmes ressources que la région de Grand-Bassam et Assinie : on n'y rencontre pas de mines d'or. Les seuls objets que fournissent les indigènes sont l'huile et les amandes de palme, des noix de kola, un peu d'arachides, une quantité insignifiante d'ivoire. Il serait facile de décupler les exploitations en favorisant la culture de l'indigo, du café, du tabac, de la canne à sucre, du coton.
L'industrie des natifs est presque nulle : les hommes travaillent le fer et les femmes fabriquent une poterie grossière. Quelques rares noirs, venus du Brésil, ou de Sierra-Leone, élevés par les missionnaires de Porto-Novo, sont maçons ou charpentiers. Les autres ne peuvent nous servir que comme manœuvres, porteurs, canotiers, etc.
ÉiaUlssemeiiis de eomiiierce européens. — Nous avons fondé des comptoirs, sur le territoire des Minas, à Grand- Popo, en 1857, sur les rivières du Grand-Popo et Agoué, avec les villages d* Agoué et la Baranquère; à Agoué, en 1868, b, Kotonou et Petit-Popo, en 1864; à Porto-Seguro, en 1868. —Nous avons vu que ces deux derniers points ont été cédés à l'Allemagne.
Kotonou, jusqu'à ces derniers temps, était un port que la barre rendait presque inabordable : les navires devaient se tenir à plus d'un kilomètre et remettaient leurs marchandises et leurs passagers à des canots que manœuvraient des rameurs indi-
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gènes. Pour les embarcations mêmes, le passage de la barre était des plus périlleux; souvent elles chaviraient et les requins qui pullulent dans ces parages happaient les naufragés. En i892 on a procédé à la construction d'un wharf, long de 280 mètres, qui permettra aux navires de débarquer leur personnel et leur chargement en deçà de la zone dangereuse.
Le commerce principal se trouve entre les mains de deux maisons marseillaises, Régis et Fabre, et d'une autre maison française, Colonna de Leka.
Elles sont toutes établies dans la capitale, Porto-Novo, où elles rencontrent la concurrence de trois maisons allemandes et une portugaise.
Pour le tabac et le tafia, elles sont en concurrence avec les Portugais; pour les tissus et le sel, avec les Allemands et les Anglais ; pour Teau-de-vie et le genièvre, avec les Allemands. Nous avons aussi des comptoirs à Whydah et à Godomé dans le Dahomey, à Lagos, à Palmas, à Léké, qui dépendent de la colonie anglaise de Lagos, et qui sont sous la surveillance d'un agent consulaire. La monnaie préférée est la monnaie anglaise; mais les indigènes acceptent aussi celle de France, de Portugal et des États-Unis. Le commerce avec les blancs se fait surtout par le troc de marchandises européennes contre marchandises indigènes; pour les transactions entre indigènes, pour le payement des salaires que nous leur devons, on emploie les c porcelaines cauris » : ce sont des coquillages que l'on importe de Mozambique, de Zanzibar et de Manille. Une < piastre cauri » se compose de 2 000 coquillages; elle a une valeur variant de 0 fr. 80 à i fr. 25. Cent cauris valent environ cinq centimes. Les Européens ne se livrent en ce pays ni à la culture, ni à l'industrie. Le climat interdit d'y songer à une colonie agricole, et même à une colonie de plantation; mais les missionnaires ont créé une petite colonie agricole et obtenu des résultats, qui, quoique insuffisants à cause de la modicité des ressources, démontrent cependant qu'une colonie sérieuse, embrassant la plantation et la culture, réaliserait des bénéfices considérables. L'immigration européenne est nulle : il n'y a pas plus de quinze à vingt Européens dans le royaume, missionnaires, sœurs, employés de factorerie, traitants établis pour leur compte.
Mait»ti4iae «in commerce. — En 1884, les importalions se sont élevées à 3 970 943 francs. Les principaux articles sont le genièvre et le lalia, chacun environ 1 700000 francs; puis le musc, le tabac, les tissus, la poudre, variant entre 102 et
112 000 francs ; les autres chiffres (liqueurs diverses, sel, armes, faïence, quincaillerie, mercerie, chaussures, verrerie) sont insignifiants. Les exportations se sont élevées à 5 055 483 francs. Elles consistent presque uniquement en huile de palme et ndes de palme.
In 1889, les chiffres se sont élevés, pour Porto-Novo et mou, à 6308 200 francs pour l'importation, dont 4768 950 maisons françaises; les exportations à 4 808 750 francs, 3 900 800 par maisons françaises. Ils se sont élevés, pour id-Popo et Agoué, à 1420150 pour l'importation (dont 3600 par maisons françaises) et 1 197 150 francs pour )ortation (dont 907 950 par maisons françaises), l'est au total 14 141 550 francs d'affaires, sur lesquelles la de la France est de 10 661 300 francs. Linsi, d'une part, le commerce de ces établissements est en :rès sensible, et d'autre part il profite presque eatièrement France, in 1891, le mouvement commercial a étéde 13 500 000 francs.
nstmcUon publtifiie. — La langue française est encore oins répandue à Porto-Novo : l'anglais et le portugais, l'un use du voisinage des colonies britanniques, l'autre à cause brésiliens de toutes couleurs établis dans le royaume, y sont
connus des indigènes. Des missionnaires et des sœurs ont é des écoles à Porto-Novo. Ils enseignaient en portugais, î colonel Dorât, lorsqu'il était commandant de cet établisset et résident de France, leur a fait une obligation d'ensei-
le français. Ils instruisent et catéchisent 112 à 120 garçons ) à 100 filles, dont un tiers indigènes. Il y a aussi une école estante, mais beaucoup moins suivie, car elle n'a que u 30 élèves.
Lvenlr de la colonie. — Cet avenir est assez limité, me on le voit, puisque, de toutes parts, nous sommes enseru par des concurrents européens ou par des États barbares s'ouvrent difficilement au commerce. Malgré le chiffre ivement considérable de la population indigène, le chiffre aires est encore peu considérable. Depuis qu'un commerce lète et régulier a remplacé l'ancien trafic dont le souvenir ssant se retrouve encore dans le nom donné à ses rivages, >te des Esclaves a certainement perdu de son importance, lis, elle n'offre pas ces placers qui sont le plus grand attrait . Côte d'Or.
Nous devons cependant nous rëjouir de voir 1( affermi « dans cette zone qui est, dit M. le capitaine des plus fertiles que la nature se soit plu à fo administration intelligente et sage augmentera éni chiffre des transactions en développant Tagriculti rant aux noirs la propriété de leurs biens et en fav blissement de succursales de nos comptoirs à Aggér et à Abéokouta, ville de 200000 dmes, amie de la succursales nous ménageraient une route ver l'Haoussa et Tintérieur du continent africain.
ALFRED RAMBAUD. Li
Armand Colin & C'«, éditeurs.
i FRANCE COLONIALE
Carte «• 5.