‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 36 sur 79 · II. — EXPÉDITIONS MILITAIRES. — LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

II. — EXPÉDITIONS MILITAIRES. — LA CONQUÊTE

I. — Campagnes du colonel Borgnis-Desbordes (1880-1883). — Le but de la première campagne de cet officier était d'assurer l'occupation du pays entre Médine et Kita , d'y faire construire des postes et de procéder aux premières études relatives à l'établissement d'une voie ferrée.

Le colonel partit de Médine le 9 janvier 1881 à la tête de 830 hommes, dont420 combattants, marcha sur Kita, dont il prit possession le 7 février, puis s'empara du village de Koubango, qui se montrait hostile envers lui, comme il l'avait déjà été envers la mission Galliéni. Le 7 juin, on repartait pour Médine , après avoir laissé à Kita un fort suffisamment achevé, avec 135 hommes, 4 canons et d'abondantes munitions.

La deuxième campagne eut pour fin de ravitailler les forts de Bafoulabé et Kita et de construire un ou deux postes entre ces points. En conséquence, après avoir achevé le fort de Kita et construit celui de Badoumbé, le colonel Borgnis-Desbordes rentrait à Kayes le 14 juin 1882, non sans avoir aussi poussé une pointe dans le Ouassoulou, pour venger une insulte de Samory.

La troisième campagne, en 1883, avait pour programme de s'établir à Bammako et de relier ce point à Kita. Le colonel, à la tête de 542 combattants, marcha donc sur le Niger, en détruisant sur sa route le village hostile de Mourgoula et en s'emparant de Daba , également indisposé contre nous. Le 1er février, il arrivait à Bammako, où fut aussitôt construit un fort;

puis il se porta à la rencontre des troupes de Samory, qui se dirigeaient vers la même ville, leur infligea plusieurs défaites, et reprit le chemin de Médine, où il rentra au commencement de mai.

L'année 1884 fut marquée par la construction du fort de Koundou, entre Kita et Bammako. Au commencement de 1 885, le commandant Combes éleva celui de Niagassola et s'empara du Boundé, que Samory avait abandonné; mais celui-ci ayant repris l'offensive, la colonne lui livra une dizaine de combats, après lesquels elle rentra à Médine le 29 juillet.

L'année suivante, le lieutenant -colonel Frey eut aussi à combattre Samory, qui demanda enfin la paix; puis le prophète sarracolet Mahmadou- Lamine , qui, après avoir été notre ami, du moins en apparence, avait soulevé le pays contre nous.

De 1886 à 1888, M. Galliéni, nommé commandant supérieur du Soudan français, donna une impulsion nouvelle aux travaux de la voie ferrée du haut Sénégal; il termina la guerre contre Mahmadou- Lamine et, par des traités , plaça sous le protectorat français les pays situés entre le Bondou et la Gambie, ainsi que les États d'Ahmadou et d'autres plus au nord.

Nos possessions du haut fleuve furent alors divisées en deux sections : le Soudan français proprement dit, réparti en un certain nombre de cercles administrés par des officiers, et les États de protectorat. En même temps, autour de chaque poste, furent fondés des villages dits de liberté, où les esclaves pouvaient s'établir en toute sécurité et recouvrer leur indépendance par le fait même de cet établissement.

IL — Campagnes du colonel Archinard (1888-1891). — Le commandant Archinard, successeur du colonel Galliéni, combattit successivement les sultans Ahmadou, de Ségou; Samory, de Bissandougou, et Aguibou, de Dinguiray. Thiéba, sultan de Sikasso, fut son allié contre Samory.

Au début de ces trois campagnes, il enleva la forteresse toucouleure de Konndian, qui, avec Bafoulabé, achevait de couper toute communication entre Nioro, où se trouvait alors le sultan Ahmadou, et le Dinguiray, où commandait son frère Aguibou.

Ahmadou, peu belliqueux de sa nature, laissait cependant ses sofas et talibés ravager nos territoires anciens ou nouveaux. Le commandant, après l'avoir inutilement averti, marcha contre sa capitale, Ségou- Sikoro, qui ouvrit ses portes après un feu de canonnade contre ses tours et ses remparts.

Après cette conquête, qui eut un prodigieux retentissement parmi les populations bambaras et celles du Markadougou, le commandant marcha sur le tata d'Ouossébougou, forteresse avancée d'Ahmadou sur les limites du Kaarta et du Bélédougou. C'était la place d'armes et le refuge de bandes pillardes qui rançonnaient le pays d'alentour. Il fallut non seulement franchir le mur d'enceinte, mais s'emparer de chaque maison après une lutte corps à corps. Le chef des assiégés, Bandiougou-Diara, un

héros noir, couronna cette défense à la Saragosse en se faisant sauter avec une partie du château ou diomfoutou.

Par la prise de Ségou et d'Ouossébougou, le sultan voyait ses États réduits au Kaarta, et, pour l'y resserrer plus étroitement, le commandant s'empara de la forteresse de Koniakary.

Alors Ahmadou, réunissant ses notables guerriers, leur dit : <r Je ne suis plus rien; j'ai perdu ma famille, la maison de mon père... Hier j'ai défendu aux griots de continuer à chanter mes louanges et à m'appeler le Casseur de têtes. Je ne suis plus qu'un musulman comme vous. Je ferai ce que vous déciderez. » Ils décidèrent qu'on tâcherait de reprendre Koniakary, mais ils échouèrent, puis ils furent battus au combat d'Oualia, en décembre 1890.

A ce moment, M. Archinard, qui revenait de France avec le titre de lieutenant-colonel, reprit la direction des opérations. L'objectif était la prise de Nioro , capitale du Kaarta, où nos troupes entrèrent le 1er janvier 4891. Dès lors la destruction de l'empire musulman fondé par El-Hadj-Omar était complète. Presque partout, dans ces nouveaux États vassaux de la France, le pouvoir fut rendu aux héritiers des anciennes dynasties de race bambara et de religion fétichiste.

Cette même année 1891, le colonel Archinard tourna ses armes contre Samory. Cet almamy, qui régnait à Bissandougou , avait autour du pays d'Ouassoulou constitué un vaste empire, qui ne subsistait que par les razzias et les enlèvements d'esclaves dans les villages incendiés. L'almamy, après tant de luttes contre nous, comprenait fort bien que notre domination et nos principes étaient incompatibles avec les siens. Trois fois il avait signé des traités reconnaissant notre protectorat sur ses territoires de la rive gauche du Niger, et cependant il laissait ses sofas enlever des captifs sur lesdits territoires, et travaillait à soulever contre nous Ahmadou, Aguibou son frère, et les almamys du Fouta-Djalon.

Le colonel pénétra dans ses États et s'empara de Kankan, puis de Bissandougou, sa capitale, simple village de noirs que les sofas avaient déjà en partie détruit.

Pendant ces campagnes, on fit une connaissance plus particulière du sultan Aguibou, dont le petit État de Dinguiray fut annexé au Soudan français.

Quant à Thiéba, roi du Kénédougou, qui était lui-même en guerre contre Samory, le colonel lui envoya des secours en hommes et en munitions, avec le capitaine Quiquandon. Celui-ci était chargé de le diriger dans ses opérations militaires; autrement dit, d'exercer à son égard les droits et les devoirs du protectorat.

Le roi Thiéba, très brave de sa personne, reçut au siège de Loutana sa dix-septième blessure. Sous Kinian, il pointa lui-même notre unique canon, et quand le premier obus tomba au milieu du village, il eut « une

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joie d'enfant ». Il a fait des conquêtes, entassé des ruines; mais quand un village est conquis, il se borne à en transplanter les habitants dans sa capitale de Sikasso, qui a, de cette façon, atteint une population de 7 à 8000 âmes. Il disait au capitaine Quiquandon : « Tes conseils seront toujours suivis; si j'ai demandé au colonel de m'envoyer des blancs, c'est pour apprendre d'eux à être vraiment un grand roi. » Quand le capitaine

Titi, chef de Bammako, et Dionké, chef de Ségou-Sikoro.

prit congé de lui, le 25 mars 1891, il lui donna sa propre lance de guerre et lui fit des adieux touchants : « Salue bien le colonel, lui dit-il; salue les vieux bonshommes de France. »

En résumé, le colonel Archinard, aidé du colonel Humbert, a détruit l'empire d'Ahmadou, soumis son frère Aguibou et conquis le Macina; il s'est fait un allié de Thiéba, mais n'a pu vaincre Samory, contre lequel une expédition qui s'organisa en 1895, sous la direction du colonel Monteil, n'eut même aucun succès.

Samory ne fut capturé qu'en 1898 dans la région de Kong, ainsi qu'on le verra.

III. — Descente du Niuer par Caron. — Voyage de la canonnière

le Niger à Koriumé, port de Tombouctou, d'après une lettre du lieutenant-colonel Galliéni.

C'est le lieutenant de vaisseau Caron, commandant de la canonnière le Niger, qui, par une exploration de trois mois, a gagné à la science géographique la vallée du haut Niger, qu'aucun voyageur, depuis Mungo Park, n'avait parcourue sur une aussi grande distance.

L'expédition quitta son mouillage de Manambougou, à 50 kilomètres en aval de Bammako, le 1er juillet 1887. La canonnière remorquait un canot Scharpee et un chaland de 40 tonneaux, appelé le Manambougou, du point où il avait été construit. Ce chaland servait de logement à MM. Jouenne, médecin de 2e classe de la marine, et Lefort, sous-lieutenant de l'infanterie de marine, que Galliéni avait adjoints au chef de la mission.

L'équipage comprenait six Européens pour le service général et pour celui de la machine, et huit laptols et chauffeurs indigènes.

La machine marchait au bois, et c'est à grand'peine que l'on avait pu expédier au commandant Garon 8 tonnes de charbon, transportées à dos de mulet et qui ne devaient servir que pour les cas d'extrême urgence. Aussi la question de combustible fut -elle îa constante préoccupation du chef de l'expédition. Le Niger ne consomma pas moins de 400 tonnes de bois, dont la moitié au moins fut coupée, chemin faisant, par les quelques hommes de l'équipage.

La mission était à Sansanding le 11 juillet, et deux jours après à Diafarabé, au confluent du marigot de Diaka. Jusqu'à ce point, les populations bambaras ne lui avaient pas ménagé leurs marques de sympathie; mais à partir de Diafarabé elle entrait dans l'inconnu, et en même temps dans les États de Tidiani, le chef du Macina.

De Mopti, le commandant se rendit à Bandiagara, la capitale du pays. L'accueil de Tidiani fut en tout semblable à celui que son parent Ahmadou avait fait jadis à Galliéni. Il pourvut abondamment à la subsistance de nos compatriotes; mais il les fit surveiller de près et les tint, pour ainsi dire, au secret dans les cases qui leur servaient d'habitation. Il voulut bien admettre les ouvertures que fit le commandant Garon pour établir avec lui des relations de commerce ; mais il mettait de telles entraves aux opérations de nos commerçants et traitants, que celles-ci devenaient absolument impossibles.

Bandiagara est, dans le Macina, le centre le plus important du fanatisme musulman. La ville ressemble à un vaste couvent, où l'on n'entend que les cris de muezzins et où l'on ne voit que des gens en prière. Pure hypocrisie, car les Toucouleurs, sous ces dehors austères, ne sont rien moins que rigides dans leurs mœurs.

Le 9 août, la canonnière entrait dans le lac Dibbie, en aval duquel le Niger, appelé Issa-Bara, est garni de villages populeux, surtout sur la rive droite.

Le 45, on était parvenu au point de rencontre des deux branches du Niger et l'on pénétrait dans l'Issa-Bara, en dehors des Etats de Tidiani.

Un indigène consentit à aller porter à Rhiaia, chef de Tombouctou, la nouvelle de l'arrivée de la canonnière et l'assurance de nos intentions pacifiques. Le Niger arrivait dans les eaux de Tombouctou; mais la hauteur insuffisante du fleuve le força à prendre le mouillage de Koriumé, où se trouve l'entrée du petit canal artificiel menant à Kabara et à Tombouctou, celui-ci éloigné de 15 kilomètres. L'eau n'arrive guère à Kabara que vers la fin de septembre. Dans les grandes crues, les pirogues peuvent monter jusqu'à Tombouctou.

En attendant la réponse à son message, le commandant Garon prit toutes les précautions nécessaires pour éviter un guet-apens, car on voyait dans la plaine de nombreux détachements de Touareg armés de lances, et le village de Koriumé se remplissait de gens à cheval et à chameau.

Le commandant fut bientôt fixé par les renseignements que lui apporta un Marocain, avec la réponse de Rhiaia. Celui-ci, à l'instigation des Maures commerçants, prétendait que son pays n'était pas libre et que les Français n'avaient rien à y faire. Des pourparlers directs, entamés avec Liouarlish, le chef touareg, n'eurent pas plus de succès.

M. Caron reprit donc la route du retour... Des résultats importants étaient obtenus : une canonnière aux couleurs françaises, méprisant les obstacles semés sur sa route, avait parcouru le Niger, portant à tous les paroles de paix et d'amitié que nous adressons aux populations ; elle avait mouillé à quelques kilomètres de Tombouctou, affirmé sa présence, observé et vu ce qu'elle désirait voir, puis elle était rentrée tranquillement à son point de départ, le 6 octobre, sans autres difficultés que celles suscitées par les éléments, le manque de combustible, etc.

Dès lors, la voie de Tombouctou était connue. Bientôt après eut lieu une seconde expédition des canonnières le Niger et le Mage, sous les ordres du lieutenant Jaime (1890).

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