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IV. — COLONIE DE L'OUBANGUI-CHARI ET TERRITOIRE DU TCHAD

(suite des explorations)

Les traités de 1894. — Pendant les années 1890 à 1894, les explorations françaises de Crampel, Dibowsky, Mizon et Maistre avaient reculé les limites de nos conquêtes vers le nord, jusque dans le bassin du Chari, affluent du Tchad. Il était urgent de fixer les bornes des possessions allemandes et belges dans ces régions; ce qui, après des négociations laborieuses, fut heureusement terminé en 1894.

1° Le traité franco -allemand du 4 février 1894 détermine pour limite orientale du Cameroun allemand la ligne qui, partant de la Sanga, suit en général le 15e degré de longitude E. de Greenwich, en faisant toutefois une pointe en dedans, puis une en dehors, celle-ci sur le 10e degré de latitude, pour rejoindre le cours inférieur du Chari jusqu'au lac Tchad, rive méridionale. Le traité de 1907 a modifié un peu cette limite.

2o Le traité franco -belge du 14 août 1894 porte comme limite septentrionale du Congo belge le cours de l'Oubangui jusqu'au Mbomo, puis le Mbomo jusqu'à la ligne de partage du bassin du Nil, ensuite le 30° de longitude E. de Greenwich et le 5° 30' de latitude nord jusqu'au Nil.

Le versant nord de l'Oubangui et le bassin oriental et septentrional du Tchad, explorés surtout par nos compatriotes, ont donné lieu à la formation de la colonie de YOubangui-Chari et du territoire militaire du Tchad. Ce dernier est le résultat de l'expédition Marchand, suivie de l'accord franco-anglais de 1899.

Les territoires de trois nations aboutissent donc au lac Tchad : la Nigérie anglaise, sur la rive sud -occidentale; le Cameroun allemand, sur la rive méridionale, et le Congo français, sur les rives orientale et septentrionale.

Voyons par quelle série d'expéditions la France est parvenue à ce glorieux résultat.

I. — Missions Crampel et Dibowsky (1890). — Paul Crampel, deux ans après son expédition vers l'ouest, dont nous avons parlé, entreprit un second voyage qui avait pour but de gagner le lac Tchad par le Chari, puis de traverser le Sahara, et ainsi d'opérer la réunion de nos possessions d'Algérie-Tunisie avec celles du Soudan et du Congo.

Crampel était accompagné de quatre compatriotes et de plusieurs

interprètes; sa caravane comprenait en outre une escorte de laptots et de tirailleurs, 95 indigènes gabonais ou loangos, et 128 porteurs noirs. Parti de Brazzaville le 46 août 4890, il arrivait le 25 septembre à Bangui, dernière station française, au coude de l'Oubangui. Après avoir pacifié cette région, dont le chef de poste avait été tué et mangé quelques mois auparavant, le voyageur s'enfonçait dans l'inconnu avec une caravane déjà réduite et affaiblie par des épreuves de tout genre. Sa dernière lettre, datée du 49 janvier 4891, marquait l'espoir. Mais bientôt on apprit l'échec complet de l'expédition, le massacre de son

Le lieutenant Mizon, explorateur du Soudan central.

chef et d'une partie de ses gens, massacre qui eut lieu vers le 9 avril, au delà du Gribingui. L'arrière -garde, sous la conduite de M. Nebout, battit en retraite pour rentrer à Brazzaville au mois de juillet.

Pendant ce temps, M. Dibowshj , avec des renforts et un matériel importants, s'était porté sur les traces de Grampel pour le soutenir; mais, le désastre connu, on lui assigna pour but de rechercher les débris de la mission et de la venger : ce qu'il fit. De plus, il poursuivit au nord jusqu'à 7° 27' de latitude, où la maladie l'obligea à rétrograder.

II. — Mission Mizon. — Au moment de la convention anglo-française du mois d'août 1890, le lieutenant de vaisseau Mizon, ancien compagnon d'exploration de Brazza dans le Congo français, fut chargé d'une mission ayant pour but de se rendre au lac Tchad, à partir de l'embouchure du Niger. Ce fut seulement au mois de septembre 4891, après des

CONGO FRANÇAIS

dangers et des difficultés de toute sorte, qu'il parvint à Yola, dans l'Adamaoua, où il reçut du sultan de ce pays le meilleur accueil.

De là, par suite des troubles qui régnaient dans le Bornou, Mizon dut se rabattre vers nos possessions congolaises du sud -est. Le 7 avril, il y rencontrait M. de Brazza à Comaça, au confluent de la Sanga et du Kadeï, après avoir parcouru 700 kilomètres à travers des régions complètement inconnues. Le résultat de cette exploration a été de faire connaître la ligne de partage Binué- Congo et de ranger sous notre influence

M. Maistre, explorateur du Soudan central.

une partie de l'Adamaoua, autrement dit de la région comprise entre Yola et la Sanga.

Le lieutenant Mizon, qui avait si bien mérité par sa conduite dans l'Afrique centrale, est allé mourir prématurément en 1899 à Djibouti, où il avait accepté une charge honoraire.

III. — Mission Maistre. — Parti de Bordeaux, le 40 janvier 1892, avec quatre compagnons européens, M. Maistre parvint en juin au poste de la Kemo, fondé par Dibowsky sur un affluent de l'Oubangui.

Le 29 juin 1892, toute l'expédition, composée de 180 personnes, s'engagea dans une région inexplorée. Après avoir passé par la tribu des Ndris, elle traversa pendant neuf jours un pays inhabité; chez les Mandjia, elle eut à soutenir leurs hostilités pendant un mois. L'expédition continua ensuite sa marche vers le nord et, le 2 septembre, arriva sur le Gribingui, l'une des branches du Chari, qu'elle dut traverser sur des radeaux; sur la rive droite se trouve un pays marécageux, habité par les Akounga, peuplade douce et intelligente.

Après avoir traversé le Bahr-Sara, tributaire du Chari, elle tourna

vers l'ouest, n'ayant pas de marchandises suffisantes pour se rendre au Baghirmi. Elle arriva le 21 novembre à Laï, ville de 10000 habitants sur le Logone et résidence du sultan des Gabéri. Elle franchit ensuite les plateaux formant la ligne de partage entre les eaux du bassin du Tchad et celles de la Binué. Enfin de Yola, avec l'aide de la « Royal Niger Company », l'expédition parvenait, le 23 mars 1893, à Akassa, à l'embouchure du Niger. Elle avait accompli en sens inverse et sur une circonférence plus développée le trajet suivi par Mizon.

M. Gentil, explorateur du lac Tchad.

IV. — Mission Gentil. — M. Gentil, l'un des plus anciens explorateurs du Congo français, et dont M. Stanley parlait déjà avec éloge, accomplit heureusement, en 1897, l'exploration du Chari et la reconnaissance du Tchad.

En juillet, il était parvenu à trouver sur le Gribingui, affluent du Chari, un point navigable, à y transporter son matériel et à y remonter les pièces d'une chaloupe canonnière, le Léon-Blot.

La navigation sur le Gribingui, d'abord gênée par les arbres de la rive, n'offre ensuite d'autres difficultés qu'une série de trois rapides, situés par 8° 30' et franchissables aux hautes eaux. Les rives paraissaient inhabitées, quoique la population soit assez dense : c'est que les gens s'éloignent de la rivière, dont ils redoutent les inondations.

Le 20 août, la mission quittait le Gribingui et débouchait dans une rivière de 180 mètres de largeur, appelée par les indigènes Bamingi : c'était le Chari, fleuve à rives élevées et d'une navigation sûre.

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Le 3 septembre, après avoir traversé une zone d'îles où le fleuve a 4000 mètres de largeur, elle arriva chez les Niellims, population directement soumise au Baghirmi, auquel elle paye un tribut. Le sentiment dominant était la méfiance. Par 9° 40' on trouva les Bousso, d'origine païenne, mais musulmanisés. C'était vraiment le Baghirmi qui commençait. Un message fut envoyé au sultan, à Massénya.

Au bout de onze jours, la réponse du sultan arriva : il envoyait en

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