‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 35 sur 79 · I. — LES PREMIÈRES EXPLORATIONS · texte numérisé non relu

I. — LES PREMIÈRES EXPLORATIONS

Les décrets. — Gomme nous l'avons vu au chapitre du Sahara, l'accord anglo- français du 5 août 4890 avait réservé à l'influence de la France les territoires soudaniens situés à l'ouest de la ville de Say, sur le Niger. En conséquence, par le décret du 48 août suivant, l'administration du Soudan occidental français était détachée du Sénégal.

Les explorations et les expéditions qui eurent lieu ensuite amenèrent la convention franco-anglaise de 4904, laquelle délimita de nouveau notre zone d'influence concernant notamment les territoires d'accès au lac Tchad.

C'est donc l'histoire et la géographie de cette immense région qui s'étend du haut Sénégal au lac Tchad, et de Grand-Bassam à Tombouctou, que nous avons à faire dans ce chapitre, bien entendu autant que le permettent les données actuelles.

Les explorateurs. — Les détails rétrospectifs sur l'histoire de cette colonisation comprendront ici les explorations de Mungo Park, René Caillié, Mage et Quintin, Paul Soleillet, Zweifell et Moustier, Galliéni, Garon, Binger, Monteil, Hourst et autres.

Mungo Park. — L'Écossais de ce nom est le premier voyageur européen qui ait ouvert la route du Soudan, par l'ouest, et exploré le grand fleuve de l'intérieur, le Djoliba ou Niger.

Envoyé par YAfrican Association de Londres, il fit, de 4795 à 480G, trois expéditions sur le fleuve : les deux premières à Bammako et Ségou, la troisième de Sansanding à Boussa, descendant le Niger en bateau à voiles sur une longueur de 2000 kilomètres, sans mettre pied à terre. Les Touareg attaquèrent l'expédition à plusieurs reprises. A la hauteur de Yaouri, Mungo Park fit remettre au chef d'un village, bâti sur la rive du fleuve, des présents pour lui et pour son suzerain, le roi de Yaouri. Le chef garda tout. Le roi, furieux de ne pas recevoir l'hommage du voyageur blanc, envoya une armée contre lui. Elle s'embusqua à Boussa, point où le Niger, encaissé entre des rochers, est très rapide, et, quand les

Anglais parurent, elle les accabla sous une grêle de traits. Mungo Park, voyant tomber ses compagnons et ses esclaves noirs les uns après les autres, et ne pouvant plus gouverner son bateau, essaya de gagner la rive à la nage. Il se noya dans les rapides.

Tels sont les détails que Barth recueillit, en 4854, à Boussa, de la bouche d'un vieux Targui qui avait assisté au combat.

Nous avons parlé au chapitre du Sahara du major Laing, qui, le premier, parvint à Tombouctou, mais périt en sortant de cette ville, en 4826.

René Caillié. — Le Français René Caillié est le premier Européen qui atteignit heureusement le but qu'il s'était proposé et revint sain et sauf de son exploration à Tombouctou.

Caillié naquit à Mauzé, petit bourg des Deux- Sèvres, en l'an 4799. Il était fils d'un pauvre boulanger, qui ne put lui faire donner qu'une instruction très incomplète. Dès son enfance, des récits de voyages l'avaient enflammé et avaient fait naître chez lui un ardent désir de découvrir des pays nouveaux. Il mit d'ailleurs à accomplir ce projet une opiniâtreté et une énergie remarquables.

A l'âge de seize ans, il partit pour le Sénégal à bord de la gabare la Loire, qui faisait partie de la même expédition que la Méduse, mais n'eut pas le triste sort de cette frégate.

Atteint de la fièvre dans une expédition au Bondou, Caillié dut momentanément quitter la colonie en 4824, où il revint. L'année suivante, il se rendit chez les Braknas,où, durant un an, il apprit la langue, les mœurs, les coutumes arabes et les pratiques de la religion musulmane. N'ayant pu ensuite trouver l'appui qu'il espérait, il résolut d'exécuter le voyage qu'il avait projeté avec les seules ressources dont il disposait. Celles-ci étaient vraiment bien minces ; elles se composaient à peine de 2 000 francs économisés sou à sou depuis cinq ou six années. Sur cette somme, 4 700 francs furent employés à acheter divers articles destinés aux indigènes, le tout pesant à peine cent livres. Caillié emporta également deux petites boussoles de poche, les feuillets d'un Coran et une petite pharmacie de voyage, dont quelques colons de Sierra-Leone, ses amis, lui avaient fait cadeau.

Il partit de Freetown, le 22 mars 4827, vêtu d'un costume arabe, et se fit conduire à Kakondy, sur le Nunez. Le 49 avril suivant, il se mit en route pour le Fouta-Djalon avec cinq Mandingues, auxquels il se donna comme musulman.

En quittant ce pays, le 30 mai, Caillié se dirigea au sud -est vers le Niger, qu'il atteignit près de Kouroussa, puis il se joignit à une caravane qui allait à Kankan. Il resta plus d'un mois dans ce village, attendant l'occasion de pouvoir traverser en toute sûreté les forêts du Ouassoulou, qu'on disait infestées de brigands. Enfin, le 46 juillet, il put se mettre en route, gagna Sambatilika, et arriva le 3 août au joli village de

Timé, où les fatigues endurées depuis le départ, les pluies persistantes, les privations de toute nature, lui donnèrent un violent scorbut. Soigné avec un réel dévouement par une vieille négresse, mère de son hôte, Caillié ne put reprendre le cours de son voyage que cinq mois plus tard.

Il partit de Timé le 9 janvier 1828, avec une caravane de Mandingues qui allait vendre des noix de kola, les uns à Sansanding, les autres àDjenné, où ils les échangeaient contre du sel en barre. Le 11 mars, il entrait dans cette dernière localité, dont la population était alors de 9 à 10 000 habitants; et, le 19 avril, un an juste après son départ de Kakondy, il arrivait en vue de Kabara, misérable village, port de la ville de Tombouctou.

Le lendemain, 20 avril, Caillié arrivait à Tombouctou, après trois heures de marche. « En entrant, dit-il, dans cette cité mystérieuse , objet des recherches des nations civilisées de l'Europe, je fus saisi d'un sentiment inexprimable de satisfaction ; je n'avais jamais éprouvé une sensation pareille, et ma joie était extrême... Revenu de mon enthousiasme, je trouvai que le spectacle ne répondait pas à mon attente. » La ville n'avait alors, d'après l'estimation de Caillié, que 10 à 12000 habitants environ, et n'était qu'un amas de vilaines masures construites en terre.

Caillié ne resta que quatorze jours à Tombouctou. Le 4 mai, il quittait la ville avec une caravane de plus de 600 chameaux qui se dirigeait vers le Maroc. Cette caravane fut rejointe en route par plusieurs autres, et compta bientôt plus de 1 400 chameaux. On mit trois mois à franchir le Sahara; on traversa successivement le Tadjakant, Tel Draah, le Tafîlet, et, le 12 août, Caillié entrait à Fez. Le 7 septembre, il se présentait au consul de France à Tanger, qui lui donnait les moyens de gagner Toulon. Arrivé à Paris, Caillié fut reçu par la Société de géographie, qui lui décerna son grand prix annuel.

Ce n'est toutefois qu'un quart de siècle plus tard que les assertions de Caillié furent confirmées d'une façon éclatante par un autre explorateur, le Hambourgeois Barth, qui parvint, lui aussi, à Tombouctou (1858), et put vérifier ainsi l'exactitude absolue du récit de notre compatriote. Malheureusement, lorsque cette réhabilitation eut lieu, René Caillié n'était plus. Profondément atteint, autant par les souffrances de son voyage que par les attaques dont il avait été l'objet à son retour, il était mort à l'âge de trente-neuf ans.

Une colonne commémorative lui a été élevée, par ordre du général Faidherbe, sur les rives du Nunez, à Boké, non loin du point de départ de son exploration. En France, son buste surmonte le pont du village qui l'a vu naître.

Macjo et Quintin. — C'est en 1863 qu'apparaît nettement l'idée de relier le haut fleuve au Niger, et c'est dans le courant de cette même année que le général Faidherbe, gouverneur du Sénégal, chargeait deux officiers de la marine française d'explorer la ligne qui reliait nos établis-

sements du bassin supérieur du Sénégal au bassin supérieur du Niger, en se dirigeant de préférence sur Bammako.

€ Le but, disait la lettre du gouverneur, serait d'arriver, quand on jugera à propos d'en donner l'ordre, à créer une ligne de postes distants d'une trentaine de lieues entre Médine et Bammako, ou tout autre point voisin qui paraîtrait plus convenable , pour y créer un point commercial sur le fleuve. » En même temps, cette lettre donnait aux voyageurs l'ordre de pousser jusqu'à Ségou et de s'y mettre en relations avec El-Hadj-Omar.

Les officiers choisis pour cette expédition, le lieutenant de vaisseau Mage et le chirurgien Quintin, partirent de Médine le 25 novembre 1863, accompagnés d'une dizaine de noirs, laptots de la marine locale ou tirailleurs sénégalais. Ils remontèrent le Sénégal jusqu'à Bafoulabé, dont ils firent un levé topographique, passèrent à Koundian, et, après avoir traversé le Bafing, prirent la direction de l'est.

Le 45 janvier 1864, ils arrivaient à Kita, qu'ils désignèrent comme propice à l'établissement d'un poste, à cause de sa situation privilégiée. C'est là, en effet, que se croisent les routes qui mènent du Sénégal au Niger et du Bouré à Nioro. Quelques jours plus tard, ils franchissaient le Baoulé, que Mage appelle Bakhoï, et pénétraient dans la magnifique forêt de roniers du Marcounah. Le 22 février ils étaient à Yamina, où ils s'embarquaient sur des pirogues, et le 28 ils arrivaient en vue de Ségou.

Mis en rapport avec Ahmadou,qui représentait son père El-Hadj-Omar, parti en expédition dans le Macina, Mage et Quintin, malgré leurs instances , ne purent refranchir les murailles de la ville , soit pour pousser jusqu'à l'endroit où l'on disait que se trouvait le prophète, soit pour retourner à Saint-Louis.

Ils restèrent ainsi à Ségou jusqu'au 6 mai 1866, et finalement ne purent voir El-Hadj, qui avait péri au siège d'El-Hamda-Lillahi, à quelque distance de Bandiagara. Enfin, craignant de s'attirer des désagréments avec le général Faidherbe, gouverneur du Sénégal, qui lui envoyait courrier sur courrier, Ahmadou se décida à donner la liberté à ses deux «hôtes».

Mage et Quintin, en revenant, suivirent une route différente de la première. A Yamina ils prirent la direction du Kaarta, visitèrent Nioro, passèrent par Koniakary, et arrivèrent à Médine le 28 mai suivant, après une absence de trente mois et trois jours.

Paul Soleillet. — Quinze ans après, Paul Soleillet, accompagné d'un interprète sénégalais, entreprenait le même voyage, avec l'intention d'étudier une voie de communication entre le Sénégal et l'Algérie. Parti de Saint-Louis le 10 avril 1878, il arrivait le 1er octobre à Ségou, où Ahmadou lui témoigna toujours beaucoup d'égards, mais en s'opposant formellement à ce qu'il allât plus loin, ce qui obligea le voyageur de revenir sur ses pas. Il rentrait à Bakel le 2 mars 1879.

Zweifell et Moustier. — Ces deux voyageurs, l'un suisse, l'autre

français, attachés depuis dix ans aux comptoirs de la maison Verminck, recurent pour mission, à la fois géographique et commerciale, d'aller à la recherche des sources du Niger. Partis de Falaba, sur la Rokelle, le 28 août 1879, ils traversèrent successivement le pays des Timnés, des

Tente arabe.

Limbas et des Kourankos. C'est près de Floria que le hasard les mit en présence du petit filet d'eau qui n'était autre que le Niger sortant du mont Tembi-Kounda. Ayant quitté cet endroit le 4 octobre, ils rentraient le 8 novembre à Rotombo, à l'embouchure de la Rokelle (Sierra-Leone). Mission Galliénl. — Le capitaine Galliéni avait pour mission d'étu-

dier le pays entre Médine et un point situé sur le Niger, d'y reconnaître un tracé provisoire du chemin de fer, d'examiner les ressources de la région et de conclure avec les chefs indigènes des traités permettant le passage de la voie ferrée.

Le 20 avril 4880, la mission arrivait en vue de la montagne de Kita, et, le 25, M. Galliéni signait avec le chef Tokonta un traité qui plaçait tout le pays sous le protectorat de la France. Du 6 au 11 mai les indigènes des régions parcourues se montrèrent hostiles, et dans un combat la mission subit même de grandes pertes.

A Bammako, sur le Niger, où l'on arriva le 12, M. Galliéni ne fut pas reçu comme il l'espérait; c'est pourquoi il fit marcher sur Nafadié, d'où l'on se dirigea vers Ségou, capitale du roi Ahmadou. Mais celui-ci refusa pendant dix mois de laisser approcher la mission, qui fut obligée de rester tout ce temps à Nango, situé à 40 kilomètres à l'ouest de Ségou. Ce fut seulement alors qu'apprenant la prise de Kita et de Koubango par le colonel Borgnis-Desbordes , Ahmadou se décida à signer un traité d'alliance avec le capitaine Galliéni. L'expédition reprit ensuite le chemin de Saint- Louis, où elle rentrait le 12 mai 1881, après une absence de dix-sept mois.

Page 1